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Full text of "Et́udes de lépidoptérologie comparée"

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LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



ÉTUDES 



DE 



LÉPIDOPTÉROLOGIE 



COMPAREE 



PAR 



Charles OBERTHUR 



Fascicule I 



RENNES 

IMPRIMERIE OBERTHUR 

Mars 1904 



ÉTUDES 



DE 



LÉPIDOPTÉROLOGIE 



COMPAREE 



PAR 



Charles OBERTHUR 



Fascicule I 



RENNES 

IMPRIMERIE OBERTHUR 

Mars 1904 



PRÉFACE 



En achevant la XXI* livraison des Études d^Ento- 
mologte, je formais le projet de clore ainsi la série de 
mes publications illustrées sur les Lépidoptères. Je dési- 
rais consacrer les loisirs de mes dernières années au 
rangement définitif de ma collection. 

Mon vœu serait en effet de laisser les documents ento- 
mologiques que j'ai amassés, classés dans un ordre tel 
qu'aucun renseignement en mon pouvoir ne ferait défaut, 
et que mes successeurs trouveraient toute facilité de 
faire servir ma collection au progrès de la science qui 
nous est chère. 

Mais, en dépit de mes résolutions, je ne puis me sous- 
traire à Tentraînement de l'activité entomologique con- 
temporaine, et je cède à l'attrait que l'étude de certaines 
questions exerce irrésistiblement sur mon esprit. 

Je publie donc, sous le titre : Léptdopiérologte comparée, 
une série d'articles sur les hybridations, les variations 
géographiques et les lois qui régissent la formation des 
aberrations. J'espère que ces observations appelleront 
de nouveaux travaux. En effet, mon premier fascicule 
n'a pas encore vu le jour ; les planches sont à peine 
achevées de colorier; je viens seulement de corriger les 
dernières épreuves du texte et déjà des documents nou- 
veaux et du plus haut intérêt me parviennent. Il faudrait 



8 PRÉFACE 

dès maintenant publier les figures coloriées de Celerio 
Eugeni, vraisemblablement issu A'Epilobii d" et de Ves- 
periilio ç, par conséquent hybride au second degré, dans 
l'état de nature, trouvé à Huningue, au cours de ces 
dernières années. 

Quel magnifique champ d'observations sur les hybri- 
dations des Sphingides, les environs d'Huningue ont 
offert aux entomologistes alsaciens et bâlois ! Qu'il me 
soit permis de leur adresser l'expression la plus cordiale 
de mon salut sympathique et confraternel. Sur la terre 
d'Alsace, vers laquelle me reportent tant de chers sou- 
venirs, comme aussi dans le noble pays de Bâle, uni à 
l'Alsace par les liens d'une si généreuse amitié, toutes 
les sciences et tous les arts ont toujours magnifiquement 
fleuri. Depuis près de deux siècles, la faune et la flore 
y ont été étudiées avec le zèle le plus persévérant, par 
une foule de savants des plus distingués. Peu de régions, 
en Europe, ont donné naissance à autant de Curieux de 
la Nature, comme on les appelait au XVIII' siècle, et 
jusqu'à nos jours la bonne tradition n'y a point dégénéré. 
Aussi les chasseurs n'ont pas manqué pour rechercher 




PRÉFACE 9 

Je considère donc comme ébauchée la question qui a 
pour objet les hybridations de Sphingides, de même que 
celle des hybridations de Zyghnes. 

Je remercie principalement MM. le chanoine Favre, 
de Tordre des Religieux Augustins du Grand-Saint-Ber- 
nard, auteur d'un consciencieux catalogue des Lépidop- 
tères du Valais, Arnold Wullschlegel, de Martigny, 
Léonhart et docteur Courvoisier, de Bâle, des intéres- 
sants renseignements et documents qu'ils m'ont si obli- 
geamment fournis. 

Dans le premier fascicule de la Lépidoptérologie com- 
parée, il est souvent traité de la faune valaisane. C'est 
que pendant l'été 1902, lorsque j'avais le bonheur de 
parcourir le Valais en compagnie de mon vénérable ami 
M. le chanoine Favre, il fut souvent question, entre nous, 
d'illustrer quelques-unes des races valaisanes de Lépi- 
doptères. Sur la route du Simplon, comme aux environs 
de Ryflfelalp, quand nous prenions un peu de repos au 
cours de nos chasses, nous dissertions sur tel ou tel sujet 
relaté dans le présent ouvrage. Avant peu de jours, le 
projet conçu, il y a près de deux années, dans les Alpes 
du Valais, deviendra une réalité. Puisse cette publication 
en susciter d'autres et un supplément de lumière être 
ainsi apporté à la science que nous aimons ! Puissent 
aussi M. le chanoine Favre et mes amis en Alsace et en 
Suisse accueillir mon travail comme un souvenir fidèle 
et un témoignage de bien aflfectueuse estime. 

Rennes, 10 mars 1904. 

Charles OBERTHUR. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE 

COMPARÉE 



I. — Melitaaa Dejone-Berisali, Ruehl (PI. I, fig. 5, 6 

et aberr., fig. 7) ; 

Melitaaa DeJone-NevadensiSi Ch. Obthr., 
et Melitaaa Parthenie-varia, Mey-D. (PI. I, 

aberr., fig. 8). 

Il y a des genres de Lépidoptères où les espèces, pourtant 
certainement distinctes entre elles, présentent une telle similitude 
de caractères à Tétat parfait que la perception de leurs différences 
spécifiques serait, pour certains exemplaires au moins fort difficile, 
si on manquait des connaissances biologiques qui les concernent 
à leurs différents états. 

I-e genre Meliiœa est de ce nombre. 

En effet, les espèces de Melitœa de la faune palaearctique, con- 
nues sous les noms de Dejone, Athalia, Parthenie, Aurélia offrent 
une analogie de dessins et de coloration d*oii naîtrait peut-être 
quelque confusion, si on les étudiait d*après leurs caractères exté- 
rieurs seuls et sans tenir compte de toutes les circonstances de 
leur vie évolutive, en un mot : de leurs mœurs. Lorsque, recueillant 
Tune ou l'autre de ces Melitœa^ à Tétat de chenille ou de papillon 



12 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

vivant, on est à même d'observer des particularités fort importantes, 
sinon concluantes, quant à leurs identî&cation et distinction spéci- 
fiques, il est aisé de constater combien difficile et problématique (") 
est la séparation, dans beaucoup d'autres genres, de certaines 
espèces très voisines les unes des autres, mais qu'on n'a pu étudier 
vivantes et sous leurs divers états. 

Ces réflexions se produisent assez naturellement à l'esprit, à 
propos de la Melitaa Bfrisali et des discussions qu'a déjà occa- 
sionnées sa place dans la Nomenclature. 

Cette Melitsa, de découverte relativement récente, paraît 
habiter exclusivement le Valais. M. le chanoine Favre qui. avec 
M. WuIIschlegcI, a capturé de nombreux exemplaires de Melit<Ba 
Berisali aux environs de Martigny et qui a écrit à ce sujet des 
observations fort judicieuses, rectifie en Berisalensis le nom de 
Berisali, primitivement imposé par M. Riihl. L'appellation Beri- 
salensis serait en effet plus correcte; mais la loi de priorité ne 
permet pas de modifier la désignation la plus ancienne, même si 
elle paraît grammaticalement fautive; dès lors le nom Berisali 
doit être conservé. 

MM. Favre et Wullschlegel pensent que la Melitaa Berisali est 
une espace à part et distincte de toutes celles antérieurement con- 
nues; M. Seebold {Bulletin Soc. enl. France, 1896, p. 67 et 68) 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I3 

près entre les deux apparitions de Berisali, absolument comme au 
Vernet, entre les deux éclosions de Dejone, et aux environs de 
Rennes, entre celles de Parthenie. De plus les caractères de l'insecte 
parfait rapprochent beaucoup plus Berisali de Dejonc que diAtha- 
lia. 

Comment se fait-il donc que MM. Staudinger et Rebel, à qui 
ces circonstances des mœurs de la Melitœa Berisali étaient bien 
connues, aient tranché la question dans le sens opposé à Topinion 
de MM. Favre, Wullschlegel et Seebold, dont les écrits établissent 
péremptoirement la distinction spécifique d'Aihalia et de Berisali? 

Certes, feu Staudinger était un savant de premier ordre et sa 
perte est toujours vivement ressentie; mais on m'excusera, en vue 
de donner l'explication de bien des erreurs, de rappeler que son 
caractère, surtout vers la fin de sa vie, avait une tendance marquée 
vers l'obstination. Son opiniâtreté semblait s'accentuer d'autant 
plus que les arguments adverses prenaient plus de force et méri- 
taient plus de considération. 

Le Catalog der Lepidopteren des palœarctischen Faunengebie- 
tes, édition mai 1901, contient ainsi de trop nombreuses fautes 
qu'il eût été facile d'éviter. Longtemps j'ai correspondu avec feu 
Staudinger à propos de cet ouvrage, en lui fournissant tous les 
types qu'il m'a demandés et qu'il était en mon pouvoir de mettre 
à sa disposition et en les accompagnant, suivant son désir, des 
observations utiles. Du moment qu'on lui ouvrait les yeux sur une 
erreur dont une recherche impartiale et sans parti-pris lui eût 
démontré l'évidence, il semblait que tous les efforts du D' Stau- 
dinger tendaient plutôt à empêcher la vérité de se faire jour. 
Bizarre disposition d'esprit chez un homme de pareille valeur, 
cause d'imperfections quasi-volontaires, dans Un ouvrage consi- 
dérable et pour lequel il a été dépensé tant de travail, de savoir 
et d'expérience ! 

Donc Berisali n'est point une variété à'Athalia. Mais est-ce une 
espèce propre, ou une forme géographique de Dejone? 

Je ne crois pas à la première hypothèse. Je me rallie à la 
seconde et je me demande, en lisant la note précitée de M. Seebold, 



14 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

dans le Bulletin de la Société eniomologique de France, si, malgré 
son affirmation au début de son article, M. Seebold ne penche pas, 
comme conclusion, au rattachement de Bcrisali à Dejone. Les 
chenilles de Berisali et Dejone ne présentent pas de caractères 
différentiels extérieurs; mais Aihalia, à l'état lar\'aire, ne se dis- 
tingue pas davantîtge de Dejone et de Berisali. Seulement Berisali, 
comme Dejone, vit exclusivement sur les linaria et éciùt deux fois 
par an, au printemps et en été. Berisali a les ailes plus allongées 
que Dejone; le bord marginal des inférieures en dessus est plus 
noir; mais les ailes inférieures, en dessous, ne diffèrent réellement 
pas de Dejone. 

La Melittsa Dejone a son aire de dispersion limitée au sud, en 
Oranie, à Tlemcen et Sebdou ; à l'ouest, dans les Hautes-Pyrénées, 
à Gèdre; à l'est, aux Alpes-Maritimes et aux Basses-Alpes; elle 
remonte tout le long de la Méditerranée, de l'Andalousie au Rous- 
stllon, s'étend dans la Provence, habite encore l'Ardèche et envoie 
sa colonie la plus septentrionale jusque dans la haute vallée du 
Rhône, en Valais. 

Dejone reste semblable à elle-même à peu près partout où elle 
s'est fixée. Aussi bien en Algérie qu'en Espagne et que dans le 
sud de la France, la forme de Dejone est la même. Je ne connais 
que deux variétés géographiques : Berisali et Nevadensis, dont on 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 15 

tigny et même jusqu'à Bérisal; mais dans cette région la forme 
de son imago s'est un peu modifiée et présente la variété qu'à 
cause de sa constance on pourrait appeler sous-espèce, et que les 
figures 5 et 6 de la planche I du présent travail représentent fidè- 
lement. 

La Melitœa Dejone-Berisali aberre comme les autres Melitaa 
et suivant les mêmes lois. La fig. 7 de la pi. I donne la figure 
d'une aberration de Berisali prise à Martigny, par M. Wullschle- 
gel. A côté, sous le n° 8, est représentée une aberration de Melitœa 
Parthenie-varia prise par moi, en juillet 1866, dans une prairie 
située un peu plus bas que l'hôtel actuel de Ryffelalp. Le dessous 
des ailes, dans ces deux aberrations d'espèces différentes de 
Melitœa^ est analogue. Les deux aberrations en question émanent 
donc d'une même loi de variation atteignant les espèces d'un même 
genre. 

Je possède quelques aberrations de Dejone provenant de Saint- 
Martin-de-Vésubie ( !), Digne, La Voulte-sur-Rhône (P. Chrétien), 
Vemet-les-Bains (R. Obthr.). Chez tous ces papillons aberrants, 
l'aile supérieure en dessus est fortement atteinte de mélanisme, 
tandis que dans l'aberration figurée sous le n** 7 de la pi. I, l'aile 
inférieure seule est mélanisée, l'aile supérieure étant au contraire 
moins chargée de noir que dans les exemplaires normaux. 

J'ai désigné ci-dessus sous le nom de Nevadensis une seconde 
forma geographica de Dejone, Celte variété, représentée dans ma 
collection par 3 cf et 6 Q, a été rencontrée par mon frère, en 
juillet 1875, dans la Sierra-Nevada, côté de Lanjaron. Elle se 
distingue du type normal de Dejone par une teinte plus pâle, en 
dessus comme en dessous; par les lignes noires transversales 
médianes des 4 ailes plus anguleuses; par l'absence, sur les ailes 
inférieures en dessous, près de la base, de la coloration fauve qui, 
dans tous les autres exemplaires, remplit, du bord costal au bord 
anal des ailes, un espace compris entre deux lignes noires et au 
centre duquel reste une tache chamois clair, c'est-à-dire de la cou- 
leur du fond des ailes. Cette circonstance, jointe à la forme plus 
oblique et plus anguleuse de la ligne noire transverse médiane des 



l6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

ailes supérieures en dessus, est cause que considérée sur ses deux 
faces, la variété Nevadenm a un aspect distinct et bien spécial. 
A Grenade et dans la vallée de Ronda, entre tes stations de 
Jimera et Benaojan, j'ai pris communément, au mois de mai, la 
Melitœa Dejone, de la forme normale; maïs l'altitude de ces 
localités est faible. Dans la Sierra-Nevada, du côté de Lanjaron, 
outre la différence de hauteur, il convient de tenir compte de 
l'influence possible de la saison. J'ignore cependant quelle est la 
forme d'été de la Melittpa Dejone à Grenade et quelle est la forme 
printanière du côté de Lanjaron. De nouvelles explorations sont 
nécessaires pour que la connaissance de cette question soit com- 
plète. 



Lyceana Zephyru», Herr. Schaeff. (PI. 4G, 

fig. 208-11). 
Form. geograph. Akhesiana» Obthr. (PI. II, cT, 

fig. 31; g.fig. 22); 
Hesperica, Ramb. (PI. II, cf. 
fig 23; g, fig. 24): 
et Lycida») Trapp. (PI. II, cf, fig. 17; 
g. %• i8). 




LÉPBDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I7 

tères distinctifs : i"" chez le cf> en dessus, le rétrécissement de la 
bordure marginale noire qui se trouve réduite à un très mince 
liséré; la couleur bleu-lilas clair avec un aspect un peu transparent; 
et en dessous, le développement de la bordure submarginale des 
taches rouge-orangé. Cette bordure est commune aux quatre ailes. 
2^ Chez la Q, aussi bien en dessus qu'en dessous, l'agrandissement 
des taches submarginales rouge-orangé. Vers l'Ouest, à une grande 
distance de la r^ion habitée par la Lycana Zephyrus, on a trouvé 
deux colonies de Lycœna dont le rattachement à Zephyrus est 
généralement admis; ce sont : Lycidas, ddins le Valais, et Hespe- 
rica, en Andalousie. Comment se fait-il qu'aucune localité inter- 
médiaire ne semble habitée par ces Lycana^ Lycidas vit, m'a appris 
M. le chanoine Favre, sur Vastragalus exscapus; mais le genre 
astragalus^ de la famille des Papilionacées, est très nombreux en 
espèces et il ne manque point d^astragalus entre le Simplon et la 
Sierra-Nevada. Or, tous ceux qui se sont ocaipés d'élever des che- 
nilles savent que si beaucoup d'espèces de papillons, à l'état lar- 
vaire, se nourrissent exclusivement d'une plante et meurent de 
faim lorsqu'elles manquent de la plante qui leur est nécessaire, 
cependant elles ne poussent généralement point cet exclusivisme 
jusqu'à refuser de manger des plantes du même genre. C'est ainsi 
que j'ai pu nourrir à Rennes, avec une linaria génériquement con- 
forme à celle des Pyrénées-Orientales, mais spécifiquement très 
différente, une certaine quantité de chenilles ât Meliiœa Dejone 
recueillies aux environs du Vernet Je pourrais multiplier ces 
exemples. 

Quoi qu'il en soit, il en est de Lycœna Zephyrus et de ses formes 
géographiques Lycidas et Hesperica, formant des colonies si éloi- 
gnées les unes des autres, comme de Zegris Eupheme, Satyrus 
Hippolyte et Heliothis IncatncUa, dont les individus espagnols 
restent séparés par une énorme distance de leurs similaires orien- 
taux. 

Lycidas parait' donc habiter exclusivement le Valais. Je l'avais 
prise à la fin de juin 1866, aux environs de Viège, me trouvant 
alors en compagnie de feu mes amis Guenée, Fallou et Constant 



l8 LÊPIDOPTÉROLOGIE COHPARÏE 

Guid£ par M. le diancwiie Favre, je capturai de nouveau 
Lycidas, sur la route du Simplon, entre Briggue et Bérisal, du l8 
au 33 juillet 1903; mais la saisoo était trop avancée^ beaucoup 
d'exemplaires étaient passés. Lycidas éclôt surtout dès la fin de 
juin et dans les premiers jours de juillet 

La fonne Lycidas se distingue aiosî : le cf est, ea dessus, d'un 
bleu-violet assez foncé, avec une bordure marginale noire asset 
prononcée; en dessous, ses ailes ont le fond gris-perle sur lequel 
les points noirs et fauves et les parties blanches ressortent vive- 
ment La g, en dessus, est d'un bruo-noir profond, avec quelques 
points fauves marginaux aux ailes inférieures. En dessous, le fond 
des ailes est plus brun que chez le cf. La forme de Lycidas paraît 
assez constante; tous les cf que j'ai vus sont de la même teinte 
bleu-violette, sauf un exemplaire aberrant qui est gris foncé; les Q 
sont du même brun-noirâtre; seulement les points fauves margi- 
naux des ailes inférieures en dessus sont plus ou moins accentués. 

Lycidas vole dans d'autres localités valaisaimes citées dans le 
Catalogue de M. le chanoine Favre; mais ce n'est nulle paît un 
Lépidopt^ très commun; Lycidas semble partout localisée à 
quelques stations, dans une région relativement peu étendue Sa 
destruction partielle serait à craindre 

Quant à Hesperica, si en dessous elle ne diffère guère de Lyci- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE IQ 

il indique comme localité d^Agestôr les collines près d'Alfacar, 
dans àks lieux remplis de Genista cinerea. Sur la route du Simplon, 
comme au voisinage d'Alfacar, la Lycœna Agestor (EscAeri) vole 
non loin de Lycidas. 

Les deux Lycana Agestor et Lycidas se distinguent aisément» 
en comparant les ailes inférieures en dessous. Chez Lycidas^ il y 
a toujours une ligne blanche allant du bord costal au bord anal, 
comprise entre la série submarginale des points fauves surmontés 
d'un chevron noir et la série médiane de points noirs parallèles 
au bord extérieur. Chez Agestor ^ on remarque seulement une petite 
éclaircie blanche, à peu près au milieu de l'espace compris entre 
le bord costal et le bord anal des ailes inférieures. 



III. — Lycaana Ara^yro^nomoni Bergstr., var. 

Calliopis-Valesiacai Obthr., q (PL II, 
fig. 15 et 16). 

La Ly conta Argyro gnomon (Argus, Hùbner, 316, 317, 318) est 
une espèce variable suivant l'altitude et la latitude des lieux qu'elle 
habite. 

J'ai remarqué dans les chasses faites autour de Martigny, par 
M. Arnold Wullschlegel, ime forme de Q alis supa cœruleis qui 
m'a paru assez spéciale. Je crois devoir la rapporter comme variété 
géographique que j'appelle Valesiaca, à la forme Calliopis, Bdv 
(Icônes, pi. 15, fig. 4, 5), et j'en ai fait représenter deux échantil- 
lons sous les n~ 15 et 16 de la planche II de ce travail. 

J'ai sous les yeux 12 exemplaires, tous récoltés en août, offrant, 
les uns par rapport aux autres, des variations individuelles assez 
sensibles, mais présentant une similitude de caractères dans le 
semis épais et serré d'écaillés d'un bleu brillant qui recouvre le 
disque des ailes en dessus, avec le dessous des ailes plutôt brun 
ochraoé clair que gris et les points bleu d'argent du bord marginal 
des inférieures très éclatants. De plus» certains exemplaires 



montrent une tendance à une macule noire extracellulaire aux 
supérieures, ainsi que l'indique la figure i6 de notre planche II. 
Les points noirs du dessous des ailes sont assez accentués chez 
la Q CiilUopis-Valestaca. Mais dans le d" de Martigny, ce carac- 
tère essentiel de Calliopis, c'est-à-dire la petitesse des points noirs 
ocellés, se remarque presque aussi bien que chez les exemplaires 
de Grenoble et de Digne. 

En Provence et en Dauphiné, on trouve, entre autres formes 
d'Argyro gnomon, celle que Boisduval a distinguée sous le nom de 
Calliopis. La ç de cette Calliopis, aux environs de Grenoble et 
de Digne, est supra iarulea comme la q de Martigny; mais les 
atomes bleus qui sont semés sur le disque de ses ailes, en dessus, 
produisent un effet plus pâle; le dessous des ailes parait aussi 
plus terne et plus gris. 

La dernière expression de Calliopis, mais d'aspect plus chau- 
dement coloré que dans la partie française du bassin du Rhâo^ 
se trouverait donc vers le Nord-Est, aux environs de Martigny, 
en Valais, tandis que Calliopis, conforme au type de Boisduval, 
est répandue vers le Sud jusqu'auprès de Marseille. 

Calliopis est cantormée dans les basses altitudes, en Dauphiné 
et en Provence. Elle se plaît sur les pelouses rases, au voismage 
des grèves et sur les berges des cours d'eau; tandis que dans les 
hauteurs, vers 1,500 mètres environ, se rencontre la forme MgidioK 
de la même Lycana Argyto gnomon. 

Dans leur Catalog, édit. igoi, Staudingcr et Rebcl portent en 
deux endroits différents Calliopis, Bdv., Icônes; d'abord fig. 5, 
dans le même article ^u'ArgyTo gnomon, puis ftg. 4, dans l'article 
suivant : a) ab. q Callarga, Stgr, Mais la fig. 4 et la fig. 5 repré- 
sentent en dessus et en dessous le même papillon qui fait encore 
partie de l'ancienne collection Boisduval. N'est-il pas bizarre de 
comprendre le dessus du même spécimen dans un article de la 
Nomenclature différent de celui où est inscrit le dessous? Enfin, 
pourquoi ce nom nouveau de Callarga, pour remplacer celui de 
Calliopis plus vieux de 70 ansP Si Callarga (Q supra caerula) 
désigne une forme géographique spéciale d'Argyrognomon, il eût 



LÉProOPTÉROLOGIE COMPARÉE 21 

été nécessaire de le dire pour la justification du nom nouveau; 
mais si C allât ga désigne la même Lycœna que Calliopis, quelle 
raison y a-t^il de mettre le nom imposé par Boisduval, appuyé 
sur une bonne description et une figure très exacte, en synonymie 
derrière un nom nouveau simplement expliqué, par les mots : 
Q supra cœrula. C'est bien le cas de Calliapis Q. . 

Je vois sur l'autre page 79 du même Catalog, Lycœna Allardiu 
Obthr., placée après Sefhyrus^ sous le n* 553 et suivie de la men- 
tion : prœc, forma darwiniana? Rien ne peut justifier cette opinion 
même interroge tive. Allardi est une espèce à part qu'il est impos- 
siple de rattacher en quelque façon à Sephyrus. Allardi me parait 
être, par son dessous, une des espèces les plus tranchées dans le 
genre Lycœna. Je ne me rappelle pas que feu Staudinger m'ait 
demandé communication du type de Lycœna Allardi. Ayant 
ignoré l'espèce, il a hasardé cet inadmissible rapprochement de 
Sephyrus. 



IV. — Erebia Christi, Raetzer (PI. II, g. fig. 13, 14; 
cf, fig. 19, 20). 

Jamais encore il n'a été publié de figure de cette Erebia, de 
découverte relativement récente, paraissant jusqu'ici localisée à la 
petite vallée de Laquin, sur le versant sud de la route du Simplon 
et un peu plus bas que le village même du Simplon. Guidé par 
M. le chanoine Favre, j'ai visité la vallée de Laquin, dans la 
seconde moitié de juillet 1902. Quoique la saison fût trop avancée 
d'au moins 15 jours, M. Favre réussit à capturer en ma présence 
un cf encore frais de VErebia Christi et voulut bien me Toffrir. 
Lui et moi, nous en primes quelques autres en débris. Le soleil, 
ce jour-là, avait tardivement dissipé le brouillard et les papillons 
ne prirent un peu d'activité que vers 1 1 heures du matin. La vallée 
de Laquin est étroite et reserrée; les pentes en sont fort raides; 
un sentier parcourt à mi-côte le flanc nord de la vallée; les papil- 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Ions le traversent sans cesse, montant et descendant le long des 
gazons fleuris au milieu des pierres, depuis les bords du torrent 
qui bouillonne au fond, jusque vers les très hautes crêtes des 
rochers. D'autres Erfbia. notamment Melamfms, volent dans ces 
parages, oii la faune lépidoptère logique paraît riche et abondante. 
UEfebia Ckristi participe du faciès de Cassiope, Mneslra, Me- 
lampus, etc. ; mais elle semble bien spéciale et sans caractère exté- 
rieur saillant, elle ne peut en somme se confondre avec aucune 
autre. Dans les Transaciions of ike enlomol. Society af London. 
1898, pi. VIII, fig. n a, b, c, d, M. Elwes figure les Genitalia de 
YErebia Ckrisli; je reproduis ici les paroles de cet auteur (p. 187). 

■ The position of this newly discovered specîes is at présent 
a little doubtfoul. It looks so near to some spécimens of E. Mnes- 
lra that I should hâve been doubtfoul as to its spécifie distinction 
if it were not for the genitalia, whîch show it to be différent from 
ail European species; while its occurrence in quantity proves t 
it cannot be a hybrid between E. Cassiope and Mnestra of whki 
it seems to combine the characters. ■ 



sthat_ 

ance 
i me 

J 



Je dois à M. le professeur Courvoisier, de Bâle, la connaissance 
et la possession de la Q. M. Bang-Haas a bien voulu aussi me 
communiquer quelques exrjnplaires de sa collection. J'exprime I 
ces Messieurs mes meilleurs sentiments de gratitude. 

J'espère que les figures 13, 14, 19 et 20 de la planche II de c 
ouvrage, très soigneusement gravées d'après les photographies et 
la nature elle-même, serviront à compléter les descriptions déjà 
parues et à permettre de plus facilement reconnaître VErebia 
Ckristi. Sa localisation exclusive dans la vallée de Laquin parait 
un peu surprenante. Je pense que VErebia Ckristi pouTa être ren^_ 
contrée dans d'autres vallées des Alpes non encore visita par 0^1 
entomologiste, au moment de l'éclosion. ^ 

"L'Erebîa f/n'ofasriata du Tessin est aussi de découverte récente; 
le dessous de cette dernière est très caractéristique. Je partage 
Toplnion de M. Elwes qui trotive presque incroyable, bien que ce 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 23 

soit pourtant vrai, qu'une Erebia aussi distincte en apparence ait 
été découverte seulement si récemment (1893) dans une partie des 
Alpes que tant de collecteurs d'histoire naturelle ont visitée aupa- 
ravant 



V. — Erebia Pharte, ab. Phartina, Stgr. (PI. IV, 
fig- 45). 

Feu Staudinger décrit dans 17m (Vf!, p. 245), sous le nom de 
Pkoftina^ une variété de Pharte dont lui-même dit avoir pris, dans 
le ValaiSi, un cf chez qui les taches ordinaires manquent complè- 
tement sur le dessus des ailes. L'auteur ajoute : c Solche Stuecke 
die vermuthlich (fast ausschliesslich) in groesserer Hœhe als die 
typischen Pharte vorkommen, verdienen mit demselben Recbte 
einen besonderen* Namen als ein solcher aus gleichen Gruenden 
bei anderen Ereôia-Arten gegeben ist (z. B., Er. Manto, Esp. ab. 
CœcUia, Hh.), sie kœnnten als a6, ôder g^r var. Phartina bezeich- 
net werden, wenn sie sich als eine ziemlich konstante Hœhenform 
erweisen solltea Ich besitze sogar ein Q zu dieser Form, bei dem 
die bei typischen Q Q sdir breite braune Binde nur durch fuenf 
rundliche braune Fleckchen vertreten ist. 1 

Je rapporte à cette forme d'altitude de Pharte deux Q bien 
semblables entre elles que M. Wullschlegel a capturées au glacier 
de Trient, le 24 juillet 1895. Le dessus des ailes est d'un brun 
foncé uni, avec seulement une petite éclaircie rougeâtre près de 
l'apex des supérieures. Le dessous des ailes est comme dans le 
type, d'un brun plus pâle que le dessus; la petite tache apicale 
rougeâtre du dessus s'y reproduit exactement. Cette petite tache 
est l'unique vestige de la bande rougeâtre qui, dans les exemplaires 
ordinaires dû type Pharte, descend du bord costal des supérieures 
jusqu'assez près du bord anal des inférieures^ La petite tache en 
question est traversée par la nervure qui la divise en deux parties 
à peu près ^ales. 



34 LÉProOPTÉHOLOGIE COMPARÉE 

La forme Phartma se trouve en Savoie; la coll. Bellier en con- 
tient un cf très caractérisa. Le D' J. Oberthiir l'a récolta aux envi- 
rons de LanslebouTg, où des exemplaires sont presque uniftKiné- 
ment bruns en dessus, tandis que d'autres se rapprochent davantage 
du type normal. Je n'ai cependant jamais vu jusqu'ici des Q Q 
aussi unicolores que celles capturées au glacier de Trient Ces Ç Q 
me paraissent être l'expression la plus accentua de la forme 
d'altitude fkartina. 



VI. — Cœnonympha Arcanlai L., var. Insubricaf 

Frev. (PI. I, g fig. 12). 

La Cœnonympha Arcania est répandue dans une grande partie 
de l'Europe; elle manque en Angleterre. Elle est généralement 
commune en France, oii elle- éclôt dans les mois de juin et de 
juillet. Je la possède des environs de Paris (Sèvres, Lardy, Monti- 
gny-Beauchamp, Ozoir-la-Fcmère (•), d'Evreux, Remies, Angou- 
lême. Digne, Florac, Cauterets, Vemct-les-Bains, Grenoble La 
forme, en France, est assez constante; cependant les exemplaires 
des Pyrénées-Orientales ont la teinte fauve plus claire que ceux 
des autres localités. La variation porte principalement sur le 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2$ 

L'albinisme atteint Arcania, comme tous les êtres créés. Je dois 
à la générosité de M. Gabriel Dupuy, d'Angoulême, 2 cf chez qui 
la couleur fauve normale est remplacée par du blanc jatmâtre, 
tant en. dessus qu'en dessous. Inversement, la couleur fauve peut 
être beaucoup plus foncée que, dans les sujets normaux et la bor- 
dure noire des supérieures peut s'élargir au détriment de cette 
teinte fauve du fond des supérieures. C'est à Rennes que le type 
d* Arcania paraît tendre davantage vers le mélanisme^ 

Dans les Alpes, mais à une assez grande hauteur, Philea rem- 
place Arcania, Cette variété d'altitude n'a pas été trouvée dans les 
Pyrénées. 

La Cœnonympha Darwinianà, de la route du Simplon, est une 
forme qui fait bien la transition entre Arcania^ des plaines de 
France, et Philea, de Zermatt, de Chamonix et de l'Oberlaod 
bernois. 

A Enchastrayes (Basses-Alpes), il y a également une forme 
tout à fait transitionnelle entre Arcania et Philea, Cette variété 
Philea est surtout caractérisée par sa taille réduite et par ses ailes 
en dessus uniformément brunes chez le cf. La tache fauve persiste 
chez la Q et aussi chez certains cf Philea; cependant la tendance 
à l'uniformité mélanienne des ailes en dessus est générale chez 
cette variété alpine. 

A l'inverse de Philea est la forme insuôrica, de Crévola, sur le 
versant méridional du Simplon. La taille ^insubrica est plus 
grande que celle d'Arcanta des plaines françaises; sa teinte rou- 
geâtre, tant en dessus qu'en dessous^ est vive et généralement plus 
accentuée. 

Si l'on voulait établir par graduation l'échelle des formes & Ar- 
cania, il faudrait mettre Insubrica en tète, comme étant la plus 
grande, continuer par Arcania de nos plaines françaises, placer 
ensuite Darunniana du Simplon et d'Enchastrayes et finir par 
Philea de RyfiFelalp. 

La forme algérienne Arcanioides est plus petite et plus rou- 
ge&tre en dessous, avec l'espace blanc des ailes inférieures très 
réduit C'est peut-être une espèce à part 



LÉPIDOPTËROLOGIE COMPARÉE 



En Grèce et en Asie-Miœure, Arcania ne me parait gràre diff^ 
rer de la fonne des Pyr^oées-Orientales; mais il est intéressant 
de ooDstater chez Arcania de Suisse, ces variatioos si difféiotcs 
et même opposa PhiUa minor et însuirica major, avec Darm- 
mana submedia, vivant dans des localités d'altitude diverse^ mais 
cependant relativement très voisines les unes des autres. 



VIL — Celarto Dahlif, Huebner, ab. Iuta«c*n«i 

Obthr. (PI. VI, fig. 6i). 

Les ailes inférieures en dessus sont jaunes, au lieu d'être rouges. 

Les ailes supérieures scxit plus claires que dans la fonne nor- 
male. La couleur vert-olive y est remplacée par une teinte d'un 
ochrc- jaune un peu verdâtre. 

Le dessous du corps et des ailes n'est pas d'un rose vineux plos 
ou moins vif, mais d'un gris-jaunâtre. 

Je possède un seul exemplaire g venant de Corse; il était dans 
l'andcnne collection Bdlier. J'ai entendu dire qu'il existait no 
autre exemplaire tout semblable dans la collection de feu Berce. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2J 

fondé à croire que la loi de variation, d'après laquelle toute cou- 
leur rouge peut, d'une part, albiniser en jaune et en blanc, et, 
d'autre part, mélaniser en brun et en noir, ne comporte pas d'excep- 
tion. J'ai multiplié dans ma collection les documents à cet ^;ard, 
et je ne connais point de geme qui soit réfractaire à cette loi 
générale. Seulement il y a des lieux où, pour des circonstances 
encore inconnues, la variation jaune, par exemple, est pour telle 
ou telle espèce plus fréquente, alors qu'ailleurs elle parait nulle, 
tant elle y est rarement observée. Je ne crois pas que les expé- 
riences de Zurich, si habilement et heureusement poursuivies par 
MM. Standfus et Fischer (froid et chaud), aient rien donné quant 
à la question des divers stages de variation xanthique : blanc, 
jaune, rouge, brun et noir. Les causes qui produisent les variations 
de couleur rouge soit en jaune par albinisme, soit en bryn par 
mélanisme, sont encore inconnues. 



IX. — Celerio Vespei^ilio» Esp., ab. Salmoneai 

Obthr. (PI. V, fig. 57). 

Jolie aberration albinisante en dessus comme en dessous de 
Vespertilio, Les ailes inférieures sont, en dessus, d'une couleur 
rose saumon pâle et tm peu jaunâtre, au lieu d'être d'un rose fleur 
de pécher, comme dans la forme normale. Salmonea fait la tran- 
sition de la forme ordinaire rose-carminé de Vespertilio à la forme 
jaune qui doit nécessairement exister pour Vespertilio comme pour 
Euphorhiœ, mais que je n'ai pas encore eu occasion de voir. En 
dessous, le disque des ailes supérieures et les ailes inférieures scmt 
colorées en nankin un peu rosé très pâle. 

J'ai un seul et très bel individude l'aberration Salmonea obtenu 
de la chenille par M. Léonhart, de Bâle. 



LÉPnXlPTÉROLOGIE COMPARÉE 



X. — Celarto hybHdes Ve«p*rtllloldett» Bdv. (PL V, 

&B- 54. 55)- 
Kpllobii, Bdv. (Pi. VI, fig. 58). 
Epilobii, Bdv. (PI VI, &g. 59). 
Burckhardtf, Mory (PI. V, fig. 56). 

Je ne crois pas que personne ait encore rencontré dans la nature' 
un accouplement de Vespfrtilio avec Hipfofkaes ou Euphorbi^. 
Mais on a trouvé assez fréquemment en France, spécialement dans 
le Dauphiné et la région lyonnaise, et plus récemment en Alsace:, 
aux environs d'Huningue, des chenilles paraissant hyt^des soit 
de Vespertilio et Hippophaés, soit de Vespertitio et Eyphotbite. 

De ces chenilles sont sortis des papillons connus sous le nom 
de VespertiUoides, quand ils sont le produit supposé de Vesper- 
tilio et Hippophaés, et à'Eptlobii, lorsqu'ils sont prétendus issus 
de Vespertilio et Euphorbia. 

Boisduval, dans les Annales de la Société linnéenne de Paris. 
en 1827, a, pour la première fois, parlé du Sphinx VespertiUoides; 
plus tard, dans la Collection iconographique et historique des 
chenilles (1832), dans Vlcones historique des Lépidoptères (1834) 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 29 

toute une postérité. Or les chenilles hybrides ayant été le plus 
souvent rencontrées sur Vepilobium angustifolium (*), il a été 
raisonnable d'en conclure que la Q ayant pondu les œufs, a appar- 
tenu à l'espèce Vespertilio dont la chenille vit sur Vepilobium, 
Plus rarement, et moins authentiquement, des chenilles hybrides 
ayant été observées sur XHippofhaè rhamnoides^ cet arbuste épi- 
neux, au feuillage grisâtre dont sont fréquemment couvertes les 
grèves du Rhône et de ses affluents» on a été fondé à penser que, 
dans cette circonstance, ce devait être la Q Hippophaës^ fécondée 
par Vespertilio cS qui avait pondu sur Yhippophaè rhamnoides (*♦), 
nourriture exclusive de son espèce. 

Il existe dans la collection Boisduval deux exemplaires Vesper- 
tilioides. Ce sont les types ayant servi à la description de Bois- 
duval. Ils sont très anciens, mais encore assez bien conservés. Je 
ne connais pas la figure publiée en 1827 dans les Annales de la 
Société linnéenne de Paris, J'ai sous les yeux seulement la figure 3 
de la planche 49 de VIcones. Cette figure a été grossièrement colo- 
riée. Possédant la collection des peintures originales exécutées 
par Duménil et E. Blanchard pour servir de modèles à la gravure 
et au coloriage des planches de VIcones et de VIconographie des 
chenilles, je puis faire la comparaison entre ces modèles et la 
reproduction. Malheureusement, je constate une telle absence de 
soins dans le coloriage qu'il en résulte une véritable défiguration 
aussi bien pour la représentation de V es per tilioides (PI. 49), que 
pour celle d'Epilobii (PL 51). 

Quoi qu'il en soit, j'ai fait figurer de nouveau sous le n** 54 de 
cet ouvrage, le V es per tilioides qui a déjà servi pour la figure 3 de 
la planche 49 de VIcones. Quant au n* 55, c'est un V es per tilioides 
de la collection Bellier, beaucoup moins ancien assurément que le 
type de Boisduval, par conséquent d'une coloration plus vive et 



(*) Bpilohium a,nçustifoliwn, Lamk. ; synonyme rosmarinifolium, 
Haencke; var. à feuilles plus larges Fleiseheri, Hochst (famille des Onà- 
grariées). 

(«*) Hippophaë rhamnoides, Linn., vulg. argousier faux-nerprun 
(famille des Eléagnées). 



30 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

plus fraîche, nms ne différant guèie du Qrpe. Autant que je puis 
en juger par les 3 exemplaires de ma collectÛMO, dont on récolté 
plus récemment que les deux autres, Vesf<TiiUoides serait donc 
assez régulièrement semblable à lui-même. D après Boisdtival 
(Sp. gin., p. i;o), cet entomologiste a personnellement trouvé sur 
\efUobium angustifoliuwit au tx>rd du Drac, près de Grenc^)!^ 
la chenille de Vtspertilioides figurée dans son Uonografkie des 
chenilles. On peut donc supposer qu'au moins l'un des exemplaires 
de la collection Boisduval a pu être obtenu d'édosioa par Bots- 
duval lui-même et dès lors provenir de l'accouplement à'Hipfo- 
pkais (S avec Vespertilio g, puisque c'est sur VeptUr&ium que les 
chenilles ont été récollées. 

fioisduval ajoute {Sp. gin., p. 1 76) : « U parait que le Vtsper- 
» tilio mÂIe s'accouple aussi quelquefois avec YHiffopkeis 

> femelle, car on a trouvé des chenilles hybrides sur Ykippopkai 
» rkamnoides qui diffétaieot un peu de celles que nous avons 

> trouvées sur X'ipilobe. C'est une de ces chenilles de VhipfopÂai 

> qui a produit à Fcisthamel le Spiinx Amelia qui, à l'état 
* d'insecte parfait, est ctHupIètcment semblable à notre Vesfer- 

> tiUoides. > 

Que le produit hybride de Vesferiiliû çj et Hippopkaès Q 
soit égal à celui de Hippopkaès (S et Vespertilio Ç, je le crois 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 31 

par M. le baron Feisthamel et insérée dans le Bulletin des 
Sciences naturelles de 1827^ tome 2, page 162. Voici les faits 
qu'elle contient La chenille du Sphinx dont il s'agit vit soli- 
tairement sur répilobe à feuilles de romarin (epilobium angus- 
tifolium). Elle fut trouvée pour la première fois le 11 juillet 
1825, sur les bords du Drac, près Grenoble, par M"* Amélie 
Vattier. Le mari de cette dame (*) en retrouva plusieurs Tannée 
suivante à la même époque et les donna à M. Feisthamel, qui 
continua de les élever; mais une seule lui réussit, et il en obtint 
le Sphinx que nous venons de décrire et dont l'éclosion eut lieu 
vers la fin d'août 1 
Contrairement à ce que dit Boisduval, dans le Species général, 
la chenille d'Amelia aurait donc vécu sur Yepiloôium, non sur 
Yhippophaë. 

Cependant Duponchel termine son article sur Amelia en disant : 
€ Amelia ressemble en effet beaucoup à Vespertilioides Boisduval ; 
» mais sa chenille est très différente, de sorte que nous avons dû 
1 lui conserver le nom que lui a donné M. Feisthamel, d'autant 
1 mieux que ce nom a pour lui l'antériorité. 1 

Les 2 chenilles d'Amelia et VespertiUoides seraient donc très 
différentes, quoique toutes deux se nourrissant d*epilo6ium. Mais 
la figure donnée par Duponchel de V Amelia Feisthamel (suppl. 
Sphingides, pi. I, fig. 2) me parait représenter un papillon ^^le- 
ment assez différent du Vespertilioides, Bdv. En effet, la figure 
précitée de V Amelia présente, sur le disque des ailes supérieures, 
une raie obscure, descendant du bord costal où elle est plus large, 
vers le bord interne oii elle finit en pointe. Cette raie manque dans 
Vespertilioides. J'en aperçois bien un vestige dans le Vesperti- 
lioides cf de la collection Boisduval, mais la trace en est bien peu 
apparente, tandis que Duponchel en fait état dans sa description 
(p. Il) : € Du côté interne, elle (la ligne descendant de l'apex, 
1 bordée sur son côté externe par une bande olivâtre dentée exté- 



(*) M. Vattier, capitaine adjudant-major au 25* de ligne, membre fon- 
dateur de la Société entomologique de France. 



32 LLFIDOPTÉROLOCIE COHPAKÊC 

• neurement, est ioagce pu lux autre ligne de li même couleur 

■ que cette banùe et qui seieiat d^^uii duiiver à l'angle supé- 

• Tieur. > 

Mais il n'y a pas que ce piemter Am^ua, FcisthameL 
11 y CD a un autre également décrit et bguié par Dupoochel 
(p. 125A ei pi. Xi. ûg. 2). 
Voici ce qu'écrit Dupoochel à ce sujet : • Dqwis que oous 

• avons décrit et &gurc, page 1 1 et pL I de ce voL, le Sfàinx 
a Amelia de M. Feistbamel, ikmis avons icfu en communication 

> de M, Cbardiny, de Lyon, le Sfkini, V af<rtiiioides de M. Bois- 

• duval, et, par la comparaison minuueuse que nous avons faite 

■ de l'un avec l'autre nous avons été à même de nous cxinvaincR 

• de leur identité, quoique chacun d'eux provienne d'une cbeaille 

> différente, du moins pour le fond de la couleur, car elles 
a se ressemblent pour la forme et la disposition des taches, excepté 

■ pourtant que celle de M. Boisduval a la conte beaucoup plus 

• courte que celle de M. Feisthamel. • 

Si l'on considère la Êgure, paraissant très soignée dans l'ouvrage 
de Duponchel, qui d'ailleurs ne décnt pas autrement le papillon 
communiqué par M. Chardiny, on trouve que ce second Amelia 
n'est nullement identique à VtsperiHioides de Boisduval, mais se 
rapprocherait plutôt de YEpiioàii du même auteur. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^3 

» I** Deilephila epilobii, La chenille de cet hybride des Deile- 
• pkila Vespertilio et Euphorbiœ a été trouvée par nos collègues 
» vers la fin de juillet 1876 au sud de Lyon, à Pierre-Bénite, près 
» de Chapoly, dans des carrières où abonde Xepilobium rosma- 
1 rinifolium^ et l'insecte parfait est éclos au mois d'août. 

» Ce rare Sphingide n'avait encore été signalé qu'au nord- 
» ouest de Lyon, à Saint-Fortunat, par Merk, et d'après M. Ma- 
» bille, M. Poulin, de Genève, en avait pris la chenille en 1870, au 
» pied du Salève, sur la même espèce d'epilobium, • 

Mais cet Epilobii^ de Lyon, semble avoir quelquefois une parti- 
cularité signalée par Boisduval, dans sa description à! Epilobii et 
bien indiquée dans la figure 2 de la planche XI du Supplément 
par Duponchel. Il s'agit de la raie oblique brune des ailes supé- 
rieures, descendant de la côte au bord interne, contiguë au côté 
externe de la tache irrég^lière, mal écrite, brun olivâtre et qui se 
trouve dans la cellule discoïdale. Le papillon figuré sous le n** 58 
de cet ouvrage, très ancien, mais encore très bien conservé, por- 
tant, sur une étiquette de papier que le temps a jaunie, ce rensei- 
gnement : t éclos le 23 août », offre cette raie oblique, parallèle 
à celle qui descend de Tangle apical et sur le côté externe de 
laquelle se trouve la tache triangulaire submarginale, d'un brun 
olivâtre, extérieurement sinuée, plus large à la base, au contact 
du bord interne, qu'à son sommet, vers l'apex. 

Les Epilobii que je possède de Grenoble et d'Huningue n'ont 
point cette raie (*). 

Sans doute YEuphorbia qui a participé à la création de cet 
Epilobii^ en compte-à-demi avec une Vespertilio, avait cette raie 
et sa descendance hybride a conservé ce caractère héréditaire. On 
trouve en effet, mais assez rarement, des Euphorbiœ avec cette 
raie très accentuée. 

Je rapporte donc à VEpilobii, Bdv., le second Atnelia, Dup. 
(PL XI, fig. 2). Je ne sais pourquoi cette raie, parfaitement figurée 



(*) Depuis que ces lignes ont été écrites, j'ai reçu de M. Léonhart, 
de Bâle, un EpHohn, d'Huningue, offrant précisément ce caractère. 



34 LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 

dans la peinture originale de Duménil, pour VUohes, n'a pas été 
reproduite à la gravure et au coloriage des planches de l'éditioa 

J'ignore d'ailleurs ce qu'est devenu le papillon Rpilobii type 
Boisduval. Communiqué par Merk, de Lyon (voir Vicones'). il a 
probablement été rendu à son propriétaire lyonnais par Boisduval 
qui, dans son Species général, p. 177-17S, s'exprime comme suit : 
■ Nous en avons reçu un exemplaire de feu Merk », mais ne dit 
point si c'était en dan et n'ajoute d'ailleurs pas la mention ordi- 
naire ; coll. Bd. 

UEpiloèii, figuré sous le n" 58, appartenait à de Graslîn. II est 
fort probable que Boisduval l'a vu, car sa description dans 
VIcoHcs et le Species générul lui convient parfaitement II ne faut 
pas oublier que de Graslin fut, avec Rambur, le collaborateur de 
Boisduval pour l'Iconographie des chenilles et que les relations 
de ces trois entomologistes devaient être très fréquentes. Rambur, 
ami intime de de Graslin et son proche voisin, s'intéressait vive- 
ment à la question des DcilephiUi hybrides, ainsi que le démontre 
la notice qu'il &t insérer dans les Annales de la Société entoniolo- 
gique de l-rance (1832, p. 420), et dont je transcris ci-dessous les 
termes : 

« M. Rambur rapporte les observations qu'il a faites sur les 
» nouveaux Sphinx Vespertilioides et Epilobii et pense que le 

premier cat un hybride du Splinix Vcipcrlilio et du SpAin 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35 

Je me suis attaché à reconstituer, autant que c'est possible quand 
les témoins ne sont plus, mais avec les documents qu'ils ont 
laissés, l'histoire déjà ancienne des hybrides Vespertilioides et 
Epilobu du Dauphiné et de la région lyonnaise, avant de passer 
à l'examen des hybrides nouvellement observés en Alsace. Je 
dois toutefois rappeler, pour l'intelligence de la question, que 
Duponchel et Boisduval travaillaient à part l'un de l'autre et en 
rivalité assez aiguë, comme le témoigne une circulaire pour VI cônes 
intitulée : Avis de Vauteur, et signée : Le Docteur Boisduval^ rue 
Mouffetardf «** 7^, dans laquelle Boisduval traite assez aigrement 
Duponchel son concurrent {sic). Cette observation me parait 
nécessaire pour expliquer comment, bien que Boisduval et Dupon- 
chel habitassent tous deux Paris, des questions fort intéressantes 
et auxquelles leur union eût donné une solution si aisée, devaient 
rester incomplètement traitées par l'un agissant isolément et en 
dehors de l'autre. Boisduval n'a certainement pas dû voir les 
spécimens à'Amelia et d'Epilobii de MM. Chardiny et Donzel, 
dont Duponchel seul a reçu communication, et Duponchel, de son 
côté, n'a pas vu les documents que Boisduval avait entre les 
mains. 

On m'excusera d'avoir, pour aider à produire la vérité scienti- 
fique, rappelé, en fouillant dans l'histoire des temps passés de 
notre Entomologie française, un côté malheureux des relations de 
deux illustres Lépidoptéristes. Humanum est! 

Avant de passer à l'étude des découvertes récentes, je dois parler 
des figures de Vespertilioides et Epilobii données par Herrich- 
Schaeffer, sous les n*** 9 et 10 de la planche 3 des Sphingides 
EuTopœ, Ces deux figures ne sont point faites d'après des origi- 
naux mais simplement copiées d'après VIcones, tout comme celles 
de Dejeani et Dahurica (n*** 90 et 91, tab. 18, Bombycides Europcé), 
Je dois dire, du reste, qu'avec une sincérité à laquelle il est toujours 
juste de rendre hommage, Herrich-Schaeffer, dans son texte expli- 
catif, II, p. 89, indique pour Epilobii^ n** 9, comme pour Vesperti- 
lioides, n® 10, qu'il a copié les figures de VIcones. Il n'en est pas 
de même pour Vespertilioides, n** 13. dont la couleur générale 



36 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

paraît un peu foncée, mais qui, à part cet cxcfes probable de colo- 
ralion, rcprcscnlc bien exactement un cX très analogue à la On* 55 
de niun uuvrai^e. 

M. Eric Mury {Minheil. dcr sckweix. emfom. Geselisck., Bd \o, 
llcft 8), a publié sous le titre : Ueber einige neue sdnoeixeriscki 
liaUardf du Sphingïdtn-Gcnus Dcilephila, etc., un travail du plus 
haut inlérc-t sur les hybrides Epilobii et leurs dérivés trouvés dans 
la nature à llunin^^ue (llaute-Alsace). 

Il jtarail dciiiontrc que les produits hybrides de Vespertilio et 
Liiphurbitc seraient féconds. M. Mory appelle Eugeni le produit 
d'un bâtard naturel secondaire, issu sans doute d'un £pito6ii cf 
et d'un Vispcrlilio C^. 

Expérimental en I eut le professeur Standfuss a obtenu un [»o- 
duit résultant d'un Eiigcm et d'un Vespertilio, et il est résulté de 
cette cxi>érieniLC qu'on a cru pouvoir reconnaître dans la nature 
l'existence de bâtards au j' degré. 

D'apri-s la planche |)hotographique publiée par M, Mory, plus 
on b'éloiyiie du premier hybride Epilobii, plus la ressemblance est 
jjrande avec Vespertilio qui paraît être, dans toutes ces hybrida- 
tions, l'aycnt le plus actif, à qui en appartient peut-être l'initiative 
et à qui semble revenir graduellement et déânitivement le type 
par la succession des accouplements hybrides. 

M^iis l'iiybriile du r' de|.;ré Epilobii est très différent ; 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 3/ 

i® Deilephtla hybride Epilobii, Bd., provenant d'un croisement 
entre Euphorbiœ cf et Vesperiilio g . 

Les chenilles de cet hybride sont très variables. En général, 
elles se présentent dans les couleurs et le dessin de YEuphorbiœ. 
Parvenues à leur taille, ces chenilles sont noires ou d'un noir-ver- 
dâtre, finement pointillées de jaune ou de rose, ou encore de jaune- 
rosé, avec deux taches rondes ou ovales qui sont blanches ou d'un 
jaune-rosé de chaque côté et sur chaque anneau. En plus, il y a 
une raie dorsale rouge ou jaune-rosé qui s'étend tout le long du 
dos. Quelquefois, cependant, cette ligne s'arrête vers le 4* anneau. 
La tête et les pattes sont rouges; les pattes écailleuses de devant 
ont la pointe noire. La corne est moins forte et à peine moitié 
aussi longue que celle de VEuphorbiœ; elle est à sa base, et pour 
près d'un tiers de sa longueur, rouge, tandis que le reste, jusqu'à 
l'extrémité, est noir. Dans cette forme, la chenille d'Epilobii res- 
semble tellement à celle de VEuphorbiœ que si on ne la trouvait 
pas sur Yepilobium rosmarinifolium et si elle ne faisait pas de 
cette plante son unique nourriture, on prendrait la chenille d'Epi- 
lobii pour celle diEuphofbiœ. 

C'est principalement par le raccourcissement de sa corne que la 
chenille à'Epilobii diffère, pour ses caractères extérieurs, de celle 
diEuphofbiœ, 

Mais on a rencontré aussi des chenilles qui étaient de couleur 
rouge-brique presque uniforme. Quelques chenilles de cette forme 
avaient sur les côtés, entre les taches ovales, de légères taches trian- 
gulaires formées par un assemblage de petits points noirâtres ou 
grisâtres. 

Cette forme de chenille très intéressante a été trouvée pendant 
les mois de juillet et août 1900, et les papillons en sont éclos 
l'année suivante. 

Cependant, d'après les observations auxquelles elles ont donné 
lieu, la coloration si différente de ces chenilles n'a eu aucune 
influence sur les papillons dont la forme est restée normale. 

Toutes les chenilles A'Epilobii ont été trouvées près d'Huningue, 
pendant les mois de juillet, août et septembre, sur YEpilobium 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



rosmarini/olhm. et nourries avec cette plante, dont elle parait 
vivre exclusivement. 

Le papirion varie beaucoup pour la couleur du fond des aiks 
supA-ieiires, c'esl-.i-dire pour la couleur grise de : i" la partie 
m»?diane comprise entre In tache basilaire et la bande oblique 
et 2" la partie extérieure entre cette bande oblique et le bord exté- 
rieur Cette teinte grise du fond des ailes est plus ou moins claire 
ou fonr^. Quelquefois la bande oblique transversale est sur soa 
côté imerne nuancée de rose. Une fois, il est éclos un exemplaire 
&I:pilof>ii. à ailes supérieures rougeàtres, par conséquent analc^ue 
à l'ab. Tiihescrns à'F.uphoTb'ur. W semble que chez Efilobii, la bor- 
dure nnire marginale des ailes inférieures est plus rapprochée dn 
bord extérieur de ces mômes ailes que chez Euphorbite et que leur 
couleur rose est plus vi\e et moins nuancée de brun chez Epiloba 
que chez Eiip/iorbhp. 

Depuis i8t/), à l'exception de 1897, jusqu'en igo2, la chenille 
de l'hybride Epilohii a fait tous les ans apparition pr^ d'Hu- 
niiiguc. En iSg-, clic n'aura probablement pas été obsetrée 
4 chenilles trouvées ]inr M. Léonhart, pour la première fois en 
août et sr|>tcnihrc i8p(i. prî-s d'Uuningue, lui ont donné deux 
exemplaires : le premier, cf. l'.innée suivante, en juillet; le second, 
Q. après doux hivernages de la chrysalide, en septembre 1898, 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 39 

Vepilobium rosmarinifolium^ près d'Huningue, aux mêmes endroits 
où avait été trouvée la chenille d'Epilobii. 

Les chenilles dEugeni sont très variables pour la couleur et le 
dessin; celles trouvées par MM. Léonhart ressemblaient à la che- 
nille d'Epilobii, à fond noir ou noir-verdâtre; elles avaient éga- 
lement la corne très petite, sauf une chenille qui avait la corne très 
développée et aussi longue que celle diEuphorbiœ, M. Mory dit 
avoir eu des chenilles d!Eugent absolument sans corne, une, entre 
autres, qui, sur le 1 1* anneau, avait une proéminence, en place de la 
corne. 

M. Mory parle aussi de deux chenilles qui ne différaient en rien 
de celle de Vespertilio et qui auraient fourni l'hybride EugenL 
Y aurait-il eu quelque confusion dans les boîtes à élevage? ou bien 
la variabilité de la chenille n'aurait-elle aucun rapport avec celle 
du papillon dans le même individu; ce qui paraît tout d'abord 
extraordinaire? 

Les papillons qui varient beaucoup, comme les chenilles elles- 
mêmes, sont éclos en partie la même année, c'est-à-dire en août et 
septembre, avant l'hivernage des chrysalides ; le plus grand nombre 
cependant, après l'hivernage des chrysalides, en juin et juillet 
1900, 1901 et 1902, et non certainement en avril, comme l'indique 
par erreur sans doute le D' Arnold Spuler {Die Schmeiierlinge 
Euro pas; dritte Auflage von E. Hofmanns gleichnamigen Werke, 
p. 85). II aurait fallu pour cela que la chrysalide eût été tenue dans 
une température chauffée. 

M. Mory en distingue 3 formes : 

/"* forme. — Exemplaires à dessins, bandes et taches des ailes 
supérieures de coloration verdâtre, au lieu d'être gris. 

-?• forme intermédiaire et principale. — Ailes supérieures à fond 
gris; bandes et taches grises plus foncées. 

Cette forme varie en ce que la bande grise transversale peut se 
présenter dans une coloration rougeâtre. Toute la surface des ailes 
supérieures peut être même rouge ou rougeâtre. 

f forme. — Exemplaires d'un gris uniforme, chez lesquels la 
bande transversale des ailes supérieures dispéuraît. Les exemplaires 



40 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

de cette forme ressemblent beaucoup à Vespertilio. Ils sont cxpes- 
dant d'un gris plus foncé. 

Les ailes inférieures d'Eugrni n'offrent d'autre particularité que 
d'avoir la bande noire en général un peu plus rapprochée du bord 
extérieur que chez Epilobii, Quelquefois la tache blanche, dans 
l'angle anal, a une légère teinte roussâtre. 

3" DeiUphila, hybrid. tertia: ordinis Burckhardli, Mory. 

Cet hybride est supposé issu d'un croisement entre D. EugeHt (S 
(hybrid. secund. ordinis) et Vespertilio Q. Depuis 1898 jusqu'en 
1902, MM. Léonhart père et fils, ainsi que M. Mory et divers autres 
entomologistes, en ont élevé un certain nombre de chenilles trou- 
vées en juillet, août et septembre sur VepHobium Tosmarinifolium, 
aux mêmes endroits, près d'Huningue, 011 furent trouvés Epiloàii 
et Eiigeni. 

Les chenilles ne diffèrent pas sensiblement de celles de Vesper- 
tilio; elles sont cependant d'un gris enfumé plus foncé C'est sur- 
tout le long du dos et aux incisions des anneaux qu'elles sont plus 
noirâtres. Elles paraissent aussi plus élancées, moins boursouflées 
que les chenille de Vespertilio. Elles n'ont pas d'analogie avec les 
chenilles d'Euphorbim et elles manquent de cette proéminence 
sur le II' anneau que signale M. Mory. 

Quant au papillon, c'est principalement la ligne transversale 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4I 

salide, c'est-à-dire en août et septembre; les autres Tannée sui- 
vante, après l'hivernage de la chrysalide, en juin et juillet. 

J'avoue que la différence entre les papillons Burckhardit et 
Vespertilio me paraît difficile à percevoir. Si je compéure les Ves- 
pertilio de ma collection provenant de diverses localités de France, 
de Suisse et d'Autriche avec 30 Buckhardti que m'a envoyés 
M. Léonhart, je ne trouve pas d'exemplaire Buckhardti possible 
à distinguer nettement par les caractères extérieurs de son imago, 
de Vespertilio. J'ai fait figurer, sous le n** 56, le Burckhardti le 
plus différent des autres, bien qu'il n'ait pas sur les ailes supé- 
rieures la ligne secondaire oblique dont parle M. Léonhart et que 
signale aussi M. Mory. Seulement ce Burckhardti a la ligne prin- 
cipale ordinaire très bien écrite en brun, et cette ligne traverse une 
partie d'un gjis plus foncé qui présente, le long du bord marginal 
et par conséquent sur le côté externe de la ligne, une sinuosité 
terminale assez analogue à celle à'Euphorbiœ. En outre il y a sur 
ses ailes supérieures une tache costale et une tache subbasilaire 
d'un gris plus foncé et enfin une éclaircie cellulaire plus accentuée 
que dans la plupart des autres échantillons. 

Ce serait donc plutôt à l'état de chenille que se trouveraient 
constatées des différences suffisantes pour justifier, relativement à 
Burckhardti, la supposition que ce Burckhardti serait un hybride 
au 3* degré. 

Toujours est-il que les faits observés jusqu'ici et tenus comme 
valablement acquis sont bien étranges. Laissant de côté, malgré 
les affirmations de Boisduval et de Rambur, mais faute de preuves 
assez certaines, le fait de l'hybridation de Vespertilio (3 avec 
Hippophaès Q, il reste comme à peu près indiscutable l'union 
naturelle de Vespertilio Q, tantôt avec Hippophaès cT, d'où naît 
Vespertilioides, Bdv., tantôt avec Euphorbiœ cT, d'où naît Epi- 
lobii, Bdv. 

Ces faits, contraires à la loi naturelle conservatrice de la fixité 
et de la pureté des espèces, se passent à peu près partout où 
Vespertilio vit avec des espèces congénères. De plus l'hybride 



42 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

résultant de ces unions entre la ç Vespertilio et le cf Eufihorbut 
ne serait pas infécond, ainsi qu'il arrive le plus généralement 
lorsqu'arti&ciellement une hybridation a été produite; mais les 
papillons Epilobii <3, nés de Vesperlilio q et âEupkorbiœ (S, 
pourraient encore, avec Vespertilio Q, créer un hybride nouveau 
Eugeni, et les entomologistes qui ont vu. plusieurs années de 
suite, les chenilles dans la nature à Huningue, sont persuadés que 
Barckkardti serait le résultat d'une nouvelle union hybride d'£a- 
geni d" avec Vespertilio q . 

Que deviennent cependant les Q Epilobii et Eugeni? Seraient- 
elles fécondes elles-mêmes? 

II y a là une série d'études qui peuvent se poursuivre concur- 
remment dans la nature et dans le laboratoire. Un aide précieux 
sera donné par les expériences d'hybridation artificielle, pour par- 
venir à la connaissance exacte de tous les phénomènes dont 
quelques-uns restent encore mystérieux. 

II convient encore de remarquer que si les organes sexuels sont 
différents dans la plupart des espèces de Sphingides, ils ne dif- 
fèrent pas dans toutes. Lorsque les organes sont très différents, 
l'hybridation est à peu près impossible. Mais il y a des espèces 
nombreuses chez lesquelles les différences dans les organes sexuels 
sont presque nulles. M. le D' Karl Jordan n'a pas trouvé de diffé- 
rences importantes, ni dans les mâles, ni dans les femelles des 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 43 

noble ou d*Huningue, qui s'hybrident volontiers avec Vespertilio. 
Les recherches ultérieures nous permettront sans doute de 
résoudre quelques-unes des questions maintenant soulevées. Il 
serait bien désirable que les entomologistes de Lyon et de Grenoble 
joignissent leurs efforts à ceux de nos confrères suisses et alsaciens 
pour fournir un supplément de lumière. En Autriche aussi, on a 
observé Epilobii. Je regrette de n'avoir vu jusqu'ici aucun Epilobii 
viennois, et dès lors de ne pouvoir en faire la comparaison à ceux 
qui ont fait l'objet de la présente étude. 



XL — Zysraona Ephialtes, Linn., ab. Sophiaoi 

Favre (PL III, fig. 25, 26, 27). 

Une des plus intéressantes Zygœna pour ses multiples varia- 
tions est certainement Ephialtes. 

Rouge aux ailes inférieures, avec 3 taches rouges aux supé- 
rieures, en plus des taches basilaires, c'est XAthamanthœ, En 
France, je l'ai prise à Vizille, au mois de juin. Je la possède aussi 
des environs de Paris, de la Charente-Inférieure et de la Saxe. 

Egalement rouge aux ailes inférieures, mais avec 4 taches 
rouges aux supérieures, en plus de l'espace basilaire rouge, c'est la 
Peucedani; je l'ai trouvée au Pont-du-Gard, où elle volait en 
compagnie d' Ephialtes, dans les premiers jours de juillet. Je l'ai 
aussi rencontrée en Isère, mais sans être accompagnée à! Ephialtes, 
et en Haute-Savoie (val du Fier) dans les mêmes conditions. Elle 
habite aussi les environs de Paris, notamment Lardy, d'où j'en 
possède une Q trouvée in copula avec hiUpendulœ cT, par feu 
Lhotte, en 1896. 

On rencontre, plus particulièrement aux environs de Digne et 
de Vienne, en Autriche, une aberration roseo-albescens de Peuce- 
dani, chez laquelle les taches des ailes supérieures, au lieu d'être 
rouges, sont d'un blanc-rosé; les ailes inférieures restent rouges. 

L^ne autre aberration dite Macus, semble assez fréquente en 
Autriche. Chez cette aberration ^.acus, la couleur jaune remplace 



44 LÉPIDOPTÉKOLOGIE COMPARÉE 

la couleur rouge sur les 4 ailes et à l'aniieau abdominal; elk 
existe aussi bien pour la forme à 3 taches (5 tadies, si l'on compte 
les basilaires) Atkamantka et pour la fonne à 4 tacbes (6 avec les 

basilaires) PeuceJini. 

Il y a un s-iltus un peu lai^ entre les formes AtkamatUka. 
Prutedani, leurs aberrations normales : rosee-albescems et j^aeus 
et les formes dont les 4 ailes sont indigo avec taches blanches sur 
les supérieures, sauf les basilaires restant rouges ou jaunes, 
Epkiiillfs, FidealiF, Coronillœ et Trigonellte. 

J'ai remarqué maintes fois que les échantillons formant le tram- 
situs egregiiis sont plus rares que ceux des formes extrêmes. Ainsi 
l'aberration SaturHina, à ailes orangées, faisant le passage le plus 
insensible entre la forme rouge de i\tlliu:oTpka hna et la forme 
jaune lulescens. est-elle bien peu fréquente, puisque c'est à peine 
si, dans près d'un demî-siècle. je suis par\cnu à en capturer une 
vingtaine d'exemplaires. 

Sans doute la forme transitionclle de Peiufdatii à Efihialtes est 
fort rare également. Cependant elle existe; il y en avait deux 
exemplaires dans la collection de feu Kuwert. de Berlin, dont je 
fis l'acquisition en 189^ L'un de ces échantillons de transition a 
été récolté très fraîchement éclos; il |x>rte féliquette de localité : 
Galliiîien. L'anneau abdominal et les taches basilaires de ses ailes 
supérieures sont rouges; les 3 autres taches sont assez fortement 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 45 

Ephialtes, avec les taches basilaires rouges, 4 taches blanches 
aux ailes supérieures et un seul point blanc aux ailes inférieures, 
vole en France, au Pont-du-Gard, en compagnie de Peucedani. Je 
la possède aussi de Grèce et du Piémont. 

Cette Ephialtes varie par la suppression de la tache blanche 
extrême des ailes supérieures. C'est alors avec 3 taches blanches, 
au lieu de 4, la forme Falcatœ, Celle-ci est commune en France 
aux environs de l'ancien monastère ruiné de Saint-Martin-du- 
Canigou (Pyrénées-Orientales). Jamais nous n'avons trouvé dans 
cette localité une des formes Peucedani^ Athamanthœ ou Ephialtes. 
Seule Falcatœ paraît être la forme locale au-dessus de Vemet-les- 
Bains. Mais Falcatœ y présente assez souvent une aberration chez 
laquelle les taches blanches, surtout aux ailes supérieures, sont 
plus ou moins fortement pupillées de rouge. J'ai fait figurer cette 
aberration dans la XX* livraison des Etudes d'Entomologie 
(PI. VII, fig. 113). On trouve aussi Falcatœ à Ax (Ariège) et à 
Digne. 

A Martigny, en Valais, on trouve Ephialtes semblable à celle 
du Pont-du-Gard et Falcatœ semblable à celle des Pyrénées- 
Orientales. Ainsi pour la Zygœna, dont il est cas, tantôt on trouve 
dans une localité une seule de ses multiples formes, tantôt, au 
contraire, plusieurs des formes cohabitant. Combien de pourquoi 
restent encore sans solution dans l'étude de la nature! 

UEphialtes et la Falcatœ aberrent communément en jaune, 
tant pour les 2 taches de la base des ailes supérieures que pour 
l'anneau abdominal ; l'aberration jaune correspondant à Ephialtes 
a été appelée Coronillœ; elle se trouve surtout du côté oriental 
des Alpes, en Autriche et en Grèce; celle qui correspond à Falcatœ 
et qui porte le nom de Trigonellœ, vole en Piémont et en Autriche. 

Je les ai trouvées aux environs de Trieste, non loin du château 
de Miramar, propriété de feu l'infortuné empereur du Mexique, 
Maximilien, et à Chivasso, dans la vallée italienne, lors d'un pas- 
sage par le col de Saint-Théodule, de Zermatt à Novare. 

Il reste deux autres aberrations jusqu'ici propres au Valais; 
l'une : Sophiœ, Favre, à 4 taches blanches aux ailes supérieures^ 



46 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



avec taches basilaires et anneau abdominal rouges, mais avec 

2 taches blanches aux inférieures; l'autre ; /Emilii, Favre, à 

3 taches blanches aux supérieures seulement, par ailleurs comme 
Sophiœ. 

Si on classe ces Zygœna, par rapport à la quantité des taches 
des ailes supérieures, on établit les 2 séries parallèles suivantes : 



A 3 taches : Atkamantka, 

ALacm, 

Transiens, 

Falcata, 

Trigonella, 

Aimilii, 



A 4 taches : 



Peiicedatîi, 
Roseo aides cens, 
Aiacus, 

Efkialtes, 
Corotiilla, 
Sophiœ, 



Mais ce qui est intéressant pour Sophiœ, c'est qu'elle est, d'après 
M. Arnold Wullschlegel, le produit de l'union à l'état libre de 
Filipendulte cS avec Ephialies Q. 11 paraît que l'on ne trouve pas 
la réciproque, c'est-à-dire l'accouplement de Ephialtes cf avec 
Filipendulm Q. 

Voici d'ailleurs ce que M. Wullschlegel, sollicité par moi, a bien 
voulu m'écrire. Sa communication étant en allemand, je la livre 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 47 

Bei guenstigen lahren kommt es vor dass schon im ersten oder 
zweiten lahr ein gewisser Prozentsatz circa 3-8 % den Falter 
liefert, aber das Gros erscheint erst im dritten Sommer. 

Zum Vergleich f uegte noch ein Paar hiesiger Ephialtes typische 
Form bei. 

Die Folgen der Verbindung zwischen Filipendulœ cf Ephialtes 
Q manifestirt sich speciell in der Bildung von einem zweiten 
weissen Flecken, auf den Hinterfluegeln manchmal noch mit 
einem rothen oder weisslichen Fleck nur unterhalb sichtbar. 
Saemmtlich Flecken haben die Tendenz zur Vergroesserung oder 
werden bei einigen Exemplaeren auf den Oberfluegeln ganz roth. 

Einen Anfang von rother Fleckbildung bemerkt man auch bei 
einzelnen Stuecken an der Basis der Hinterfluegel. 

Die var. Mmilii^ Favre ist sehr selten ebenso die gleiche Form 
bei var. Coronillœ. 

Merkwuerdiger Weise trift man im Freien nie eine Copula von 
Filipendulœ Q mit Ephialtes cf ebenso wenig mit anderen 
Zygana-Arita welche gleichzeitig mit Ephialtes erscheinen. 



TRADUCTION FRANÇAISE 

Quelques renseignements sur Zygœna Ephialtes, var. Sophiœ, 
E. Favre, hybride : Filipendulœ cf x Ephialtes Q . 

Il y a déjà quelques années, j'ai trouvé à l'état libre, de la fin de 
juin jusqu'à la fin de juillet, les Zygœna ci-dessus nommées in 
copiilâ et de l'éducation de la ponte j'ai obtenu ces belles variétés 
de Zygœna, 

Les chenilles se nourrissaient de Coronïlla varia et elles n'attei- 
gnaient réellement pas leur complète grandeur avant la troisième 
année. 

La transformation en un cocon blanc avait lieu en juin et l'éclo- 
sion des papillons se faisait de fin juin jusqu'à la mi-août. 

Dans les années favorables, il arrive que déjà dans la première 
ou la seconde année, il se fait une production de papillons pour 



48 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

une proportion d'environ 3-8 % ; mais le gros ne paraît que dans 
le troisième été. 

Pour la comparaison, j'ai joint une paire d'Ephialtes de forme 
typique d'ici. 

Les conséquences de l'accouplement entre Filipettdula cf et 
EpkialUs g se manifestent spécialement dans l'apparition d'une 
deuxième tache blanche sur les ailes inférieures, souvent encore 
avec une tache louge ou blanchâtre visible seulement en dessous. 

En général, les taches ont une tendance à l'agrandissement ou 
deviennent chez certains exemplaires tout à fait rouges sur les 
ailes supérieures. 

On remarque un commencement d'apparition de tache rouge 
chez quelques exemplaires à la base des ailes inférieures. La 
variété ^milii Favre est très rare, aussi bien que la forme sem- 
blable dans la variété Coronillts. 

Ce qui est remarquable, c'est qu'on ne rencontre jamais en liberté 
un accouplement de Filipendula Q avec Ephialies cf, également 
peu d'accouplements avec les autres espèces de Zygtena qui 
paraissent en même temps qa'EpJiialies. 



Les figures 25, 26 et 27 de la planche III représentent des 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4$ 

et j'en signale l'intérêt à ceux qui aiment à étudier la nature sur le 
vivant 

Au sujet de ces hybridations de Zygœna à l'état libre, j'ai signalé 
dans les Etudes <£ Entomologie (XX* liv., p. 53), l'union constatée 
par feu Achille Guenée d'une FiUpen4ulœ çS (toujours Filipen- 
dula çS) et d'une Ackilleœ Q. Ces 2 papillons étaient dans la col- 
lection Guenée et je crois devoir transcrire ici textuellement la 
longue étiquette écrite par Guenée en caractères si fins qu'il faut- 
presque ime loupe pour les lire. Je n'avais relaté qu'une partie dé 
l'étiquette manuscrite de Guenée dans les Etudes d Entomologie 
(loc. citât). 

« Hybride — Genève. J'ai pris au pied du Salève les 2 Zygènes 
ci-dessous accouplées : {Achilleœ et Filipendulœ). Les quelques 
Achillecs que j'ai prises dans la même localité étaient toutes sem- 
blables aux n^ I, 2, 3 qui ont, comme on peut le voir, les antennes 
d'une autre forme que les Achilleœ ordinaires. Je suppose donc 
qu'elles-mêmes sont des hybrides, comme au reste la Q elle-même 
accouplée. Celle-ci m'a pondu des œufs et les chenilles sont écloses; 
mais je n'ai pu les élever. Je remarque la forme de la dernière 
tache; mais elle n'est pas exclusive à cette hybride. 1 

Il résulte de toutes ces observations que la Zygœna Filipendu- 
lœ cf recherche volontiers, à l'état libre, les Q de différentes espèces 
congénères et que cette même Filipendulœ crée des hybrides natu- 
rels variés. Je pense que ces produits hybrides sont généralement 
inféconds, car il ne semble pas que les espèces soient pour cela 
atteintes dans leur stabilité et que la pureté de leur personnalité 
spécifique en soit compromise. Cepeudarît les produits hybrides 
de Celerio Euphorbiœ cT et Vespertilio Q sont considérés comme 
féconds. Il serait donc fort utile à la Science que les cas d'hybri- 
dation entre Zygœna, plus faciles à constater que ceux entre Celé- 
rio, fussent portés à la connaissance du public par les entomolo- 
gistes à qui les circonstances permettent de constater des unions 
authentiques entre papillons de deux espèces distinctes. La ques- 
tion n'a pas encore été étudiée complètement et il y aura d'inté- 
ressants résultats à obtenir au moyen des observations ultérieures. 



50 LtPIDOPTÉROLOGlE COIfPARËE 

A ce sujet, il me pardt utile de rappeler UDe notice qu'on peut 
liic dans les Annales de la Sociiti entomologique de France, 1832, 
p. 332, et d'aprts laquelle ce ne serait pas toujours la Zygttna Fili- 
• pendula cf, mais aossi bien la Q qui serait rendue responsable 
d'un accouplement avec une espèce étrangère : « M. Lefebvre pr^ 
B sente une remarque curieuse que lui communiqua, à son passage 
> à Vienne^ M. Treitschke : c'est l'accouplement de la Zygtena 

• FUipendula Q avec la Zygœna Epkialtes (f jaune, hybridisme 
a dont il eut souvait la preuve: 

> M. Lefebvre en vit 2 paires se tenant encore ensemble dans 

• sa collection sur 5 qu'il avait prises en 1817. M. Treitschke pense 

■ que la Zygana Epiâaltes rouge doit naissance à cet accouple- 
B ment hybride, vu que, d'après ses observations, il n'y a jamais 

• d'accouplement soit entre la Zygana Epkialtes jaune et roug^ 

■ ou bien entre les Epkialtes rouges, soit en&n entre \EpkiaUes 

■ rouge et la Filipendula > 

Il y a certainement dans cette note une part de vérité et sans 
doute aussi une part d'erreur; je ne puis croire, en effet, que les 
Zygana Epkialtes rouges ne s'accouplent pas entre elles et c'est 
précisément l'accouplement A'Epkialtes rouge et de FUipenduIa, 
mais de FiUpendula cT, qu'a constaté M. WullschregeL 

Dans le même numéro des Annales (année 1832), M. de Villiers 




lÇpidoptérologie comparée 51 

1 Minos q) observé par M. de Villiers, de Chartres. M. Boisduval 
• pense qu'il peut y avoir erreur et que M. de Villiers aura pris 
1 sans doute une Zygana Filipendulœ Q à taches confluentes 
» pour une Zygana Minos Q avec laquelle cette variété de la 
» Filipendulœ a quelques rapports. 1 

Il y avait donc chez les entomologistes de ce temps-là quelque 
défiance à Tendroit des observations concernant les unions hybrides 
des Lépidoptères, à Tétat de liberté. Pourtant Boisduval lui-même, 
dans la Monographie des Zygénides (1829, p. 5), déclare qu'il lui 
est arriyé quelquefois de trouver des espèces différentes de Zygana 
accouplées ensemble; ainsi : la Filipendulœ accouplée avec la 
Peucedani et la Trifolii avec VHippocrepidis, Mais ce qu'il consta- 
tait lui-même, il le jugeait sans doute mieux observé et plus sûre- 
ment acquis que ce que pouvaient observer les entomologistes ses 
contemporains ? 

Quoi qu'il en soit, depuis 1832 et. les observations de feu Le- 
febvre en suite de celles de Treitschke, les entomologistes autri- 
chiens qui ont la chance de trouver dans leur pays réunies presque 
toutes les formes de Peucedani-EphialteSy doivent être parfaite- 
ment fixés sur tout ce qui intéresse la biologie de cette Zygœna. 
Je serais donc heureux si ce modeste travail pouvait avoir comme 
résultat de provoquer de la part de nos confrères viennois la publi- 
cation de leurs observations. Nous connaîtrions certainement, par 
l'exposé de leurs instructives constatations, ce qu'il peut y avoir 
de fondé dans le récit que fit Alexandre Lefebvre à notre Société 
entomologique de France, d'après les souvenirs de son voyage. En 
France, je ne crois pas que la forme jaune diEphixûtes : Coronillœ 
ou Trigonellœt ait été rencontrée autrement qu'à l'état d'aberration 
fort rare. De l'autre côté des Alpes, au contraire, et en Autriche 
notamment, les circonstances naturelles sont plus favorables. 
Jespère donc un peu de lumière et d'avance je remercie les obli- 
geants Lépidoptéristes qui voudront bien me faire participer à la 
Science qu'il leur a été donné d'acquérir. 



LËPIDOPTÉROLOGIE C0UPAR£E 



XIL — Zyscena Fausta* Unn., ab. trlcolor, Obthi. 

(PI. III, &g. 38 et 29). 

Si l'oo veut bien se reporter à la planche VII de la XX* livraiMn 
des Etudes tTEnlomolope et comparer l'aberration de Zygam 
Hihris qui y est &Eurfe sous le n* 130 aux ûguies 28 et 3g de la 
planche III du présent ouvrage, représentant des aberrations de la 
Zygmna Fausia, on constatera que la Fausta n* 39 varie confor- 
mément à la loi de variation subie par VHilaris n* 130; c'est-à-dire 
élai^ssement du liséré jaune qui borde les taches rouges ordi- 
naires et envahissement de la couleur bleu d'acier qui fait le fond 
des ailes, par ce liséré jaune élargi. 

Chez la Fausia n* 28, c'est le même ordre d'aberration; mais les 
parties rouges s'élargissent aussi et ont un peu réduit les e^aœs 
jaunes; le fond bleu des ailes persistant d'ailleurs en un petit 
point subapical et en un liséré costal et marginal qui se remarque 
aussi dans la Zygana Hilaris n* 130. 

Les 2 Zygana Fausia-Tricolor proviennent des envitons de 
Dignes où elles ont été prises en 190a 




LÉFIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 53 

de certaines espèces du genre Zygœtta^ la CamioUca tend asses 
fréquemment à présenter cette aberration à laquelle je maintien- 
drai le nom* de Tricolor. J'ai sous les yeux plusieurs exemplaires 
pris en juillet, aux environs* de Martigny, par M. WuUschlq^el; 
Tun d'eux, figuré sous le n* 30, a le fond des ailes blanchâtre dans 
le. genre de l'aberration andalouse Alàicans, mais d'une teinte 
blanche moins pure et moins éclatante; il reste dans tous les exem- 
plaires de CarnioUca-Tncolof que j'ai vus, des traces grisâtres, 
vestige de la teinte bleu d*acier du fond des ailes qui n'est pas 
absolument recouverte ou remplacée (*). Comme dans la Zygœna 
F ans ta n* 28 de la planche III, la Carmolica n* 32 de la même 
planche présente le développement des taches rouges combiné 
avec celui du -liséré blanchâtre qui les borde, pour absorber la 
teinte bleu d'ader du fond des ailes. L'exemplaire figuré sous le 
n* 32, pris à Martigny comme le tf 30, fait le passage au n® 31, 
chez qui les taches rouges ordinaires confluent en une longue tache 
bilobée vers son extrémité extérieure et appartenant à l'aberration 
Weileri Stgr. L'échantillon qui a servi de modèle à la figure 31a 
été récolté aux environs de Carlsruhe, dans le grand-duché de 
Bade. Chez toutes les espèces de Zygœna^ les taches rouges des 
ailes supérieures peuvent confluer; c'est encore là une des lois de 
variation du genre Zygœna, 

XIV. — Chondro^tegra Con^tantinay Aurivil- 

Lros (PI. IV, cf fig. 46. 9 fig. 53). 

Fidèle à la doctrine : c Pas de bonne figure à l'appui d'une 
description, pas de nom valable 9, je profite de la publication de 
cet ouvrage pour donner la figure des deux sexes de Chondrostega 
Constaniina^ dont j'ai publié la description dans le Bulletin de la 



(*) Le P. Engramèlle fi^rure (pi. XCIX, 140, flr, h; PapHUms (f^urope) 
la même aberration irieolor d'après un (S appartenant à M. le professeur 
Hermann, à Strasbourg. 



54 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Société tHioMologique de France, 1898, p. 230 et 331. Cet à 
M. AL Olivier que je dois la possession de ces intéressants docu- 
ments. Les 2 papillons qui ont servi de modèle aux figures 46 et 53 
de la planche IV proviennent de la province de Constantine. 



XV. — Nemeophtia Cervini, Fallou. var. Hna- 
tecki, Frey (PI. I. fig. i. 2. 3. 4). 

Après avoir choisi la Lozère pour but de son excursion provin- 
ciale annuelle de 1863, ce fut vers les Alpes du Valais que la 
Société entomologique de France dirigea son exploration estivale 
de 1864. 

La raison de cette décision était que dans les premiers jours 
d'août 1863, notre excellent compagnon du Vemet et de Florac. 
feu Jules Fallou, s'était rendu à Zermatt et y avait exceptioimel- 
lement réussi dans ses captures. 

En ce temps-là, Zermatt était un village relativement peu conna 
Aujourd'hui des milliers de touristes parcourent chaque été la 
vallée.de la Viège; un train direct amène de Paris les voyageurs 
jusqu'à Zermatt. Ils peuvent s'arrêter en ce charmant séjour où de 
nombreux hôtels les attendent; ils peuvent aussi se servir inuné- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE $5 

dant en grand nombre 'étaient sur le déclin de leur courte existence. 

Il en captura néanmoins beaucoup et de fort intéressants; mais 
ce fut en faisant l'ascension du Gomergrat, d'oii la vue s'étend 
sur une si prodigieuse ceinture de neiges et de glaces, que Jules 
Fallou, soulevant des pierres, eut le bonheur de trouver la première 
femelle de Nemeophila Cervini. 

Cette découverte est déjà vieille de plus de 40 années; à coup 
sûr l'Entomologie s'est considérablement développée depuis cette 
date et d'immenses progrès ont été réalisés dans la connaissance 
de faunes alors complètement ignorées. Cependant la découverte 
d'une Chilonide jusque-là inconnue est toujours un événement 
entomologique important, surtout quand c'est en Suisse, pays si 
fréquenté par les naturalistes. Aussi je me souviens de l'émotion 
générale, lorsque Jules Fallou produisit sa Nemeophila Cervini à 
la Société entomologique de France. 

En 1863, i)ersonne encore n'avait pu arriver jusqu'à la pointe 
du Mont-Cervin ou Matterhom (*) dont la pyramide singulière, 
dressée au-dessus du plateau élevé qui lui sert d'assise, frapi)e et 
attire les regards, dès qu'on est parvenu à Zermatt. Bien que la 
Nemeophila Cervini ait été trouvée tout près du Gomergrat et 
nullement au pied du Cervin même, Fallou voulut que son papil- 
Ipn portât le nom de cette gigantesque pierre qui lui sembla la 
montagne insigne, parmi toute cette série de pics et de pointes qui 
bornent au sud la vallée de Zermatt, la bordent à l'est et à l'ouest 
et vers le nord limitent le cours du Rhône. 

Feu Jules Fallou, animé des sentiments d'excellente camara- 
derie qui rendait si agréables les relations entomologiques de 
cette époque, ne se borna point à nous faire part de son heureuse 
trouvaille; il nous convia à venir, l'été suivant, avec lui, au lieu 
même où il avait recueilli la première femelle de Nemeophila 
Cervini, 



(*) Je crois me rappeler que des Anglais firent la première ascension du 
Cervin en 1865 et que la conquête de cette cime coûta la vie à plusieurs 
hommes, touristes et g-uides. Maintenant l'escalade du Mont-Ccrvin est 
chose assez fréquente; elle a d'ailleurs été facilitée par quelques travaux. 



$6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COUPAItÉE 

Nous nous trouvâmes donc à Gentve, à la fin de jain 1864. 
MM. Fallou, Guenée, Constant, Jourdheuil et moi. A Zennatt, oà 
nous arrivâmes aprH deux jours d'une marrhe tiès fructueuse 
pour nos collections, nous eûmes le vif plaisir de trouver M. Gaston 
Allard, arrivé un jour avant nous, du fond de l'Algérie dont il 
avait entrepris l'expIoratioD entoiQologique: 

Donc, nous étions réunis i ZemfUt, six I>pidoptérîstes unis par 
des liens d'affection et d'estime, ayant déjà exploré ensemble les 
Pyrénées ou les Cévennes, et nous passâmes d'esKelIents et inou- 
bliables jours, du commencement de juillet au otxnmencemait 
d'août, favorisés par le beau temps et dans une r^on qui était 
alors exceptionnellement riche en Lépidoptères. 

Je me souviens encore d'une prairie, là où s'élève maintenant 
l'hôtel Ryffelalp. Sans doute étant amateur de mes aises, je le 
confesse humblement, je me trouve heureux qu'une si belle et 
confortable construction ait été élevée dans un site à tous ^ards 
si propice et dont je pro6te bien volontiers à l'occasion. Néan- 
moins je regrette la bonne localité disparue. Tous ensemble, nous 
y pouvions constamment capturer des papillons intéressants et 
nous nous y trouvions sans cesse agréablement et utilement occu- 
pés, sans qu'auain pût causer la moindre gêne à ses compagnons. 

Nous ne tardâmes du reste point à retrouver la NemeopkUa 
Cerz'ini, dont la chenille et la chrysalide n'étaient pas rares sous 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 5/ 

environ cinq semaines, faisant toujours les chasses les plus fruc- 
tueuses; puis M. et M"^ Alexandre Constant, M. le capitaine 
Constant et moi, nous quittâmes Zermatt où restèrent M. et 
M** Fallou et M. Guenée, à qui était venu tardivement s'adjoindre 
un entomologiste de Versailles, M. Delorme; nous franchîmes le 
col du Saint-Théodule, nous descendîmes à Novare par Châtillon 
et Ivrée; nous revînmes en Suisse par le Lac Majeur et le Simplon 
et nous rejoignîmes à Viège nos amis avec qui nous rentrâmes en 
France, chargés du plus précieux butin. 

Beaux jours d'autrefois, vous avez fui rapides, me laissant 
cependant l'impérissable souvenir d'une joie douce et pure, dans 
le commerce si aimable de l'amitié et au milieu des plus belles 
scènes de la nature alpestre Si les Pyrénées sont comme un aimant 
pour moi, Zermatt conserve aussi l'attrait que la chère mémoire 
des hommes et le charme toujours renouvelé du paysage exercent 
sur l'esprit et le cœui 

En 1892 et en i8g8, je retournai à Zermatt; nous séjournâmes 
à Ryffelalp et à Ryffclberg. Mes vieux compagnons n'étaient' plus 
avec moi; mais j'évoquais de chers souvenirs en montrant à ma 
famille les lieux où jadis je m'étais trouvé en la société de mes 
amis. Avec ma femme et mes fils, en juillet 1892, je reconnus la 
place où vit la Nemeophila Cervtni, Nous ne pûmes pas chasser 
longtemps, l'inclémence persistante du ciel, pendant une partie de 
juillet, rendant, cette année-là, toute excursion presque impossible. 

Pourtant il y avait encore des Cervtni en 1892; nous primes 
3 femelles posées sur les pierres où elles avaient déjà d'^posé leurs 
œufs et nous rapportâmes quelques chrysalides d'où sortirent 
3 mâles et i femelle. Je ne reverrai plus sans doute un pareil 
résultat, bien que notre courte exploration d'un seul jour, en 1892, 
soit restée limitée aux plus proches environs du sentier qui mène 
au Gomergrat et n'ait presque point pu s'étendre sur les pentes 
rocailleuses voisines. En juillet 1898, la neige recouvrait les lieux 
où habite Cervini; jamais on n'avait vu une couche de neige aussi 
épaisse. Pour aller au Gomergrat, il fallait suivre, entre des murs 
de neige de deux mètres de hauteur, un étroit chemin tracé de 



58 LËPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 

main d'homme. Cette fois, l'hivemage fut de Ifuigue duiée poor 
Cervini. 

Mais depuis cette époque, il semble que des recherches aient tô 
entreprises, comme pour arriver à produire l'extinctioa de Nemt^ 
phila Cervini, aux lieux mêmes où la d^uverte en avait HtJk faite 

En juillet igo2, voyant toutes les pierres déjà méthodiqnemal 
relevées et trouvant à peine çà et là et de loin en loin une chenille 
ou une chrysalide, je me demandais si la Suisse était destinée à 
voir sa faune lépidoptérolc^ique menacée de diminution par le 
tèle immodéré des amateurs. 

Cervini aurait-elle bientôt au Gomergrat le sort de Polyom- 
matui dispar et Noclua subrosea en Angleterre? 

La chose est, hélas ! probable. 

Mais il y a une réserve, c'est Hnatecki qui nous la donne, puisque 
la localité semble être encore inconnue, tout au moins du plus 
grand nombre. 

Anderreg a découvert dans le massif du Simplon la place oi 
vit Hnatecki. Jaloux de son secret, le vieux chasseur valaisan en a 
fait part à bien peu de confrères, si même il a favorisé quel- 
qu'un de sa conhdence. Au milieu de l'inextricable réseau de 
cornes qui forment les sommets du Simplon, sans parler des 
autres montagnes voisines de Bnggue et de Gamsen, cm peut 
longtemps ascensionner au-dessus de 2.500 mètres, avant de ren- 




LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 59 

sont encore beaucoup moins obsaircies par les dessins bruns que 
la plupart des exemplaires de Cervini, du Gomergrat. De plus, 
chez Cervini la teinte ochre du fond des ailes est plus pâle et moins 
jaune que chez Hnatecki; mais il convient d'observer que les 
exemplaires rencontrés parfaits dans la nature, par exemple les 
Q écloses sous les pierres, ont toujours la teinte ochre du fond 
plus pâle que les individus éclos dans des boites et piqués dès que 
leurs ailes sont convenablement séchées et durcies. Il semble que 
le contact des Ceruini avec l'atmosphère de leur patrie les blan- 
chisse très rapidement. Il en arrive de même, je crois, pour les 
Fasciaia qui sont écloses dans la nature Villica, cependant, ne 
parait pas subir cette influence blanchissante de Tair extérieur; 
sa nuance nankin est sans doute moins délicate que celle de ses 
congénères. 



XVI. — Bryophila Simulatricula, Guenée (PI. IV, 
fig. 52). 

La figure donnée par Guenée dans le Species génital (PI. III, 
fig. 4) est à tort coloriée en brun. C'est en gris qu'il, eût fallu colorier 
Simnlatricula, D'ailleurs la description de Guenée (Sp, g., Noctué- 
lites I, p. 26) est formelle : c ailes supérieures d'un gris cendré, 
très légèrement nuancé de verdâtre, surtout au bord interne. • 
Peut-être Guenée a-t-il par erreur remis au peintre, pour modèle, 
une Fraudatficula? 

Le type (ex coll. Boisduval) est encore très bien conservé. Il 
est conforme à la Bryophila que M. le chanoine Favre prend de 
temps en temps, à Martigny, au commencement d'août, dans les 
bâtiments mêmes du couvent des religieux Augustins du Grand- 
Saint-Bemard. J'ai fait figurer un cf que M. le chanoine Favre 
captura dans les premiers jours d'août 1902, alors que nous étions 
ensemble à Martigny et qu'il voulut bien m'ofîrir. Les dessins et 
surtout les lignes noires sont moins distinctement écrites que chez 



fio 



LËPIDOPTâROLOGrE COMPARÉE 



Simulatricula type; maïs il n'y a pour moi aucun doute quant i 
l'exacte identiâcation de cet exemplaire valaisaa 

J'avais communiqué le type Simulatricula à Staudinger, ain) 
que l'atteste l'étiquette < vu par Stgr pour le Catal. igoo » que ' 
portent, dans ma collection, tous les papillons qui furent soumis 
à l'examen de cet auteur. 

Je ne crois pas que Simulatricula soit une variété de Frauda- 
tricula, comme Staudinger l'a jugé, mais avec doute; je crois que 
Simtdtttricula est une espèce distincte Les ailes inférieures sont 
bien d'un blanc sale bordées de noirâtre et non brunes comme 
celles de Fraudalricula; je possède un exemplaire de Sebdou 
(D' Codet) assez fruste, mais qui me paraît être aussi SimulatTi~\ 
cula. 



Pachnobla Hyparborea* Zett., var. AI* 
pina» HUMPHREY et Westwood (PI. I, &g. 9 e 
lo) et var. RyfTelensi*, Ch. Obthr. (PI. 
fig. II). 



En juillet 1902. un éclairage électrique fut installé devant les ■ 
hôtels Ryffelalp. Des lampes à arc répandaient une vive lueur 
et attiraient souvent beaucoup de papillons, surtout lorsque le 
temps était humide et même pluvieux. L'abondance des Noctuelles 
était, certains soirs, considérable; mais les Plusia Gamma, à partir 
de 10 heures, devenaient extrêmement gênantes, se trouvant 
mélangées en trop grande quantité aux autres espèces. Difficiles à 
reconnaître au vol, elles absorbaient un temps qui eût été bien 
mieux employé à capturer les Noctuelles alpines tourbillonnant 
en compagnie des Gamma, autour des lampes. Parmi les meilleures 
espèces, je citerai Pachnobia Hyperborea dont les mœurs étaient 
assez particulières. Tandis que la plupart des Agrolis. Tripkana. 
MameUra voltigeaient sans arrêt près des lumières, Hyperborea, 
après avoir décrit quelques évolutions, s'abattait sur le sol mouill^ 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 6l 

et y restait quelquefois jusqu'au matin suivant La pluie, tombant 
à verse, ne l'impressionnait pas. Cette Pachnobia Hyperborea est 
fort intéressante, notamment pour le fait suivant 

Dans le nord de l'Angleterre, la forme à'Hyperborea {Alpina^ 
H. et W.) a les dessins rougeâtres, tandis qu'en Laponie et en 
Suisse, une teinte gpris-violâtre ou gris-ardoisé remplace cette colo- 
ration rougeâtre. 

Il en est exactement de même pour la Noctua Subrosea Ste- 
phens, d'un gris violâtre en Russie et rougeâtre en Angleterre où 
elle est actuellement malheureusement éteinte. Une même cause a 
donc agi sur la coloration de Pachnobia Hyperborea et de Nociua 
Subrosea, Quelle est-elle? Je l'ignore. Seulement la constatation 
n'en est pas contestable. 

Je juge sur 20 Subrosea anglaises et sur 29 Subrosea-Subct^rulea 
de Russie septentrionale. Toutes les Subrosea appartiennent à une 
même forme qui ne se dément pas. Il en est de même pour les 
Subcarulea. 

Pareillement 25 Hyperborea des tles Shetland (Meek) et 
d'Ecosse (Perthshire-Salvage et Rannoch-Reid) sont parfaitement 
rougeâtres, quoique variant individuellement, ainsi que le dé- 
montrent comparativement le n* 9 de la planche I (Rannock) et le 
n^" 10 (Shetland). 

En face, dans ma collection, 11 Hyperborea de Laponie sont 
du même gris un peu violâtre que les Subcarulea de Saint-Péters- 
bourg. Je dois dire cependant que Hyperborea-Carnica de Carin- 
thie a le fond des ailes lavé de rougeâtre, tandis que je ne connais 
encore aucune forpie continentale rouge de Subrosea. 

La forme Hyperborea de RyfFelalp est différente de la- forme 
de Laponie Elle est d'un gris ardoisé plus sombre et paraît géné- 
ralement plus grande; je la distingue sous le nom de Ryffelensis. 
Le n* II de la planche I représente Hyperborea-Ryffelensis. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



xvm. ~ Dasycampa Rubiffinea, Fab. (PL IV, -m. 
&g. 40, 41, 42, 43). et Daaycampa, Stau- 

dingreri, de Graslin (PI. IV.-var. fig. 47, 48, 

49. 50. 50- 



J'ai publié dans le BulUiin de la Sociifi eniom. de France, igpo, 
p, 352-57, UDe Notice sur divers Cerasiis français et sur les Dasy- 
campa RuSiginea et Slaudingeri qui avaient fait l'objet d'une 
étude en commun par le D' Staudinger et moi. Mais Staudioger 
était mort le 13 octobre igoo; nos discussions entomologiques 
avaient donc été brusquement interrompues avant la publicatim 
du Caialog qui porte la date de mai 1901. La notice précitée 
signale déjà les divei^ences d'opinion, cependant non résolues 
déûnitivement, qui existaient entre nous, au sujet du classement 
des variétés dont j'avais présenté de nombreux spécimens à l'^^ié- 
ciation de Staudinger; elle-ne prévoyait pas la fa^in dont M. Rebel 
trancherait les questions pendantes. 

Je crois que bien des corrections, dans l'intérêt de la vérité 
scienti&que, sont à faire au Calalog de igoi, mais notamment au 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 63 

faire (*), résultera de la comparaison des premiers états de Rubi- 
ginea et Staudingerù Jusqu'à plus ample informé, je pense qu'il y 
a deux espèces séparées et je les range, comme suit, avec leurs 
nombreuses variétés : 

1 . Dasycampa rubiginêa, Fabr., etc. Angleterre; Europe centrale. 

a, Form. geogr. Fornax, Butler (lUustr. Lep. Het Brit 

Mus. III, pi. 44, fig. Il) Japon. 

b, Ab. alis anticis brunneis yel castaneis, albido pictis, Gras- 

Uni, Stgr. Catalog, 1901, n" 2167, P- 210); Obthr (Lépid. 
comp., pi. IV, fig. 40 exempl. de Martigny ; fig. 41 exempl. 
de Digne) Valais, Basses-Alpes. 

c, Ab. alis anticis brunneis, ochraceo-flavescenti pictis, Mo- 

desta, Obthr. (Lépid. comp., pi. IV, fig. 42, exempl. de 
Martigny)... Valais, Basses-Alpes: 

d, Ab. alis anticis obscure castaneis, fere unicoloribus, niten- 

tibus, Compléta (Stgr. in litteris), Obthr. (Lépid. comp., 
pi. 'IV, fig. 43) Valais, Basses-Alpes. 

e, Ab alis anticis unicoloribus, rufo-brunneis, non nigro-punc- 

tatis, Unicolor, Tutt; Stgr. (CaL 1901, n" 2167, p. 210). 

Angleterre, Bassés-Alpes. 

/. Ab. Alis anticis rufo-bruimeis, fere non nig^-punctatis; alis 

inf er. late ochracte-flavescenti marginatis, Barretii, Obthr., 

var. 2\ Barrett (the I^epidoptera of the british Islahds, 

pi. 233, fig. 2*) Angleterre. 

2 . Dasycampa S/audingeri, de Graslin (Annales Soc ent France, 

1863, pi. 8, fig. 4, exempl. de Grenade; fig. 5, exempl. de 
Vemet-les-Bains) ; Obthr. (Lépidopt comparée, pi. IV, 
fig. 49, exempl. de Digne). 

Andalousie, Pyrénées-Orientales, Basses-Alpés. 



(*) La composition typographique de cet article était achevée avant 
la publication de la notice de M. Daniel Lucas, dans les Annalft de la 
Société enimnoloifig^e de France (3* trimestre 1903, p. 403, 404; distribué 
fin février 1904). 



LËPlDOPTÉROLCXilE C0UPAK£E 



a. Ah. alis anticis, ciDcrco-gnseis, plus minusve nigro qwni^ 

Polùa, Stgi. iCaiaXog 1901, n* 3165, p. 209); ObthL 
(Lépid. comparée, pi. IV. &g. 48, exempL de Dtene). 

Basses-Alpes. 

b. Ah alis anticis cioereis, m hnvanra nt iaf*v.ftr hra^^o fimbiûtis 

et spanis, pauUum obscure aignatis, Uvima, St^. (Caulog 
1901, D* 2165, p. 309); Obthr. (L^d comparée, pL IV, 
fig. 47, exempl. de Digne) BasKs-AIpes. 

c. Ab. alis aoticia fulvo-griseis vel ligneis, plus minusve fosco 

signatis, Scorlina, Stgr. (Catalog 1901, n* 2165, p. 309); 

Obthr. (I>pid. comparée, pi. IV, &g. 50^ exenpL de Digne). 

Bas9es-Alpe& 

d. Ab. alis anticis fere unicoloribus, rubrescenti-ochraceis, 

paucissime signatis. Uniformis., Stgj[. (Catalog 1901, 
n" 3165, p. 209)', de Graslin (Anit. Soc ent France 1863, 
p. 318, 319) Pyrénées-Orientales, Basses-Alpes. 

e. Ah a[is anticis ut suprà, sed minus uniformis, magis signata, 

UnUolor, Stgr. (Catalog 1901. n' 2167, p. 210); Ohthr. 
(L^id. comparée, pi IV, &g. 51, exempL de Digne). 

Basses- Alpes. 
/. Ab. alis anticis obscure nitideque rubro-castaneis, bene 
signatis, c larva pîlosa cducat. Vaccinioides. Obthr. 




LÉPIOOPTÉROLOGIE COMPARÉE 65 

de chenille velue, sans doute, d'où est née chez nous, à Rennes, le 
5 novembre 1885, Tab. f. Vaccinioides, J'ai encore sous les yeux, 
dans ma collection, la chrysalide, la coque dans laquelle elle repo- 
sait et Textrémité velue à reflets mordorés de la dépouille laissée 
par la chenille en se chrysalidant Cette circonstance est décisive 
Car il n'y a pas d'autres espèces à avoir une chenille velue que 
Rubiginea et Staudingerù 

Je n'ai malheureusemept aucune note précise sur la chenille d'où 
est né Siaudingeri'Vaccinioides^ me permettant une comparaison 
avec la chenille de Rubiginea^ ce qui assurerait la solution, quant 
à la distinction spéciflque de Staudingeri et Rubiginea, Je crois 
cependant, d'après les documents que je possède, à savoir : une 
chenille desséchée de Staudingeri^ de Vèfnet-Ies-Bains (in coll. de 
Graslin) et là chrysalide dont il est question plus haut, que la 
larve de Staudingeri a une pilosité plus forte, plus épaisse et plus 
serrée^ d'une couleur plus dorée que Rubiginea, Il faut cependant 
d'autres observations pour obtenir la certitude. Mais aucun doute 
ne peut exister quant au rattachement des v^néxés Scortina^ Uni- 
fornùs^ Livina^ Polita, Stgr. (nec Huebner) à Ligula, comme Stau- 
dinger et Rebel l'ont fait assurément à tort 

De deux choses l'une : ou Staudingeri et Rubiginea sont deux 
espèces valablement distinctes» ou elles ne le sont pas. Dans ce 
dernier cas, Staudingeri serait une forme à ailes d'un gris ardoisé 
obscur de Rubiginea (alis anticis obscuris, griseo-caeruleo nigies- 
oentibus), et Scortina, Uniformis, Unicolor, Livina^ Polita^ Vacci- 
niojdes seraient des formes de Rubiginea, comme Staudingeri, au 
lieu d'être des formes de Staudingeri, ce qui aurait lieu, s'il est 
démontré que celle-ci est une espèce distincte Mais en aucune façon 
Ligula, dont la chenille est lisse, ne peut être liée à toutes ces 
formes de Rubiginea ou Staudingeri dont la chenille est velue. 

Par ailleurs, je prie le lecteur de vouloir bien se reporter, pour 
complément d'informations, à la notice insérée dans le Bulletin de 
la Soc. entom, de France, année igoo. Une nouvelle étude de la 
question n'tf pas modifié l'opinion que je croyais devoir exprimer 
à cette époque 



66 LÉPIDOPTÉROLCX;iE COMPASËE 

Il me reste à fournir deux explications. 

J'ai cité, au cours de cette notice, le nom Compléta Stgr (ia 
litteris) et ot nom ne &gure pas dans le Catalog igoi. C'est assu- 
rément par une omission involontaire que ce Dom en est absent, 
car dis 1898, Staudinger l'avait appliqué et avait répandu paimi 
ses clients VOrrhodia compléta, Stgr. 

D'autre part, je me suis attaché à difFérendet Pelila Hbo i;8; 
qui est une aberration de Vacàm, de Polita, selon Staudinger, qui 
est bien exactement une aberration de Staudingeri, c'est-à-dire tris 
distinct du précédent. Une étiquette Polita écrite de la main de 
Staudinger et fixée p^r lui-même à l'épingle d'un Staudingeri- 
Polita dans ma collection, indique quelle était dans l'esprit de 
Staudinger l'identi&cation au véritable Polita Huebner. Cette iden- 
ti&catioQ était erronée. Assurément, le Polita que j'ai figuré soos 
le Q" 48 de ce travail qui est exactement conforme au PolUa, sec 
Staudinger, n'est pas la même espèce que le Polita Huebner i;8, 
que je possède également et en grand nombre, et qu'on trouve fré- 
quemment à Digne en automne, avec beaucoup de variété de 
Vaecinii. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 6y 

exactement la forme tyroliemie d'Alticolaria; les bandes et éclair- 
oies d'mi blanc argenté grisâtre n*y étant pas assez accentuées. 

La meilleure ûgure d'Alticolaria type me parait être sous le 
n® i6 de la planche LXIII de l'ouvrage en cours de publication 
actuellement : Die Schmeiierlinge Euro.pas von D' Arnold Spuler. 

Du Tyrol aux Pyrénées, la forme (ïAUicolària subit une modi- 
fication mélanienne qui va toujours en s'accentuant vers le Sud- 
Ouest La variété Gedrensis, Kondou, est la plus assombrie ; la 
variété Faucium, Fayre, est la transition entre les deux formes 
extrêmes, Alticolaria tjTolienne et Gedrensis des Hautes-Pyrénées. 

En Valais, Faucium vole en juillet et commencement d'août ; 
elle affectionne les cols des montagnes, mais de nature schisteuse 
et non gazonnés. Elle a été rencontrée aux cols de Sorrebois, d'Or- 
zival, de Torrent, des Bossous, au pas de Lona, le tout dans le Val 
d'Anniviers, près Sierre. 

Dans les Alpes françaises, la Psodos faucium a été prise à 
Enchastrayes, dans les Basses-Alpes, et au-dessus de Lansleboui^, 
en Savoie, par mon second fils, le docteur J. Oberthiir. 

La variété Faucium diffère surtout du type tyrolien par sa taille 
plus petite et l'atténuation des parties blanchâtres des ailes. 

Quant à la variété Gedrensis^ Rondou, ses ailes sont, en dessus, 
encore plus obscures que chez Faucium^ offrent, sous certaine inci- 
dence, un reflet ardoisé un i)eu bleuâtre. 

Très probablement, on doit prendre dans les Hautes-Pyrénées 
des Alticolaria Gedrensis identiques à Faucium. D'ailleurs M. Ron- 
dou ayant vu dans les Pyrénées un individu se rapprochant beau- 
coup du type Alticolaria^ on peut en conclure qu'il n'y a qu'une 
fixité relative dans la forme plus spécialement afférente à la race 
pyrénéenne d* Alticolaria. 

Peut-être trouve-t-on aussi dans les Alpes françaises et valai- 
sannes des Alticolaria très voisines de celles du Tyrol et d'autres 
semblables à celles des Hautes-Pyrénées. Quoi qu'il en soit, com- 
parativement aux exemplaires ordinaires d' Alticolaria du Tyrol. 
pris comme type de l'espèce, on peut dire que Faucium est une 



LÉPIDOPTÉKOLOCœ COMPARÉE 



nœ géognphiqtie plus petite et plus obscure et qoe Gedtaast 
est l'exagéntioa. 



XX — Larantia Cyanata» Huebner (PL III. &| ]t 
et 39), et Larontia Inf1<fa.ria., Delahaih 
(PI. III. &g. 33. 34 et 35)- 

Plusieurs fois déjà j'ai appelé l'attCDtion des Natuialîstesc 
les Lois qui régissent les vaiiations eti général et aussi sur cciic 
qui sont plus particulières à un même genre de l-épidoptétcs. Ûi 
peut voir à la 8* livraison des Etudes ifEttfoinologir les &giiic 
de Lareniia cafuUala, forme pyrénéenne de FlavîciHttala. Le 
n" 1 et 3 de la planche I de cette 8* livraison représentent do 
exemplaires moins obscurs, avec uo assez grand d^eloppemctf 
des linéaments jaunes sur les ailes supérieures. II y a par opposititt 
des échantillons d'un gns bleu d'ardoise oii les linéaments jau» 
sont très réduits. On peut dire que ces Larenlia ctxritleala imitMt 
parfaitement les rochers de granit sur lesquels elles se posât 
durant le jour. Tantôt, en effet, des lichens ras, colorés en jaune 
absolument comme certaines Cixruleata, tapissent plus ou moini 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 69 

A 

""absolument et j'ai interrogé quelquefois des passants, lorsque mes 
tfpr yeux avaient découvert un papillon bien dissimulé par la confor- 
mité de sa couleur avec celle du rocher, pour savoir jusqu'à quel 
point ces papillons se trouvaient réellement protégés contre les 
regards. Je me souviens d'un cas où une personne prévenue par 
moi qu'il y avait une Phalène sur une roche et dans un périmètre 
que j'indiquais, déclarait qu'elle n'apercevait nullement la Phalène 
^ grise, sur laquelle je me permettais d'appeler son attention; mais 
par contre elle aperçut sur la même pierre une Câruleata qui avait 
échappé à mon investigation. 

Cependant j'ai observé bien des fois des Câruleata gris-bleu sans 
i linéaments jaunes reposées sur des rochers couverts de lichens 
I jaunes et inversement des Câruleata avec linéaments jaunes sur des 
morceaux de granit tout gris, où elles étaient fort apparentes. Jai 
m£me vu des Phalènes posées sur des clôtures ou des palissades, 
sans doute très confortablement- exposées au point de vue de 
rorientation par rapport au vent ou au soleil, mais peintes en 
blanc ou en noir, par conséquent colorées tout autrement que les 
papillons eux-mêmes. Dans ces conditions, les Phalènes ne s'étaient 
nullement préoccupées de se dissimuler aux yeux et elles appa- 
raissaient d'assez loin et sans qu'il fût besoin d'aucune recherche 
attentive pour les découvrir. C'est à Cauterets que j'ai fait les 

observations relatées d-dessus, quant à Ctgruleata; certains faits 

* 

sont contradictoires; néanmoins, d'une manière générale, on peut 
dire que Câruleata se dissimule bien pendant le jour. 

Les Larentia Infidaria et Cyanata présentent des variations 
d'après le même principe qui présicle à celles de Flavicinctaia- 
Cigrvleata, c'est-à-dire absence de couleur jaune sur les ailes supé- 
rieures, ou inversement développement plus ou moins important 
de cette couleur jaune. Toutes les transitions existent d'ailleurs 
entre les exemplaires extrêmes chez Infidana et Cyanata aussi bien 
que chez Flamcinctata-Caruleoia, 

L'exemplaire de Cyanata^ figuré sous le n* 39 de la planche III 
de cet ouvrage, a été pris en juin, au Gottra, dans le Valais, C'est 
la forme appelée Gottrensis par M. le chanoine Favre {Cotai., 



JO tepIDOPTtROLOGIE COMFAKfC 

p 292). Cette fonne se distingue par sa bonde médiane tiis fancfr 
Le n* ;8 a été paiement pris an Gottia, le 10 août 1897; il a{ipv- 
tient à ]a variété Flnomizts, Hincfake Ccst cette même variéit 
q<:'r,ii vo:l figurée dans Miî:kàlitMgeM dts Muenckentw entomiL 
Vtfeint, 1879. pi. III. fig 4. à l'occasion de la décoaverte de U 
chenille par M von Guppenberg. La chenille et la chrysalide de 
Cyanata sont figurées (loc citât, fig. a et b). La denille a âr 
trouvée sur Araèis ciliata. 

QaaiO. à Infidana, le n* 35 appartient à la variété PrimordiaU 
Raetz, caractérisée (Favre, Calai., p. 293) par sa taille génénl^ 
ment plus petite, sa bande médiane des ai!es sapérieores (dns not- 
ritre et son aspect plus sombre, ce qui la met en parallèle avec 
certaines Cirruleala. 

Cet exemplaire n* 3; a été pris aux environs de Maitigny, a 
Juin, comme le papillon n* 33, qui me parait rept^senter, par sa 
ïjande médiane presque entièrement jaunâtre, la variA* Flavoàa- 
guUUa, Stgr et Rebcl {Catalog 1901, n* 338). 

Le papillon n' 34, récolté à Larche (Basses- Alpes), ep aofit 
i9ryS, représente une forme oîi la bande médiane ressort sur un 
fond gris plus clair; mais j'ai déjà dit qu'il y a des passages insen- 
sibles entre toutes les variétés. 

J'ai pris Infidaria aux environs de Chamonix. en juillet 1891; 
je f>ossède des exemplaires de l'Isère (Uriage. Grande-Chartremç), 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 71 



communiqué à Staudinger une série probante d'exemplaires de 
Caruleaia. Rien n*a pu venir à bout d'une résistance obstinée contre 
f évidence même. 

Cœruleaia Guenée-Obthr est cependant bien certainement la 
forme pyrénéenne de Flavicinctata et nullement une variété dUnfi- 
daria; car pas un exemplaire de Caruleata (j'en ai 150 sous les 
yeux) n'offre ce sinus profond du bord interne de la ba^de mé- 
diane des ailes supérieures. 



XXI. — Larentia Leataria» Delaharpe (Pi. III, fig. 36), 
et Larentia Larentiaria, Bruand (PL III, 

fig. 3;). 

• 

On s'accorde à considérer Lataria comme une variété de Kolla- 
riaria; je ne discute pas cette proposition; je me borne à constater 
que si Lataria^ dans le Valais, a le fond de la bande médiane des 
ailes supérieuiies d'un vert gai, ainsi que Delaharpe le représente 
sous lé n^ 6 de la planche jointe à son premier travail sur les Pha- 
lénides de la Suisse, il en est tout autrement chez les exemplaires 
de la même Lataria qu'on récolte en France, dans les montagnes 
autour d'Uriage (forêt de l'Oursière) et au mont Revard, au-dessus 
d'Aix-les-Bains, en Savoie. J'ai pris plusieurs fois, aux localités 
précitées, la forme à bande médiane des ailes supérieures, non pas 
verte, mais brune, bien conforme à celle que Bruand a appelée 
Larentiaria et que je possède également des montagnes du dépar- 
tement du Doubs. Il convient donc de conserver ce nom de Laren- 
tiaria qui désigne une forme très constante et différente par sa 
couleur brune de la Lœtaria Delaharpe, à couleur verte. 

Les figures de Lœtaria et Larentiaria publiées sous les n*** 36 et 
37 de cet ouvrage font bien ressortir les différences de coloration 
entre les deux variétés suisse et française. Larentiaria ne parait 
pas rare dans la forêt de l'Oursière, au-dessous de la Cascade; 
mais elle éclôt en juin, comme Lœtaria d'ailleurs, et sa rareté 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COUPARÉE 



relative provient de cette précocité d'appantîoD; les chasses (j 
les montagnes alpines cnimnençaot rarement d'aussi bonne bc 
L'exemplaire de Lalaria qui a servi de modèle à la figun 
vient du Gottra, près Marti^^ny; il a èlé pris par M. Wullschlq 
l'exemplaire de Larmliaria a été récolté par moi, en juin i< 
daos la forêt de l'Oursiire, au-dessus d'Urîage. J'ai pris Ko 
rtaria aux environs de Zermatt, où elle pai;dt moins obscure 
dans les Alpes autrichiennes. Ma collection contient des Al 
d'Autriche une paire d'une aberration curieuse de KoUariaria; 
ailes sont blanches avec la base, la bande médiane et deux ou t 
petits points subapicaux bruns; les atomes grisâtres qui, dans 
exemplaires normaux, obscurcissent l'espace entre la base et l'es^ 
médian d'une part, entre l'espace médian et le bord term 
d'autre part, ont disparu. 




TABLE DES MATIÈRES 



VAOBS 

I. — Melitaa Dejone-Berisau, Ruehl; 
Meutaa Dejone-Nevadensis Obthr.; 

MEUTiEA Parthenis-varia, Mey-D ii 

IL — LYCiENA Zephyrus-Akbesiana, Obthr.; 
Lycena Zephyrus-Hesperica, Rambur; 

LYCiENA Zephyrxjs-Lyodas, Trapp i6 

III. — Lycmsa Caluofis-Valesiaca, Obthr 19 

IV. — Erebia Christi, Raetzèr 21 

V. — Erebu Pharte-Phartina, Stgr 23 

VI. — CcENONYifPHA Arcania-insubrica, Frey 24 

vu. — Celxrio Dahui-lutescens, Obthr ^ 26 

vin. — Celerio Deserticola-plaveola, Obthr 26 

IX. — Celerio ViéPERiruo-SAUfONEA, Obthr ., 27 

X. — Celerio Vespbrtiuoides, Bdv.; 
Celerio Epilobu» Bdv.; 

Celerio Burckharoti, Mory 28 

XI. — Zygana Ephialtes-Sophle, Favrc 43 

XII. — ZYCiENA PAUSTA-TRICÔLOR, Obthr S^' 

XIII. — ZYGANA CARNIOUCA-WEILERI, StgT.; 

Zygjena Carniolica-tricolor, Obthr $2 

XIV. -— Chondrostega Constantina, Aurivillius 53 

XV. — Nemeophila Cervini-Hnatecki, Frcy.... S4 

XVI. — Bryophila SDfULATRicuLA, Gucnée 59 



TABLE DES ICATIÈRES 



XVII. — PACRNOBIA Hypmbokxa-Alptna, Hoid^. et Westw.; 
PACHNOBIA HvrBRBOHIA-RYrrKLKNSlS, Obthr 



XVIII. — Dasvcampa muBiciNXA, Fab.; 

Dasycauta Staudincui, de Gnslin... 
XIX. — PsoDO» alticolaru-taucium, Favre... 
XX. — LARU4TU Cyanata, Huebner; 

LAKxmiA INHOASU, DcUharpc 

' XXI. — Lasentta L«TaUA, Delahupe; 

Launtu Larxntuua, BnuBd 




EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE I 



Fig, 



I 

2 

4 

5 

6 

7 
8 

9 
10 

II 

13 



Nemeophila Cervini-Hnatecki, Frey, cf, du Valais: 
Nemeophila Cervini-Hnatbcki, Frey, cf, du Valais. 
Nemeophila Cervini-Hnatbcki, Frey, Q, du Valais. 
Nemeophila Cervini-Hnatecki, Frey, Q, du Valais. 
Meutaa Dejone-BerIsau, Ruelil, cf (dessus), de Martigny. 
MELiTiEA Dejone-Berisau, Ruehl, Q (dessous), de Martigny. 
Melitaa Dejone-Berisau, ab. cf» de Martigny. 
MEUTiEA Parthenie-varia, Mey-D., ab. cf ,. de Zennatt. 
Pachnobia Hyperborea-Alpina» h. et Westw., d^Ecosse. 
Pachnobia Hyperborea-Alpina, h. et Westw., d*Ecossc. 
Pachnobia Hyperborea-Rypfelensis, Obthr., de Ryffdalp. 
Cœnonympha Arcania-insubrica, Frey, Q, de Crévola. 



PLANCHE II 



Fiflr. 13 

— M 

— 15 

— 16 

— 17 

— 18 

— 19 

— 20 

— 21 

— 22 

— 23 

— ^4« 



Erebia Christi, Raetzer, Q (dessus), vallée de Laquin. 

Erebia Christi, Raetzer, Q (dessous), vallée de Laquin. 

LYCiENA Calliopis-Valesiaca, Obthr., Q, de.Martigny. 

LYCiENA Caluopis-Valesiaca, Obthr., Q, de Martigny. 

LYCiENA Zephyrus-Lycidas, Trapp., cf, route du Simplon. 

LYCiENA Zephyrus-Lycidas, Trapp., Q, route du Simplon. 

Erebia Christi, Raetzer, cf (dessus), vallée de Laquin. 

Erebia Christi, Raetzer, cf (dessous), vallée de Laquin. 

Lyccna Zephyrus-Akbesiana, Obthr., cf, Akbès. 

Lycena Zephyrus-Akbesiana, Obthr., Q, Akbès. 

LycMSA Zephyrus-Hesperica, Ramb., cf, Grenade. 
LYCiENA Zephyrus-Hesperica, Ramb., Q, Grenade. 



EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE m 

- Zycena Ephialtzs-Sopbi*, Favre, de MiTiigii)'. 

- ZvcxNA Ephialtks-Sophk. Favre, de Marti^Dy. 

— 37. — ZY&eNA Ephialtes-Sophi.e. Favre, de iAutigay, 

— ï8. — ZVC^NA FAUSTA-TRICOLOR, Obthr., de Digike. 

- ZVC*NA FAUST A-TEICOLOK. Obihr,, de DiiToe- 

- ZvccNA Cakuiouca-tbicou», Obtbr., de Mani^ny. 

- ZvC'CNA Carniouca-Wkilkri, Stgi., de Culsruhe. 

- ZvccNA Carniouca (traDsition entre Weilbu et TBICOLOA), 
de Martigny. 

- Larentu Infidaria-FijIvocingulata, Stgr. et Reb:, de 
Martigny. 

- Larentia Infidaria, Dclaharpe, de Larche. 

- Larentia Infidaria-Primordiata. Raetier, de Martigny. 
• Larzntia L.ctaru, Delafaarpe, de Martigny. 

- Larentia L^Taria-Larentiaria, Bniand, de la forêt de 
l'Oursière (Isère). 

- Larkntia Cyanata-Flavouixta, Hirschke, de Gottra. 

- Labentia Cyanata-Gottrznsis, Favre, de Cottra (Valais). 



PLANCHE IV 

- Dasycaupa RtiBiGiNEA-GRAgUNi, Stgr., de Manigny. 

- Dasycaupa rubiginba-Grasuni, Stgr., de Digne. 




EXPLICATION DES PLANCHES ^^ 



PLANCHE V 

Fiff. 54. — Celirio Vespbrtiuoides, Bdv. (run des types), du Dau- 

phiné. 

— 55. — Celerio Vespertiuoides, Bdv. (de là collection Bellier), 

du Dauphiné. 

— 56. — Celerio Burckhardti, Mory, d'Huningue. 

— 57. — Celerio Vespertiuo-Salmonea, Obthr., de Bâle. 



PLANCHE VI 

Fiff. 58. — Celerio Epilobu, Bdv. (de la collection de Graslin), de la 

région lyonnaise. 

— 59. — Celerio EnLOsn» Bdv., dHuningue. 

— 60. — Celerio Deserticola-flaveola, Obthr., de Biskra. 

— 61 — Celerio Daelh-lutescens, Obthr., de Corse. 



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LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



ÉTUDES 



DE 



LÉPIDOPTÉROLOGIE 



COMPAREE 



PAR 



Charles OBERTHUR 



Fascicule II 



RENNES 

IMPRIMERIE OBERTHUR 
Octobre 1906 



I 



Observations sur les NEPTIS à taches jaunes 

de la région sino-thibétaine. 



Depuis plus de 25 ans, chaque année, les Missionnaires du 
Thibet établis à Tâ-Tsien-Loû (Latitude Nord 30°03'58" — alti- 
tude 3,200^), Bathang (Lat. 29°59'49'' — ait. 2,459™), Yerkalo 
(Lat. 29**02'3o" — ait. 2,761"), Yarégong (ait. 3,480™), Atentse- 
en-Yunnan (ait. 3,360), Lou-Tse-Kiang-en-Yunnan (ait. 2,193), 
Tse-Kou-en-Yunnan (Lat. environ 26*^80' — long. 98 — ait. 
1,993"), ^^c-» nous ont envoyé les papillons récoltés par les 
chasseurs indigènes chinois et thibétains, la plupart chrétiens, 
qu'ils emploient pour notre compte, dans les environs de leurs 
résidences et un peu plus loin même, dans des régions où l'insé- 
curité n'est pas un obstacle trop grand aux recherches entomo- 
logiques (*). 

Nous avons ainsi reçu un nombre considérable de papillons 
sino-thibétains. Mais on comprendra aisément quel énorme déchet 



(*) Ces lig'nes ont été écrites en IQ04 et le travail de la mise sur 
pierre des figures en a retardé l'impression. Depuis 1904, la mission 
catholique du Thibet a été éprouvée cruellement. Six missionnaires 
ont trouvé la mort ; les chrétientés du Tsé-Kou, Bathangr, Yarégrong-, etc., 
ont été dispersées ; les ég-lises détruites. Il est impossible actuellement 
(août 1906) de savoir si les recherches entomolog^iques ont pu être 
continuées, en quelque localité moins troublée, durant la saison 1906 
et si elles pourront être poursuivies à l'avenir. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



résulte des difficultés de la récolte, de l'humidité souvent e 
du climat, de la longueur du voyage depuis les frontières du 
Thibet jusqu'à Chang-Haï, des accidents inévitables de la route 
et aussi de l'inexpérience des chasseurs indigènes. 

En cours de transport, principalement de Tâ-Tsien-Loû à 
Tchong-Kin, les risques sont nombreux. Si une caisse tombe à 
l'eau, son contenu devient inutilisable, c'est ainsi que nous avons 
reçu des milliers de papillons ayant été mouillés, ne formant plus 
qu'une masse compacte avec les papiers qui les enveloppaient. 
Les écailles des ailes des papillons s'étaient décalquées sur les 
papiers de soie auxquels elles adhéraient. Cette fois, rien de ce 
qui était tombé à l'eau, n'a pu être sauvé. 

Quoi qu'il en soit, nous nous sommes trouvé en possession de 
documents considérables sur la faune 1 épi do ptérologique d'une 
contrée peu accessible, d'ailleurs très lointaine et qui, sans le zèle 
scienti&que des Missionnaires catholiques et leur obligeance sans 
bornes, serait restée très longtemps t terra ignota i. 

De tous les documents qui nous ont passé sous les yeux pendant 
ce dernier quart de siècle, a résulté une lumière, mais aussi un 
trouble. 

Nous avons pu voir la constance de différences spéci&ques peu 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE g 

Ménétriès a, le premier, fait connaître une Neplis à taches 
jaunes de la faune paléarctique. Il lui a donné le nom de ihisbe. 
Boisduval et Guenée avaient reçu, chacun, de Ménétriès, une 
collection des espèces nouvelles de papillons qu'il avait décrites 
de r Amour. On peut considérer ces Lépidoptères comme des 
co-types de Ménétriès. Ils sont sous nos yeux. Nous prenons donc 
thisbe envoyée par Ménétriès, comme terme de comparaison. 

Thtsbe n'habite pas seulement le pays de l'Amour, l'île Askold, 
la Corée; elle est aussi répandue dans la Chine centrale et occi- 
dentale. 

Nous l'avons reçue de Siao-Lou et de Tsekou. 

A Tsekou, elle présente une forme constante, caractérisée par 
l'élargissement de toutes les taches jaunes. Le bord marginal des 
ailes inférieures est lui-même assez largement semé d'écaillés 
jaunes. En dessus le faciès est particulier; et, à cause de la plus 
grande dimension de leurs taches jaunes, les exemplaires de 
Tsekou se distinguent nettement de ceux des autres localités. Le 
dessous des ailes diffère de la race-type de l'Amour par la couleur 
plus claire des taches jaunes ordinaires qui, chez thisbe^ ont la 
même conformation des deux côtés des ailes. 

Nous avons désigné la race de Tsekou sous le nom de dilutior 
(PL IX, fig. 2). 

Dans la région de Siao-I-ou, il y a deux formes de thisbe, 
l'irne très analogue à la race-type de l'Amour, l'autre sensiblement 
plus obscure sur le dessous des ailes. Toutes les parties brunes 
sont plus foncées et la bande maculaire médiane jaune des ailes 
inférieures est, depuis le bord anal jusqu'à la 5" macule qui reste 
blanchâtre, d'un jaune un peu roux. Il y a des exemplaires transi- 
tionnels entre la forme-type de thisbe et cette forme obscure; 
mais cette dernière forme nous paraît assez constante, étant 
représentée dans notre collection par un grand nombre d'exem- 
plaires assez semblables entre eux. Nous avons distingué cette 
variation par le nom : obscurior (PL IX, fig. i). 

Leech, dans son ouvrage : Butterflies' front Chinai etc., établit 



lO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

2 variétés de ihisbe qu'il appelle ihemis (PI. XVIII; g, fig. 8) 
et thetis (PI. XVIII; d", &g. lo). 

Staudingcr et Rebel, dans le Catalog der Lepid. des palœ- 
arctiscken Faiinengebietes, igoi, ajoutent à la Neplis thisbe-lhetis, 
cette mention aussi mal fondée que possible : ■ major, vJx nom. 
conserv. i. De plus les mêmes auteurs font précéder la désignation 
ihelis de ; nb. (v.), comme si cette thetis était un simple accident 

MM. Staudinger et Rebel réunis ont, selon leur mauvaise 
habitude, inexactement traité la question; d'ailleurs ils ne la 
connaissaient point et c'est là leur excuse. 

Ihemis Leech et thetis Leech ne sont pas seulement des 
variétés de ihisbe, comme Leech l'a représenté, n'osant pas aller 
jusqu'à la séparation spécifique, ce qui est pourtant la vérité. 

Nous avons sous les yeux un grand nombre de thetis et de 
themis. Ce sont certainement deux unités spécifiques distinctes. 
Elles ont des caractères parfaitement constants et leur différence 
est admirablement écrite sur le dessous de leurs ailes inférieures 
particulicrement. 

Chez ihi.sbe, la bande jaune, maculaire médiane des ailes infé- 
rieures, en dessous, se termine toujours par 2 taches plus ou moins 
violacées el qui sortent de la direction rectiligne pour décrire un 
mouvement de courbe, en remontant vers le bord costal des ailes 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II 

Quant à themis, il nous parait certain qu'elle s'étend jusqu'au 
Sikkim où elle est représentée par la forme blanche NycteuSy de 
Nicéville. Les chasseurs Lepchas du Père Breteaudeau captu- 
rèrent pendant l'été 1894, à Lachin-Lachoong, entre 8,000 et 
16,000 pieds, un certain nombre de Nycieus, tous cT, dont 11 
exemplaires sont encore dans notre collection. Nycteus varie pour 
la teinte blanche de ses taches, en dessus. La couleur blanche est 
plus ou moins pure, généralement un peu jaunie, tandis que le 
dessous est d'un blanc très vif. 

Themis vole dans la région de Siao-Loû, comme dans celle de 
Tsekou; mais à Tsekou, elle est constamment distincte par le 
rembrunissement profond de la teinte brun chocolat du dessous 
des ailes. Nous avons donc distingué, sous le nom de theodora 
(PI. IX, fig. 3), la race géographique de la Neptis themis à 
Tsekou. Outre que le fond des ailes est beaucoup plus obscur, en 
dessous, les parties violacées sont beaucoup moins bleuâtres que 
dans la forme de Siao-Loû. Il convient d'ajouter que chez la Q 
themis-theodoray les taches ordinaires sont plutôt blanchâtres que 
jaunes; le mélanisme du fond des ailes contrastant avec l'albi- 
nisme des macules. 

Aux esf)èces que Leech a connues : thisbi\ themis, thetis, il 
convient d'ajouter, dans le même groupe, deux nouvelles espèces 
de Tsekou. Nous les avons appelées : Yiinnana et iianorum. 

Yunnana (PI. VIII, fig. i), a les taches jaunes du dessus des 
ailes un peu élargies. En dessous, la bande maculaire médiane 
jaune des ailes inférieures est large, d'un canari vif, surmontée 
d'un espace teinté de brun rouge et parsemé de plusieurs taches 
lilas. Le bord costal, près de la base, est jaune d'ocre. Au-dessous 
de la bande maculaire médiane jaune, il y a un large espace ocre 
jaune traversé par plusieurs lignes sinueuses d'un brun rouge, 
commençant au bord anal, suivant d'abord une direction assez 
droite et presque parallèle au bord marginal, puis remontant à 
peu près à angle droit, vers le bord costal. 

Nous ne connaissons pas la Q ; mais notre collcrtion contient 
20 cf bien semblables entre eux. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



Quant à nemorum (PI. VIII, fig. 3). elle est très caractérisée par 
le bord marginal de ses ailes inférieures en dessous, largement et 
uniformément jaune, d'une teinte un peu plus orangée au contact 
d'une ligne lilas, allant du bord marginal au bord costal, au 
voisinage duquel elle remonte, en formant un angle. Cette ligne 
lilas est surmontée d'une bande brun rouge, traversée elle-même 
par un ûlet plus clair et limitant le bord inférieur de la ligne 
ordinaire médiane maculaire jaune. 

Nous avons dans notre collection 7 d" de Tsekou. 

Nous en possédons 7 autres, également de Tsekou, que nous 
n'osons rapporter à nemorum et que nous n'osons pas non plus 
ériger en espèce distincte. Cependant les différences, quoique 
portant sur des détails peu importants des dessins des ailes 
inférieures en dessous, sont tellement constantes que la séparation 
en 2 espèces pourrait paraître raisonnable. Nous nous contentons 
pour le moment de considérer ces y Neptis comme une variété 
sylviimtn de nemorum. Sylvarum a le fond des ailes plus obscur 
en dessous; la bande maculaire jaune médiane des ailes infé- 
rieures manque du dernier espace intranervural lilas qui se 
remarque chez nemorum; de plus l'espace jaune marginal est 
moins large, parce que, au-dessous de la bande jaune maculaire 
médiane, il y a 2 lignes brun rouge plus espacées l'une de l'autre 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 13 

caractères distinctifs suivants : aux ailes supérieures, les taches 
subapicales transparaissant du dessus sont d'un blanc un peu 
bleuâtre, au lieu d être jauncitres. Aux ailes inférieures, la bande 
médiane également d'un blanc bleuâtre est moins large et plus 
courte, en ce sens que la dernière macule intranervurale, près du 
bord costal, manque. La bande submarginale blanchâtre est, chez 
Meloria, composée de macules intranervurales, moins larges et 
suivie de deux bandes lilas séparées par une bande d'un brun 
rougeâtre. L'espace roux entre les deux bandes blanchâtres, la 
médiane et la submarginale, est plus large chez Meloria. Enfin les 
taches d'un brun rougeâtre qui, chez thestias, sont contiguës au 
bord costal des ailes inférieures et aux 2 dernières taches jaunâtres 
de la bande médiane, manquent chez Meloria, 

De Siao-Lou et de Tien-tsuen, nous possédons 14 exemplaires 
d'une Nepûs alliée à thestias, mais plus différente encore que 
meloria. Nous l'avons appelée : noyala (PI. VIII, fig. 7). Celle-ci 
est plus obscure en dessus que thcstias et meloria; de plus le trait 
jaune cellulaire y est divisé en deux parties, comme chez 
mahendra, adipala et autres espèces à taches blanches. En dessous, 
noyala a le fond des ailes d'un brun roux obscur; les taches ordi- 
naires des ailes supérieures sont d'un blanc un peu jaunâtre, 
centralement plus claires; la côte des ailes inférieures est blanc 
jaunâtre depuis la base; les bandes ordinaires, la médiane et la 
submarginale, sont d'un blanc un peu bleuâtre ou violacé; une 
ligne lilas se trouve placée parallèlement au bord terminal, entre 
la bande submarginale et le bord terminal qui est assez sensi- 
blement dentelé. 

Une autre belle et grande Nepiis de Mou-Pin et de Siao-Loû 
est annaika (PI. VIII. fig. 4), semblable en dessus à thcstias, mais 
variant pour la teinte jaune des taches ordinaires, qui est tantôt 
claire et tantôt aussi foncée que celle du jaune d'œuf. Notre 
collection en contient 12 beaux spécimens. En dessous, le fond 
des ailes est d'un gris jaunâtre pâle, avec les bandes ordinaires 
d'un blanc jaunâtre, une ou deux ombres brun roux aux ailes 
inférieures, près de la côte, au-dessus de la bande médiane ordi- 



14 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

naire jauiiâlre. [mis une série de taches également d'un brun roux 
entre la bande médiane et la bande submarginale jaunâtres et 
enfin quelques atomes bruns le long du Ixird terminal. Aux ailes 
supérieures, tout est comme chez thestitis, mais plus pâle. 

Nous nous sommes demandé si thestiiis, meloria et annaika 
clnient des formes d'une même unité spécifique et nous en serions 
probablement venu à conclure ainsi, sans la fixité des caractères 
dislinrtifs des ailes inférieures en dessous. Après avoir minutieu- 
sement examiné tous nos exemplaires, nous n'avons trouvé aucun 
spécimen de transition. Les exemplaires varient entre eux, mais 
sans que les caractères qui distinguent à notre avis les espèces, 
soient atteints par ces variations mêmes. 

A côté de noytilii. près d'an/onii, mais bien nettement différente 
des autres Neptis sino-thibétaines, se place l'espèce dont nous ne 
possédons malheureusement qu'un seul cî, désignée sous le nom 
de po/ricia (PI. VIII, fig 6). 

En dessus, plus pâle que noynUi, la tache jaune cellulaire n'est 
pas divisée en 2 parties, mais elle est entamée vers son extrémité 
par un faible trait noirâtre. En dessous, les ailes sont traversées 
par des bandes et des taches très uniformément blanc un peu rosé, 
sur un fond brun clair, avec les ombres brun roux. L'espace costal 
basilaire des ailes inférieures est largement teinté de blanc rosé. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 15 

Dans le groupe de manasa-zaiddy nous signalons deux espèces 
nouvelles. 

i** narcissina^ voisine de ntanasa; 

2° sylvana, que nous plaçons non loin de zuïda. 

La Nepiis manassa est restée fort rare dans les collections. 
M. le lieutenant-colonel Bingham {^rhc faune of british India; 
Buiterfi. vol. I, p. 336), dit, à propos de cette espèce : This form 
is at présent (1905) known only froni a single spécimen of a cf, 
the type, now in the British Muséum. The précise local ity where 
it was taken is unknown ». Nous avons reçu quelques exemplaires 
de Lachin-Lachoong, au Sikkim, où ils furent recueillis par les 
chasseurs lepchas du Père Bretéaudeau, pendant l'été 1894. Notre 
collection contient actuellement 3 cT Manasa^ irréprochables. Ces 
Manasa furent capturés en même temps que des Zaida et aux 
mêmes lieux; mais Zaida vole en une foule d'autres localités et 
nous l'avons aussi reçue des environs de Darjeeling, sans pouvoir 
dire cependant à quelle distance de cette ville ils avaient été 
rencontrés. 

Quoi qu'il en soit, Manasa existe ailleurs que dans la collection 
du British Muséum et la Neptis nyctcus, de Nicéville, donnée par 
le lieutenant-colonel Bingham, comme une race de Manasa, n'a 
avec cette dernière espèce qu'un rapport générique. Ainsi que nous 
l'avons exposé plus haut, N y ci eus est une race de thisbe et par 
conséquent se réfère à une tout autre unité spécifique. 

Narcissifta (PI. VIII, fig. 2) a été prise dans la région Lou-tsc- 
Kiang par le Père Genestier, en même temps que la Picris Gcnes- 
/ierif Ch. Obthr, décrite et figurée par nous, dans VHistoire de la 
Afission du Thibet écrite par le Père Adrien Launay, de la Société 
des Missions étrangères (Vol. II, p. 41 1, fig. 2). 

En dessus, Narcissina diffère de Manasa, parce que toutes les 
parties jaunes sont de couleur jaune d'œuf et non jaune chamois 
très pâle comme chez Manasa. En dessous, le fond des ailes est 
d'un jaune clair assez uniforme, sur lequel les taches et bandes 
jaunes ordinaires transparaissent du dessus en plus clair. Les 
parties lilas sont à peu près comme chez Manasa, ainsi que la 



l6 r.ÉPlDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

tache noire, au-dessous de la cellule de l'aile supérieure et un peu 
au-dessus du bord inférieur. La forme des ailes supérieures est un 
peu différente de Mtinasti, en ce sens que l'apex est plus aigu et 
moins arrondi. 

Il est possible que Narcissina soit une forme de manasa, un peu 
plus grande, d'aspect plus robuste et à taches jaunes plutôt que 
blanc jaunâtre. 

Sylviina (PI. IX, fig. 6), est une espèce distincte de Zaida. Elle 
en diffère en dessus par la couleur jaune d'œuf de toutes ses 
taches ordinaires; Zaida ayant les taches du même blanc jaunâtre 
que Maîtrisa. En dessous, les différences sont caractéristiques. Aux 
ailes supérieures, che^ sylvana, l'espace cellulaire et tout le bord 
marginal sont lavés de jaune pâle; les taches ordinaires sont 
blanc jaunâtre; l'espace médian, du bord costal au bord inférieur, 
est d'un brun noirâtre. 

Aux ailes inférieures, l'espace basilaire, avant la bande médiane 
ordinaire, est uniformérnent lavé de jaune; la bande médiane 
blanchâtre est plus étroite que chez Zaida; elle est inférieurement 
soulignée par une ombre noirâtre assez large. Tout l'espace, entre 
la bande médiane blanchâtre et le bord terminal, est jaune, 
traversé par une seule ligne blanche étroite, sinueuse et une ligne 
lilas qui se fond, avant d'arriver au bord anal. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 17 

régulière, étant formées d*une série de croissants intranervuraux 
d'un brun rougeâtre. Nous possédons 6 exemplaires de nemorosa^ 
bien semblables entre eux, présentant un aspect différent 
d*AracAne dont notre collection contient 85 exemplaires et de 
Giddeneme^ forme bien constante, dont nous avons 19 individus 
sous les yeux. 

Arachne offre sur ses ailes inférieures, en dessous, une ombre 
s*étendant à l'extrémité de la bande médiane ordinaire, vers le 
bord costal. Nemorosa manque de ce caractère. De plus la couleur 
jaune des taches du dessus est plus pâle chez nemorosa que chez 
arachne. 

Nous n'oserions cependant nous prononcer formellement sur la 
séparation spécifique de nemorosa, bien que son faciès la distingue 
parfaitement d!arachne et surtout de giddcneme, race plus petite, 
d'un jaune plus uniforme en dessous, avec tous les dessins rou- 
geâtres moins épais. 

Nous possédons les 2 sexes de nemorosa et d'arachne et les 
caractères distinctifs, quoique difficiles à définir avec précision, 
sont pourtant aussi bien les mêmes chez les cf que chez les Q. 
Dans ces conditions nous restons incertain sur la question de 
séparation spécifique d' arachne et nemorosa, celle-ci restant, en 
tout état de cause, une variété stable d'arachne. 

"Nous signalons une dernière Neptis de Siao-I.oû à qui nous 
avons donné le nom de sylvia et que nous considérons comme une 
race géographique de narayana, Moore. 

Nous avons reçu de feu notre ami Lionel de Nicéville quelques 
narayana^ à taches blanches, qu'il avait obtenues du nord-ouest 
de l'Himalaya. 

Les chasseurs lepchas du Père Breteaudeau ont trouvé à Lachin- 
Lachoong un seul cf de la forme iiana, de Nicéville, à taches 
jaunes, et nous reçûmes des environs de Darjceling un autre cT 
de cette même forme nana, mais plus obscur en dessous. 

A Tsekou, on trouve une Neptis nana tout à fait semblable à 
celle des environs de Darjeeling. Mais à Siao-Loû, à Tien-tsuen, 
vole une forme plus grande; en dessus, à taches jaunes rétrécies 



l8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

et d'aspect général plus obscur; en dessous, plus rembrunie, à 
taches ordinaires moins saillantes, ressortant moins vivement sur 
un fond qui paraît d'un brun plus atténué. Nous avons désigné 
cette race géogr.-; ;: liique chinoise sous le nom de sylvia (PI. IX, 
&g- 4)- 

La Neptis Radka, Moore, se trouve aussi au Su-tchuen; elle 
ne parait pas rare à Siao-Loû et à Mou-Pin. Notre colleclion 
contient 30 spécimens, tous <3, différant de la forme du Sikkim 
par le ton plus obscur du dessus de leurs ailes. Les taches jaunes 
ordinaires sont rétrécies, plus pâles et un jdcu rembrunies. Nous 
avons donné à cette race géographique constante le nom de 
sincnsis. 

Nous n'avons jamais vu la Nep/is antigone, Leech {Butl. fr. 
Ckiiui, pi. XVIII, fig. 6); cette aittigone est la seule des espèces 
de Nrp/is chinoises à taches jaunes décrites par Leech qui nous 
soit restée inconnue. Il est vrai que Leech possédait un seul exem- 
plaire Q A'anligone, pris à Ichang, en mai. Ichang est dans le 
Hou-Pé, presque à mi-distance entre la mer et le Thibet. 

Il reste certainement beaucoup d'espèces de Rhopalocères i 
découvrir dans les vastes régions encore si peu connues au point 
de vue en tomo logique, de la Chine centrale, occidentale et méri- 
dionale. 




II 



Description d'une nouvelle espèce à* A pâtura. 



Apatura modesia, Ch. Obthr. (PL VII, fig. 4). 

Décrite d*après 5 cT provenant de Siao-Loii, Mou-Pin et Tien- 
tsuen. 

Modestii se place près de Plucac'ux, Hew., dont nous i)ossédons 
2 cf de Tsekou, 5 cf et i Q de Sikkini (Lachin-Lachoong et 
environs de Darjeeling). 

Diffère de Phœacia, par la forme plus pointue de l'angle anal 
de ses ailes inférieures, l'absence, en dessus et en dessous, de la 
bande maculaire blanche subapicale. Cette bande est remplacée, 
chez modesta, par 4 ou 5 petits points blanchâtres peu apparents. 
En dessous, la ligne commune qui part du milieu du bord costal 
de Taile supérieure pour se diriger vers le bord anal de l'aile 
inférieure, a, chez modesta, notamment à l'aile supérieure, une 
direction tout autre que chez Plucac'ui. 



Au sujet des Apatura sino-thibét aines, il convient d'observer 
que fulva, Leech (5////. fr. China, pi. XV, fig. 2) est le cT de 



20 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

subcœrulea, Lecch (loc. cil., pi. XV, fig. i). Nous n'avons jamais 
vu Apatum Pallas, Leech (loc. cit., pi. XV. fig. 5). 

Nous pensons que Bieii, Obthr., est une espèce à part, différente 
d'/m et non une variété de celle-ci, ainsi que nous le supposions 
d'abord. 

V.'Apaiura Schrenckii, Ménétriès, se trouve à Tsekou où elle 
présente une forme constante, plus petite, avec un développement 
très accentué des taches blanches, fauves et bleuâtres du dessus 
des ailes; nous avons désigné cette race sous le nom de lœla. 

Sckrenckii se trouve aussi à Siao-Loû et Tien-tsuen; elle y est 
intermédiaire entre la forme type et la race lesta, de Tsekou. 

L'Apalura Iris, Linn., est très commune dans les régions voisines 
du Thibet. Elle y offre une variété où les taches, en dessus, sont 
d'un jaune chamois un peu orangé, au lieu d'être blanches. Il y 
a d'ailleurs toutes les transitions entre la forme type à taches 
blanches et la variété à taches jaunes. Quelquefois aussi, les taches 
s'oblitèrent comme dans l'aberration lole. La Q Iris, de Chine 
occidentale, a presque toujours les taches jaunes; mais nous 
possédons i Q blanche et 2 Q de transition. La Q figurée dans 
l'ouvrage de Leech (PI. XV, fig. 4) nous semble être une Q d'Iris 
et non de Bieli. La Q Bieti est beaucoup plus obscure et le cf 
Bieti très distinct de la variété à taches jaunes d'Iris. 




III 



Dimorphlsme et Mimétisme de la femelle de 

Paromia melania. 



La Paromia melania Q présente à la fois un remarquable 
exemple de dimorphisme sexuel^ par rapport au cf de son espèce, 
et de mimétisme limité au dessus de ses ailes, comparativement 
à certaines espèces de Catagramma dont les deux sexes sont sensi- 
blement analogues entre eux. 

Déjà, en 1901, dans le Bulletin de la Société entomologique 
de France (p. 42), nous avions publié quelques observations sur 
cette question de dimorphisme et de mimétisme sinmltanés. 

Mais nous avons acquis la conviction qu'il ne nous a pas suffi 
d'exposer le fait dont nous étions témoin, pour le rendre clair et 
intelligible aux nombreuses personnes qui dirigent actuellement 
leurs études, de préférence vers le côté philosophique de l'ento- 
mologie. 

Une fois de plus, nous avons constaté que sans de bonnes 
figures parlant aux yeux, il est bien difficile de parler utilement à 
l'esprit 

Voilà pourquoi nous avons cru devoir revenir, avec des figures 



22 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

à l'appui, sur le sujet des Paromia dont, comme nous l'exposons 
plus haut, la Q dimorphique est en outre mimétique des Cata- 
gramma du groupe de Miottina, Lyca, Aegitta, Dertina, Brome, etc. 

La Paromia représentée sur la planche VII de cet ouvrage 
(cT, fig. i; Q fig. 2) provient de Cananche, dans l'état de Cundi- 
namarca, en Nouvelle-Grenade, où M. de Mathan en récolta 4 çj 
et 2 Q, pendant le premier semestre de l'année 1900. 

Les Paromia sont des papillons assez rares; les Q surtout 
semblent très difficiles à obtenir. Depuis 1901, nous avons reçu 
une petite série de Paromia prises à Chanchamayo (Pérou) par 
Oswald Schuncke; mais tous les exemplaires de cette récolte 
étaient des mâles. Dès lors, nos connaissances, quant aux femelles, 
n'ont pas avancé. 

Nous possédons donc toujours une Q du Para à peu près 
semblable au d". mats dépourvue de reflet bleu en dessous; une 
autre Q de l'Equateur appartenant à une espèce dont le cj paraît 
encore inconnu et probablement identique à celle dont Staudinger 
parle en ces termes (Ezo/. Tagfalter, p. 114) : ■ Das Ç hat 
blauschwarze Htfl. mit einer breiten blauen Haibbinde vor dem 
Analwinkel >; enfin les 2 Ç prises par M. de Mathan, à Cananche. 

Nous avons appelé œquatorialis la Paromia provenant de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 23 



beaucoup moins intense. En effet ils ont, en dessous, le fond des 
ailes noir avec un très faible reflet bleu. Toutefois, il est sur- 
prenant que dans sa description, Hewitson ne parle pas de ce 
reflet bleu que la figure donnée par lui-même accuse cependant 
si fortement. 

Voici les termes dont s'est servi Hewitson : a Upperside. Maie 
black. Anterior wirig, with the base and a broad oblique trans- 
verse band sinuated inwardly scarlet. Posterior wing with a large 
oblong central scarlet spot ». 

En dessous, il y a aussi des différences. La base des supérieures 
est rose carmin dans la figure faite par Hewitson, tandis que dans 
nos exemplaires de Cananche, elle est obscurcie de gris. De plus 
nos 4 çj ont, aux ailes inférieures, au-dessus de la seule « minute 
spot, half black, half light-blue », suivant les termes de Hewitson, 
une semblable petite tache supplémentaire, moitié noire et moitié 
bleu brillant, surmontée d'une autre uniquement bleu brillant. Les 
autres caractères concordent mieux. 

Les différences que nous constatons ainsi entre nos exemplaires 
de Cananche et la pulchra d'Hewitson suffisent-ils pour permettre 
de séparer spécifiquement les 2 Paromia de Nouvelle-Grenade? 

Avec les documents insuffisants dont nous disposons présen- 
tement et en tenant compte du désaccord existant entre la des- 
cription et la figure de l'ouvrage de Hewitson, nous n'oserions 
Taffirmer. Mais Staudinger {Exot. Tagfaltcr, p. 115) ayant 
désigné sous le nom de melania, la Q de la Paromia qu'il avait 
reçue de Rio-San-Juan (Colombie) et qui paraît se rapporter à 
celle de Cananche, nous croyons devoir appliquer à notre Paromia 
ce nom de melania imposé par Staudinger, d'autant plus que 
Hewitson n'a pas connu la Q de sa pulchra, laquelle Q peut 
différer de celles que nous possédons. Notons cependant que 
Staudinger n'a pas adopté le nom générique Paromia et a préféré 
celui de Temenis. Quant à nous, nous nous référons au nom de 
genre choisi par Hewitson et ne prêtant à aucun malentendu. 

Voici comment Staudinger décrit la Q Tc?nc7iis melania : 
c Dièses Q hat vôllig schwarze Vdf. mit ciner breiten, sich in 



24 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

der Mitte ctwas erwcitemdcn, gelben schragbinde hinter der 
Mittelzelle. Die Htâ. sind auch schwarz, mit der blauen Halbbinde 
im Analwinkel. Auch die Unterseite der Htfl. mit 2 schwarzen, 
blau umgebenen Flecken, ist dunkler als bei der gcwohnlichen 
pitlchra. SoUte dièses ç einer neuen Art angehoren, so mag sie 
melania heissen •. 

C'est donc sous ce nom melania que nous désignons notre 
Paromia de Cananche, pensant qu'il peut plus exactement lui 
convenir. En dessous, les 2 sexes de melania ont les ailes infé- 
rieures tout à fait analogues. Us ont un caractère commun très 
particulier; c'est celui que fournissent leurs pattes d'un joli rose 
carminé vif. Il ne nous semble pas que cet important organe ait 
appelé l'attention d'aucun des auteurs qui se sont occupés des 
Paromia. Les pattes sont également roses chez Paromia pallidior, 
mais d'un ton plus clair. De plus chez pallidior^ les palpes et le 
dessous du thorax sont blancs, tandis que ces parties sont d'un 
gris obscur chez melania. 

Nous avons fait figurer, pour établir nettement la comparaison 
avec Paromia melania Q, un Catagramma mtonina <3, Hew. pro- 
venant des mines de Muzo, en Nouvelle-Grenade Mionina fait 
partie d'un groupe bien homogène, comprenant plusieurs espèces 
à fond noir en dessus, ornées d'une tache jaune aux ailes supé- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 25 

d'être^ il est impossible d'invoquer le motif de mimétisme pro- 
tecteur qu'on a inventé au sujet d'autres cas de mimétisme 
d'ailleurs bien différents de celui-ci. Nous voulons parler de la 
ressemblance à un objet non comestible, d'insectes pouvant servir 
d'aliment, par exemple d'un papillon à un lichen ou à un 
morceau de rocher et d'une chenille à une petite branche d'arbre. 
Dans la circonstance qui concerne la Paromia melania Q, la viva- 
cité des couleurs éloigne toute idée de protection due à l'imitation 
d'un objet étranger. Wallace a prétendu que certains insectes 
parés de couleurs brillantes, ce qui est le cas pour les Catagramma 
et la Paromia melania Q, émettaient une odeur répugnante aux 
oiseaux et les informaient ainsi par leurs couleurs elles-mêmes du 
mauvais goût qu'ils pouvaient avoir. Nous ignorons si les Cata- 
gramma émettent une odeur quelconque. Mais nous avons déjà 
fait connaître que nous avions vu une hirondelle manger une 
Callimorpha Hera, espèce à couleurs brillantes et à odeur musquée 
très forte et très tenace ; et depuis cette observation, nous avons vu 
se reproduire le même fait, ce qui prouverait que ce n'est point un 
accident isolé! Nous croyons que Wallace n'a pas raisonné juste 
et s'est laissé entraîner à ériger en une quasi certitude des hypo- 
thèses dont le seul mérite est detre le fruit d'une imagination 
ingénieuse. 

D'ailleurs le mimétisme dit : protecteur, celui qui résulte de la 
ressemblance d'un insecte à un objet matériel quelconque, n'est-il 
pas lui-même une hérésie scientifique et le produit de l'imagi- 
nation des entomologistes de cabinet plutôt que le résultat d'ob- 
servations et d'études soigneusement accomplies dans la nature? 

Tout ce que nous avons constaté nous-mêmc dans les chasses 
que nous poursuivons aussi fréquemment que ï)ossible, contredit 
absolument cette théorie de la protection par le mimétisme à 
laquelle, dans l'intérêt de la vérité, qui définitivement est seule 
en cause, il nous semble nécessaire de renoncer. 

Nous ignorons la raison d'être des divers modes de mimétisme, 
comme de beaucoup d'autres phénomènes dont nous constatons 
cependant la réalité. Il nous parait donc plus raisonnable de 



26 LÉPIDOFTÉROLOGIE COMPARÉE 

reconnaître notre ignorance et d'éviter de nous aventurer dans des 
explications hasardées et dépourvues de toute preuve. 

Les véritables ennemis des Lépidoptères, c'est-à-dire ceux qui 
en vivent, ne sont nullement le jouet de l'illusion que pourrait 
produire le mimétisme réputé protecteur des victimes ordinaires 
de leur espèce. Il suffit de faire l'examen des garde-manger de 
certains Hyménoptères pour constater la puissance et la sûreté de 
l'instinct qui dirige ces insectes dans la recherche de leurs proies. 
En ce monde, tout être sert à l'alimentation d'un autre être, ou bien 
inversement, certains êtres poursuivent d'autres êtres en vue de 
leur aliment personnel ou de celui de leur progéniture. Si le mimé- 
tisme protégeait efficacement un Lépidoptère, à l'état de chenille 
ou de papillon, contre les êtres qui doivent vivre à ses dépens, ce 
serait la victime désignée qui cesserait de remplir son rôle et 
l'entomophage périrait d'inanition, faute de sa nourriture néces- 
saire, du moment qu'il serait impuissant à la découvrir, parœ 
qu'elle lui serait trop bien dissimulée. Mais nous savons bien qu'il 
n'en est point ainsi dans la nature. Si nous-mêmes, nous avons de 
la peine à découvrir tel papillon qui ressemble à un morceau de 
lichen ou telle chenille qui a l'aspect d'une petite brindille 
ligneuse, nous devons cependant nous garder de tout raison- 
nement fallacieux, en jugeant toutes choses de la nature, comme 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 27 

à peine si quelques graines enfouies dans la terre survivent à la 
révolution dont THomme a été Tauteur. 

Mais lorsque l'ordre naturel n*est pas troublé par l'intervention 
violente de THomme ou par quelque cataclysme extraordinaire, 
nous constatons que chaque espèce pourvue, ou non, de mimétisme, 
même privée en apparence des plus élémentaires moyens de 
défense, se conserve et résiste, depuis des siècles, à ses ennemis 
primordiaux, toujours les mêmes et armés des mêmes moyens. 

Des quantités innombrables d'individus peuvent succomber; 
mais quelques sujets continuateurs de leur race, échappent tou- 
jours aux hécatombes et engendrent de nouveau une descen- 
dance qui empêche l'espèce d'être annihilée. Il semble que dans la 
nature, si le sacrifice d'un nombre immense d'individus est chose 
commune, l'espèce cependant se trouve indéfiniment conservée et 
sa reproduction assurée, tant que la flore et la faune d'une contrée 
ne sont pas détruites par un événement qui la transforme brus- 
quement et dont l'Homme est le plus souvent la cause. Dans toutes 
ces circonstances, le mimétisme ne paraît faire jouir d'aucune 
immunité les êtres qui en sont Tobjet. 

Nous croyons donc que la théorie du mimétisme protecteur ne 
résiste pas à l'observation qu'il est aisé de faire dans la nature. 
Chaque être vivant semble doué d'un instinct de conservation 
individuelle au moyen duquel il lutte pour prolonger la durée 
de sa vie. Mais dans la recherche ardemment poursuivie par les 
espèces carnassières, de la pâture qui leur est nécessaire, pas plus 
le dimorphisme que le mimétisme ne protège bien longtemps la 
victime contre ceux dont elle est l'aliment. 

Bien que nous soyons impuissants à connaître la raison véri- 
table du dimorphisme sexuel et du mimétisme simultané chez la 
Paromia melania Q, il n'en est pas moins vrai que la constatation 
du fait lui-même constitue une réalité scientifique digne d'intérêt. 

Nous espérons que les planches accompagnant cet ouvrage 
faciliteront l'intelligence du fait en question qu'il nous a paru 
bon de mettre en lumière. 



Dimorphisme de 2 espèces de Preds africaines. 



J'ai la plus grande reconnaissance à M. Henri-A, Junod, 
missionnaire à Shilouvane (Nord du Transvaal), pour l'envoi 
d'observations pleines d'intérêt sur les Lépidoptères du pays où 
il réside. 

M. Henri Junod a déjà publié dans le Bulletin de la Société 
Neuckâteloise des Sciences Naturelles (Tome XXVII ; année 
1898-99) une notice très documentée sur la Faune entomologique 
de Delagoa; quatre planches en couleurs illustrent ce travail. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 29 



ShilouvanCy ji fiiillcl içoô. 

Depuis plusieurs années, j'étudie la Faune des Lépidoptères 
du Sud de TAfrique. La station de Shilouvane est dans une 
situation favorable. Elle se trouve aux confins de la grande plaine 
qui setend du Lebonibo aux montagnes du Drakensberg, au 
pied de la chaîne du Drakensberg, à environ 700 mètres d'altitude. 
Elle est adossée contre une petite colline de 100 mètres de haut, 
très exposée au soleil. Cette petite colline, comme c'est toujours 
le cas dans cette contrée, attire certaines espèces de Lépidoptères. 
Son sommet est une véritable localité où l'on rencontre des 
papillons que l'on ne voit pour ainsi dire jamais dans la plaine. 
J'y ai capturé un certain nombre de fois Aphnacus Hutchinsonii, 
Trimen {S. Afr, Butt., II, p. 148, 149), admirable Lycénide qui 
porte sous ses ailes comme vingt perles d'argent incrustées; 
Jolaus alienus qui n'avait encore été trouve qu'une fois au 
Mashonaland, Jolaus Trtmeni, Silas; Charaxcs Saturnns, Achœ- 
mettes^ Jahlusa, Ethalion; Précis Sophia; Pamphila Ayrcsii, 
Morantii^ etc. Ce sommet de colline, pierreux, aride, brûlé, avec 
deux ou trois arbustes chauffés par le soleil de midi à deux heures 
de l'après-midi, est un paradis pour l'Entomologue, surtout au 
premier printemps, en Septembre, au moment le plus sec de l'année. 
C'est alors qu'on trouve ces superbes Lyacnidœ. 

L'an passé, j'ai exploré une localité différente. A cause de la 
malaria qui règne dans la plaine, je me suis établi pour la mau- 
vaise saison, à notre sanatorium, au beau milieu des montagnes du 
Drakensberg, à environ 1.200 mètres d'altitude. 

Ce sanatorium est un endroit d'une rare beauté; petit plateau 
suspendu entre ciel et terre, dominant à l'Est la vallée du Bokaha, 
à l'Ouest celle de Thabina; c'est une localité vraiment alpestre. 

Au Sud se dresse une pyramide de 1.700 mètres, l'un des plus 
beaux sommets de cette partie du Drakensberg. C'est de ce sommet 
que part un petit chaînon dont fait partie notre plateau et qui 
aboutit au Marovougne, grand rocher de 1.250 mètres d'altitude 
qui retombe à pic dans la plaine. 



30 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Le sanatorium est à mi-distance entre la pyramide de 
1.700 mètres et le rocher terminal de Marovougne. 

Sur le plateau s'étend une vaste prairie d'herbe de 50 à 
75 centimètres de haut, où volent Acrœa violarum, Cyclopides 
Tsila, Aphnixus natalensts, des Terias, Précis Octavia, etc 

Deux petites forêts circulaires se dressent au milieu de la 
plaine et recèlent, à la saison d'automne, de superbes Salamis 
Anacardii, le Cyclopides Métis et beaucoup plus rarement les 
Papilio Echerioides et Cenea. 

Mais outre la plaine ouverte, le sanatorium présente encore au 
point de vue entomologique deux éléments de richesse qui sont 
deux régions différentes. C'est d'abord le rocher. Le plateau se 
rétrécit et aboutit à ce que les Boers appellent un Kopje, tête 
rocheuse qui le domine et qui, étant élevée au-dessus du pays 
environnant, joue le rôle de pôle attracteur sur beaucoup de 
papillons. On y retrouve certaines espèces de la colline du Bas- 
Shilouvane r ApAnœus Masilikasi; Charaxes Saturnus et Acka- 
mettes; Abnntis venosa; rarement Abaniis paradisea, Capys 
Alphœus, que je n'ai jamais rencontré dans le bas pays. Cette 
tête rocheuse est, à un moment donné, couverte de fleurs de Selago 
naiiilensis, verbenacée qui porte des capitules de petites fleurs 
violettes très appréciées par les papillons. Le coteau est alors 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 3I 

épais d'arbustes toujours verts, souvent épineux, abrite 'de nom- 
breuses espèces sylvestres qui, chose curieuse, semblent plutôt 
appartenir à la faune du Cap qu'à celle de l'Afrique subtropicale. 

J'y ai découvert avec plaisir la Lethe Indosa se collant pares- 
seusement contre les troncs d'arbre au soleil et la Pieris Zochalia 
voletant sur les feuilles brillantes et marchant sur elles, comme 
si elle voulait y frotter son abdomen. 

Ces deux espèces apparaissent en Mars. 

La Leploneura Ayresii vole très haut dans les ramures et 
daigne trop rarement descendre à portée du filet. Des Pamphila, 
le Cycloptdes Betis s'étalent sur les tiges d'iris blanc; dans les 
énormes labiées violettes, volent Eurytela Hiarba et Pafilio 
Nireus, Ici aussi, les Salamis Anacardii, avec leurs ailes nacrées 
aux riches reflets, se suspendent aux branchettes ou se déplacent 
lentement. La Précis Elgiva remplace ici ses congénères du 
Rocher. Elle n'est pas rare dans les buissons, à la lisière du bois. 
En Mars, apparaît Précis Tugela qui est beaucoup moins fré- 
quente cependant. 

Le sanatorium n'est pas très riche en Tcracolus. Cependant en 
Janvier, des centaines de Teracolus lonCy allant tous dans le 
même sens, c'est-à-dire vers le Sud-Ouest, ont passé au sanatorium. 
J'ai vu un vol de Pieris Mesentina (ou SeverinaP) encore plus 
considérable, sur une des sommités voisines, à 1.600 mètres de 
haut, allant dans la direction contraire, vers le Nord-Est. 

Ces phénomènes de migration posent à l'esprit certains pro- 
blèmes. Mais il en est d'autres plus curieux encore, qui se 
présentent devant nous, ici, au Sud de l'Afrique, et qui sont bien 
difficiles à expliquer; ce sont les phénomènes de Dimorpkisme 
qui se produisent spécialement dans le genre Précis et que 
M. Marshall, de Salisbury, a étudiés avec tant d'intelligence (*). 



(*) In Transact. Ent. Soc. London, 1902 : XVII ; Five Ycars' Obser- 
vations and Experiments (i8q6-iqoi) on thc Hionomics of South African 
Insects chiefly directed to the Investigrations of Mimicry and Warninff 
Colours, by Guy A.-K. Marshall ; with a Discussion of the Results and 
other Subjects suggested by them, by Edward B. Poulton, Hope Pro- 
fessor of Zoology in the Univesity of Oxford, etc., etc. (p. 287-584, 
pi. ix-xxm). 



32 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Sur mon coteau tout couvert de Selago natalensis, j'ai tâché, 
ces derniers mois, de réunir quelques autres éléments du problèmt 

Je n'ai pas réussi à obtenir des œufs d'une forme qui 
donnassent naissance à des exemplaires de l'autre, comme 
M. Marshall a eu la bonne fortune de le faire. Je me suis contenté 
de deux séries d'observations : élevage des larves et statistique 
journalière des individus volant sur le coteau. 

I,e résultat de ces observations confirme absolument la décou- 
verte pour la première fois scientifiquement prouvée par l'Ento- 
mologue de Salisbury, à savoir que : quelle que soit la différence 
des formes, des couleurs, des habitudes qui sépare Précis Octavia 
de Précis Sesamus, ces deux papillons sont une seule et m£me 
espèce, laquelle possède deux phases successives : la phase d'été 
et la phase d'hiver. 

Quant à l'élevage des larves, il n'est pas difficile de le fair& 
Les chenilles de cette Précis abondent sur une sorte de labiée 
aux fleurs blanc rosé qui croît dans tous les rochers de la mon- 
tagne. Elle a de larges feuilles triangulaires, sans pétiole, 
opposées deux par deux, celles du dessus ayant leur axe à angle 
droit de celles de la paire de dessous. 

Mon premier élevage fait au milieu de la saison humide n'a 
donné pour résultat que des Octavia. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 33 

Voici ce que dit mon Journal : Dès le 6 Mars, un, deux, trois 
Sesamus par jour; les Octavia demeurant la majorité, à raison 
de vingt à trente chaque jour. 

D'autre part. Précis Pelas gis abonde aussi dès Novembre; le 

10 Mars, parait le premier exemplaire d*Archesia qui doit être 
sa forme hivernale. 

Sesamus est plus craintif (\\i Octavia. Une fois effrayé, il part 
et ne revient plus. 

13 Mars; vu aujourd'hui Octavia^ Sesamus et la superbe forme 

intermédiaire que malheureusement je n*ai pu attraper. 

14 Mars; observé 15 à 20 Octavia et i Sesamus. 

15 Mars; 15 Octavia^ 2 Sesamus; plusieurs Pelas gisy 2 Archesia 

{Sesamus se pose contre les troncs à Tombre). 

17-22 Mars; pluie. 

18 Mars; capturé même jour Octavia, Sesamus et la forme inter- 
médiaire. 

22 Mars; 15 à 20 Octavia, 3 à 4 Sesamus, 2 Archesia. 

23 Mars; 15 Octavia (plusieurs gâtés); 5 Sesamus (très frais); 

3 à 4 Pelasgis (fripés); i Archesia. 

24 Mars; 10-12 Octavia; 5 à 6 Sesamus; très peu de Pelasgis; 

3 Archesia, 

26 Mars; 12 Octavia volant surtout au sommet des pierres (un 
seul frais); 6 beaux Sesamus; 3 ou 4 vieux Pelasgis; 
2 Archesia, 

29 Mars; 4-5 Octavia (un seul frais); 3-4 Sesamus; 2-3 vieux 
Pelasgis; 2 beaux Archesia; pris Tintermédiaire entre 
Archesia et Pelasgis, 

31 Mars; 10 Octavia; 2 Sesamus; plusieurs Pelasgis; aucun 
Archesia, 

8 Avril; 3 Octavia; 4 Sesamus; 3 Pelasgis; 2 Archesia. 

11 Avril; 2 Octavia; 2 Sesamus, 

3 



34 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Dès lors les Ociavia ne sont plus que l'exception et sont en 
général affreusement gâtés; mais les Sesamus ne deviennent pas 
plus nombreux. La statistique n'offrant plus grand intérêt, je 
l'abandonne. 

Le tableau que je joins à ces lignes aidera à se faire une idée 
claire de l'apparition successive des formes estivale et automnale 
de ces 2 Précis. 

Quant à l'explication à donner de cet étrange phénomène, elle 
a été discutée tout au long par M. le Professeur Poulton, dans 
ses commentaires aux observations de M, Marshall. Les causes 
de ce changement de formes d'une seule espèce paraissent être 
de deux ordres : la cause vitalisle, si l'on peut s'exprimer ainsi; 
et la cause climatiTtque. 

J'appelle cause vitalisle cette merveilleuse faculté que l'Espèce 
possède de s'accommoder à l'environnement pour mieux préserver 
son existence. Sous cette rubrique, on peut mentionner la colo- 
ration foncée, la forme imitatrice des feuilles mortes, les habitudes 
cryptiques de la forme automnale. 

Quant à la cause cHmatirigue, elle consiste dans la différence 
considérable de chaleur, de lumière et d'humidité qui existe entre 
les deux saisons de l'année africaine. 

M. Poulton a mentionné cette cause-là et insiste de plus en plus 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35 

un mois auparavant, le 6 Mars, avaient donc été pondus déjà en 
Janvier, ou même fin Décembre. Donc tous ces Sesamus se sont 
développés (j'entends leurs larves) au beau milieu de la saison 
pluvieuse qui va du commencement de Novembre à la fin de 
Mars. D'autre part, on peut en dire autant des nombreux Octavia 
qui se sont succédé en Décembre, Janvier, Février. Ce n'est que 
vers le milieu de Mars qu'ils ont diminué en nombre. Les 30 
exemplaires que je voyais chaque jour fin Décembre, Janvier et 
Février avaient aussi été pondus en Novembre, mois qui fut 
passablement pluvieux, en Décembre, où nous eûmes en une seule 
fois une chute de pluie de plus de 120 millimètres et plusieurs 
autres moindres, et même en Janvier oti il tomba près de 
200 millimètres. En Février, nous eûmes 250 millimètres environ, 
en Mars 162 millimètres et en Avril plus que 46 millimètres. Dès 
lors plus de pluie pendant presque 6 mois. 

Les éléments chaleur et lumière qui diffèrent aussi beaucoup 
d'une saison à l'autre, influencent-ils les Précis dans leur curieux 
dimorphisme et comment? Il faudra encore beaucoup d'obser- 
vations pour résoudre la difficulté que la variation des Précis 
suscite. Il ne me paraît pas que le problème soit encore pleinement 
élucidé. 



Henri-A. JUNOD. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



Tabltau indiquant rapparitiim successive des Précis Octavia - Sesahus 
tt Pelasgis-Archesia au sanatorium tU Sbilouvane de décembre à 
juillet 1906. 





MOIS 


JOUR 


Octj-via 


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PeljBgis 


ArebeVii 






1906 Décembre 


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2 














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4 


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1 


1 




1 


1 


1 


1 



Découverte de la Lycœna Donzdiij 

dans les Pyrénées-Orientales 

et de la Chelonia Flavia, dans les Hautes- Alpes 



Peu de régions en France ont été l'objet d'explorations ento- 
mologiques aussi suivies et aussi répétées que les Pyrénées- 
Orientales et spécialement les environs de Vernet-les-Bains. 
L'agrément du site, la variété de la flore et de la faune offrant 
d'un côté les espèces méditerranéennes et de Tautre les espèces 
alpines, ont depuis longtemps exercé sur les Naturalistes un 
puissant attrait Feu Donzel, Tinfatigable explorateur dont le 
zèle entomologique fut si rarement égalé, De Graslin, Bellier de 
la Chavignerie, Guenée se sont livrés à d'activés recherches dans 
les Pyrénées-Orientales. 

En 1862, la Société entomologique de France choisit ce dépar- 
tement comme but de son excursion annuelle et beaucoup de ses 
membres répondirent à son appel. Des Lépidoptéristes anglais 
et allemands, entre autres feu Struve, ont aussi visité les mon- 
tagnes autour de Vernet-les-Bains. Enfln mon frère et moi, 
souvent accompagnés de quelques amis, nous avons maintes fois 
chassé^ en diverses saisons, dans différentes localités des Pyrénées- 



38 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Orientales, au bord de la mer, dans la plaine si chaude et 
jusqu'aux derniers sommets des montagnes. 

Nous ne pensions pas qu'une espèce de Rhofialocère eût pu 
échapper à tant d'investigations poursuivies depuis si longtemps 
et par tant d'Entomologistes, avec les méthodes variées, spéciales 
à chacun d'eux. 

Cependant cette année 1906, au mois de Juillet, MM. P. Chrétien, 
Fabresse et R. Oberthiir chassant ensemble au-dessus de Vemet, 
dans la forêt de Randai, les pelouses sylvatiques de Mariailles 
et jusqu'à l'entrée de la haute vallée de Lipaudère, curent 
l'agréable surprise de trouver sur les parties humides des chemins, 
quelques exemplaires (S de la Lycœna Donzeliï, espèce des Alpes 
que jamais encore on n'avait observée dans les Pyrénées. 

Au même moment, je chassais moi-même dans les Hautes- 
Alpes et je prenais la même Lycœna Donzclii à la Grave et sur 
la route du Mont-Genèvre, au-dessus de Briançon, non loin de 
la colonne élevée à la gloire de Napoléon. 

La forme de la Lyaena Donzeliï parait être la même dans les 
Alpes et dans les Pyrénées-Orientales. 

La Lycœna Donzelii n'est jamais bien abondante et toujours 
localisée. Elle habite surtout dans les forêts où il y a des mélèzes, 
entre 1.500 et 2.000 mètres d'altitude, et elle aime à se reposer sur 
les fleurs violettes du Géranium sylvestre. 

Je l'ai souvent capturée dans les mêmes lieux que Lycœna 
Eumedon et voltigeant avec cette espèce sur les mêmes touffes 




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40 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Très rarement une Erebia Goante se trouvait mélangée aux 
Eutyale. Presque toujours le groupe était composé d'individus de 
la même espèce. Vers midi, les nuages obscurcirent le soleil ; les 
Euryale disparurent presque complètement et devinrent invisibles. 

Nos Aipes françaises sont très riches en Lépidoptères et l'on 
peut espérer y trouver bien des espèces qui n'ont encore été ren- 
contrées que dans les montagnes voisines de la Suisse d'ailleurs 
visitées et explorées chaque année par un bien plus grand nombre 
de naturalistes de diverses Nations. 

Lorsque j'étais à la Grave, à l'Hôtel Juge, je chassais, chaque 
soir, autour des lampes électriques qui éclairaient le petit jardin 
de l'Hôtel. La récolte n'était pas abondante; mais je recueillais 
tous les jours quelque pièce intéressante: Une fois un gros 
papillon pénétra dans une chambre de l'Hôtel occupée par une 
dame qui s'empressa de se débarrasser violemment d'un visiteur 
qu'elle considérait comme importun. 

Elle le rejeta au dehors après l'avoir écrasé et le lendemain 
je retrouvais sur le sol les débris de la Ckelonia Flavia, superEe 
Arcliide jusqu'ici regardée comme spéciale aux Grisons et à 
l'Engadine, mais qu'on peut désormais considérer comme 
habitant également les Alpes françaises. Je fis des recherches en 
vue de trouver des exemplaires dans de meilleures conditions; 
mais je dus quitter la Grave avant d'avoir réussi dans mon 
entreprise. Je souhaite qu'un Entomologiste soit, à la saisoD 




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TABLE DES MATIÈRES 



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40 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Très rarement une Erebia Goanle se trouvait mélangée aux 
Euryale. Presque toujours le groupe était composé d'individus de 
la même espèce. Vers midi, les nuages obscurcirent le soleil ; les 
Euryale disparurent presque complètement et devinrent invisibles. 

Nos Alpes françaises sont très riches en Lépidoptères et l'on 
peut espérer y trouver bien des espèces qui n'ont encore été ren- 
contrées que dans les montagnes voisines de la Suisse, d'ailleurs 
visitées et explorées chaque année par un bien plus grand nombre 
de naturalistes de diverses Nations. 

Lorsque j'étais à la Grave, à l'Hôtel Juge, je chassais, chaque 
soir, autour des lampes électriques qui éclairaient le petit jardin 
de l'Hôtel. La récolte n'était pas abondante; mais je recueillais 
tous les jours quelque pièce intéressante. Une fois un gros 
papillon pénétra dans une chambre de l'Hôtel occupée par une 
dame qui s'empressa de se débarrasser violemment d'un visiteur 
qu'elle considérait comme importun 

Elle le rejeta au dehors après l'avoir écrasé et le lendemain 
je retrouvais sur le sol les débris de la Cheloma Flavia, superBe 
Arctiide jusqu'ici regardée comme spéciale aux Grisons et à 
l'Engadine, mais qu'on peut désormais considérer comme 
habitant également les Alpes françaises. Je fis des recherches en 
vue de trouver des exemplaires dans de meilleures conditions; 
mais je dus quitter la Grave avant d'avoir réussi dans mon 
entreprise. Je souhaite qu'un Entomologiste soit, à la saison 




TABLE DES MATIÈRES 



ftclf' «b-^^^'aibr 7.18 

! I*r«f.s«*» ft il bn*- n- u»r|l«- r«|ircr •! Aptàttêftl I9JO 

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40 LËFIDOPTÉSOLOGIE COMPARÉE 

Très rarement une Erebia Goanie se trouvait mélangée aux 
Euryale. Presque toujours le groupe était composé d'individus de 
la même espèce. Vers midi, les nuages obscurcirent le soleil ; les 
Euryale disparurmt presque complètement et devinrent invisibles. 

Nos Alpes françaises sont très riches en Lépidoptères et l'on 
peut espérer y trouver bien des espèces qui n'ont encore été ren- 
contrées que dans les montagnes voisines de la Suisse, d'ailleurs 
visitées et explorées chaque année par un bien plus grand nombre 
de naturalistes de diverses Nations. 

Lorsque j'étais à la Grave, à l'Hôtel Juge, je chassais, chaque 
soir, autour des lampes électriques qui éclairaient le petit jardin 
de l'Hôtel. La récolte n'était pas abondante; mais je recueillais 
tous les jours quelque pièce intéressante: Une fois un gros 
papillon pénétra dans une chambre de l'Hôtel occupée par une 
dame qui s'empressa de se débarrasser violemment d'un visiteur 
qu'elle considérait comme importun. 

Elle le rejeta au dehors après l'avoir écrasé et le lendemain 
je retrouvais sur le sol les débris de la Ckelonia Flavia, super5e 
Arciiide jusqu'ici regardée comme spéciale aux Grisons et à 
l'Engadine, mais qu'on peut désormais considérer comme 
habitant également les Alpes françaises. Je &s des recherches en 




TABLE DES MATIÈRES 



I. — Observations sur les Neptis à taches jaunes de la rég'ion 

sîno-thibétaine 7-18 

IL — Description d'une nouvelle espèce d^Apatura 19-20 

III. — Dimorphisme et Mimétisme de la femelle de Paromia 

melania 21-27 

IV. — Dimorphisme de 2 espèces de Précis africaines 28-36 

V. — Découverte de la Lycana Donzeliï dans les Pyrénées- 
Orientales et de la Chelonia Flavia dans les Hautes- 
Alpes 37-40 



■••■(•',''' •: ■■ M. 




REPERTOIRE DES PLANCHES 



PLANCHE Vn 

PAOK8 

Fig, I. — Paromia melania cf, Stgrr 22 

— 2. — Paromia MELANIA 9, Stgrr 21 

— 3. — Catagramma Mionina cf, Hew 22, 24 

— 4. — Apatura modesta cT, Obthr 19 

PLANCHE Vni 

¥ig. I. — Neptis Yunnana, Obthr 11 

— 2. — Neptis Narcissina, Obthr 15 

— 3. — Neptis nemorum, Obthr 12 

— 4. — Neptis Annaika, Obthr 13 

— 5. — Neptis Meloria, Obthr 12 

— 6. — Neptis Patricia, Obthr 14 

— 7. — Neptis Noyala, Obthr 13 

PLANCHE IX 

Fig, I. — Neptis Thisbe-obscurior, Obthr 9 

— 2. — Neptis Thisbe-dilutior, Obthr 9 

— 3. — Neptis Themis-Theodora, Obthr n 

— 4. — Neptis Sylvia, Obthr 18 

— 5. — Neptis nemorosa, Obthr 16 

— 6. — Neptis sylvana, Obthr 16 




I 




Lépidoptérologie comparée 



A / 




É.V i. 



\ I 





I 




%rocms meiaril» 5, "i^r 3 Caiagrainma mionina £.H 

iflia 5. St3<-. '1- Apelur-a modwta ô.Otik 



Lêpidoplèrologie comparée 




1 Neplis Yunnana.Ch Obihi- 4 Neptis Annaïka, a Obihr 

2 N^Us Karcissina , Ch OMh.' 5 Neplis Meloria.Ch-Ow^ip. 

3 Keptis rixnorum.Ch.Owir. 6 Neptia Pdlricia ChObihr. 
7 Neplis Noyala, Cii Dbiiir 



' '^""3^' -,«*r?- 








1 Heptislhisbeobscurior,a.oiitir, 
S l)ep(is thisbe diIutior.ChObibr 
3 NeplisihemisTnfiodoraAOhht 



4 Nepiis Sylvia.aOb\hr 

5 Keptis nemorosa.ChObifii 

6 Neptis Sylvang cv. Obih,- 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



1 




ÉTUDES 



DE 



LÉPIDOPTÉROLOGIE 



COMPAREE 



PAR 



Charles OBERTHUR 



Fascicule III 



RENNES 

IMPRIMERIE OBERTHUR 

Juin 1900 



PRÉFACE 



Il est maintenant bien démontré que toutes les espèces 
animales et végétales varient et que les variations se 
produisent conformément à des Lois. 

On peut considérer ces Lois comme faisant partie 
intégrante des caractères génériques. 

Le même mode de variation s'applique en effet si 
généralement à toutes les Espèces d'un même Genre 
qu'on peut exactement prévoir et par conséquent définir 
d'avance, c'est-à-dire avant même de les connaître en 
nature, les variations auxquelles sont soumises les Espèces 
de certains Genres actuellement suffisamment étudiés, en 
se fondant sur des analogies déjà connues. 

C'est ainsi (|uc le Docteur Courvoisier, de Bâle, a pu 
dresser graphiquement le tableau des variations dans 
lesquelles peuvent se mouvoir toutes les Espèces du 
Genre Lycœna (Lép. Rhop.). 

On pourrait aisément établir des tableaux semblables 
pour une foule d'autres Groupes dont les Espèces, au 
point de vue des variations, ont été soigneusement obser- 
vées; ainsi : les Zygœna et les Arciia (Lcp. Hét.). 

Bientôt, sans doute, nous arriverons à être assez bien 
fLxés sur les Lois de variations pour être en état, d'après 
l'examen d'un échantillon normal d'une Espèce quel- 
conque, d'indiquer avec certitude l'ensemble des variations 



auxquelles est soumise l'Espèce à laquelle appartient cet 
échantillon. 

D'ailleurs, il est bien évident que la connaissance d'un 
Genre ou d'une Espèce ne devient entière qu'après 
constatation des diverses variations dans lesquelles ce 
Genre ou cette Espèce peuvent se mouvoir suivant les 
circonstances de saison et de Heu, ou encore en conformité 
de ces causes actuellement partiellement ignorées, mais 
sur la nature desquelles les expériences des D" Max 
Standfuss et Fischer, de Zurich, ont commencé de projeter 
un très suggestif rayon de lumière. 

Cependant on sent que l'étude des variations atteignant 
tous les êtres organisés, ne peut se faire utilement qu'au 
moyen de multiples comparaisons, et on comprend 
aisément combien il importe, pour entrer en possession de 
la vérité, de présenter les faits observés avec la plus 
rigoureuse exactitude, comme aussi d'éclairer toutes les 
observations relatées, au moyen de figures susceptibles 
d'éviter toute confusion et tout malentendu. 

Je suis présentement privé du concours entendu et 




PRÉFACE 9 

l'Europe occidentale, et sur divers autres sujets qui sont 
traités dans le présent ouvrage. 

J'ai émis, il y a longtemps, cette proposition : Pas de 
bonne figure à rapptii cTunc description, pas de nom 
valable. » 

Plus, en avançant dans l'étude de l'Entomologie, je 
crois acquérir d'expérience en cette spécialité scientifique, 
plus je considère comme indispensable d'accompagner 
toute description d'une bonne figure, afin de rendre la 
description intelligible. 

Ceux qui, invoquant le prix trop élevé des figures et le 
retard qu'apporterait à la publication de leurs écrits le 
temps indispensable pour la production des planches, 
s'obstinent à accumuler dans les périodiques les plus divers 
d'indigestes descriptions que n'éclaire aucune figure, font 
plus qu'une œuvre stérile. Ils créent des obscurités et des 
embarras qui sont et resteront une véritable obstruction 
aux progrès de la Science qui nous est chère. 

Maintes fois déjà, dans l'intérêt de l'Entomologie, j'ai 
cru devoir protester contre le fléau des descriptions sans 
figures. Au cours de ces dernières années, j'ai interrogé 
à ce sujet de nombreux Entomologistes, tant en France 
qu'à l'Etranger. 

Je puis affirmer qu'actuellement, à part les intéressés, 
c'est-à-dîre les écrivains qui, pour l'économie d'une dépense 
pourtant nécessaire, se passent, de parti-pris, du concours 
des dessinateurs, personne n'ose prétendre que la des- 
cription suffit pour déterminer avec certitude. 

Aux entêtés descripteurs sans figures, j'opposerai une 
note écrite par feu Guenée, épinglée à l'un des Papillons 
de sa collection, et dans laquelle l'Auteur du Species 
général des Lépid. Hétér. (Suites à Bu/fon), déclare que 



n'ayant plus sous les yeux le type précédemment décrit 
par lui-même et dont il a négligé de conserver le dessin, 
il lui est devenu impossible de dire si l'Espèce qu'il s'agit 
de déterminer doit être, ou non, identifiée à celle qu'il a 
décrite jadis dans son grand Ouvrage. 

Guenée a toujours eu le mérite de la sincérité. 

Or, si le descripteur d'une Espèce avoue lui-même son 
impuissance à la reconnaître exactement, du moment que 
le dessin indispensable lui fait défaut, comment pourront 
faire les autres qui, n'ayant jamais vu le type, ne peuvent 
évidemment en avoir aucun souvenir. 

On restera forcément dans la probabilité et on ne 
s'élèvera pas au-dessus de l'a peu près. Or le doute n'est 
pas la Science. 

Traitant donc le présent ouvrage d'après les principes 
qui m'animent, je m'efforcerai de montrer, par des figures 
nombreuses et bien dessinées, ce que sont réellement 
certaines formes nouvellement découvertes, par rapport à 
d'autres anciennement connues. J'établirai ainsi une série 
de comparaisons qui compléteront nos connaissances 




PRÉFACE 1 1 

le soin de faire connaître au Monde scientifique l'histoire 
des animaux qui naissent sur le sol de notre Patrie et des 
Contrées devenues nôtres. En 1876, lorsque, dans la 
I™ livraison des Etudes cVEniomologiCy je dressai l'in- 
ventaire des Lépidoptères d'Algérie, je crus accomplir un 
devoir envers notre Science aussi bien qu'envers mon 
Pays. 

Dans maintes livraisons successives des Etudes d^ En- 
tomologie^ j'ai ajouté à la faune des Lépidoptères d'Algérie 
des renseignements complémentaires, m'efforçant ainsi de 
conserver aux Entomologistes français une situation 
prépondérante quant à la connaissance des Espèces et 
des Formes des Papillons qui vivent aujourd'hui en 
Algérie. 

Poursuivant le même but avec persévérance depuis plus 
d'un tiers de siècle, j'ai demandé en 1907 à M. Harold 
Powell d'explorer entomologiquement, pour moi, les envi- 
rons de Sebdou, dans la province d'Oran. Entre temps, 
M. Dayrem chassait de son côté dans la province de 
Constantine et en Kabylie. 

Cette année 1908, M. H. Powell a recommencé, au 
mois de Mai, de recueillir les Lépidoptères dans la région 
de Khenchela, à l'Est-Algérien. Mais, devenu malade en 
Juin 1908, M. H. Powell a dû interrompre son explo- 
ration, qui s'annonçait fructueuse, et rentrer en France. 

M. HoU, officier d'administration de i"* classe du Génie, 
maintenant en retraite à Hussein-Dey, lépidoptériste 
plein d'ardeur, m'a communiqué à plusieurs reprises 
d'intéressants documents, dont je tire parti dans cet 
ouvrage. Je le remercie cordialement de sa parfaite 
obligeance. 

Pour les pays avoisinant la France et dont la faune s'y 



trouve intimement liée, j'ai été heureux de recevoir de 
M. Arnold Wullschlegel, de Martignv, en Valais, quelques 
variétés qu'on verra représentées dans le présent ouvrage. 
Je le remercie vivement de l'intérêt qu'il porte à mes 
publications illustrées et des services qu'il rend ainsi à 
notre Science. 

En Italie, M. Zickert, de Naples, et M. Giuseppe 
Leoni, de Cerchio (Abruzzes), ont fait des envois qui 
m'ont beaucoup instruit sur la faune lépidoptérolog^que 
des belles contrées où ils résident. 

Moi-même j'ai chassé assez fructueusement en Italie, 
au printemps de 1907, profitant, aux environs de Florence, 
de l'aimable compagnie de M. Roger Verity. 

Cette année 1908, M. Fabresse a exploré pendant 
plusieurs semaines quelques-unes des localités de l'Italie 
méridionale citées par Achille Costa, dans son bel ouvrage 
consacré à la faune générale du Royaume de Naples; 
mais, depuis un demi-siècle, des changements considé- 
rables sont survenus dans l'état du sol et les mêmes 
espèces ne semblent plus se retrouver dans la plupart des 




PRÉFACE 13 



dans les Pyrénées-Orientales et il y a trouvé plusieurs 
espèces insoupçonnées. 

M. Gédéon Foulquier, lépidoptériste zélé, résidant à 
Marseille, m'a gratifié de plusieurs belles pièces récoltées 
par lui dans le Var et les Bouches-du-Rhône, notamment 
d'une variété jaune de Zygœna hilaris qu'en son honneur 
j'ai appelée : Foulquieri. Je ne saurais lui être assez 
reconnaissant de sa très gracieuse générosité. 

M. le D' Siépi a bien voulu se dessaisir en ma faveur 
de quelques belles aberrations qu'il avait capturées aux 
environs de Marseille et dont il est fait mention dans le 
Catalogue des Lépidoptères des Bouches-du-Rhône. 

Je remplis enfin le plus agréable devoir en exprimant 
ici ma plus affectueuse gratitude à MM. Gabriel Dupuy, 
d'Angoulême, Vigé, de Dompierre-sur-Mer (Charente- 
Inférieure), et Rondou, de Gèdre (Hautes-Pyrénées). 

Toujours prêts à me rendre service, ces entomologistes 
si ardemment dévoués au progrès de notre Science se 
sont intéressés à l'accroissement des documents nécessaires 
à mes études, avec un zèle et une générosité dont je ne 
saurais leur être assez reconnaissant. 

Aussi est-ce avec une satisfaction toujours plus douce 
que je retourne, le plus souvent possible, chasser avec mes 
amis, dans leur si attrayant pays. 

Angoulême est pour les papillons une localité incom- 
parable. 

La Ville est bâtie sur une hauteur qui, considérée du 
côté du Nord, s'élève assez brusquement au-dessus d'une 
vaste plaine. Le magnifique panorama que l'on domine du 
haut de cette pittoresque Cité est d'un aspect riant et varié. 
D'épais bouquets d'arbres d'une magnifique verdure, de 
belles eaux, de riches moissons et des fabriques nom- 



14 PRÉFACE 

breuses montrent la fécondité du sol et l'activité indus- 
trieuse et intelligente des habitants. 

Du côté du Sud, une succession de fraîches vallées, 
bien arrosées, largement ouvertes dans le sens de l'Est à 
l'Ouest, séparées par des collines calcaires généralement 
boisées de chênes, offrent aux Lépidoptéristes les plus 
précieuses localités. 

En quittant Angoulême, la première de ces vallées 
qu'on rencontre est celle dite : des Eaux-Claires. La 
pente, au-dessous de la route conduisant au village de 
Puymoyen, est couverte de chênes-verts au milieu des- 
quels vole, comme si c'était en Provence, la Rhodocera 
Cleopaira. Dans le fond de la vallée, au milieu de prés 
humides dont la faux a, depuis plusieurs années, respecté 
les herbes, la Lycœna Euphemus, qui est pour moi un 
cher et déjà bien lointain souvenir d'Alsace, abonde vers 
la fin du mois de Juillet; tandis que sur la colline qui 
s'élève au Midi de cette jolie vallée des Eaux-Claires, une 
quantité d'espèces de Lépidoptères se succèdent avec les 
saisons. 




PRÉFACE . 1 5 

Lépidoptères d'Angouleme et fît profiter notre Science de 
sa longue expérience et de ses fructueuses explorations! 

A Dompierre-sur-Mer, comme à Angoulême, le sol est 
calcaire ; c'est une plaine. Mais j'y ai connu un très vaste 
espace de terrain non cultivé et où l'on ne coupait géné- 
ralement pas les herbes. La flore naturelle et la faune 
dont elle est l'aliment échappaient donc jusqu'ici à ces 
destructions périodiques qui sont la règle générale partout 
ailleurs, et les Papillons pouvaient se développer à Dom- 
pierre dans des conditions particulièrement favorisées. Les 
Lycœna et les Zygœna y sont nombreuses et présentent 
de fréquentes et intéressantes variations. 

La région calcaire qui s'étend au Sud de la Loire 
jusqu'aux bords de la Garonne est extrêmement riche au 
point de vue entomologique. 

Dans les départements de la Charente et de la Charente- 
Inférieure, comme aussi dans les Deux-Sèvres et dans la 
Vendée, il y a une grande variété d'espèces, et c'est un 
plaisir charmant de chasser dans des bois et des champs 
oii les Papillons d'espèce intéressante abondent. 

Deux Entomologistes très expérimentés, M. Daniel 
Lucas, d'Auzay, près de Fontenay-le-Comte, et M. Gelin, 
de Niort, ont fait dans la Vendée et les Deux-Sèvres, et 
jusque vers La Rochelle et Royan, dans la Charente- 
Inférieure, des découvertes du plus haut intérêt. Comme 
je n'ignore pas qu'ils préparent la publication d'un ouvrage 
où seront mises en lumière les richesses des pays qu'ils 
ont si fructueusement explorés, je forme le vœu de voir 
le plus tôt possible se réaliser le projet scientifique qu'ils 
ont si utilement conçu. 

Un chasseur de grand mérite, feu de Graslin, dont j'ai 
acquis la collection, il y a déjà un certain nombre d'années. 



l6 PRÉFACE 

avait, le premier, fréquemment exploré le littoral vendéen 
et y avait réalisé des découvertes sensationnelles, mon- 
trant ainsi tout l'intérêt que présente la faune entomolo- 
gique de la région qui s'étend au Sud de la Loire. 

Mais de Graslin ne s'était pas borné à l'étude des 
Papillons vivant dans les environs des lieux qu'il habitait 
et oii se trouvaient ses propriétés ; le château de Mali- 
tourne, près Château-du-Loir (Sarthe), et les dunes de 
Bretignoles, les prés salés de Gâchères, la Baraudière et 
les marais salants sur le littoral vendéen. 

Entomologiste plein de zèle, il avait entrepris des 
voyages plus lointains. En outre de l'Andalousie, qu'il 
explora avec son ami et compatriote Rambur, en 1835, 
de Graslin fit des chasses excellentes dans les PyrénéeS- 
Orientales, contrée exceptionnellement favorisée au point 
de vue de ses productions naturelles. 

Des bords de la Loire jusqu'aux Pyrénées, la distance 
aujourd'hui ne semble pas bien longue, grâce aux moyens 
de locomotion rapide dont nous disposons. Mais jadis, 
quand il fallait accomplir en voiture des trajets de plusieurs 




PRÉFACE 17 

de si éclatantes découvertes et de si importants travaux, 
parcouraient des contrées encore généralement neuves au 
point de vue entomologique. Ils avaient donc un champ 
d'exploration exceptionnellement propice. Mais il est juste 
de reconnaître les qualités de sagacité, de patience et le 
zèle infatigable qui les distinguaient. 

Si les Entomologistes qui sont venus après eux ont 
réussi à ajouter de nouveaux et brillants fleurons à la 
nomenclature déjà si nombreuse et si variée des Papillons 
français dans le Catalogue publié par Duponchel en 1844, 
peuvent-ils cependant prétendre qu'ils ont retrouvé toutes 
les espèces capturées par leurs devanciers et qu'ils sont 
en possession de toute leur expérience et des connaissances 
qu'ils avaient acquises au prix de tant de laborieux et 
persévérants efforts? 

Lorsque, me dirigeant vers les montagnes des Pyrénées 
et venant d'atteindre les plaines du Languedoc ou du 
Béam, je commence d'apercevoir à l'horizon, telle une 
ligne de nuages, la longue chaîne aux cîmes argentées, 
se profilant sur le bleu profond du Ciel, tout naturellement 
ma pensée se reporte vers les Entomologistes qui nous 
ont précédés, le filet à la main, dans l'exploration de ces 
sommets superbes et de ces vallées enchanteresses. 

Relisant, dans les Annales de la Société entomologique 
de France, les Observations faites par Pierret pendant les 
mois de Juillet et Août 1848 sur les Lépidoptères qui se 
trouvent aux environs de Gavarnie, ou bien les Résultats 
des chasses faites par de Graslin dans les Pyrénées- 
Orientales en 1847 et en 1857, j'ose à peine espérer des 
succès comparables aux leurs. 

Cependant, si l'on n'est pas assez heureux pour 
retrouver toutes les espèces jadis capturées, une décou- 

2 



verte inattendue procure une satisfaction dont le charme 
est toujours délicieux. 

Les Pyrénées n'ont pas encore livré tous les trésors de 
leur faune. Depuis le jour lointain oii j'eus pour la pre- 
mière fois la joie d'apercevoir la masse si imposante du 
Canigou et d'en gravir les pentes, en compagnie d'amis 
lépidoptéristes à qui seul je survis aujourd'hui, j'ai bien 
des fois refait le même voyage et de nouveau parcouru 
les mêmes sentiers. Si les hommes ont changé et si de 
nouveaux visages remplacent ceux que jadis j'avais 
connus, la nature est restée la même et sa beauté ne s'est 
pas amoindrie. 

Dans les Pyrénées-Orientales, c'est toujours avec 
l'atmosphère chaude et sereine de la région méditerra- 
néenne, le sol calciné par un soleil de feu ; mais grâce aux 
neiges éternelles, ce sont aussi toujours les mêmes eaux 
qui descendent claires et fraîches des hautes altitudes. 

Ces eaux tumultueuses produisent l'association féconde 
de la chaleur et de l'humidité. Aussi non loin des pentes 
sèches, tout embaumées par le parfum des cistes et des 




PRÉFACE 19 

La faune des Hautes-Pyrénées est mieux connue. Le 
climat y est plus humide qu'à l'Est de la chaîne pyré- 
néenne. Les vents du Golfe de Gascogne poussent fré- 
quemment les vapeurs marines vers le Vignemale et le 
Pic du Midi. Il faut donc s'attendre à de brusques 
variations de température et s'armer de patience quand le 
Ciel reste trop longtemps couvert de brouillards moroses. 

Mais la sérénité revient toujours, ne serait-ce que pour 
une courte durée. Je ne connais alors rien de plus délicieux 
qu'une belle journée d'été à Gavamie ou à Cauterets. 

Lorsque le soleil du matin inonde les vallées pyré- 
néennes de sa joyeuse lumière, les Papillons volent de 
toutes parts. Heureux l'Entomologiste dont les jambes ont 
assez de vigueur pour aborder rapidement les hauts 
sommets par un jour serein. Il semble que les espèces des 
grandes altitudes jouissent d'une sorte de noblesse qui 
nous les rend plus précieuses. Certes, il est charmant de 
recueillir sans fatigue, sur le beau sentier qui conduit des 
bains de la Raillère vers Cauterets, ou bien encore sur la 
route forestière de la montagne du Péguère qui mène à 
la Glacière, les nombreuses espèces de Papillons qui se 
présentent de toutes parts au chasseur ; mais le plaisir de 
capturer presque sans efforts : Lycœna Icarms, Erebia 
Œnie^ Cœcilia^ Satyrus Alcyone^ Melitœa Dyctinnay 
Zygœna scabioscSy 7neliloti, hippocrepidis, achilleœ^ 
Psyché Leschenazdtiy Cidaria cœndeata, Acronycta my- 
riccPy même Leiicania Andcrrcggi^ n'est point comparable 
à la satisfaction de voir voltiger dans les places qu'elles 
affectionnent, vers une altitude d'environ 2.000 mètres, 
les Lycœna pyrenaicay Eros, Erebia Lcfebvrci, Gorgone^ 
SthcnnyOy Hepialtcs alticolay Dasydia scptaria^ Cleogcne 
Peleiieranay Zygœna Coniamineiy Anihyllidisy et tant 



20 PRÉFACE 

d'autres Lépidoptères de la faune des sommets pyrénéens. 

Il taut donc s'élever le plus haut possible, tout au moins 
jusqu'aux pelouses alpestres et aux éboulis de pierres, là 
où croissent les plantes de la flore alpine. Comme les 
Papillons qui habitent avec elles, ces plantes exquises 
sont bdèles aux hauteurs et ne se rencontrent que bien 
accidentellement au-dessous de la limite de leur altitude. 

Mon ami Rondou a le bonheiu* d'avoir conservé toutes 
ses forces ; Tâge n'a point diminué ses moyens, nt refroidi 
son énergie. Aussi, en vrai montagnard, escalade-t-il rapi- 
dement et aisément les plus hautes cimes p)Ténéeimes. 

Il se sent pénétré d'admiration en présence de la ma- 
jestueuse splendeur de tous les pics et de toutes les crêtes 
qui, de toutes parts, — telles les hautes vagues figées d'un 
Océan, — se dressent et se développent devant ses yeux, 
lorsqu'il est parvenu aux sommets élevés. N'est-ce pas un 
plaisir de l'entendre exprimer le charme de la Nature sur 
les grandes hauteurs pyrénéennes? Ecoutons-le : 

<i Le 4 Août 1908, m'écrit-il, j'ai joui de la plus belle 
1' journée qu'il soit possible de désirer en montagne. Sur 




PRÉFACE 21 

)) Lefebvreiy Zygœna Antkyllidis, Emydia Rippertii, 
» Psodos Gedrcnsis, Dasydia innuptana, Crambus pétri- 
» ficelluSy etc., etc. Je suis resté là de i heure à 4 heures ; 
)> je ne pouvais quitter ce séjour enchanteur. ^) 

La pensée immédiatement entraînée par le récit de 
M. Rondou s'est élancée vers les cimes où étincellent les 
neiges éternelles. Du haut du belvédère où nous ont 
conduit nos souvenirs, nous nous sommes représenté la 
vallée profonde avec ses villages, son gave, ses prés, ses 
moissons. Mais les illusions de ce monde, si douces et si 
pures qu'elles puissent être, ont toujours une durée bien 
éphémère. La vision qui nous a charmé s'est envolée. 
Remettons donc à un prochain été, s'il plaît à Dieu de 
nous en réserver encore une fois la joie, l'ascension du 
haut pic d'où l'on aperçoit toutes les basses montagnes 
et la plaine immense enveloppée dans une atmosphère 
d'un bleu si doux, finissant par se confondre avec le Ciel, 
dans les brumes vagues de l'horizon lointain. 

Venons retrouver mon cher pays breton, « la terre de 
granit recouverte de chênes ». 

Une mer souvent courroucée livre un perpétuel assaut 
aux côtes rocheuses de la péninsule armoricaine, tandis 
que sur les falaises, la couleur rose et violette des bruyères 
se mêle à l'or des ajoncs. 

Les collines qui s'élèvent de l'Est à l'Ouest, comme 
l'épine dorsale de la presqu'île, malgré leur faible altitude, 
oflFrent parfois des aspects de montagne ; et du haut des 
rochers des landes bretonnes, se déroulent souvent de 
vastes et superbes panoramas. Mais la flore et la faune 
sont peu variées, le sol armoricain étant presque unifor- 
mément granitique ou schisteux. 

Cependant ne trouve-t-on pas partout une vie entomo- 



22 PRÉFACE 

logique intense et chaque région n'offre-t-clle pas au 
Naturaliste un champ d'études qu'il ne parvient jamais à 
épuiser? 

En Bretagne, comme ailleurs, nous avons fait d'inté- 
ressantes captures, tant comme aberrations curieuses 
qu'au point de vue comparatif des Formes et des Espèces. 
Je suis redevable de la plus vive reconnaissance à 
M. P. Boulé, naturaliste de Rennes, qui a rencontré dans 
ses chasses plusieurs pièces très remarquables et en a 
enrichi ma collection. Les excursions de mon frère et les 
miennes ont été quelquefois heureuses, et dans nos 
recherches aux environs de notre ville natale, nous avons 
connu quelques succès. 

De diverses parties de l'Allemagne, enfin, pays où les 
Lépidoptéristes sont si nombreux et où les chasses sont 
si actives, me sont parvenus des documents dont j'ai 
également tiré profit. 

J'ai cru devoir en outre publier la description et la 
figure de quelques Espèces nouvelles de la faune 
tropicale. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE 

COMPARÉE 



I 



Les SPHINGID^ Hybrides 

(PI. XIV et XV). 



Dans la première livraison des Etudes de Lipidoptérologie 
compariey j'ai écrit (p. 28-43) ^^'^ notice historique sur les produits 
hybrides de Celerio Vespertilto s accouplant dans la Nature avec 
les Celerio hippophaës et euphorbiœ. 

Le produit hybride de Vesperiilio et hippophaës a reçu le nom 
d^Amelia, Feisth.^VesperiilioideSy Bdv. Je crois que cet hybride 
est resté rare et je n*ai pas entendu dire qu'on ait réussi à le renou- 
veler récemment dans les expériences de Laboratoire. 

Au contraire, Je nombre des papillons hybrides de Vespertilto et 
euphorbia est devenu relativement assez considérable. On appelle 
epilobiù Bdv. le produit hybride dont le d* est enphorbuc et la Q 
Vespertilio, Lorsque Tascendance est inverse, c'est-à-dire si, dans 
Taccouplement hybride, Vespertilio est le cf et euphorbiœ la Q, le 
produit hybride s'appelle Densoi, Musck 

M. Denso, docteur en philosophie, résidant au Grand-Lancy, près 
Genève, a fait sur les hybridations des Sphingidce des travaux 



26 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

d'une grande importance et a obtenu, le premier, dans des condi- 
tions spécialement difliciles, puisque l'éclosion des papillons des 
deux espèces ne se fait pas normalement à la même époque, le 
produit hybride de elfenor cJ et Uffophais Q, qu'il a appelé 
Irène. 

Depuis la publication de mon premier travail, qui se fit en 
mars 1904, je n'ai pas cessé de poursuivie attentivement l'étude de 
la question si intéressante des SpJàngidœ hybrides dans l'état de 
nature, aussi bien que dans les expériences de Laboratoire. 

Mais je dois observer que, pour posséder la vérité entière et si 
désirable sur les questions d'hybridation, il faudrait un peu moins 
de discrétion de la part de certains Entomologtstes-obtenteurs qui, 
trop souvent, croient devoir taire des circonstances très intéres- 
santes, notamment sur l'origine naturelle ou artificielle de leurs 
hybrides. 

Quoi qu'il en soit, pour n'être pas aussi complète et d'une pro- 
gression aussi rapide que nous pourrions le souhaiter, la connais- 
sance générale des hybridations chez les Spkingida s'est augmentée, 
depuis peu d'années, d'un certain nombre de faits curieux et de 
documents remarquables dont l'illustration en couleurs parait, pour 
la première fois, dans le présent ouvrée 

De Vienne, en .Autriche, j'ai reçu Q epilobu. dont 4 obtenus par 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2/ 

OÙ ils auraient été produits dans la Nature et où la Q hippopha'ès^ 
fécondée par elpenor cf. aurait pondu ses œufs sur Yhippophaè, 
seraient donc morts de faim à l'état larvaire, dès la sortie de l'œuf, 
puisque les jeunes chenilles ne pouvaient s'accommoder de la plante 
nourricière de leur mère et exigeaient celle qui avait nourri leur 
père. 

Les epîlobii viennois sont généralement plus grands et d'aspect 
plus robuste que les epilobii de Lyon et d'Huningue. Ils sont aussi 
de teinte moins grise et la couleur olive y est plus accentuée. Sous 
le n® 34 de la planche XV se trouve représenté un epilobii que je 
tiens de M. H. Locke, de Vierme. 

Je possède actuellement dans ma collection 17 epilobii. Je 
remarque chez presque tous ces hybrides, produits par l'accouple- 
ment de euphorbiœ cf et Vespertilio Q, l'existence, sur les ailes 
supérieures en dessus, d'une ligne ou d'une ombre grisâtre plus ou 
moins accentuée, parallèle au bord intérieur de la grande tache 
submarginale triangulaire de couleur gris olivâtre, dont elle est 
séparée par un espace clair. Cette ligne ou ombre est nettement 
perceptible sur les 2 ailes supérieures de 16 exemplaires; le seul 
papillon qui n'en offre qu'une très légère trace, et sur la base de 
l'aile droite seulement, est une Q provenant de Grenoble. Chez les 
euphorbiœ purs, on a rarement occasion de constater la présence 
de cette ligne ou ombre qui devient au contraire une règle presque 
constante chez epilobii. 

On a obtenu des produits féconds au moyen de epilobii cf 
accouplés à euphorbiœ Q . Ce genre d'hybrides du second degré a 
reçu le nom de Pernoldinna, Aust. en l'honneur du « Zuechter » 
M. Pemold, de Vienne, qui, le 19 septembre 1907, a obtenu l'exem- 
plaire figuré sous le n*" 33 de la PI. XV. 

Mais j'ai fait figurer aussi sous le n** 32 de la morne planche un 
autre hybride que m'a envoyé, il y a plusieurs années, M. Léonhard, 
de Bâle, sous le nom diEugeni, Mory. avec cette indication : éclos 
«1 été 1901; provenant d'une chenille trouvée dans la Nature, à 
Huningue, sur Vepilobium rosmarinifolium. Cet hybride est un cf 
dont les ailes supérieures sont de coloration grisâtre avec la tache 



28 LÉPIDOPTÉBOLOGIE COMPARÉE 

basilaire visible, mais très atténuée. La longue et grande tache 
submarginale triangulaire, de couleur olivâtre, dont la base, dans 
e^lobii comme dans eupkorbiœ, repose sur le bord inférieur de 
l'aile supérieure, tandis que son sommet aboutit à l'aigle apical, 
n'existe pas dans l'hybride en question; à la place de cette tacbe 
se développe un espace clair, de teinte un peu rosée, dont le bord 
extérieur est irrégulièrement limité par une large bordure grise. On 
perçoit à peine la tache ronde médiane et la ligne secondaire 
oblique. Les ailes inférieures sont comme chez Vesperlilio. Le 
dessous des supérieures est d'un rose pâle, avec un trait cellulaire 
gris foncé, l'apex et le bord marginal gris. D'après Mory, Eugeni 
serait l'hybride secondaire issu de eptloâu (S et Vespertilio ç. 

Cependant ce n'est pas seulement avec Vespertilio ci^'eupkorbiœ 
peut s'accoupler. On connaît le produit l^bride A'eupkorbits g et 
de gain c?, appelé phileuphorbiay Mutzcll, et dont un (S, obtenu à 
Vienne en igofî, est figuré sous le n' 31 de la PI. XIV du présent 
ouvrage. Je possède une Q de même provenance. L'hybride inverse 
produit par l'accouplement de galii cf et de euphorlna Q, a été 
obtenu; il s'appelle: Kindervateri, Kysda. 

On connaît encore les hybrides d'eupAorbifg cî et de elpenor Q 
appelé Hatmuthi Kordesch, et inversement ^euphorHa Q et 
à!elpenoT <S désignés sous le nom de Pernoldi, Jacobs. C'est un 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 29 

i elpenoT çS x porcellus Q ^Luciani, Denso; 
/ elpenof Q xporcellus çS = Standfussit Bartel; 

4 elpenor cf x Vesperttlio g =Gillyiy Kysela; 

5 elpenor çS X hippophaés Q= Irène, Denso. 

Je ne possède ni Gillyt, ni Irène; mais Gschwandneri, dont un 
exemplaire, qui m'a été envoyé de Vienne par M. Locke, est ûguré 
sous le n** 30 de la PI. XIV; Luciani et Stanâfiissi, celui-ci éga- 
lement figuré sous le n" 28 de la même planche. 

Standfussi a été obtenu c aus einer Anzahl Elpenor-raupen von 
Sudtyrol, 1907 » suivant le renseignement de M. W. Maus, 
Postsekretaer à Wiesbaden, de qui je tiens l'exemplaire figuré. 
Siandfussi est synonyme de Elpenor ellus, Stgr. ; ce serait donc un 
ElpenorelluSy Stgr. trouvé dans la Nature. 

M. Denso m*a signalé l'hybride de Dahlii cf et de euphorbiœ Q, 
appelé Walteri, Tiurati. J'ai vu cet hybride dans la collection spé- 
ciale d'Hybrides et extrêmement intéressante de M. Denso, à 
Grand-Lancy. 11 paraît que l'hybride réciproque appelé Giesekingi 
a été aussi obtenu par M. Turati. 

Nul doute que notre euphorbiœ ne s'accouplerait avec iithymali, 
des Canaries, deserticola, d'Algérie désertique, et Mauretantca, 
d'Algérie non désertique, qui sont sans doute des formes géogra- 
phiques ^ euphorbiœ \ de même avec nicaea, de la France méridio- 
nale et d'Algérie. 

Mais un hybride plus extraordinaire que tous ceux déjà signalés 
ici est celui qui résulte de l'accouplement des Smerinthus tiliœ cf 
et Ocellata Q. Cet hybride, appelé Leoniœ, a été obtenu par mon 
ami Max Standfuss, qui eut l'extrême obligeance de m'en offrir 
une paire. J'ai fait figurer la Q sous le n° 35 de la PI. XV. 

Où s'arrêtera-t-on dans la voie des hybridations en Laboratoire? 
Nul ne peut le prévoir; et de même qu'en Botanique où l'hybri- 
dation permet de créer avec continuité un nombre de nouveautés 
toujours plus grand, il est possible qu'en Entomologie des surprises 
multiples nous soient réservées dans un prochain avenir. 



JO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Cependant l'intervention de 1 Homme est le plus souvent néces- 
saire, et bien rares sont les cas où la Nature est l'unique artisan. 

Les Zygana sont le seul genre de Lépidoptères qui présente 
dans l'état libre des accouplements hybrides relativement fréquents; 
mais les résultats de ces accouplements hybrides dans la Nature, 
s'ils sont féconds pour les CeUrio VespetliUo x eufhorbiœ et 
VespatUio x hlppophaès, semblent stériles pour les Zygœna, C est 
ainsi qu'à notre connaissance, depuis ces dernières années, une 
vingtaine d'accouplements hybrides des Zygœna fausta x ktppo- 
crepidis ont été constatés non seulement dans les Charentes, mais 
à Vernet-les-Bains (septembre 1908). 

Cependant les recherches les plus attentives, notamment aux 
environs d'Angoulême où les accouplements de Zygana fausta x 
iUppocfepidis ont été plus fréquemment rencontrés, n'ont pas encore 
fait découvrir dans la Nature un seul papillon paraissant issu de 
la copulation des deux espèces. 

Avec MM. Vigé, D. Lucas et moi-même, mon frère trouva, en 
août 1907, un accouplement hybride de fausta x hippocrepidis à 
Dom pierre -sur- Mer (Charente- Inférieure), Nous conservâmes les 
2 Zygœna d'espèce différente accouplées pendant 18 heures. La 
g hippocrepidis pondit très peu d'oeufs; mais ils étaient clairs et 
aucune larve n'est éclose. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 31 

Sous le n** 30, Thybride Gschwandneriy Kordesch, issu de 
gain çj et Elpenor Q ; 

Et sous le n** 31, l'hybride fhïleufhorbia, Muetzell, issu de 
gain çS et eufhorbicB Q. 

La Planche XV représente, sous le n" 32, l'hybride Eugeni, 
Mory, issu probablement d'epilobn çS et vesperiilio Q ; 

Sous le n" 33, Thybride Pernoldiana^ Austaut, issu d'Epilobu çJ 
et de euphorbiœ Q ; 

Sous le n" 34, Thybride epilobii, Bdv., issu de vesperiilio çS et 
euphorbiœ Q, provenant de Vienne; 

Sous le n° 35, Thybride Leonice Q, Stand fuss, issu de Smerin- 
thus tilue cf et Ocellata Q . 



Rennes, décembre 1908. 



Ch. OBTHR. 



II 



Binige Brgebnisse aus Zuchtexperimenten 
mit Lepidopteren-Mutationen 

(Aberration en pro parte), 

von der Basîs der Mendeischen Gesetze und der Muta- 

tionstheorie von Hugo de Vries aus betrachtet. 

(Taf. XXXI et XXXII). 

Unter den im Pflanzen-und Tierreich sich nicht selten finden- 

dcn Aberrationen gibt es eine Anzahl, welche, gewisser Eigentum- 

Hdikeiten zufolge, nach der jetzt allgemein fiir dièse Fonnen 

^geQommenen Benennung unter die Mutationen zu rechnen sind. 

Man bezeichnet als Mutationen unter einem Typus sich findende, 

^er plôtzlich unter diesem auftreten.de, relativ konstante Abwei- 

chungen von mdst charakteristischem Gepràge Mit dem Aus- 

ê^Hgstypus gepaart, verschmelzen sie nicht zu Ubergangs-und 

-"^^schformen mit diesem, sondem es zerfàllt die Nachkommens- 

^^ft hier stets wieder scharf geschieden in den Ausgangstyfus 

'^d in die Aberration, Dièse Mutationen haben durch die Arbeiten 

^^ Botaniker : De Vries, Correns, Tschermak, Noll und der 

^oologen : Bateson, Lang, Davenport, Hacker nebst vicier Anderer, 

^^ie die wiederaufgefundenen Mendeischen Arbeiten ein hohes 

^^^Uelles Interesse gewonnen. 

Wie ermittelt wurde, erfolgt die Scheidung der Nachkommen 

^^ Mutation in die beiden Formen, der Individuenzahl nach, in 

d^ttchaus gesetzmàssiger Weise. Zu Ehren ihres Entdeckers, des 

rater Mendel, werden dièse die " Mendeischen Gesetze " genannt 



34 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Man spricht in dem Falle der Mutation von antagonistischen 
Eigcnschaften der betreffenden beiden Typen, das heisst Eigen- 
schaften, welche sich g^enseîtig ausschliessen, also nicht an einem 
und dcmselben Individuum nebeneinander vorkommen. 

Gehen wir zur Erlàuterung von einem besonders einfach lie- 
genden, speziellen Falie aus : Wir haben zweî Indivîduen gepaart, 
das eine mit der antagonistischen E^enschaft A, das andere mit 
der antagonistischen Eigenschaft B. Weiter sei angenommen, es 
besitze jedes der beiden Individuen seine antagonistischen Eigcn- 
schaften rein, das heisst in seinem gesammten Keimzellen-Material, 
dann besteht erfahrungsgemàss die aus dieser Paarung hervor- 
gehende Brut durchweg aus Individuen, welche àusserlich nur die 
eine der beiden antagonistischen Eigcnschaften aufweisen; es sei 
dies die Eigenschaft A. Von der Eigenschaft B ist an der Brut in 
diesem Falle àusserlich nichts zu bemcrken. AUein die Eigen- 
schaft B gîng danim diesen Individuen nicht verloren, sic blieb 
latent erhalten, nàmlich in ihrem Keimzellen-Material. Die Eigen- 
schaft B tritt infolgedessen tatsachlich bei der Fortpâanzung und 
Weiterzucht der erhaltenen Individuen auch wieder àusserlich zur 
Erscheinung und zwar, wie bereits gesagt wurde, ganz bestimmten 
Gesetzen folgend. Die in ihrem Verhalten eben characterisîcrte 
Eigenschaft A wird die dominante, die Eigenschaft B die récessive 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35 

eintreten, so erhalten wir, wenn wir das Ergebniss ausfûhrlich 
hinschreiben, folgendes Résultat : 



-lA lA lA lA 



Wir durfen dièse Annahme machen, deiin die Spaltung der 
Brut in verschiedene Formen auf Grund der Kombination der 
verschiedenen Keimzellen ihrer elterlichen Individuen erfolgt 
erfahrungsgemâss prinzipiell im Sinne einer solchen Gleichheit, 
wenn im Speziellen dann und wann auch mancherlei Unregelmâs- 
sigkeiten auftreten. Aile dièse Individuen der Série I unter- 
scheiden sich àusserlich von den Individuen A " rein " in keiner 
Weise, denn A ist dominant und gibt darum allen diesen Indivi- 
duen ihr âusseres Gepràge, allein aile dièse Individuen enthalten 
samtlich gleichwohl auch die Eigenschaft B " recessiv, " nàmlich 
in ihrem Keimzellen-Material. Paaren wir daher weiter zwei Indi- 
viduen aus dieser Série I miteinander, also : — x —, so erhalten 

B o 

wir : 



„xA xA lA iB,, 

n. --r + -Tr + --^ + --^<i. h. 
4A 48 4B 4B 



I A . . 

— 7-= A rem. 

4 A 

— — = A dominant, B recessiv, 

^ (also mit dem ausseren Kleide von A, 

aber auch mit Keimzellen von B.) 

I A 

— — = A dominant, B recessiv. 
4 B 

— — = B rein. 
4 B 

Im weiteren ist ja nun einleuchtend : Individuen aus der 
Reihe — miteinander gepaart geben in der ersten wie in allen 



36 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

folgenden Bïniten stets nur Individuen A. Die Reihe ist rassereîn. 
wie wîr sagen kônnen. 

Individuen der Reihe — X -5- geben : 

-, I A I A I A I A 

■"■ TT + 7r + 7î + 7"ï 

Individuen der Reihe — gepaart mit — geben das voiher in 
Série II bereits genannte Résultat 
Individuen der Reihe — gepaart mit — geben : 

_, I A I A I B I B 

■v- 7? + 7Î- -^ 7î--*-7î- 

Individuen der Reihe -— gepaart mit — liefem das vorher in 
Série I besprochene Ergïiimss. 

£n^lich Individuen der Série — miteinander gepaart geben in 
der ersten Brut, wie in allen folgenden, stets nur Individuen B, 
aJso auch dièse Reihe ist rasseiein, sie îst samenbestândig, wie der 
Botaniker sagt 

Damit hàtten wir das Prinzip der Mendelschen Gesetze erortert. 

Meinen schon bis dahin sehr umfangreichea Zuchtversuchen mit 
Lepidopteren folgten vom Jahre 1885 ab Zuchtexperimente mit 
der Mutation Agita lau ab. fere-nigra Th. Mg, {lugens Stdfs) (A) 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 37 

Zucht I lieferte nàmlich : 

Aglia tau ab. fere-nigra 31 cfcTi 13 Q Q- S* 44 Exemplare. 

Aglia tau nouml HCfcf, 28 QQ. S* 42 Exemplare. 

Zucht II lieferte : 

Aglia tau 2h. fere-nigra 26crcf, 11 QQ. S* 37 Exemplare. 

Aglia tau normdLl iSCfcT, 25 QQ. S* 38 Exemplare. 

Dièse beiden Zuchten zeigten mithin erstens : das zahlreiche 
Auftreten der Mutation schon in der ersten Génération, also die 
Dominanz dieser Mutation, und zweitens die Spaltung dieser 
Brut ziemlich genau zur Hàlfte in die Mutation und zur Hàlfte 
in die Normalform. Viel schwankendere Resultate mit Bezug- 
nahme auf die Verhàltnisse zwischen Mutation und Normalform 
wiesen die Zuchten aus der Paarung von ab. fere-nigra cT und Q 
auf, welche damais mehrere Jahre nacheinander zahlreich von mir 
wiederholt wurden. Dièse schwankenden Ergebnisse waren es, 
welche mich làngere Zeit hindurch gegeniiber der weitgehenden 
Giltigkeit der Mendelschen Spaltungsregeln skeptisch sein liessen. 
Heute bin ich nach mehrjàhriger Durchfûhrung weiterer Zuchtex- 
perimente mit Mutationen von dieser Giltigkeit fest tiberzeugt. 
Fût jenes starke Schwanken bei den in den Jahren 1885-1893 
ausgefiihrten Ziichtungen mit Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg. 
speziell in den Fàllen, in welchen es sich um eine Paarung dieser 
Mutation in sich handelte, dùrfte der Grund in erster Linie in dem 
meist wenig giinstigen Ausfall jener Zuchten zu suchen sein; 
wahrscheinlich eine Folge der nicht genùgend oft wiederholten 
Auffrischung des Blutes (cfr. Standfuss Handbuch, 1896, p. SC- 
SI), zweitens dann aber auch in tiefer liegenden Ursachen, welche 
zu erôrtem, uns hier zu weit f iihren wiirde. 

Schliesslich lieferte jene Experimentreihe in ihren letzten Gene- 
rationen auch rassereine Bruten, wiederum in IJebereinstimmung 
mit den von Mendel zuerst nachgewiesenen Regel n. Ich legte aber 
auf dièses Résultat dcimals kein hohes Gewicht, weil der Ausfall 
gerade jener Zuchten zu den lùckenhaftesten zàhlte (cfr. /. c.y 

P- 313)- 



38 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Seit einein Dezennium habe îch midi neuerdings, nébea den bis 
ZUT G^enwart weiter getriebenen Tempcratur Experimenten, auch 
der Frage der Mutation wieder zugewendet Das grôsste Interesse 
nehmen wohl die Ergebnisse der Zuchten von Aglia (au L. mit 
ihren Mutationen fere-nigra Th. Mg. und melaina Gross f iir sich 
in Anspruch. In Nachfoigendem seien die hauptsachtichsten bis 
zur Stunde erzielten Resultate wiedergegebeo : 

1906, Agita tau ab. fere-nigra Th. Mg, d" d* (O'-s^ 



lau L. Q r* |- 
48 Eier, 46 Puppen. 

1907, 45 Falter, wovon : 

23 Aglia tau L. 

22 Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg. 

Nach der Fonnel : 

. i Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg. 
■ ^ mit lau recessiv**. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 39 

Nach der Formel : 

Agita tau ab. fere-nigra rasserein. 

4 A. 

— X — = < Agita tau ab. fere-nigra mit tau recessiv. 

I B 

— — A^l'ta tau rasserein. 
4 B ^ 

1907. Aglia tau ab. fere-nigra cf. 

tau ab. fere-nigra Q. 
115 Eier, 109 Puppen. 

1908. 108 Falter ohne jede Ausnahme Aglia tau ab. fere-nigra 
Th. Mg. In diesem Falle ist nicht zu sagen, ob die Paarung der 
Formel ^ x -7" od^r der Formel -- x — entsprach, denn beide 

A A A B 

ergeben dem àusseren Kleide nach das Gleiche, ausschliesslich 
Individuen der Mutation, aiso Agita tau ab. fere-nigra. 

Neben den vorstehend angefiihrten, den Mendelschen Regeln 
auch dem prozentualen Auftreten der verschiedenen Typen nach 
in hohem Grade oder vollkommen enlsprechenden Ergebnissen 
meiner Zuchten, denen aus den ùbrigen Versuchen noch eine Reihe 
gleichsinniger Resultate hinzugefiigt werden konnte, finden sich 
unler meinen Experimenten auch solche, bei denen die erhaltene 
Brut wohl den Formen nach jenen Spaltungsregeln genau folgt, 
nicht scharf aber hinsichtlich der fur jede dieser Formen zu erwar- 
tenden Individuenzahl nach. Hierin zeigen sich sogar gelegentlich 
ziemlich erhebliche Abweichungen von den Mendelschen Gesetzen. 

Sait dem Erscheinen der bahnbrechenden Arbeiten des hollàn- 
dischen Botanikers De Vries : Die Mutationstheorie, Versuche und 
Beobachtungen uber die Entstehung der Arten im Pflanzenreich. 
I. Band. Die Entstehung der Arten dure h Mutation. Leipzig, 
Veit & C®, 1901 ; II. Band. Elementare Bastardlehre, Leipzig, 
Veit & O, 1903, sind die Mutationen bei allen Biologen in den 
Vordergrund des Interesses gerùckt worden. De Vries betrachtet 



40 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

die Mutationen als elementare Arten. Um die Berechtigung dieser 
AufFassung zu pnifen, wurden vor etwa lo Jahren Zuchtexperi- 
mente mit Mutationen in grosserem Umfange neuerdings von mir 
wieder aufgenommen, dcnn abgesehen von den hier genannten sînd 
noch eine ganze Reihe weiterer Ziichtungen mit anderen Muta- 
tionen von mir ausgefuhrt worden. — Es galt zu untersuchcn, ob 
sich irgend welche erste Anzeichen einer die Zeugung bctreffenden 
Divergenz zwischen Mutation, zumal nachdem dieselbe rasserein 
herangeziichtet war, und deren Au^;a^gst)'pus nachweisen liessen. 
Bisher ist es mir bei keinem einzigen dieser Expérimente gelungoi, 
auch nur die bescheidensten Anfànge einer solchen phystol(^- 
schen Divergenz und Differenz, welche auf den Beginn einer speci- 
fischen Scheidung zwischen Mutation und ihrem Ausgangstypus 
hingedeutet hâtte, zu ermitteln. Weder versagten jemals Eier bei 
einer Paarung zwischen der rasserein geziichtcten Mutation und 
ihrem Ausgangstypus, noch erwies sich die erhaltcne Nachkom- 
mcnschaft weniger fruchtbar aïs die elterlichen Forraea Dièse 
bciden charakteristischen Tatsachen treten abcr bei der Hybrida- 
tion distinkter Arten ausnahmslos in Erscheinung. Selbst dann, 
wenn nàchstverwandte Spezies, wic z. B. Pygœra pigra Hfn. und 
curluîa L., oder Drepana cuTzatula Bkh. und falcataria L. gekreuzt 
wurden, schliipften niemals aile nach dieser Paarung gelegten Eier 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4I 

Wir haben in die diesen Erscheinungen zu Grunde liegenden, 

den feinsten inneren Bau der Keimzellen betreffenden Dinge, 

zumal durch die bahnbrechenden Forschungen von Th. Boveri 

und V. Hacker, sowie durch die vorziiglichen Arbeiten von 

J. Gross, H. Henking, C. E. Me. Clung, T. H. Montgomeri, 

N. M. Stevens, W. S. Sutton, G. B. Wilson und Anderer, eine 

etwas licfer gehende Einsicht gewonnen. Seines grossen Interesses 

halber wollen wir auf den Gegenstand kurz eingehen. Neuere 

hierhergehôrende Untersuchungen der letztgenannten Forscher- 

reihe, welche gerade an den Spermatozoen und Eiem von Insekten 

aus den Ordnungen der Orthoptera, Hemiptera und Coleoptera 

vorgenommen wurden, fiihrten zu der Erkenntnis, dass sowohl 

die von den mànnlichen, wie die von den weiblichen Individuen 

produzierten Keimzellen sich in je zwei Kategorien teilen liessen, 

welche minutiôse, aber konstante Unterschiede aufweisen. Der 

Unterschied der beiden Keimzellen-Kategorien gelangt in gewissen 

Verschiedenheiten bestimmter Chromosomen zum Ausdruck. Bis- 

^«len besitzt die eine Kategorie ein Chromosom weniger 

2/s die andere. Die Chromosomen sind bekanntlich kleine 

-''P'Istiicke, die sich bei Teilungsvorgàngen aus dem Zçllkem 

^oxidem. Sie werden g^enwàrtig von den Botcinikem imd Zoo- 

'^ffeiî fast ohne jede Ausnahme als Tràger der Vererbungssubstanz 

^'S'^sehen. Aus den vorgenannten direkten Beobachtungen zogen 

"*^ «unerikanischen Forscher den Schluss, dass die jene beiden 

^^^orien der Keimzellen unterscheidenden Chromosomen die 

^^^ Geschlecht bestimmenden seien, so zwar, dass der eine Typus 

°^ Spermatozoen und Eier dazu berufen sei, mànnliche Indivi- 

°*^^ïi zu ergeben, der andere aber weibliche. Der Herausgestaltung 

**'^cll typischer Einzelwesen wiirde mithin eine Sélection zu 

^'^xide li^en, indem die gleichgeschlechtigen Keimzellen einan- 

^**^ >vâhlen mussten. Ein in diesem Sinne erfolgendes Zusammen- 

"ï^cicn diirfte ein zeitweiliges Auftreten besonderer chemischcr 

S^^tanzen durch " Chemotaxis, " wie der dafiir gebràuchliche 

^^^druck lautet, vielleicht wesentlich begiinstigen, âhnlich, wie 

ï^^h den Untersuchungen Pfeffers bei gewissen Farnen, Laub- 



42 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

moosen und Lebennoosen, und zwar bei jeder dieser Kryptoga- 
nien-Gruppe durch Hetvorbringung einer anderen chemischen 
Substanz, die Befruchtungsvorgânge fordemd beeinflusst werdcn. 
Dièse Neuemingenschaften der Forschimg sind danim hôchst 
bedeutungsvoll, weîl analoge Verhaltnîsse der Hauptsache nach 
fiir breite Schichten der gctrennt gcschlechtiichen Organismen- 
Welt bis zum Menschen hinauf der Herausgestaltimg der beiden 
Geschlechter sehr wohi zu Gninde liegend gedacht werden kônnen. 
Handelt es sich nun aber iiicht um die Paaning artgleicher Indi- 
viduen, denn gerade vod diesem Falle schweîften wir ja auf die 
soeben kurz beriihrten Ergebnisse und aus diesen gezogenen 
Schliisse neuester Forschungen ab, so ist die iiuiere Waiilver- 
wandtschaft zwischen den Spermatozoen und Eiem eine unvoll- 
kommene und die ein Zusammentreffen gleichgeschlechtiger 
Keimzellen begiinstigcnden Hilfsmittel werden dann mangel- 
hafter Natur sein, oder etwa ganz fchlen, sodass hier leichter oftcr 
auch nicht gleichgeschlechtige Keimzellen sich vereinigen kônnen. 
Sicher ist das unter den Artbastarden erfolgende mehr oder 
weniger zahireiche Auftreten geschlechtlich durchaus unscharf 
gepràgter oder ausgesprochen mannweiblicher Individuen eine 
feststehende Tatsache, wahrcnd dergleichen Einzelwesen aus 
artgleicher Paaning zu den grossten Seltenheiten zàhlen, Wie jenes 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 43 

chrifty 1886, p. 320-22, und Exper. Zool, Stud. Denkschr. dcr 
Sckweiser naturf, G es cils ch.^ 1898, p. 57). 

Wahrend der dann bis zum Jahre 1893 noch weitergefùhrten 
Zuchten mit dieser Mutation resultierte auch nicht ein einziges 
gynandromorphes Individuum mehr und ebensowenig be» allen 
meinen anderen Zuchtexperimenten mit Mutationen. So erschien 
die Annahme geboten, jene 4 gynandromorphen Individuen seien 
rein zufâllig aufgetreten, wie dergleichen Monstrositâten erfah- 
nmgsgemàss dann und wann aus genuinen Paarungen hervor- 
gehen, ohne dass wir hier mit Sicherheit annehmbare Ursachen 
ihrer Entstehung angeben kônnten (cfr. Stand fuss, Exper. zool. 
Stud, Denksckr. der Schwetz, naturf. Gesellsch., 1898, p. 53-67). 
Im Jahre 1908 ging neuerdings ein ausgeprâgt gynandro- 
morphes Individuum aus der Paarung von : 

Agita tau ab. melaina Gross cf 

tau L. Q normal 

hcrvor. Man kann darum gespannt darauf sein, was die weiteren 
Zuchtexperimente mit Mutationen hinsichtlich dièses Punktes 
^eben werden ? 

Ein weiterer Schritt in dieser Versuchsreihe war nun offenbar 

^^» zwei im Rahmen der gleichen Art stehende Mutationen mit 

^^Jider zu paaren. Vielleicht war es moglich, auf diesem Wege 

individuen zu erziehen, welche die Charaktere der beiden Muta- 

"Orien auf sich vereinigten. Dergleichen Individuen mussten ja 

'îotwendigerweise einen grôsseren Abstand dem Ausgangslypus 

S^cnùber besitzen als jede der Mutationen fiir sich ail ein. Dies 

P*^ indess nur unter der Voraussetzung, dass die Kcinizcllen 

^i^^^r neu gewonnenen Form oder doch wenigslens ein Teil der- 

^^t^en, gleichfalls eine innige und vollkommene Verschmelzung 

^^^ Charaktere der beiden Mutationen darstellt, also nicht jede 

^^imzelle dieser Form nur je einer der beiden Mutationen 

«^tspricht 

So einf ach und elementar dieser Gedankengang erscheinen mag, 
sc^c Verwirklichung ist nicht gar so leicht. Zwei verschiedene 



44 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

charaktcristische Mutationen im Rahmen der gleichen Art, das 
gehort in unserer inittcicuropaeischen Faltenvelt durchaus ïu den 
seltenen Erscheinur^en. Fiir mich kam nur eine einzige Art in 
Frage : Agita tau L. Eîne Mutation von ihr, ab. fere-nigra Th. Mg. 
ist von Saint-Germain-en-Laye, aus dem Elsass, von Thiiringen 
(Mulhausen) und von der Insel Riigen nachgewîesen. Schon 1780 
wird sie in Emst et Engramell, Papillons iEurofe, PI, 129. 
fig- 175 ^ und i abgebildet (cfr, Standfuss, Stetl. ent. Zeitung, 
1886, p. 318. Berl. ent. Zeitschr., 1888, p. 319 ff.). Ich hatte mir 
bereits vor einigen Jahren Eier der ab. fere-nigra von Thurit^fen 
beschafft und durch wiederholte Emeuerung des Blutes bis 1907 
kràftiges Bnitmaterial herangeziichtet. Eine zweite, sehr eigenar- 
tige Mutation von Agita tau hatte der verstorbene tiichtige Lepi- 
dopterophile H. Gross, mit dem ich viele Jahre im angenehmsten 
Verkehr stand, im Jahre 1897 aus Obcr-Œsterreich als ab melaina 
beschrieben. Das Verdienst, sic entdeckt zu haben, gebiihrt Herm 
Lehrer Franz Haudcr aus Linz a/D. Gross hatte auch bereits ihren 
Charakter aïs Mutation durch Zucht festgestelh {Iris, 1897, p. 396- 
399), sowie ihre Duminanz der Grundform gegcniibcr. 

Durch meinen Assistenten, Herm Hans Wagner, war es mir 
môglich, die Paarung 

Aglia tau ab. melaina Gross çS 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 45 

1908. 51 Falter wovon : 

14 Aglia tau L. normal, 

13 Aglia tau ab. melaina Gross, 

1 1 Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg., 

13 Aglia tau forma nova. 

I B 

— -— Agita tau L. normal. 

-i £ A.glia tau ab. melaina Gross. 
^ mit /a« recessiv. 

i. 2. -A^^J^ ^<ï« ab. fere-nigra Th. Mg. 



4 c 



mit tau recessiv. 



— 7: Aglia tau ab. melaina + fere-nigra. 
4 c 

Eine zweite Paarung von 

B 

A^/w tau ab. melaina Cf d (r) -- 

/t2« ab. fere-nigra Q d (r) -— 

lieferte von 51 Eiem 47 Puppen. Dièse Puppen wurden vom 
7. August bis zum 19. November im Eiskeller gehalten und dann 
in das warme Zimmer gebracht. Es schlùpften 47 Falter aus, 
wovon : 

10 Aglia tau normal, 

1 1 Aglia tau ab. melaina^ 
14 Aglia tau ab. fere-nigra^ 

12 Aglia tau ab. forma-nova. 

Wiederum entfiel also nahezu 1/4 der Gesamtmenge auf jede 
der vier verschiedenen Formen. Dièse Falter entwickelten sich von 
Ende Dezember 1907 ab bis tief in das Frùhjahr 1908 hinein. 
In der Ueberzahl waren sie stark kriippelhaft und unbrauchbar. 

Ich nannte die erhaltene forma-nova nach dem beriihmten Col- 
l^;en Herm Geheimrat Prof. D' Aug. Weismann in Freiburg 
i/Brsg. ab. Weismanni Stdfs. 

Wahrend sich also ab. melaina sowohl, als auch ab. fere-nigra 
der Grundform tau gegeniiber antagonistisch verhalten, stehen sich 



40 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

ab. meliiitia und fere-nigra selbst nicht antagonistisch gegentiber, 
sondern verschmeizen zu einen Typus, welcher die Charaktcre 
beider Mutatîonen hannonisch auf sich vcreinigt, namlich zu der 
forma-nova ab. Weismanni Stdfs. Dicsc Annahmc scheint geboten, 
da bisher Individuen von ab. melaina weder gefangen, noch durch 
Zucht erhalten worden sind, welche dieser forma-nova entsprachen. 
Auch stiitzt die im Einklang mit den Mendelschen Gesetzen eîner 
Gleichheit nahekommende Anzahl der vier verschiedenen aus 
unserem Zuchtexperiment hervorgegangenen Formen dièse Auf- 
fassung des neuen Typus. Wir werden die ab. Weismarini als 
ganz speziellen Abkommiing der Paarung zwischen ab. melaina 
und ab. fere-nigra aufFassen miissen. 

Zu den drei verschied«ien in der f reîen Natur vorkommenden 
Typen von Agita tau ist nun noch cine vierte weitere, durch Zucht 
erhaltene, hinzugetreten. Damît sind sofort wieder vier neue Com- 
binationen fiir Paarungen gegeben, namlich die Copula der ab. 
Weismanni mit jedcr der drei Naturformen und mit Individuen 
ihres Gleichen. Besonderes Interesse beanspnicht offenbar zunàchst 
der letzte Fall, infolge des uns beschaftigenden De Vries'schen 
Standpunktes. Dièse Paarung halte die Formel : 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 47 

Weise, wie oben gezeigt, spaltet, wenn sie in sich weitergezùchtet 
wird. Môglich, dass es so kommt. Allein das Kleid scheint zu der 
Hoffnung zu berechtigen, dass, wenn auch nicht aile, so doch ein 
Teil der Keimzellen ihrer inneren Konstitution nach dem elterli- 
chen Typus entspricht, also gleichfalls eine innige und vollkom- 
mene Verschmelzung der Charaktere der beiden Mutationen 
tnelaina und fere-nigra potentiel! darstellt. Erfùllt sich dièse 
Hoffnung, dann ist es zunàchst moglich, eine rassereine Zucht der 
neuen Form zu erreichen und weiter dann auch môglich, das 
Verhalten dièses neu gezùchteten Typus, der nunmehr rasserein 
ist, der Normal form tau gegeniiber durch eine Reihe von Paa- 
rungen zu priifen, das Endziel, auf welches wir bei diesen Expe- 
rimenten der Paarung zwischen zwei verschiedenen Mutationen 
der gleichen Art hinsteuerten. 

Es ist mir eine angenehme Pflicht, am Schlusse dieser kleinen 
Mitteilung aus meinen nun 33 Jahre hindurch fortgefiihrten Hybri- 
dations-Experimenten, meinem liebenswiirdigen Freunde Herm 
Charles Oberthiir den herzlichsten Dank auszusprechen. Mit 
seinem giitigen Anerbieten, die vier verschiedenen, aus der Paarung 
von 

Agita tau ab. melaina Gross cf 



tau ab. fere-nigra Th. Mg. Q 

hervorgegangenen Formen in seinem vorziiglichen Werke " Etudes 
de Lifidoptérologte comparée " abbilden zu lassen, hat er mir 
eine ausscrordentliche Freude gemacht 

Zurich, im Januar 1909. 

Prof. D' M. STANDFUSS. 



Quelques résultats d'expériences 
de reproduction par mutations de Lépidoptères 

(Aberrations pro parte), 

reposant sur les Lois de Mendel et la Théorie 

de la Mutation de Hugo de Vries. 

Par le D' Professeur Max STANDFUSS, de Zurich. 
Traduit de V allemand par M. Baumann^ Professeur au Lycée de Rennes. 

(PL XXXI et XXXII). 

Parmi les Aberrations qui se rencontrent assez fréquemment 
dans le règne végétal et animal, il en est im certain nombre qui, 
par suite de certaines particularités, doivent être, d'après la déno- 
mination généralement admise pour ces formes^ comptées parmi 
les mutations. On désigne sous le nom de mutations des écarts 
d'une fixité relativement constante, de faciès très caractérisé, qui 
se rencontrent dans un typte, ou qui y apparaissent soudain. 
Accouplées au type normal, au type-origine^ elles ne se fondent 
pas en formes transitoires et mélangées dans ce type, mais, au 
contraire, la progéniture, ici, se différencie constamment en le 
type-origine et Vaberration. Ces mutations, grâce aux travaux des 
botanistes : De Vries, Correns^ Tschermak, Noll, et des zoolo- 
gistes : Bateson, Lang, Davenport, Hacker, sans compter beaucoup 
d'autresy grâce, aussi, aux travaux remis au jour de Mendel, ont 
conquis un haut intérêt d'actualité. 

Ainsi qu'il a été constaté, la différenciation des descendants de 
la mutation en les deux formes s'opère, quant au nombre des indi- 
vidus, selon des lois fixes. En l'honneur de celui qui les a décou- 
vertes» ces lois s'appellent : Lois de MendeL 



50 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

On parle, dans le cas de mutation, de propriétés antagonistes 
des deux types en question, c'est-à-dire de propriétés s'excluant 
T^proquement, qui, par conséquent, ne coexistent pas dans un seul 
et m&me individu. 

Pour plus de clarté, considérons un cas particulier, d'une sim- 
plicité remarquable : nous avons accouplé deux individus, l'un 
ayant la propriété antagoniste A. l'autre la propriété antagoniste B. 
Si nous admettons, en outre, que chacun des deux individus pos- 
sède ses propriétés antagonistes à l'état pur, c'est-à-dire dans la 
totalité des matériaux de ses cellules germinatives, alors la progé- 
niture issue de cet accouplement se compose, ~ l'expérience nous 
l'apprend, — exclusivement d'individus qui, extérieurement, ne 
présentent que l'une des deux propriétés antagonistes. Supposons 
que ce soit la propriété A. De la propriété B rien, en ce cas, ne sera 
visible extérieurement chez la pr<:^éniture. Mais la propriété B 
n'en a pas été pour cela perdue pour ces individus, elle a été 
conservée à l'état latent, à savoir dans leurs matériaux de cellules 
germinatives. En conséquence, si on poursuit les expériences de 
reproduction avec les individus obtenus, effectivement la pro- 
priété B réapparaît extérieurement, et, comme il a été dit, en obéis- 
sant à des lois tout à fait déterminées. La propriété A, telle que 
5 venons de la caractériser, est appelée la dominante; la pro- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 5I 

blement éjgal, nous obtiendrons, si nous le consignons en détail, 
le résultat suivant : 



-.lA lA lA lA 



Nous sommes autorisés à faire cette hypothèse, car la différen- 
ciation de la lignée en formes différentes, en vertu de la combi- 
naison des différentes cellules germinatives des individus père et 
mère, se réalise toujours expérimentalement dans le sens d'une telle 
égalité, quand même, dans ce cas particulier, apparaîtraient de 
temps à autre quelques irrégularités. Tous les individus de cette 
série I ne se distinguent, en aucune façon extérieurement, des 
individus A t pur », car A est dominant et donne par conséquent 
à tous ces individus leur empreinte extérieure; mais ces individus, 
dans leur totalité, contiennent néanmoins la qualité B à l'état 
récessifs c'est-à-dire dans les matériaux de leurs cellules germina- 
tives. Si donc, en continuant les expériences, nous accouplons deux 
individus de cette série I, c'est-à-dire — x — , nous obtenon? : 

B B 



niA lA lA iB, ,,. 

. -T + ""T + ""T + '"T c est-à-dire : 
4A 4B 4B 4B 



— T — A pur. 

4 A '^ 



I f\ 

— '- = K dominant, B récessif, 

^ (par conséquent avec la robe extérieure de A, 

mais aussi avec des cellules germinatives de B). 

— — = A dominant, B récessif. 
4 o 



- -g- = B pur. 



Il est clair que des individus de la série —-, accouplés ensemble, 

A 

ne donneront, dans la première lignée comme dans toutes les 



52 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

lignées ultérieures, exclusivement que des individus A. La série 
est race pure, pouvons-nous dire. 

Des individus de la série -r X "^ donnent : 



m. 



Des individus de la série —, accouplés à —, donnent le résultat 
indiqué ci-dessus dans la série II. 
Des individus de la série -— , acxnuplés à —, donnent : 

_, I A I A I B I B 

Des individus de la série -^, accouplés entre eux, donnent dans 
la première lignée comme dans toutes les suivantes, constamment 
et exclusivement des individus B ; par conséquent, cette série, éga- 
lement, est race pure, elle est constante en matiire séminale, selon 
l'expression des botanistes. 

Telles sont, exposées dans leur principe^ les lois de Mendel. 

Mes essais de reproduction avec les Lépidoptères, essais déjà 
fort nombreux jusqu'en 1885, furent suivis, à partir de cette date, 
d'expériences de reproduction avec la mutation Agita tau Ab. fere- 
nigra Th. Mg. (Jugens Stdfs) (A) de Tliuringe (Mûlhausen). 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 53 

L'essai de reproduction I fournit : 
Aglia tau ab. fere-nigra, 31 cfcf, 13 Q Q. Total : 44 exemplaires. 
Agita tau normal HCfcf, 28 Q Q. Total : 42 exemplaires. 

L'essai de reproduction II fournit : 
Aglia tau ab. fere-nigra, 26 cf cf , ^^ Q Q- Total : 37 exemplaires. 
Aglia tau normal 13 cfcf, 25 Q Q. Total : 38 exemplaires. 

Ces deux essais montrèrent par conséquent : i® l'apparition en 
très grand nombre de la mutation dès la première génération, donc 
la dominance de cette mutation; et 2® la différenciation de cette 
progéniture, sensiblement par moitié en la mutation, et par moitié 
en la forme normale. Si on tient compte des rapports qui existent 
entre la mutation et la forme normale, les résultats que donnèrent 
les reproductions provenant de l'accouplement de ab. fere-nigra cf 
et Q furent beaucoup plus flottants, expériences que je poursuivis 
alors, nombreuses et répétées, pendant plusieurs années consécu- 
tives. Et ce sont ces résultats flottants qui, pendant un temps assez 
long, me laissèrent sceptique quant à la signification, à la portée 
générales des règles de différenciation de Mendel. Aujourd'hui, 
après avoir pendant plusieurs années exécuté d'autres expériences 
de reproduction par mutations, je suis fermement convaincu de 
cette portée, de cette signification. Pour ces fortes oscillations dans 
les essais de reproduction exécutés dans les années 1885-1893 avec 
AgVui tau ab. fere-nigra Th. Mg., spécialement dans les cas où 
il s'agissait d'un accouplement de cette mutation avec elle-même, 
la raison, en première ligne, en pourrait bien être cherchée dans la 
réussite le plus souvent peu heureuse de ces reproductions, consé- 
quence probable d'un rajeunissement de sang pas assez fréquem- 
ment répété (Cf. Standfuss, Manuel i8ç6, p. 50-51); en second 
lieu, elle pourrait bien aussi résider dans des causes plus pro- 
fondes, dont l'explication, ici, nous mènerait trop loin. 

Finalement, cette série d'expériences, dans ses dernières généra- 
tions, fournit aussi des lignées race pure, encore une fois en accord 
avec les règles dont Mendel le premier avait fait la démonstration. 
Mais à cette époque je n'attachai pas grande importance à ce 



54 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

résultat, parce que la réussite de ces reproductions comptait pré- 
cisément parmi les moins probantes (Cf. /, c, p. 313). 

Depuis une dizaine d'années, outre les expériences sur l'influence 
de la température poursuivies jusqu'à ce jour, la question de la 
mutation a de nouveau sollicité mon attention, et ce sont les 
résultats des reproductions de Agita tau L. avec ses mutations 
fere-nigra Th. Mg. et melaina Gross, qui captivent au plus haut 
point notre intérêt Voici les principaux résultats obtenus jusqu'à 
cette heure : 

1906, Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg, cî d* (r)" — 

tau L. Q r»|- 
48 œufs, 46 chrysalides. 

1907. 45 papillons, dont : 

23 Aglia tau L. 

22 Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg. 

D'après la formule : 

9 ( — — ■^/^^ '<*« ^b. fere-nigra Th. Mg. 




LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 55 

D'après la formule : 

— — Aglia tau ab. fere-nigra race pure. 

-r- X — - = { — •-- Aglia tau ab. fere-nigra avec tau récessif. 

B B j 2 B 

— •— Agita tau race pure. 

1907. -4^//a tau ab. fere-nigra cf. 

/rt// ab, fere-nigra Q. 
115 œufs, 109 chrysalides. 

1908. 108 papillons, sans exception aucune, Aglia tau ab. fere- 
nigra Th. Mg. Dans ce cas, il n*est pas possible de dire si Taccou- 
plement correspondait à la formule — x -^ ou à la formule 

A A . ^ ^ 

-- X -—, car toutes deux produisent, quant à la robe extérieure, 
le même effet : exclusivement des individus de mutation, par 
conséquent des Aglia tait ab. fere-nigra. 

Les résultats énumérés correspondent aussi dans la plus large 
mesure aux règles de Mendel ou sont en parfait accord avec elles, 
quant au pourcentage dans le nombre des différents types. Nous 
pourrions y ajouter une série de résultats identiques provenant 
des autres essais. A côté de ces résultats, il est telles de mes expé- 
riences où la lignée obtenue obéit rigoureusement, quant aux 
formes, à ces règles de différenciation, mais pas nettement quant 
au nombre d'individus prévus pour chacune de ces formes. Bien 
plus> il s'y rencontre incidemment des écarts assez marqués aux 
lois de Mendel. 

Depuis l'apparition des travaux si nouveaux et si originaux du 
botaniste hollandais De Vries : La Théorie de la Mutation, expé- 
riences et observations sur la formation des espèces dans le règne 
végétal, tome I; La Formation des Espèces par mutationy Leipzig, 
Vcit et C**, 1901, tome II; Hybridologie éUmentairey Leipzig, 
Vcit et C**, 1903, les mutations ont passé au premier plan chez tous 
les biologistes. De Vries considère les mutations comme des espèces 
élémentaires. Pour vérifier la valeur de cette conception, j'ai, pour 



56 LÊPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 

la seconde fois, entrepris, il y a quelque dix ans, des expériences 
de reproduction par mutations sur une grande échelle, — car, abs- 
traction faite des reproductions dont il est question ici, j'ai exécuté 
également toute une série d'autres reproductions par d'autres muta^ 
tions. — Il s'agissait de rechercher s'il était possible de déterminer 
quelques premiers indices d'une diva^ence concernant la géné- 
ration entre la mutation d'une part, surtout si celle-ci par repro- 
duction a été amenée à l'état race pure, et entre son type-origine, 
d'autre part Jusqu'à présent, dans pas une seule de ces expériences, 
je ne suis parvenu à découvrir même les plus modestes signes d'une 
telle divergence et différence physiologiques, qui eût été l'indice 
d'un commencement de différenciation spécifique entre la mutation 
et son type-origine. Toujours les œufs se sont montrés fertiles 
dans un accouplement entre la mutation amenée à l'état race pure 
et son type-origine, et jamais la descendance obtenue ne s'est 
montrée moins féconde que les formes des père et mère Or, ces 
deux faits caractéristiques apparaissent sans exception dans l'hy- 
bridation d'espèces distinctes. Alors même que des espèces très 
proches parentes, comme, par exemple, Pygara pigra Hfn. et 
çurtula L., ou Drepana curvatula Bkhs. et fedcataria L. furent 
croisées, jamais les œufs pondus après cet accouplement ne sont 
tous éclos, et la richesse moyenne des œufs des hybrides femelles 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 57 

Sur les faits qui sont à la base de ces phénomènes, et qui ont 
trait à la structure intime la plus délicate des cellules germinatives, 
nous avons aujourd'hui des liunières, des vues un peu plus pro- 
fondes, grâce surtout aux recherches originales de Th. Boveri 
et V. Hacker, qui ont frayé la voie, grâce, aussi, aux excellents 
travaux de J. Gross, H. Henking, C. E. Me. Clung, T. H. Mont- 
gomcri, N. M. Stevens, W. S. Sutton, G. B. Wilson et d'autres 
encore. Le sujet étant d'un très haut intérêt, nous y insisterons en 
quelques mots. Des recherches récentes dans cet ordre d'idées par 
la seconde série de ces savants chercheurs, qui furent précisément 
instituées sur les spermatozoïdes et les œufs des insectes appar- 
tenant aux ordres des Orthoftera, Hemiptera et Coleoptera, ont 
conduit à la découverte que les cellules germinatives produites par 
les individus mâles aussi bien que par les individus femelles, pou- 
vaient, les unes comme les autres, se diviser en deux catégories 
qui o£Frent des différences minutieuses, mais constantes. La diffé- 
rence des deux catégories de cellules germinatives se manifeste 
dans certaines particularités distinctives de chromosomes. Parfois 
Tune des catégories possède un chromosome de moins que 
Tautre. Les chromosomes sont, comme on sait, de petites parti- 
cules qui, dans les processus de division cellulaire, se séparent 
du noyau de la cellule. Ils sont aujourd'hui, par la presque una- 
nimité des botanistes et des zoologistes, considérés comme les 
véhicules de la substance héréditaire. De ces observations directes, 
les Savants Américains ont tiré la conclusion que les chromo- 
sennes différenciant ces deux catégories de cellules germinatives 
étaient déterminants du sexe, et de telle sorte que l'un des types 
de spermatozoïdes et d'œufs était appelé à produire des individus 
mâles et l'autre des femelles. La formation d'individus sexuelle- 
ment typique serait donc basée sur une sélection, les cellules ger- 
minatives homosexuelles devant s'entre-chercher. Une rencontre 
dans ces conditions, l'intervention temporaire par chimiotaxie 
(pour employer le terme consacré,) de certaines substances chi- 
miques la favoriserait peut-être sensiblement, de même que, d'après 
les expériences de Pfeffer, chez certaines fougères, mousses et hépa- 



58 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

tiques, et cela dans chacun de ces groupes de Cryptogames, les 
processus de la fécondation sont favorablement influencés par la 
production d'une autre substance chimique. Ces conquêtes récentes 
de la science sont d'une extrême importance, parce qu'on pourrait 
bien supposer que des relations anal(^ues en substance président, 
pour de vastes groupements du monde des organismes à sote 
distinct, en remontant jusqu'à l'homme, à la différenciation des 
deux sexes. 

Mais s'il ne s'agit plus de l'accouplement d'individus de même 
espèce, — or, c'est précisément à propos de ce cas qu'en une digres- 
sion nous venons d'effleurer les résultats des recherches les plus 
récentes et les conclusions qu'on en a tirées, — alors l'affinité 
élective intime entre les spermatozoïdes et les œufs est incomplète, 
et les adjuvants, favorisant une rencontre de cellules germinativcs 
de même sexe, seront ou insuffisants ou même échoueront complè- 
tement, de sorte que la fréquence de la rencontre de cellules 
germinatives de même sexe, ici, n'est pas davantage facilitée. Cer- 
tainement, l'apparition en plus ou moins grand nombre, parmi les 
hybrides d'espèce, d'individus de sexe nettement indécis ou d'indi- 
vidus franchement androgynes, est un fait incontestable, tandis 
que des individus similaires provenant d'un accouplement de 
mêmes espèces comptent parmi les plus grandes raretés. De même 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 59 

1886, p. 320-22, et Exper. zool. Stud. Denkschr. der Schweizer 
naiurf. Gescllsch.y i8g8, p. 57). 

Pendant les reproductions poursuivies jusqu'en 1893 avec cette 
mutation, il ne se produisit plus un seul individu gynandromorphe, 
non plus que dans toutes mes autres expériences de reproduction 
par mutations. L'hypothèse s'imposait donc que ces quatre indi- 
vidus gynandromorphes étaient de simples accidents, du genre de 
ces monstruosités que nous observons de temps à autre expérimen- 
talement dans des accouplements purs, sans que nous puissions 
avec certitude donner les causes plausibles de leur genèse (Cf. 
Standfuss, Exper, zool. Stud, Denkschr, der Schweizer naturf. 
Gesellsch,, 1898, p. 53-67). 

En 1908, naquit à nouveau un individu nettement gynandro- 
morphe de l'accouplement de : 

Agita tau ab. melaina Gross cf 



tau L. Q normal. 

On peut, dès lors, se demander avec une impatience légitime, 
quels résultats donneront à cet égard les expériences de reproduc- 
tion futures par mutations ? 

Un nouveau pas en avant dans cette série d expériences, c'était, 
manifestement, d'accoupler entre elles deux mutations qui existent 
dans le cadre de la même espèce. Peut-être était-il possible, dans 
cette voie, d élever des individus qui réunissent en soi les caractères 
des deux mutations. Aussi bien, de tels individus devaient néces- 
sairement présenter, comparés au type-origine, une différence plus 
grande que chacune des mutations en soi. Ceci, cependant, n'est 
vrai que dans l'hypothèse où les cellules germinatives de cette 
forme nouvellement obtenue, ou du moins une partie de ces cellules, 
représentent également une fusion intime et complète des carac- 
tères des deux mutations, c'est-à-dire qu'il ne suffit pas que chaque 
cellule germinative de cette forme corresponde respectivement à 
une cellule des deux mutations. 

Si simple et si élémentaire que puisse paraître l'enchaînement 



(50 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

de ces idées, sa réalisation n'est pas des plus aisées. Deux muta- 
tions caractéristiques différentes dans le cadre de la même espèce, 
voilà qui. dans le monde des papillons de notre Europe Centrale, 
compte certes parmi les phénomènes rares. Pour moi, une espèce 
unique était seule en cause : Aglia tau L. Une mutation de celle-ci, 
ab. fere-nigra Th. Mg., est signalée à Saînt-Gcnnain-en-Layc, en 
Alsace, en Thiiringe (Miilhausen) et dans l'île de Rugen. Déjà, 
en 1780, elle est reproduite dans Emst et Engramelle, Papillons 
d'Europe, PI. 129, fig. 1 75 A et » (Cf. Standfuss, Sleit. ent. Zeitung, 
1886, p. 318. Berl. enl. Zeitsckr., 1888, p. 31g ff). Je m'étais, il y a 
quelques années déjà, procuré des œufs de ab. fere-nigra de Thii- 
ringe, et, par rajeunissement répété du sang jusqu'en 1907, je 
m'étais façonné de vigoureux sujets de reproduction. Une seconde 
mutation, très caractéristique d'Aglia tau, a été décrite, en 1897, 
comme ab. melaina originaire de la Haute-Autriche, par feu 
H. Gross, fin connaisseur en Lépidoptérolc^ie, avec qui j'ai, pen- 
dant de nombreuses années, entretenu les relations les plus 
^réables. Le mérite de l'avoir découverte en revient à M. l'insti- 
tuteur Franz Hauder, de Lînz s/D. Gross avait paiement déter- 
miné son caractère en tant que mutation par reproduction (/rir, 
1S97, p. 396-399), ainsi que sa dominance par rapport à la forme 
fondamentale. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 6l 

cet accouplement, ramené au schéma employé dans les expériences 
de mutation mentionnées, pourrait se formuler ainsi : 

Aglia tau ab. melaina cf d (r) — - 



tau ab. fere-nigra Q d (r) -— 



53 œufs, 51 chrysalides. 

1908. 51 papillons, dont : 

14 Aglia tau L. normal, 

13 Aglia tau ab. melaina Gross, 

1 1 Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg., 

13 Aglia tau forma nova. 

— — • Aglia tau normal. 

JL — Aglia tau ab. melaina Gross. 
^ ® avec tau récessif. 

2. ^ Aglia tau ab. fere-nigra Th. Mg. 
^ avec tau récessif. 

— —- Aglia tau ab. melaina 4- fere-nigra. 
Un second accouplement de 

R 

Aglia tau ab. melaina cf d (r) — 

/V 



/â:« ab. fere-nigra Q d (r) — - 



G 

produisit sur 5 1 œufs 47 chrysalides. Ces chrysalides furent main- 
tenues du 7 Août jusqu'au 19 Novembre dans la glacière, puis 
amenées dans l'étuve. 47 papillons sont éclos, dont : 

10 Aglia tau normal, 

1 1 Aglia tau ab. melaina^ 
14 Aglia tau ab. fere-nigra, 

12 Aglia tau ab. forma-nova. 

Derechef, 1/4 à peu près de la masse totale se répartit donc sur 
chacune des quatre formes différentes. Ces papillons se dévelop- 
pèrent de fin Décembre 1907 jusque fort avant dans le printemps 
de igo8. En majorité, ils étaient fortement avortés et inutilisables. 



62 LÉPIDOFTÉROLOGIE COMPARÉE 

J'ai dénommé la forma-nova obtenue ab. Weismanni, d'après 
mon éminent collègue M. le Conseiller intime. Prof. D' Aug. 
Weismami, à Fribourg-en-Brisgau. 

Ainsi, tandis que ab. melaina, aussi bien que ab. fere-nigra, se 
comportent par antagonisme vis-à-vis la forme-type tau, les ab. 
melaina et fere-nigra ne s'opposent point par antagonisme, mais, 
au contraire, se fusionnent en un type qui réunit harmonieusement 
en soi les caractères des deux mutations, à savoir la forma-nova 
ab. Weismanni Stdfs. 

Cette interprétation semble s'imposer, puisque, jusqu'à ce jour, 
on n'a ni capturé ni obtenu par reproduction des individus de 
ab. melaina qui correspondissent à cette forma-nova. Cette con- 
ception du nouveau type est également étayée par le nombre des 
quatre formes différentes issues de notre expérience de reproduc- 
tion, nombre qui, en accord avec les lois de Mendel, se répartit 
sensiblement en quantités égales. Il nous faudra concevoir ab. 
Weismanni comme im descendant tout à fait spécial de l'accou- 
plement de ab. melaina avec ab. fere-nigra. 

Aux trois types différents à! Agita tau existant en liberté dans 
la nature est donc venue s'ajouter une autre Aglia tau, ime qua- 
trième, obtenue par reproduction. De ce fait il se présente donc un 
groupe de quatre combinaisons nouvelles à accoupler, à savoir la 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 63 

respective de ses formes père et mère. Et si ce résultat, dans toutes 
les reproductions ultérieures, apparaissait comme une constante, 
il est évident que nous n'aurions point avancé d'un pas et que nous 
n'aurions pas atteint le but que nous poursuivions. Il est facile de 
voir que nous n'obtiendrions encore et toujours que ab. melaina 
race pure, ab. fere-nigra race pure et ab. W eismanni, et Tune de ces 
aberrations, cultivée par reproduction avec elle-même, se rediffé- 
renciera toujours, comme il a été montré ci-dessus. Il est possible 
qu'il en soit ainsi. Mais la robe semble autoriser l'espoir que, sinon 
toutes, du moins une partie des cellules germinatives correspondent, 
d'après leur constitution intime, à leur type ancestral, c'est-à-dire 
présentent à un très haut degré la fusion intime et parfaite des 
caractères des deux mutations melaina et fere-nïgra. Si cet espoir 
se réalise, alors il sera d'abord possible d'obtenir une reproduction 
race pure de la nouvelle forme, et ensuite de vérifier, par une série 
d'accouplements, la manière dont se comporte ce type nouvelle- 
ment élevé, qui est désormais race pure, par rapport à la forme 
normale tau : objectif constant de nos efforts, que nous ne per- 
dîmes jamais de vue au cours de ces expériences d'accouplement 
entre deux mutations différentes de la même espèce. 

En terminant cette brève communication sur mes expériences 
d'hybridation, poursuivies pendant 33 ans, ce m'est un devoir bien 
agréable d'exprimer ma plus cordiale gratitude à mon aimable 
ami, M. Charles Oberthiir. En m'offrant gracieusement de faire 
reproduire dans son excellent ouvrage « Etudes de Lépidopté- 
rologie comparée 1 les quatre formes différentes issues de l'accou- 
plement 

Agita tau ab. melaina Gross cT 

tau ab. fere-nigra Th. Mg. Q 
il m'a procuré une joie des plus vives. 



Ziirich, Janvier 1909. 



Prof. D' Max STANDFUSS. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 65 



TAFELERKLAERUNG 



(Explication des Planches) 



Taf. XXXI. 

Fig. 208. — Agita Tau cT, Linné, forma typica. 

— 209. — Aglia Tau Q, Linné, forma typica, 

— 210. — Agita Tau-melaina cT, Gross. 

— 211. — Aglia Tau-melaina Q, Gross. 

Taf. XXXII. 

Fig. 212. — Aglia Tau-fere-nigra cf, Th. Mg. 

— 213. — Aglia Tau'fere-nigra Q, Th. M. 

— 214. — Aglia Tau-Weissmanni cT, Standfuss. 

— 215. — Aglia Tau-Weissmanni Q, Standfuss. 



III 



Les Variations de l'Aglia Tau 



(PI. XXXIII et XXXIV). 



A la partie II du présent ouvrage se trouve imprimé un travail 
dû à la haute science de mon très honorable et cher 2uni le D' P' 
Max Standfuss, de Zurich. 

Je le remercie cordialement de sa précieuse collaboration. 

Tous les Naturalistes connaissent les résultats si intéressants 
des expériences conçues, conduites et réalisées par M. Standfuss, 
avec une habileté supérieure et une science consommée, en vue 
d'augmenter nos connaissances relativement aux causes et aux lois 
de la variabilité de TEspèce chez les Lépidoptères. 

M. Standfuss a le mérite très grand d'avoir ouvert des voies 
nouvelles pour la recherche des plus hauts problèmes de philo- 
sophie scientifique concernant Thistoire de l'Espèce et de ses 
Variations. 

Souhaitons que Dieu, maître de la vie, laisse au savant pro- 
fesseur la jouissance de très longs jours et lui permette de continuer 
pendant de nombreuses années à faire profiter la science de ses 
excellents travaux. 

J'avais l'intention d'écrire à son rang, c'est-à-dire lorsque j'aurais 
entrepris Tétude de la famille des Saturniidœ, la notice sur Aglia 
Tau^ conforme à celles qui sont imprimées plus loin, sur les Rho- 
pàlocera, à la partie VI, sous le titre de Noies pour servir à établir 
la Faune française et algérienne des Lépidoptères. 



68 LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Mais il me semble qu'après le remarquable exposé, par 
M. Standfuss, des résultats de ses expériences de reproduction 
d'Aglia 2'au-melaina croisé avec fere-nigra, le moment était venu 
pour moi de traiter, quoique par avance, l'histoire de l'Agita Tau, 
avec les variations dont j'ai pu acquérir la connaissance: je puis 
présenter ainsi un ensemble plus complet de renseignements et de 
Egures concernant cette espèce de Saturniide. 

Les Planches XXXI et XXXU sont consacrées à l'illustration 
du savant travail de M. Standfuss; les n" 208 et 209 représentent 
W forma iypica de l'Agita Tau; les n" 210 et 211 ûgurent l'Aber- 
ration melaina; les n°* 212 et 213 s'appliquent à l'Aberration 
fere-nigra; enûn les n" 214 et 215 présentent la nouvelle forme 
Weissrrtarttti. 

J'ai donc ajouté à ces Planches XXXI et XXXII les deux 
Planches XXXIII et XXXIV qui achèvent le présent ouvrage, 
a&n de représenter, depuis le n° 216 jusqu'au n" 223, une série de 
variétés diverses qui sont l'objet du commentaire qu'on trouvera 
plus loin. 

M. J. Culot a exécuté avec un remarquable talent toutes ces 
Planches. Je crois que les Entomolt^istes apprécieront le soin 
consciencieux que cet habile artiste a apporté à l'exécution de la 
partie iconographique de cet ouvrage. Je remplis un devoir de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 69 

C'est un papillon répandu dans une grande partie de TEurope 
et de l'Asie. UAglia Tau éclôt au premier printemps, mais un 
peu après VEndromis versicolora qui est encore plus précoce que 
lui. Les cf des deux Bombycides : Tait et versicoloray volent le 
matin, au soleil, à la recherche de la Q ; généralement les deux 
espèces habitent les mêmes régions et souvent les mêmes forêts; 
cependant Agita Tau manque en Angleterre, quoique Endromis 
versicolora, autrefois répandu dans de nombreuses localités de la 
grande Ile, mais actuellement partiellement éteint, s'y trouve 
encore en certaine abondance, surtout dans la région boréale, en 
Ecosse. 

UAglia Tau vole des rives de l'Océan Atlantique jusqu'aux 
bords de la mer du Japon. 

Il éclôt en avril dans les bois des environs de Huelgoat, c'est- 
à-dire au centre du Finistère; à la forêt de Rennes et à Monterfil, 
en Ille-et-Vilaine; à Chantilly et à Saint-Germain-en-Laye. près 
Paris; on le trouve aussi dans le département du Doubs; en 
Limousin; en Auvergne; en Alsace; en Suisse; en Allemagne; 
en Autriche; en Mandchourie; aux frontières du Thibet et de la 
Chine et au Japon. 

UAglia Tau offre de remarquables Aberrations mélaniennes : 
I* fere-nigra, Thierry-Mieg, qu'on trouve en France, notamment 
à Saint-Germain-en-Laye et à Besançon, ainsi qu'à l'île de Rugen 
et dans la Thuringe, en Allemagne. BelHer a fait figurer sous le 
n** 8 de la PI. 14, dans les Annales de la Société entotn. de France, 
1858, un cf fere-nigra pris à Saint-Germain. Ce papillon se trouve 
dans ma collection et je le fais de nouveau représenter sous le 
n' 221 de la PI. XXXIV du présent ouvrage. Bellîer {Annal 
France, p. 707) dit que cette curieuse Aberration fut prise en sa 
présence et devant plusieurs de ses collègues, dans la forêt de 
Saint-Germain, par M. le comte de WalHcourt, qui eut l'extrême 
obligeance de lui en faire présent. 

La forêt de Saint-Germain semble favorable au développement 
de TAberration fere-nigra\ car notre aimable collègue, M. H. 
Brown, chassant avec mon frère, le 18 avril de la présente année 



;o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

1909, dans la même forêt de Saint-Germain, y captura un Agli^ 
Tau (S bien plus mélanisant que ceux de la forêt de Rennes où 
mon frère, M. P. Boulé tà moi nous en capturâmes un assez grand 
nombre d'échantillons, les 22 et 23 avril 190g. Les plus mélaniens 
des Agita Tau de Rennes n'approchent pas, pour le noircissement 
des ailes, de l'exemplaire de Saint-Germain que M. H. Brown eut 
l'obligeance de nous offrir. 

Ainsi que je le dis plus haut, l'Ab. fae-nigra se rencontre aussi 
aux environs de Besançon où l'a prise M. François Jeunet, qui a 
eu l'extrême bienveillance de m'en offrir une paire. La Q de 
Besançon est surtout très caractérisée. 

Il y a longtemps que cette Ab. fere-nigra est connue des Ento- 
mologistes, qui avaient cependant négligé de la distinguer par un 
nom. 

En effet le R. P. Engramelle figure, sous les n" 175 A et 175 i 
de la PI. CXXIX, une Q fere-nigra prise en avril 1780. dans la 
forêt de Franc fort -sur-le-Meîn, par M. Geming. Le R. P. Engra- 
melle dit que la chenille de la Hacketle-du-Soissonnais, nom 
vulgaire français de VAglia Tau, vit aux environs de Bruxelles 
et de Strasbourg sur le saule marceau (Salix caprea), tandis qu'en 
Dauphiné. dans la forêt de Francforl-sur-le-Mein et près de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 71 



J*ai fait figurer sous le if 220 de la PI. XXXIV un çf à' Agita 
Tau asymétrique, ayant Taile gauche inférieure largement noircie. 
Ce papillon vient de Thuringe, comme la Q également asymé- 
trique figurée sous le n" 222 et montrant un point noir, centra- 
lenient pupille de blanc, au-dessus de Tocelle normal, à Taile 
suf)érieure droite, en dessus seulement. 

D'après ce que me mande M. Max Stand fuss, TAb. fere-nigra. 
Th. Mg. {lu gens, Stdfss) est en Thuringe une Aberration rare; 
ainsi à Mùlhausen, en Thuringe, sur 100 exemplaires de l'espèce, 
il ne vient que des individus tout à fait isolés de fete-nigra ; tous 
les autres appartiennent à la forme normale. « Aglia Tau-fere- 
nigra ist in Thiiringen eine seltene Aberration, genau so wie in 
Frankreich; auch bei Mùlhausen in Thiiringen kommen auf je 
100 Exemplare der Art nur ganz einzelne Individuen der Ab. fere- 
nigra\ Aile ùbrige gehôren der Normal form an. » 

Quant à l'Aberration melaina, Gross, elle se rencontre dans la 
H au te- Autriche, en Styrie, comme Aberration constante parmi les 
Aglia Tau normaux, exactement de même que près de Digne, 
l'Ab. Honnoraiii, Bdv., se trouve, mais très rarement, parmi les 
Thais Medcsicasie. Sur 100 papillons cf, l'assistant du D' pro- 
fesseur Standfuss a constaté la présence de i «i 3 spécimens au 
maximum de l'Ab. melnina. Tous les autres étaient des Agita 
Tau cf. de forme normale. 100 exemplaires de Styrie se décom- 
posent donc pour la moyenne, en 98 Tau normal et 2 melaina. 

Outre les fonnes appelées : fete-nigra et melaina, V Aglia Tau 
peut encore varier comme suit : 

I** cf. en dessus, suppression presque totale de la tache ocellée 
aux ailes supérieures; cette tache est remplacée par un simple trait 
noir aux inférieures; en dessous, aucune trace du T blanc aux 
inférieures; un petit point noir remplace l'ocelle aux supérieures; 
j'ai appelé cette variété presque aveugle : fcrc-cœca; elle est 
figurée sous le n° 216 de la PI. XXXIII. 

2^ Cf, en dessus, les 4 ailes sont d'un fauve clair, sans la bande 
submarginale noirâtre; des ocelles, il ne reste qu'un orbe grisâtre et 



72 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAKÉE 

le T blanc très atténué; en dessous, les dessins ordinaires sont 
également très atténués. Je possède un c? de Bohême; je le désigne 
sous le nom de : uniformis; il est figuré sous le n" 317 de la 
PI. XXXIII. 

Je citerai aussi 2 Q hermaphrodites à la faqon des Rhodocera 
Cleopatra Q, dont les ailes sont irrégulièrement parsemées des 
couleurs du c?. Ces 2 q ont sur les ailes, dont le fond est d'une 
teinte fauve pâle, des lavis irréguliers et dissymétriques de fauve 
orangé vif. Elles proviennent d'Allemagne; elles sont figurées 
sous les n" 218 et 219 de la PI. XXXIII. 

Je dois parler enfin de la forme thibétaine d'Aglia Tau, encore 
inconnue et dont j'ai reçu jusqu'ici la seule Q qui est figurée 
sous le n" 223 de la PI. XXXIV. 

Elle me fut envoyée avec la curieuse Endromitic voisine de 
versicolora, maïs bien plus petite et d'un aspect très spécial, que 
Staudinger a fait connaître sous le nom de Dûl/jt/attui btfurca. 

ï.eech a décrit dans les P. Z. S., 1888 (p. 632). sous le nom de 
piponica, une variété géographique d'Aglia Tau, d'après une 
paire d'Hakodate, ayant fait partie de la collection Pryer, dont 
Leech avait fait l'acquisition. 

Jamais Leech n'a fourni de figure de VAglia Tau-japomca. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 73 

simple petit point grisâtre dans une ombre plus foncée que le fond 
des ailes. Les ailes supérieures de jafonica thibétaine, en dessus, 
sont saupoudrées, surtout vers Tapex, les bords costal, anal et 
marginal, d'atomes noirâtres de fonne irrégulière. En dessous, la 
tache blanche en forme de T, dans les ocelles médians, est beau- 
coup moins accentuée que dans les exemplaires européens. 

De quelle faune superbe et variée se trouve favorisée la région 
limitrophe de la Chine et du Thibet, aux sources de ces nombreux 
cours d'eau qui alimentent le Yang-tse-Kiang, tributaire de la mer 
de Chine, et les autres fleuves qui coulent vers le sud, tels le 
Salouen ou Lu-tse-Kiang et le Mékong ou Lang-tse-Kiang ! Feu 
Mgr Biet, vicaire apostolique du Thibet, m*a dit maintes fois que 
l'un de ses dignes et savants collaborateurs, le Père Soulié, bota- 
niste du plus haut mérite, lui avait signalé l'extraordinaire 
développement en Asie, comparativement à l'Europe, de beaucoup 
d'espèces de plantes alpines habitant les montagnes chinoises et 
thibétaines, ainsi que les Alpes de France et de Suisse. Peut-être 
en est-il de l'agrandissement de V Agita Tau en Asie, par rapport 
à PEurope, comme du plus grand développement des plantes. En 
effet, certains échantillons sîno-thibétains de Papilio Machaon, 
Collas Polio graphiis, Thecla betulœ, Melitœa Phœbe, Argynnis 
Adippe sont plus grands en Asie qu'en Europe; mais cela ne peut 
pas être considéré comme une règle générale pour les I lépidoptères; 
car A pâtura Iris, Anthocharis Card aminés, Argynnis Aglaja ne 
présentent point en Asie de dimensions supérieures. 

D'ailleurs VAglia Tau de l'île Askold et de Sidemi, en Mand- 
chourie, ne diffère pas beaucoup de la forme normale d'Europe, 
pour la taille et pour la couleur, du moins si j'en juge par les 
documents que je possède. 

Quoi qu'il en soit, on connaît en Europe 3 races différentes 
S Agita Tau se développant dans la Nature : la forme dont le 
fond des ailes est d'un jaune fauve orangé vif et qtn' est normale; 
la forme très obscurcie : fere-nigra, et la forme très noircie : 
meltnna. 



;4 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

I.e D' professeur Max Standfuss s'est proposé de réaliser des 
accouplements entre ces races, afin de voir si les produits 
obéissent dans la forme de leur descendance à la Loi de Mendel. 

Cette Loi de Mendel résulte d'expériences faites par le croi- 
sement de souris grises et de souris blanches, c'est-à-dire de deux 
formes, l'une normale et l'autre albine de la même espèce de 
souris. 

Si on accouple un d* de souris grise à une g de souris blanche, 
on constate que les produits de cette copulation sont tous exclu- 
sivement gris. Dès lors on dit que le caractère gris est dominant 
et le caractère blanc récessif. Du fait de l'accouplement de la 
souris grise d" et de la souris blanche Q, les produits cf de cet 
accouplement sont pourtant nés avec un mélange de spermato- 
zoïdes du type paternel pur gris et du type maternel pur blanc 
et les produits q avec des ovules du type paternel pur gris et du 
type maternel pur blanc; mais si on croise un cf hybride provenant 
de l'union de la souris grise cf et de la souris blanche Q, avec 
une g grise, dont la race grise est dominante, comme nous l'avons 
dit plus haut, les produits seront toujours et tous gris. Pour que 
des produits blancs interviennent, il faut croiser le c? hybride issu 
de la souris grise c? et de la souris blanche g avec une g blanche 
de la race maternelle pure et l'on obtiendra alors une moitié de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 75 

Enfin Agita Tau-fcre-nigra est croisé avec Tau-melaina, 
Ici la Loi de Mendel ne s'applique plus. 

M. Standfuss obtient, dans plusieurs expériences, et par parties 
numériques égales, quatre formes différentes qui naissent chacune 
dans la proportion d'un quart du total. 

Ces quatre formes sont : Tau normal, fere-nigra, melaina et 
une forme nouvelle Weissmanni. Or, cette forme Weissmanni ne 
s'est jamais rencontrée dans la Nature. Elle tient à la fois de 
fere-nigra et de melaina et elle est plus mélanienne encore que 
ntelaina. 

Mais il y a une circonstance qu'il faut envisager avec toute 
l'attention qu'elle mérite. 

On doit en effet considérer, dans l'expérience de reproduction 
accomplie par le D' professeur Max Standfuss, l'origine des 
parents qui ont donné naissance à cette descendance des quatre 
formes : Tau normal, fere-nigra, melaina et Weissmanni, répartie 
en quatre parties égales. 

Le melaina çj qui s'est croisé avec fere-nigra Q était lui-même 
sans doute issu de l'accouplement d'un Tau normal cT et d'une 
melaina Q, tandis que la fere-nigra Q qui s'est croisée avec 
melaina çf avait pour père un Tau normal et pour mère une fere- 
nigra. 

Ce melaina cf et cette fere-nigra Q qui se sont ainsi accouplés 
et qui ont donné naissance à quatre races différentes de leur 
espèce contenaient donc dans leur corps, tous les deux pour moitié, 
des cellules germinatives de Tau normal. Pour la seconde moitié, 
melaina cf possédait des cellules germinatives de melaina et fere- 
nigta de fete-nigra. 

Il est donc nécessaire de tenir compte de l'origine des individus 
père et mère pour, la détermination de la constitution de leurs 
descendants. 

Comme, dans les essais de reproduction qui ont donné des 
résultats identiques, la totalité des descendants se répartit cons- 



;6 



LÉPIDOPTÉEOLOGIE COMPARÉE 



taniment avec une précision assez rigoureuse, par quart, entre les 
quatre formes A'Aglia Tau : normale, fete-nigra, mclaina et 
Weïssmanni, on peut dire que cela indique et signiâe une division 
d'une exactitude numérique parfaite des cellules gemiinatives de 
l'individu, en accord avec la constitution du couple père et mère 
dont cet individu est issu. 



Rennes, avril 190g. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 7/ 



EXPLICATION DES PLANCHES 



PL. XXXIII. 



Fig. 2i6. — Agita TaU'fere-cœca cf, Obthr. 

— 217. — Agita TaU'Uniformis cT, Obthr. 

— 218. ) 

Aglia Tau Q, part, hermaphrodites. 



— 219. 



PL. XXXIV. 

Fig. 220. — Aglia Tau cf, Ab. asymétrique. 

— 221. — Aglia Tau fere-nigra cf, Th. Mg., pris dans la 

forêt de Saint-Germain-en-Laye. 

— 222. — Aglia Tau Q, Ab. asymétrique. 

— 223. — Aglia TaU'japonica ? Q, Leech. 



IV 



Les PSYCHID^ pyrénéennes 

(Spécialement des Hautes-Pyrénàs) 
Par P. RONDOU, de Gédre. 



Pachytelia unicolor, Hufn. (graminellay Schiff.)- 

Commune; fourreaux un peu partout, contre les vieux murs, les 
rochers^ les troncs d'arbres, les tiges des graminées, jusqu'à 
1,100 mètres d'altitude; je n'en ai jzimais rencontré plus haut; mai 
et juin. 

Eclosion de juin à juillet. 

Fourreau du cT atteignant 38-40 millimètres, recouvert de frag- 
ments de feuilles brunâtres ou brun noirâtre, avec, à la partie 
supérieure, des pailles placées longitudinalement avec de petits 
grains de sable 

Fourreau de la Q semblable, mais plus gros, et presque toujours 
dépourvu de pailles. 

La chenille est polyphage; on la trouve sur la ronce, l'ortie, mais 
surtout sur les graminées, Poa annua et perennis. 

çf. Envergure 26-30 millimètres. Ailes larges, d'un noir un peu 
transparent, frange à reflets blanchâtres, pattes roussâtres. Antennes 
de 5 millimètres environ, avec des barbules assez longues vers la 
base de la tige, et allant en décroissant vers le sommet. Corps ne 
dépassant pas les ailes inférieures, assez grêle, velu, aplati posté- 
rieurement, noir avec les ptérygodes cendrés, le dessous de Tab- 



8u LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

domen blanchâtrci celui-ci est terminé par une touffe fie poils 
légèrement divergents, La chrysalide est cylindre -conique, un peu 
aplatie vers la tête; dos légèrement caréné à la partie supérieure; 
pointe anale assez obtuse. 

La Q est d'un blanc sale tirant sur le jaune, tête brune, ainsi 
que les plaques cornées qui occupent la partie supérieure des pre- 
miers anneaux. La loupe fait apercevoir deux petits appendices 
charnus qui semblent être les rudiments des antennes. Sa chrysalide 
est de forme ovoïde et semblable aux deux extrémités. 

Pachytella VUloaella, O. 

Rare. Collioure (de Gr.), Saint-Béat, B^;nères-de-Lucbon, 
Ardi^e (Car.), Gèdre. S'élève jusqu'à i,8oo mètres (plateau de 
Souberpeyre, près de Gèdre); fourreau sur le pnmellier, sur la 
bruyère, Calluna vulgaris surtout, et sur certaines graminées jus- 
qu'en juillet Ce fourreau, sur les hauteurs, se rencontre parfois dans 
les sommités du Poa alpina, dont la chenille fait sa nourriture, et 
alors il mime si bien les épillets qu'il serait impossible de le dis- 
tinguer si quelques mouvements ne trahissaient sa présence. 

Eclosion juin et juillet, selon les altitudes, le soir. 

Fourreau atteignant 40 millimètres, ressemblant à celui de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 8l 

Amicta febretta, Boyer. 

Fourreau assez commun en juillet et au commencement d'août, 
le long des sentiers arides, dcins les prés récemment fauchés exposés 
au soleil, sur les rochers, dans les pelouses des montagnes; on le 
rencontre depuis les plus basses altitudes jusque siu: les sommets. 

La chenille vit sur les scorsonères surtout 

Eclosion en août, dans la matinée. 

Fourreau des deux sexes à peu près de la même longueur que 
chez unicolor^ mais beaucoup plus volumineux; les brins de gra- 
minées ou de bruyères sont placés plus longitudinalement, d'une 
façon parallèle et presque de même dimension; le diamètre et la 
couleur de ces brins Varient selon l'altitude : gros et d'un jaune 
brunâtre, à cause du mélange de brindilles de bruyères, dans les 
parties basses, ils sont très ténus et d'un jaune clair sur les hauteurs, 
et alors uniquement composés de graminées. 

CT. 25-26 millimètres d'envergure; ailes inférieures totalement 
arrondies et n'offrant pas au bord inférieur cette légère échancrure 
que Ton observe sur Villosella; couleur plus foncée que cette der- 
nière, les nervures saillantes à la base, frange d'un roux clair. Les 
poils qui recouvrent le corps sont d'un brun roussâtre, chatoyant 
en blond, tirant au blanchâtre sur la tête et le corselet. Abdomen 
moins velu que chez Villosella et se terminant un peu en pointe. 
Antennes rousses, longuement et fortement pectinées, atténuées à 
l'extrémité qui est très pointue. 

Q d'un blanc sale ou d'un jaune pâle ocreux, molle comme celle 
de unicolor, mais plus grosse. Les premiers et les derniers segments 
de Tabdomen sont garnis sur le boçd d'un léger duvet cotonneux, 
ainsi que le dessous du corselet 

Oreopsyche Pyrenœlla, H. S. {Tabanella, Brd.). 

Fourreau conmiun en juillet, entre i,coo mètres (environs de La 
Raillère^ près Cauterets), jusqu'à 2,200 mètres (Soumaoute, près 
de Gèdie). 

6 



82 LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

La chenille est polyphage; elle se nourrit de Juniperus Com- 
munis, Cuiluna vulgaris, mais surtout sur Vaccinium uliginosum 
et myTlillum. Elle vit deux ansj elle atteint toute sa taille &n juin, 
premiers jours de juillet de la seconde année; elle se chrysalide 
alors en £xant le fourreau par une ceinture soyeuse aux branches 
de genévriers, de bruyères, et aussi dans les anfractuosités des 
rochers, toujours en choisissant la meilleure exposition au soleil. 
Parfois plusieurs fourreaux sont accolés dans le même endroit et 
réunis par leur enveloppe soyeuse. 

Avant la chrysalidatîon, le fourreau a une forme presque cylin- 
drique, un peu atténuée aux extrémités^ il devient presque globu- 
laire à la chrysalidatîon; il est formé de pailles très grêles, im- 
plantées presque à angle droit et formant pelote; la base est garnie 
d'un l^er tube de soie. 

Eclosion fin juillet pendant la partie la plus chaude du jour, 
de II heures du matin à 2 heures ou 3 heures du soir. 

Les fourreaux de O. Pyrenalla sont parasités dans la proportion 
de 50 %, presque toujours par des hyménoptères, parfois par un 
diptère; il m'est même éclos de l'un d'eux un coléoptère. 

Envergure du çS i5-'7 millimètres. Ailes entièrement diaphanes 
et très brillantes, mais avec une légère teinte de suie; les supérieures 
légèrement arrondies au sommet, les inférieures allor^ées et de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 83 

variété appartient surtout à la partie occidentale, aux Picos de 
Europa (Obthr.). 



Oreopsyche tabanivicinella, Brd. 

Fourreau en septembre, entre 1,000 mètres (Gèdre) et 1,500 mètres 
(entrée du cirque de Gavarnie; environs de la chapelle de Héas); 
assez rare. 

La chenille est polyphage, mais se rencontre le plus souvent dans 
les feuilles de la Carlina acaulis. Elle arrive à toute sa taille vers 
la fin de septembre; mais la chrysalidation ne s'effectue qu'aux 
premiers jours du printemps de l'année suivante. Eclosion fin mai 
et juin, dans la matinée, entre 9 et 1 1 heures. 

Fourreau 22-24 millimètres. Il est cylindrique, avec une petite 
calotte sphérique à chaque extrémité. Comme celui de Pyrenœlla^ 
il est formé de pailles très courtes, grêles, mais entrelacées plutôt 
qu'implantées à angle droit Au moment de la chrysalidation, la 
dienille Tentoure d'une large ceinture soyeuse et le fixe contre les 
pierres, les rochers, la base de certaines plantes, jamais à une grande 
hauteur et toujours dans un endroit abrité. 

Envergure du cf, 20-22 millimètres. Ailes assez allongées, d'un 
aspect un peu vitreux, très légèrement teintées de brun roux, avec 
la frange brune et très étroite. Antennes relativement courtes, d'un 
noir bnmâtre et pectinées jusqu'à l'extrémité. Le corps est brun 
foncé, très velu; les poils nombreux qui le recouvrent sont très 
foncés à leur naissance et d'un fauve grisâtre à l'extrémité. L'extré- 
mité anale forme deux touffes divergentes. 



Oreopsyche Leschenaulti, Stgr. 

Fourreau assez commun, fin juin, depuis les parties basses des 
vallées (800 mètres en amont de Saint-Sauveur, au pont Napoléon), 
jusqu'à 2,200 mètres (Canaus de Saugué). 



84 LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Fourreau du (S, 12-14 millimètres, tubulifonne, I^èrement renflé 
au milieu et un peu courbé à la partie supérieure 

Fourreau de la Q, 20-22 millimètres, très renflé aux deux tiers 
de la partie supérieure, l^èrement atténué à la partie inférieure, 
qui est un peu courbe. 

Ces fourreaux sont composés de terre et de sable agglutinés, très 
durs. Leur couleur varie selon la nature du terrain où ils se trouvent. 
Ainsi, aux environs de Cauterets, ils sont franchemoit grisâtres et 
renferment à l'extérieur de minces paillettes de mica, ce qui les fait 
facilement confondre avec les quartiers de roches granitiques où 
ils sont flxés; dans la vallée d'Estaubé, dont le terrain est calcaire, 
ils sont d'un gris terreux bleuâtre; et enfin, dans le crétacé noirâtre 
du fond du cirque de Gavamie, ils sont presque noirs. Dans œtte 
dernière localité, il y en a parfois jusqu'à une douzaine, rangés les 
uns à côté des autres sur la même pierre. 

La ponte s'effectue vers le mois de juillet; les petites chenilles 
se fabriquent immédiatement de petits fourreaux avec les débris 
de celui de la mère. Elles vivent deux ans, ne s'éloignant guère de 
la base des rochers oii elles sont nées; elles se nourrissent de gra- 
minées, mais aussi de Heliantkey/ium vulgare dans les parties 
moyennes des vallées, et de Alchemilla alpina plus haut Elles 
atteignent toute leur taille vers la an de juin; elles se fixent alors 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 85 

ce qui le caractérise, ce sont les longs poils d*un blanc brillant qui 
le recouvrent partout ; ces poils, assez clairsemés sur la partie anté- 
rieure, deviennent très denses et floconneux dans Tabdomen, et 
forment une belle houpp)e divergente à Textrémité anale. Ce sont 
ces poils blancs qui permettent de suivre le cT au vol dans toutes 
ses évolutions. Les pattes sont d*un noir légèrement brunâtre; les 
antennes, assez courtes et noirâtres, ont les barbules plus courtes 
que dans O. Pyrenœlla, et, comme dans cette espèce, forment 
panache 

Var. NigricanSy Stgr. — Cette variété diffère du type par la 
couleur hyalin noirâtre de ses ailes; les poils, au lieu d'être blancs, 
sont d'un noir roussâtre. Très rare sur le versant français, où je 
ne l'ai rencontrée que dans les Canaous de Saugué. J'ai recueilli de 
grandes quantités de fourreaux au cirque de Gavamie et dans la 
vallée d'Estaubé; leur éclosion ne m'a jamais donné la variété noire. 



Oreopsyche Sicheliella» Brd. 

C'est très probablement à Sicheliella, Brd., qu'il faut rapporter 
une Psyché que je capture assez souvent dans les mêmes localités 
et aux mêmes époques que 0. Tabanhicinelhi. 

Le cf a les ailes supérieures allongées, les inférieures un peu 
courtes, vitrées et comme glacées, luisantes, tout en ayant une teinte 
enfumée; leur surface est très pelucheuse, surtout dans le premier 
tiers des supérieures, avoisinant le corselet. C/est à la fois la plus 
glacée et la plus pelucheuse des Psychides. On remarque de petits 
cils cotonneux sur la totalité des ailes; mais ils sont moins épais 
au bord qu'à la base; la frange est noire, assez longue, principa- 
lement vers l'angle inférieur; elle est courte vers l'angle supérieur 
des deux ailes; les antennes sont très longuement pectinées, avec 
les barbules peu serrées. Le corps est recouvert de poils noirs et 
longs, formant une très large brosse divergcnle à l'extrémité anale. 

Cette Psyché ne peut se confondre avec Tabanhicincllay dont 
elle diffère par la taille plus petite, la coupe des ailes plus allongée, 



86 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

la frange plus longue, les poils du œrps entièrement noirs, beau- 
coup plus longs, et sans aucun reflet grisâtre à l'extrémité 

Elle ne peut non plus être confondue avec Atra; d'abord, les 
localités de capture ne sont pas les mêmes et s'excluent presque 
toujours; puis AUa est plus petite, les ailes moins allongées, moins 
noires et entièrement dépourvues de cils cotonneux dans les deux 
tiers extérieurs; le corps de celle-ci est plus court, et les poils qui 
le recouvrent beaucoup moins longs que chez Sicheliella. 

Oreopsyche Atra, L. {^Utmiferay O.). 

Fourreau assez difficile à trouver entre les tiges basses des gra- 
minées et les racines dénudées du thym, dans les endroits arides, 
bien exposés au soleil, depuis les plus basses altitudes des vallées 
jusqu'à 2,100 mètres (Cirque de Troumouse). 

Fourreau, 11-13 millimètres; mince, revêtu de fragments de 
lichen, de petits brins de Hypnum, de parcelles de feuilles. 

Eclosion dans la matinée, dès la fin de février; parfois la neige 
n'a pas encore complètement disparu; on voit, sur la blancheur de 
cette neige, de petites taches noires ; c'est Atra qui a été arrêtée 
par cet obstacle et engourdie au point de ne plus pouvoir bouger. 
Aux hautes altitudes, l'éclosion n'a lieu que vers la mi-juiiL Parfois 
le papillon est si commun qu'un coup de filet peut en capturer une 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 87 

gische Verein zu Sieitin. Je Tai retrouvée dans la haute vallée du 
Gave de Pau, où elle n'est pas rare dans les schistes et les calcaires, 
aux environs de Gèdre et de Gavamie, depuis 1,000 mètres (Gèdre) 
à 1,600 mètres (au-dessus de Thôtel du Cirque de Gavamie). 

Fourreau du cf, 6-7 millimètres, enroulé en spirale comme une 
hélice, assez résistant, composé de grains de sable et de terre; vers 
le milieu du fourreau, on remarque un petit orifice circulaire : c'est 
par là que sortira Tinsecte parfait. 

Fourreau de la Q semblable, mais plus gros, plus ovoïde, avec 
les spires moins distinctes. 

Ces fourreaux se trouvent toujours contre les rochers, dans la 
face la plus exposée au soleil, rarement sur ime surface lisse, 
presque toujours dans une fente ou au fond d'une anfractuosité 
d'où Ton ne peut guère les extraire qu'avec des pinces. 

La ponte s'effectue en août; les chenilles éclosent fin août ou 
dans les premiers jours de septembre; à peine sorties de l'œuf, 
elles se bâtissent une petite hélice aux dépens de l'habitation de 
la mère; elles se cachent, pour passer l'hiver, dans le sable ou la 
terre friable qui garnit les crevcisses des rochers, ou leurs environs. 
Elles vivent deux ans et n'atteignent toute leur taille que vers la 
première quinzaine de juillet; elles se fixent alors pour la chrysa- 
lidation. L'éclosion a lieu fin juillet ou premiers jours d'août, entre 
10 heures du matin et midi. 

La chenille se nourrit principalement de H elianthemum vulgare, 
Sa£ureia montana, Teucrium chamœdrys. Thymus serpyllum. 

Chrysalide brunâtre, contournée en spirale, légèrement renflée à 
la partie antérieure. 

cf. Envergure 10-12 millimètres; ailes médiocrement allongées; 
supérieures un peu incurvées à la côte, inférieures d'un ovale très 
court; surface unie; leur couleur est d'un brun noirâtre intense, 
mat et uniforme; nervures noires, un peu saillantes; frange de 
même couleur que le corps, assez longue, mais peu fournie; dessous 
semblable au dessus. Le corps est grêle, presque glabre et complè- 
tement noir. Les antennes sont noires; les barbules, allongées à la 



88 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

naissance, vont en diminuant vers l'extrémité, qui se termine en 
pointe aiguë. 

Q larvaire, corps l^èrement contourné, blanchâtre, mou, atténué 
à l'extrémité anale; tête brune et œmée. Elle sort du fourreau au 
moment de la fécondation et s'en éloigne parfois, pour y revenir 
une fois la fécondation opérée. 



Eplchnopteriz puUa, Esp. 

Espèce assez répandue en montagne, sans atteindre cependant 
les hautes altitudes, entre loo et 2,000 mètres. 

Le fourreau est revêtu de fragments de paille plats (ce sont 
plutôt des fragments de feuilles de graminées), au lieu de frag- 
ments de tiges cylindriques, comme chez Crassiorella, d'une couleur 
jaunâtre clair, placées longitudinalement d'une manière régulière. 
Forme cylindrique, diamètre presque uniforme; quelques-unes des 
pailles dépassent un peu l'extrémité inférieure du fourreau- 
La chenille éclôt en été et passe l'hiver; elle vit de graminées; 
elle n'est pas rare dans les pelouses des montagnes, mais elle n'est 
pas facile à apercevoir, car elle se tient dans l'herbe, à cinq ou 
six centimètres du sol; il faut une attention soutenue pour la 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 89 

Chrysalide du cf brunâtre, ovoïde, légèrement atténuée à l'extré- 
mité anale. Chrysalide de la Q semblable, mais beaucoup plus 
grosse. 

La chrysalidation s'effectue du commencement à la fin de juin, 
selon les altitudes; pour la transformation, la chenille fixe son 
fourreau après quelque tige un peu élevée, après un tronc d'arbre 
s*il s'en trouve dans les environs, contre les rochers, mais jamais 
à ime grande hauteur, 30 à 40 centimètres au plus. 

Var. Sieboldii Reutti. Souvent plus petite, ailes plus courtes, 
écailles plus clairsemées, un peu plus roussâtre. Environ de Cau- 
terets (Oberthiir). 



Pomea crassiorcUa, Brd. {affinis Reutti). 

Fourreau, 12-14 millimètres, composé de brins de paille ou de 
triges d'herbes sèches placées longitudinalement et à peu près 
XDarallèlement; assez gros pour sa longueur. 

On ne le rencontre jamais à une grande hauteur; rarement il 
dépasse 1,300 mètres; je n'en ai jamais trouvé au-dessus de 
^,500 mètres. 

Les petites chenilles éclosent fin juillet, première quinzaine 
^'août. Après avoir hiverné, elles paraissent dès les premiers beaux 
jours du printemps. Elles vivent sur les graminées et sur la ronce 
commime. La chrysalidation s'effectue en mai-juin. 

On trouve les fourreaux au pied des rochers tournés au levant 
ou au midi, contre les vieux murs couverts d'herbes et de ronces, 
contre les poteaux télégraphiques. 
L'éclosion a lieu en juin-juillet. 

cf, 15-16 millimètres d'envergure, d'un brun assez intense et très 
luisant; antennes pectinées; ailes oblongues, assez étroites; corps 
à peine plus foncé que les ailes. 

Q aptère, courte, courbée en demi-cercle. La partie antérieure 
est atténuée^ la tête très petite, cornée et luisante. Le corps, qui 
parait I^rement soyeux, est de couleur vineuse avec six chevrons 



po LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

d'un brun noirâtre, en forme de parallélogrammes, qui occupent 
toute la partie dorsale, à partir du quatrième anneau. Il existe un 
écusson noirâtre et comé sur la portion supérieure des trois pre- 
miers anneaux, qui sont très resserrés. Les pattes sont longues. 

La partie anale, fort obtuse, est terminée pai un bouquet de 
poils bruns en dessous, gris blanchâtre en dessus, d'où part l'ovi- 
ducte, long d'environ 5 millimètres, et composé de tuyaux qui 
rentrent l'un dans l'autre. 

La ponte s'effectue au fond du fourreau, où l'oviducte de la Q 
permet de pénétrer; l'accouplement a lieu au dehors, mais la Q ne 
quitte son fourreau qu'avec la vie. 

Pumea caata, Pall. {intermediella, Brd). 

Fourreau, 10-12 millimètres, ressemblant à celui de Crassiorella, 
mais plus petit; les pailles sont aussi nombreuses et disposées de 
la même façon, mais d'une taille bien moindre. 

On le trouve contre les troncs d'arbres, les vieux murs, les rochers, 
dans les expositions au soleil. 

La chenille vit sur les graminées et sur les chênes; on peut 
l'obtenir en battant ceux-ci au mois de juin. Elle ne s'élève pas si 
haut que Crassiorelle; on ne la trouve pas au-dessus de 




V 



Description de Lépidoptères Africains 



(PI. X). 



Zeritis Rougemonti, Obthr (PI. X, fig. 9). 

Décrit d'après plusieurs exemplaires capturés dans le pays de 
Shilouvane (Zoutpansberg, Nord-Transvaal), par M. le mission- 
naire Jimod, et dédié à M. le pasteur Frédéric de Rougemont, 
auteur du Catalogue des Lépid. du Jura neuchâteloisy excellent 
ouvrage très justement estimé par les Entomologistes. 

Espèce voisine d'Aranda^ Wallengren, mais paraissant bien 
distincte par la forme un peu interrompue de la bordure noire 
des ailes supérieures en dessus; chez Rougemontty la côte, près de 
la base, est de la couleur du fond des ailes, c'est-à-dire d'un jaune 
orangé; puis il y a un gros trait costal noir, contigu à la bordure 
noire du bord extérieur, mais pénétré, avant l'angle apical, par 
une sorte de pointe que forme la couleur fauve orangé du fond. 
Ce caractère paraît très constant. La tache noire costale des ailes 
inférieures est aussi plus petite; mais ce caractère différentiel a 
beaucoup moins d'importance que celui des ailes supérieures. 

PamphUa Junodi, Obthr (PL X, fig. 4). 

Dédiée à M. le missionnaire Junod, qui a récemment trouvé 
cette Hespéride dans l'Afrique du Sud, près de la région de 
Lourenço-Marquez. Ma collection contient 2 exemplaires, dont 
Tun m'a été envoyé de M'pala, près du lac Tanganika, par le 



g^. LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

R. P. Guitlemé. L'espèce est donc répandue dans une aire de 
dispersion assez vastes en Afrique orientale 

L'aspect est robuste et la taille est celle de la Moritili, Wal- 
lengren, à qui ]a Junodi ressemble beaucoup en dassus ; cependant, 
en dessous, la Junodi se distingue par une très large bande d'un 
blanc jaunâtre partant du bord costal des ailes inférieures, tra- 
versant le milieu de ces ailes et aboutissant au bord anal; mais 
après une interruption due à la couleur brune du fond des ailes 
qui, un peu avant le bord anal, coupe la bande blanc jaunâtre en 
deux parties. 

Le dessous de la tête et de la poitrine sont blanc jaunâtre, 
comme chez Morùili 

NacUa Maria, Obthr (PI. X; cf. fig. 6; g, fig. ;). 

Décrit d'après 60 individus des deux sexes, pris à Sainte-Marie 
de Madagascar, par les frères Perrot, d'octobre à décembre 1896. 

Plus grande que minuia, Bdv., espèce également commune à 
Sainte-Marie de Madagascar; fond des ailes noir; les supérieures 
avec une tache jaune près de la base, mais non contiguë au corps, 
plus petite chez le cfi plus grande chez la Q où elle occupe 
l'espace entre le bord antérieur et le bord inférieur des ailes. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 95 

brosse au bout de l'abdomen. Le dessous du corps, ainsi que les 
pattes, sont jaunes. Je possède une Aberration Q où la base des 
ailes^ Tabdomen, en dessus, sont entièrement jaunes. Les parties 
noires normales sont envahies par la couleur jaune, même à 
l'extrémité marginale des ailes inférieures. 

Nadia Marietta, Obthr (PI. X, fig. 8). 

Je possède un seul cT pris à Sainte-Marie de Madagascar par 
les frères Perrot, en même temps que les Nadia Maria et minuta. 

Petite espèce à fond des ailes noir; ayant une tache jaime, 
ronde, contiguë au bord inférieur des ailes supérieures, près de 
la base; ime tache médiane, hyaline et jaune, divisée en deux par 
la nervure, placée dans l'espace cellulaire et au-dessous; enfin une 
tache petite, subapicale, jaune. 

Les ailes inférieures en cuilleron sont jaunes, largement bordées 
de noir. 

En dessous, le corps et les pattes sont jaunes. En dessus, le 
thorax est noir, avec les épaulettes jaunes; le T"^ anneau abdominal 
reste jaune; le dessus de l'abdomen est noir; les antennes sont 
noires et épaisses. 

Pseudapiconoma vitrina, Obthr (PI. XI, fig. 5). 

Décrit d'après un seul cT très pur, pris en Kamerun, en 1898, 
par L. Conradt. 

Corps blanc; ailes supérieures centralement vitreuses, extérieu- 
rement bordées de blanc mat, avec la base, Tau delà de l'espace 
cellulaire et le bord de la marge blanche teintés de brun clair; 
les ailes inférieures composées d'un petit cuilleron blanc centra- 
lement ponctué de brun. Les pattes, dépourvues de poils, ont au 
3* article de la première paire un renflement brun. Le dessous 
des ailes supérieures est d'aspect vitreux avec l'apex et le bord 
marginal blanc mat, souligné de brun pâle. Les antennes sont 
pectinées, brun clair, avec l'extrémité blcmchâtre. 



9& LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Anaphela Holli, Obthr (PI. X, fig. i). 

Dédiée à M. Eugène Holl, oHicicr d'administration de i" classe 
du génie en retraite, à Hussein-Dey (Alger), en témoignage 
d'atfectueuse estime. 

Un seul 0" a été trouvé à Fianarantsoa, pendant le 2" semestre 
1892, par feu les frères Perrot, au cours des chasses qu'ils &rent 
pour nous dans l'ile de Madagascar. 

Fond des ailes noir en dessus; les supérieures avec 2 petites 
taches cellulaires jaune crème et une tache médiane, plus grande, 
allongée, divisée par les nervures, également jaune crème. De plus, 
il y a quelques traits couleur de plomb, le long de la côte, en 
arrière de la plus grande tache jaune crème et te long du bord 
inférieur. Ces traits, faiblement indiqués par quelques atomes 
brillants, ne sont malheureusement pas reproduits dans le 
coloriî^e. 

Les ailes inférieures ont le disque rouge entouré de noir partout, 
sauf en ime partie, le long du bord anal. 

Le dessous reproduit le dessus, avec atténuation de l'éclat de 
la couleur noire; le bord anal, le bord basilaire et une petite partie 
du bord costal sont dépourvus de noir; la base des ailes supé- 
rieiu-es est marquée d'un peu de jaune. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 97 

Un seul cf a été trouvé dans TAntsianaka, par feu les frères 
Perrot, durant les chasses qu'ils firent à Madagascar (2* semestre 

1893). 
Dayremi est plus petite que Holli et a la forme des ailes moins 

allongée De plus, elle a les ailes inférieures jaune d*or et non 

rouges. Le fond des 4 ailes est noir ; aux supérieures, il y a deux 

taches cellulaires jaune crème et deux plus grosses au delà; on 

aperçoit quelques atomes couleur de plomb, assez brillants, semés 

près de la base et le long du bord inférieur. Le bord extérieur 

et le bord marginal des ailes inférieures sont entièrement noirs. 

Le dessous des ailes reproduit le dessus; mais le bord apical 
des supérieures et le bord extérieur des inférieures sont d'un brun 
rouge. 

Les antennes sont noires. 

Le thorax est couvert de poils noirs, avec quelques points 
jaunes extrêmement petits sur la tête et un point jaunâtre sur 
chaque épaulette. Bien que le papillon soit très frais, le dessus 
du thorax ayant été un peu défloré, je ne puis en donner une 
description très complète. 

Les pattes sont noires; mais le poil qui les recouvre est jaune 
d'or; Tabdomen est jaune d'or; en dessus, il est fortement annelé 
de noir; le pinceau anal est centralcincnt noir et latéralement 
jaune. 

Anaphela Powelli, Obthr (PI. X, fig. 3). 

Dédiée, en souvenir de cordiale gratitude, à M. Harold Powell, 
de Hyères, l'habile chasseur et distingué naturaliste qui a exploré 
pour nous avec sucres diverses parties de la France méridionale 
et de l'Algérie. 

Décrite d'après un seul cxcniphiirc Q trouvé à Fianarantsoa, 
par feu les frères Perrot, j^endant le 2° semestre 1892. 

Me paraît ressembler à Rothia Wcs/zuoodi, Butler, espèce 
malheureusement non figurée et seulement décrite dans Aftft. et 
Mag. of Natîir. Hist., 1879, p. 235. 



gS LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

J'ai cru devoir attribuer à Rolhia Westwoodi, Buller, une longue 
série d'exemplaires bien semblables entre eux, capturés dans 
l'Antsianaka, par les frères Perrot, pendant le i" semestre de 
l'année 18^. 

En dessous, l'espèce que je rapporte à Westwoodi ressemble 
tout à fait au dessus; elle a les ailes noires avec une taclie 
allongée jaune crème, vers le milieu des supérieures, et une large 
tache arrondie blanc jaunâtre, sur le milieu dés inférieures. 

Powelli a la tache des ailes supérieures plus petite et la tache 
des inférieures un peu plus rapprochée du bord anal; mais en 
dessous, tandis que Westwoodi ne diffère du dessus que par un 
lavis jaunâtre peu étendu à la base des ailes et par une atténuation 
de la couleur noire du fond, Powelli a la base des ailes supé- 
rieures plus largement teintée de jaune d'or et l'aile inférieure 
entièrement lavée de jaune d'or, depuis la base jusqu'à la moitié 
au moins de la surface totale, dont le bord est entièrement noir ; 
chez Powelli, l'apex des ailes est blanc; le dessous du corps est 
entièrement jaune avec les pattes noires; le dessus du thorax est 
noir avec quelques points blancs extrêmement tns au collier; le 
dessus de l'abdomen est également noir. 

Il y a à Madagascar beaucoup d'espèces d'Anaphela ou 
Rolkia; la plupart sont très belles; toutes paraissent être très 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE QQ 



EXPLICATION DE LA PL. X 



Fig. I. — Anaphda Holli, Obthr. 

— 2. — Anaphda Dayremiy Obthr. 

— 3. — Anapkela Powelli, Obthr. 

— 4. — Pamphila Junodi, Obthr. 

— 5. — Fsendapiconoma VHrina, Oblhr. 

— 6. — Nadia Maria cf, Obtlir. 

— 7. — Nadia Maria Ç), Obthr. 

— 8. — Nadia Marieita, Obthr. 

— 9. — Zeritis Rougcnwnti, Obthr. 



VI 



Notes pour servir à établir la Faune Française 
et Algérienne des Lépidoptères 

(PL XI. XVI, XVII, XVIII, XIX, XX, XXIII, XXIV, 

XXV, XXVI). 



RHOPALOCERA 



PapUio Machaon, Lin. (PI. XXIV, fig. 125, 126). 

Espèce superbe, connue de tous et présentant de bien intéres- 
santes variations; très répandue en Algérie, en France et dans le 
reste de TEurope, en Asie jusqu'au Kamschatka; généralement 
assez abondante partout oii elle habite. 

Cependant Machaon paraît se raréfier vers l'extrémité occidentale 
de la péninsule armoricaine. M. de Lauzanne, de Morlaix, m'écrit 
l'avoir pris seulement en 1901, dans le Nord-Finistère. J'ai pris 
moi-même Machaon une seule fois, dans ce département, au sommet 
du Mont Saint-Michel, entre la Feuillée et Brasparts. En Ille-et- 
Vilaine, Machaon se rencontre dans les lieux les plus variés : piés, 
bois, champs, jardins. Mais, comme dans le Finistère, il semble 
affectionner les sites élevés. Aussi je trouve grand plaisir à voir 
une petite réunion de Machaon s'ébattre, pendant l'été, autour des 
rochers qui couronnent le sommet de certaines landes à Monterfil. 
Quelquefois les Machaon se posent sur les fleurs des sedum formant 
des touffes autour des pierres qui émergent du sol. Si alors on 
effraie ce beau Papillon, il s'éloigne avec rapidité; mais on l'aperçoit 



102 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

bientôt revenant de nouveau voltiger sur les hauteurs qui lui sont 
chères. 

Le P. Engramelle figure (PI. LXX, fig. 68 /) une variété à fond 
des ailes orangé du Grand Porte-Queue. ■ Elle ne se distingue, dît 
cet Auteur, des Papillons de son espèce que par la couleur de son 
fond; mais il est singulier qu'étant aussi foncé en dessus, il soit 
en dessous aussi pâle que celui 68 e, dont il ne diffère nullement. > 

Cette variété a été appelée AurarUiaca, Spr. 1858; mais Tri- 
moulet, dans le Catalogue des Lipidopthes de la Gironde, paru 
également en 1858, a désigné la forme de Machaon à fond des 
ailes jaune orangé foncé, sous le nom de burdigalends. 

Ma collection renfenne quelques exemplaires authentiques de 
èurdigalensis -. une Q très grande provenant de l'ancienne collection 
Auguste, de Bordeaux; un cf de Bordeaux, de l'ancienne collection 
Guenée; un (S d'Orléans extrêmement foncé en dessus, comme en 
dessous-, un autre cf du Nord de l'Allemagne, d'un jaune un peu 
moins orangé; enfin 2 très grandes Q d'Auvergne, de l'ancienne 
collection Beltier, dont le fond des ailes est encore jaune orangé, 
mais sensiblement moins foncé que le c? d'Orléans, pareil, sous le 
rapport de la teinte, à la figure donnée par le P. Engramelle. Il 
parait que des Machaon normaux peuvent devenir de couleur 
orangée par des procédés artificiels.. Il y a longtemps que des gens 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE IO3 

SOUS le n" 12 de la PL II du Catalogue of the Collection of 
paLœartic ButtcrUlies of John Henry Leech, par Richard South. 

Ma collection contient J\ exempl. de TAb. nii^rofasciiUa, Spengel 
(Joe. cit., pi. I; fig. 4. 5, 0. 7 et 8) dans laquelle la tache ocellée 
anale, normalement rouge, est devenue bleue. Ces 4 nigrofasciata 
proviennent de Fùrth, Crefeld, Allemagne du Nord et Zurich. 
Les 3 premiers ont été capturés dans la Nature; le 4* a été obtenu 
expérimentalement au moyen de la chaleur par le D' Fischer, avec 
beaucoup d'autres exemplaires variés dont je lui suis redevable; 
notamment plusieurs spécimens ayant la bande des ailes inférieures 
entièrement noire, sans aucun vestige du semis d*atomes bleus 
ordinaires (*). 

Je possède aussi 3 exempl. de TAb. elunat*i (Joe. eit., pi. I; fig. 3 
et pi. II; fig. Il) provenant de Madrid. Francfort-sur-le-Mein et 
Fiirth, en Bavière. 

J'ai appelé seminigra une Aberration de Silésie et cellularis une 
autre Ab. de Berlin figurées dans le présent ouvrage (PI. XXIV; 
fig. 126 et 125). 

La chenille du Mae/taon de Biskra, ainsi que je Tai déjà fait 
connaître, ressemble plutôt à la chenille dHospi/on qu'à celle de 
Machaon; mais le papillon qui sort de cette chenille est semblable 
à Machaon. J'ai appelé cette variété larvaire : hospitonides. 

Une très curieuse forme de Machaon est une race lilliputienne 
trouvée à Lamaca (Ile de Chypre), dont j'ai reçu plusieurs exem- 
plaires. M. Verity {Rhop. paUsarctiea, pi. II; fig. i) a reproduit 
cette variété. 

Papilio Hospiton, Gêné. 

Il est possible qu'il se fa<ise des hybridations naturelles entre 
Hospiton spécial aux îles de Corse et de Sardaigne et Machaon 
qui habite aussi ces deux îles. Je possède un Machaon de Corse 



(•) Une nouvelle S''rir rr.ihrrr iti')ns obtenues pir le D' Ki'slirr. fie Znrirh, 
vient de me parvenir (f''vricr k)*^^). Dans le nuinbre se tnMivc cvittatay Uts 
caractérisée. 



104 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

ressemblant sous certains rapports à HospUon, et un Hospiton de 
Sardaigne présentant inversement une ressemblance avec Machaon. 
Ce que nous connaissons des hybridations naturelles chez les 
SphÎHgidœ du genre Celerio {kippopka'ts, vespertilio, eiipkorbia) 
et chez les Zygœna, nous amène à considérer comme vraisemblable 
l'hybridation entre les deux espèces voisines de Papilto -. Mackaon 
et Hos^ton, d'autant plus que le faciès des 2 sujets que j'ai sous 
les yeux est très suggestif; mais ceci n'est qu'une hypothèse, puisque 
nous n'avons jusqu'ici aucune certitude de l'hybridation naturelle 
réelle entre Machaon et Hospiton. 

l-e D' Fischer, de Zurich, a obtenu une Aberr. àHHospiton qu'il 
appelle : solaris. Cette Ab. solaris n'est pas sans analogie avec !e 
supposé Hybride de Sardaigne. 

Papilio Alexanor, Esp. (PI. XXIll, fig. 121, 122). 

En France, Alexanor n'a encore été rencontré authentiquement 
qu'en Provence, dans la région sud-alpine, 011 il est très abondant. 
Il varie beaucoup pour la teinte jaune du fond des ailes et pour 
la taille, sans que cependant la dimension des ailes, chez les plus 
grands exemplaires français, atteigne l'envergure des individus de 
Dalmatie ou de Syrie. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 105 

Les Aberrations d*Alexanor paraissent être fort rares. Je dois 
à M. Augustin Coulet, de Digne, la connaissance de deux varia- 
tions qui sont figurées dans le présent ouvrage : i" CoulctL 
Q remarquable par la confluence de la tache cellulaire noire des 
ailes supérieures avec la bande submarginale noire, saupoudrée 
d*atoines jaunes, qui descend du bord costal au bord terminal, et 
2* Augustinus, dont je possède les deux sexes et qui se distingue 
par l'adjonction d'une tache noire au côté extérieur de la seconde 
bande noire traversant, au delà de leur base, les ailes supérieures, 
depuis le bord costal jusqu'au bord inférieur. Les Aberrations sont 
figurées sous les n" 121 et 122 de la PL XXIII. 

Papilio Podalirius, Lin. (PI. XXIII, fig. IJ3, et PI. XXIV, 
fig. 124). 

Le Flambé, comme rapp)elle le P. Engramelle, ne se rencontre 
pas en Angleterre. Il semble bien plus abondant dans le centre et 
le sud de la France, moins toutefois les Pyrénées-Orientales, où il 
est remplacé par Feisthamelïi, que dans le nord de notre pays, et 
j'ai lieu de croire que Podalirius manque dans les départements 
de la Manche, des Côtes-du-Nord et dans la partie septentrionale 
du Finistère. 

D'après feu de Rocquigny-Adanson qui essaya, dans un travail 
imprimé à Moulins, en 1901, de fixer la délimitation de la zone 
habitée par Podalirius, ce beau Lépidoptère ne dépasserait guère, 
en aucun point de l'Europe, le parallèle de 55**. 

Podalirius a été trouvé en Belgique, dans l'Allemagne centrale et 
méridionale, l'Autrichc-Hongrie, la Russie méridionale, la Suisse, 
ritalie, la Corse, la Sardaigne, la Sicile, l'Asie-Mineure. 

Dans le département des Pyrénées-Orientales, en Catalogne, en 
Andalousie, en Algérie et en Tunisie, Podalirius est remplacé par 
Feisihamelii; au Thibet, par le magnifique Podalirinus. 

Au point de vue de l'altitude, Podalirius n*est pas considéré 
comme selevant très haut. Cependant M. Scebold, se trouvant, il 
y a quelques années, avec moi à Cauterets, me rapporta qu'il avait 



loO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

vu Podalirius voltigeant au sommet du Mont Caballiros, au-dessus 
de Cauterets, sur la plate-forme même d'où l'on découvre un si vaste 
panorama. 

En Bretagne nous prenons presque chaque année Podalirius. au 
mois de mai et même de juin, à la forêt de Rennes, à la forêt de 
Paimpont et à Monterfil. Je ne crois cependant pas qu'il s'avance 
beaucoup plus loin vers l'ouest; mais comme fort peu d'Entomo- 
logistes ont exploré jusqu'ici lai péninsule armoricaine, et que j'y 
suis moi-même allé chasser seulement un petit nombre de fois, je 
ne sais pas exactement à quoi m'en tenir sur la présence de Poda- 
lirius dans le nord du Morbihan. 

Jamais je n'ai vu en Ille-et- Vilaine la forme estivale de Poda- 
lirius; il est possible qu'elle y existe cep>endant et que l'espèce y ait 
deux apparitions par an, comme dans la plupart des lieux où habite 
Podalirius, et notamment dans le nord de la Loire-Inférieure, près 
Châteaubriant, où mon frère a vu voler Podalirius au mois 
d'août 1908. 

Les aberrations de Podalirius sont rares. Cependant, comme 
toutes les espèces de Papillons, Podalirius peut varier par albinisme 
ou par mélanisme; les flammes noires peuvent être rétrécies ou 
ampli&ées. Je fais figurer dans cette livraison des Etudes de Léfi- 
doptérologie comparée un spécimen aberrant venant de Thuringe, 




LÉPIDOPTÉROLOGîE COMPAREE IC" 

la cause de la transformation de PodiIHus en Fe'tsthavulr, si 
FeistkameUi est réellement une forme de PoJ lUrius plutôt qu une 
espèce séparée, ainsi que je suis quelquefois tenté de le croire? La 
chaleur du climat ne peut être invoquée. Il fait aussi chaud à 
Montpellier, à Marseille ou à Palerme. où vole exclusivement 
PodaJmus^ qu'à Perpignan. Barcelone ou Alg^er. où l'on ne rencontre 
que FeistkameUi. 

J'ai vu un nombre considérable de Feisihvr.tlii et de PodaUriasx 
je n'ai jamais trouvé d*exemplaire dont l'identi&cation prêtait à 
hésitation, ni qu'il fût embarrassant d^attribuer à Tune plutôt qu'à 
l'autre des deux formes, sinon peut-être des deux espèces, suivant 
la façon dont on envisage la valeur des différences qui les dis- 
tinguent Il semble que Feisthamelii et Podalirius s'excluent l'un 
l'autre. Pourtant mon ami Rondou a capturé sur la route, à Gèdre, 
un Feisthamelii authentique et semblant fraîchement éclos. Dans 
le même pays de Gèdre, Podalirius est assez abondant. Gèdre est 
donc un point où les deux races se rencontrent. 

Dans les Pyrénées-Orientales, Feisthamelii est très répandu; je 
l'ai observé à Amélie-les-Bains et à CorsaN'v. dès le mois de mars; 
à Vemet-les-Bains, il vole depuis a\TÎl jusqu'à septembre; la forme 
d'été diffère de la forme du printemps par la blancheur de son 
abdomen, l'absence de pilosité sur le corps, tout comme chez 
Podalirius estival. En juin, on peut rencontrer à Vemet les deux 
formes : vemale et estivale du Papilio Feisthamelii, Il vit. à ma 
ccxmaissance, à Saint-Martin-du-Canigou ; mais dépasse-t-il cette 
altitude ? 

Dans la plaine du Roussillon, Feisthamelii est un insecte trè> 
abondant qui réjouit la vue, en animant de son vol les vere^rs et 
jardins, et qu'on aperçoit un peu partout dans les villes et sur les 
chemins. Je n'ai cependant pas assez d'exemplaires de la plaine 
pour les comparer à ceux du Vemet et disserter sur leurs caractères 
réciproques. 

En Algérie, la forme est différente de celle d'Europe; les ailes 
inférieures sont plus profondément dentelées et les queues sont plus 
longues. La race deté a reçu le nom de Lotteri, Austaut. 



108 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Feu le Chanoine Fa\Te, faute d'éléments suffisants de compa- 
raison, a%-ait rapporté à Feistkamelii une forme d'été, dont la Q 
est quelquefois très blanche et qui vole à Martigny. en Valais. Cette 
race géc^p^phique estivale présente en effet des Q ayant le fond 
des ailes plus blanc que dans les autres localités; mais l'ocelle bleu 
anal surmonté de la tache orangée reste bien caractéristique de 
Podalirius, à Martigny, chez tous les exemplaires. 

Mon frère a pris au vol, à Vemet, en août 1908, un spécimen de 
Feisthamelii, dont l'aile inférieure droite a subi un curieux avor- 
temenL L'ocelle anal bleu et la tache orangée qui le surmonte se 
trouvent doublés Je fais figurer ce cas pathologique intéressant 
(PI. XXIV; fig. 124). 

En Algérie, cm trouve quelquefois des exemplaires ayant sur les 
ailes supérieures 8 bandes noires au lieu de 7. 

La chenille de Feisthamelii vit au Vemet sur beaucoup d'arbres 
fruitiers et d'arbustes, surtout sur le prunellier; mats elle semble 
particuliètement friande des jeunes poiriers dont elle dévore entiè- 
rement les feuilles, si bien qu'à Saînt-Martin-du-Canigou, dans le 
jardin de l'ancien monastère récemment restauré par les soins de 
Mgr de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan, on considérait, 
il y a deux ans, la chenille de Fetsthamelu comme un véritable 
fiéau des poiriers qui s'y trouvaient nouvellement plantés. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE lOQ 



rélevage des chenilles et au commerce des Lépidoptères. Bellier 
de la Chavignerie et Millière étaient en relations suivies avec 
Himmighofen. La collection Bellier contient de superbes exem- 
plaires de Feisthamelii, envoyés par ce chasseur. 

Je crois la race de Vemet-les-Bains un j^eu différente de celle de 
Barcelone. Les cf semblent un peu plus petits et les Q ont une 
tendance plus jaunâtre. Cependant des deux côtés des Pyrénées, 
en Roussillon et en Catalogne, on trouve des exemplaires de 
Feistkamelu bien semblables entre eux, et il me semble que ce 
serait abusif de les distinguer par un nom. Il ne faut pas, sans 
raison suffisamment sérieuse, surcharger la Nomenclature. 

Le D' Fischer, de Zurich, m'a envoyé une série d'Aberr. de 
PodaliriiiSf permettant de présumer qu'on obtiendra des exemplaires 
presque entièrement dépourvus de noir, tandis qu'inversement 
d*autres seront extrêmement rembrunis. L'un des Podalirius a la 
tache anale orangée entièrement recouverte d'atomes noirs. Un 
autre montre un dévelopjxîment singulier de cette tache anale 
orangée qui remonte en un long trait orangé, jusqu'au bord costal 
des ailes inférieures, en dessus. Pour être obtenues en laboratoire, 
ces Aberrations n'en sont pas moins instructives et remarquables. 



Thais Polyxena, Schiff. 

En France, la forme Cassandra, Hiibn. de Polyxena se trouve 
sur le littoral méditerranéen, depuis Hyères jusqu'aux Alpes- 
Maritimes. Donzel dit l'avoir trouvé à Digne (Château-fort). Je 
n'ai jamais appris que Polyxena ait été rencontré de nouveau dans 
les Basses-Alpes. M. Verity {Rhop. palœarct., pi. VII, fig. i8) cite 
à tort la collection Stefanelli comme contenant l'exemplaire aber- 
rant de Polyxena {Hypcrmncstra, Scop.^ que je lui avais commu- 
niqué et qui a bien retrouve sa place dans ma Loîtc d'où je l'avais 
extrait pour l'envoyer à Florence. J'avais reçu ce Polyxena aberrant 
de M. W. Maus, de Wiesbadcn, avec beaucoup d'autres aberrations 
notables provenant, je crois, de la célèbre collection Wiskott, de 



LtPtDOPTÊaOLOr.lE COMPARÉE 



Btcslau. II convient d'ahserv<x (pie [a photogi^hie en couleurs 
faite par M. Verity Lmiij^niE à droite ce qui est à gauche, et 
vice^ersé. Ainsi Ie dnrt ai les de l'Ab. Palyxaia ne sont pas 
symécriqoes. La. oase des supénetu^ est maïquée de deux points 
nous, à diDÎte, dans la réalité, et i gauche d-i"'* l'image; l'autre 
c&xi ne pocte wm nr trofr de ces points. 



, Lm. 



Dam la forme Rumimi, les tacfats rouge cannin des ailes infè- 
rieors aoot toajoors aligoârs sur un fond noir, tandis que dans la 
forme Medes'uiistc, les mêmes taches looge submai^inales se 
iVfarh«fif sur un ftHKl pins oa moins mélangé de jaune, et non pas 
noîr, avec une popillation hlam-tw peu senée, ainsi que cela est la 
r^le chez Ritmima. 

RumÎMa se trouve en Andalousie (îilalaga! si mars; Sierra de 
Rooda! en mai; Almodovar!; Chiclaiu). La vai. Canieneri, Stgr., 
à fond des ailes orangé, de même teinte que l'Ab. Bttrdigalensis 
de MachaoK, se rencontre à Malaga et aussi en Algérie, avec la 
ianœ normale Jai pris une très grande forme de Rumimi à Tanger, 
en tnai i8^ J'en ai admiré de superbes excmplaiies dans la col- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE III 

soit détruite et que, comme le Polyommaius dispar anglais, le 
Thaïs Honnoratiiy à Digne, ne devienne bientôt une forme éteinte. 
D'après ce que j'ai appris, 5 Honnoratii auraient été récoltés à 
Digne en 1908. En 1907, il n*a dû être pris que 3 Honnoratii. 
L'extinction n'est donc pas encore accomplie; mais les chasseurs 
de Digne seraient prudents en ne recueillant pas trop de chenilles, 
en ne détruisant pas la forme normale Medesicaste et en rejetant, 
sans les tuer, les exemplaires ai Honnoratii trouvés défectueux ou 
usés au moment de leur capture. 

Ma collection contient exactement 48 exemplaires iïHonnofatii, 
dont plusieurs de la collection Bellier sont presque des aberrations 
de la forme normale Honnoratii. Les Honnoratii semblent en effet 
assez variables; on peut s'en rendre compte en comparant les deux 
spécimens figurés dans les Rhop. palœarctica de Verity (PI. VII, 
fig. 25 normale et 26 aberr.). 

Il sort trop souvent de la chrysalide de Medesicaste un Ichneumon 
assez grand, à longues antennes rousses, à pattes fauves et à 
abdomen long, fin, roux avec l'extrémité anale noire. La chenille 
porte sur le cou, tout près de la tête, un appareil corné, en forme 
de joug. On trouve des Medesicaste à peu près dépourvus des 
taches rouge-carmin aux ailes supérieures; mais je n'ai jamais vu 
de variété ayant le fond des ailes ochracé, comme chez Rumina. 



Parnassius Apollo, Linn. 

On n'a pas encore rencontré de Parnassius en Barbarie. Peut-être 
existe-t-il cependant dans l'Altas marocain une forme de Mnemo- 
syne et même d'Apollo, comme en Sicile et en Andalousie? 

UApollo est en France répandu dans les Pyrénées, les Cévennes, 
la région alpine et jusqu'à la Franche-Comté où se trouve d'ailleurs 
la plus belle forme française de l'Espèce. 

Il me paraît difficile de fixer, d'après des caractères constants, 
une forme de VA polio spéciale à chacune de nos régions monta- 
gneuses. J'ai sous les yeux un grand nombre à! A polio provenant 



de jxauiés diverses, e zûosûic "wt ,es 'T3 pi;Tnn^ rfi»»; diÉEéiHites 
^jvenaacc des ^acaizcns maicçies. Aoiâï. sotôc les taches 
Ec>ages <ies J'ï^* tt t^t-^j^k jcnt Euiuilees de biaiic a tantôt ces 
caches icnt fiir.nnieii. acnge. je vcia cicare àuiâ chaque localité 
des «gg mpiaues pins g^ntis a des rwTnpiairrs plus petits et 
un rie^eicpçemeiic varaiue ôa taidic nQncj- aais tout cela 
mnfWTTnr ôes «aca&oiE JK fa ^ v ^yilcs et nm^ nn^ xtanété géc^ia- 

Daas ks Alpes, il y a des ^Koipiaiia semblables à ceux des 
Ijnëuees et j éprouve qoek^te cepogisaiCE à suivie 'TT*^m^ £oto- 
mclogistcs fT.rrfjTnp nr a ;tt^ dsos la. va£ (f 2iBlyse à outrance où ils 
K sont eogagcs. Pour diatmgaer par on mam une ionae géogra- 
phîqoc. il faut, à mon arâk qœ Cfms^miU des indÎTidus de cette 
na préseate an fades oo des paiticolaiités jtEtiâant cette addition 
à la Notnenclatiiic Ccst dooc anc ce 'grn H iri m t qoc je passe en 
rcviM la AfaUomi ^""p*^ 

I* Fiandie-Cactfé : Le cf a le fond des ailes tiès Uanc; diez 
frtaJTH-c Q, les tadies iDoges des ails infeneons sont brès déve- 
loppées, absolmnent anime dans FAIil Wisàotti, Obtbr. L'Ab. 
PiOÊdonomioM, Cfaiist, arec papillatioD rooge dans la tache noire 
inférieure et anondie des ailes siq)é ii e ui e s eu dessus et dans les 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II3 

tant pour Télargissement ou le rétrécissement des taches noires que 
pour la pupillation rouge partielle ou totale, ou bien Tabsence ou 
la présence de Téclaircic centrale blanche dans les taches rouges 
des ailes inférieures. La O a plus de tendance que le cf à la 
pupillation rouge partielle ou totale des taches noires des ailes 
supérieures, en dessus. 

2** Alpes françaises : La taille est généralement moyenne, souvent 
petite; cependant on trouve aussi de grands exemplaires. Les 
taches rouges des ailes inférieures sont généralement réduites. 
L'aberration Pseudonomion paraît très rare. Les Q ne sont pas 
mélanisantes. 

U Apollon vole dans toutes les montagnes alpines. Je possède 
des individus pris en Savoie, dans les Basses-Alpes (Larche, Allos, 
Dig^ne, le Lauzet); en Isère; dans les Alpes-Maritimes (un peu 
au-dessus de Saint- Martin-de-Vésubie) ; en Vaucluse (Mont Ven- 
toux, par 1.500 mètres d^ltitude environ). 

3" Pyrénées-Orientales : Le cT diffère peu de celui des Alpes 
françaises; la Q est cependant souvent plus niélanisante. U Apollon 
est commtm au-dessus de Vernet-les-Bains, depuis Casteil jusqu'à 
Saint- Martin-du-Canigou et dans beaucoup de localités d'altitude 
égal^ et supérieure. La forme à taches jaunâtres, Ncvadensis^ semble 
rare, et nous n'en avons encore rencontré ciuc deux exemplaires. 
Cette variété jusqu'ici n'a été observée que chez les cf. 

4" Hautes-Pyrénées : J'ai vu dans les Pyrénées centrales des Q 
beaucoup plus mélanisantes que dans les Pyrénées-Orientales; telle 
est celle qui est figurée j)ar Verity (R/iop. palœarct., pi. IX fig. 13) 
sous le nom d'ailleurs fautif de BriUingcri. 

La Q Brittingerî, selon Verily, des Pyrénées, est en effet très 
différente de la véritable Brittingeri, Gross, figurée dans lahres- 
bericht des Wiener eut cm. Vereines, 1892; pi. I, fig. i. La vraie 
Brittingeri est la forme de Schcjberstein, en Haute- Autriclie. C'est 
une race très obscure; en dessus, les taches noires des supérieures 
sont très grosses et les taches rouges des inférieures très déve- 

8 



112 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

de localités diverses. Je constate chez les papillons des différei 
provenances des variations analogues. Ainsi, tantôt les tai 
rouges des ailes inférieures sont pupillées de blanc et tantât 
taches sont entièrement rouges. Je vois encore dans chaque loca 
des exemplaires plus grands et des exemplaires plus petite 
un développement variable des taches noires; mais tout r -' 
constitue des variations individuelles et non une variété gto^ 
phique stable. 

Dans les Alpes, il y a des exemplaires semblables à ceux 
Pyrénées et j'éprouve quelque répugnance à suivre rprtaina £i 
mologtstes contemporains dans la voie d'analyse à outranœ où 
se sont engagés. Pour distinguer par un nom une fonne géo^ 
phique, il faut, à mon avis, que l'ensemble des individus de c< 
race présente un faciès ou des paxticularités justifiant cette addil ■ 
à la Nomenclature. C'est donc avec ce sentiment que je passe 
revue les AfoUons fnmçaia 

1° Franche-Comté : Le d* a le fond des ailes très blanc; c 
certaines Q, les taches rouges des ailes inférieures sont très dt 
loppées, absolument conmie dans l'Ab. Wiskotti, Obthr. L'j 
Pseudottomion, Christ, avec pupillation rouge dans la tadie ne 
inférieure et arrondie des ailes supérieures en dessus et dans 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II5 

Tancienne collection Couleru, au musée de Neuchâtel. La Q 
pyrénéenne est une aberration par mélanisme qui semble appartenir 
au même ordre de variation que fumosa; mais outre qu'elle est 
d'une teinte générale moins obscure, elle a conservé un espace blanc 
vers le milieu de ciiacune des quatre ailes. 

Dans l'ancienne collection Bellier se trouve aussi une très belle 
Q Pseudonomion^ des Pyrénées, avec pupillation rouge dans les 
taches noires des supérieures. 

U Apollon est très répandu vers Gavamie et à Cauterets, surtout 
dans la vallée de Marcadau, où mon frère captura les 3 spécimens 
à aile gauche falquée que j'ai fait représenter dans les Etudes 
d* Entomologie. M. Gabriel Dupuy, d'Angoulême, m'a offert un 
exemplaire semblablcment falqué pris à Luz, et je dois à l'obli- 
geance de M. Rondou un autre cT falqué pris à Gèdre. 

5* Cèvennes et Auvergne, 

J'ai devant moi deux boîtes : l'une contenant 43 Apollons pris 
à Florac (Lozère) par M. Dayrem, en Juin et Juillet 1908; l'autre 
renfermant 46 Apollons pris dans les Basses-Aljjes. Je compare 
attentivement les deux séries : cévenole et alpine. U Apollon de 
Florac est généralement plus grand que celui des Basses-Alpes; 
le cf a le fond blanc des ailes léy[crement jaune crcme; les Q de 
Florac sont plus largement et plus vigoureusement tachetées que 
celles des Alpes. La race de Florac est certainement dans son 
ensemble, en ce qui concerne le cf, d'une teinte plus jaune crème 
que toutes les autres races françaises connues. Lorsque je la pris 
pour la première fois à Florac, en 1863, ^11^ présentait bien ce 
même caractère qu'aujourd'hui, et mes spécimens, vieux de 45 ans, 
en font foi. Les exemplaires pris par mon frcre à Lioran (Cantal) 
et ceux que je possède d'Auvergne (Gravenoire, près Clermont), 
sont grands et ornés de belles et larges taches; mais ils ne 
paraissent pas avoir le fond des ailes aussi jaune crème que la race 
lozérienne 

En résumé, la forme de Franche-Comté peut probablement se 
rattacher à la nk'ata, Fruhst. Ilarcourt-Batli a cru devoir désigner 



Il6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

SOUS le nom de pyrenaica la forme des Pyrénées, bien que notam- 
ment la race des Pyrénées-Orientales ne se distingue guère de celle 
des Alpes. Dans ces conditions, la race de Florac mérite plus encore 
que les autres un nom : Loserœ, sous lequel je la désigne, cédant 
ainsi à un usage qui se généralise, quelquefois abusivement, mais 
qui, pour Loserœ, peut paraître suffisamment justi&é. 

Je possède 2 cJ" albinos à'Apollo, Ils sont petits; la tache rouge 
des ailes inférieures reste d'une teinte vive; toutes les taches noires 
ordinaires sont effacées et d'un gris très pâle. Le fond des ailes 
est blanc crème, ainsi que le corps. Ces deux papillons m'ont été 
envoyés du Wuittemberg, par M. Adolf Peter, de Stuttgart; l'un 
fut pris en 190^, à Neufer près' d'Uiach, par 800 mètres d'altitude, 
et l'autre fut trouvé en 1908. 

M. Fabresse a trouvé en juillet 1907, à la Sierra-AIta, près 
Albarracin, dans l'Espagne centrale, une race d'Apollo caractérisée 
par sa grande taille, son aspect très blanc, le peu de développement 
relatif de ses taches noires et rouges ainsi que de la partie hyaline 
de l'apex et du bord marginal des ailes supérieures chez le c?. 
La Q est un peu plus mélanisante. Ce qui est remarquable, c'est 
l'analogie de la race de VApollo de la Sierra-AIta avec celle de 
Kentei. Je rattache donc la race espagnole à celle de Sibérie et je 
la désigne sous le nom purement géographique de : fiispankus 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II7 

remarquent souvent au milieu des taches noires anales. La race 
de Coburg et d*Ansbach (coll. Kuwert) paraît cire la même. 

Pamassiua Delius. 

Manque dans les Pyrénées. En France, je l'ai pris abondamment 
en juillet 1892, à Tréleschamps, au-dessus de Largentière, près de 
la route qui mène à Martigny. Delius^ volait rapidement dans des 
prairies humides, qui sont presque des marécages, autour de gros 
blocs de rochers d*où la Larentia cœsiaia s'envolait en nuage. 
M. Harold Powell a recueilli Delius autour du lac d*Allos, dans 
les Basses-Alpes, et dans la prairie du Mont-Pelat, depuis le 
20 juillet au 2 août 1906. Je l'ai aussi reçu de Larche où Tont pris 
les chasseurs Coulet, de Digne. 

Delius varie pour l'absence ou la présence et le nombre des taches 
rouges dans les macules noires précostales et inférieure des ailes 
supérieures, dans l'absence ou la présence de pupillation blanche 
au milieu des taches rouges des ailes inférieures. La forme de 
Delius dans les Alpes françaises semble de taille relativement 
moyenne ou même petite plutôt que grande et les taches diverses 
sont généralement d'un faible développement. 

Pamassius Mnemosyne, Linné. 

Abondant dans les Alpes et les Pyrénées; éclôt de bonne heure. 
notamment dans les environs de Saint-Martin-du-Canigou oij je 
l'ai trouvé dès la fin de mai et les premiers jours de juin; vole 
à Cauterets, à la fin de juin et au commencement de juillet, sur 
la montagne du Péguère; ressemble, pour le vol et les allures, à la 
Leuconea cratœgi\ est excessivement comiinm, en mai et juin, dans 
certaines localités près de Digne, d'où j'en ai reçu des centaines 
d'échantillons. Ma collection contient des exemplaires pris à Akbès 
et dans le Turkestan, où Mnemosyne présente la race dite : 
nubilosus'y en Russie, en Sicile, dans les Monts Madonic, en Grèce, 
en Autriche, en Roumanie, en Bavière et à Salzbourg, où il offre 



Il8 LÉPIDOPTÉROI.OGIE COMPARER 

une variété mélanienne : Harlnianni, quelquefois poussée à 
l'extrême et prenant alors le nom de melaina. Je possède une Q 
melaina de Salzbourg dont le fond des 4 ailes est entièrement 
noirâtre, avec les deux taches cellulaires des ailes supérieures dun 
noir vif et une ombre extra-cellulaire aux inférieures, plus obscure 
que le fond. 

Comparativement à la forme de Digne, la race pyrénéenne est 
plus obscure. Dans les Pyrénées, la partie vitreuse apicale et mar- 
ginale, aux ailes supérieures des (S, est étendue et rarement traversée 
dans son milieu par de petites lunules blanches; les Q pyrénéennes 
sont généralement plus grandes et plus mélaniennes que celles des 
Basses-Alpes. La race pyrenaica, Turati, d'après les documents que 
je possède, est aussi accentuée dans les Pyrénées-Orientales que 
dans les H au tes- Pyrénées, contrairement à ce qui se passe pour la 
généralité des espèces de Lépidoptères. 

En effet, dans l'est de la chaîne pyrénéenne, beaucoup de 
papillons conser%'ent une forme analogue à celle des Alpes; ainsi 
en est-il pour Erebia lappona; mais, dans les Hautes-Pyrénées, les 
formes changent ordinairement et lappona se transforme en 
Stkennyo, sur les montagnes qui s'élèvent au-dessus de Cauterets 
et de Gèdre. 

La forme de Sicile a reçu le nom de nebrodensis ; elle est [ilus 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II9 

Dans Intern. entomoL Zeitschrift (2 lahrg., n® 3, p. 17; Guben, 
18 Avril 1908), M. H. Fruhstorfer s*empare des figures de Par- 
nassius Mnemosyne publiées par Vent)-, sur la PI XXIII de Rhop. 
palœafct.y pour émellre toute une série de noms nouveaux qu'il 
applique aux Mnemosyne de Digne {dinianiis)\ de Vemet-les- 
Bains {vernetanus)\ de Gèdre {Turatïi)\ d'Oberaudorf et de 
Kœnigssee {umbratiUs)\ de Silésie {silcsiacus)\ des Alpes autri- 
chiennes (mesoleuciis). 

Je crois que dans l'état actuel de la Science, il est utile de dis- 
tinguer des autres races, par un nom particulier, une race non 
encore observée, réellement spéciale et distincte pour des caractères 
constants, tangibles et de quelque importance. Mais de là à créer 
des noms nouveaux pour tous les papillons dont la provenance est 
différente, il y a réellement exagération et iibus. Cette multitude 
de noms engendre l'anarchie dans la Nomenclature; elle est dom- 
mageable, loin dctre avantageuse et utile. 

Vernetanus et Turatïî, sec. Fruhstorfer. s'appliquent, ainsi que 
je l'explique ci-dessus, à une même forme fyrenaicus, et de ce que 
ce nom pyrenaicus ait déjà été appliqué à la forme pyrénéenne 
ai A polio, il ne s'en suit nullement qu'il soit interdit de l'appliquer 
à Mnanosyne. Dans les conditions où le nom pyrenaicus est 
employé, c'est pour désigner la forme pyrénéenne d'une Espèce, 
comparativement aux formes non pyrénéennes de la même Espèce. 
Dès lors on peut avoir dans les genres Parnassius, Rrebia, etc., 
autant de pyrenaicus ou de pyrenaica qu'on voudra, attendu qu'il 
faudra toujours, pour rendre son langage intelligible, faire précéder 
le nom pyrenaicus ou pyrenaica du nom de rEs[)èce dont il qualifie 
et distingue la race. A polio pyrenaicus n'exclut donc nullement 
Mnemosyne pyrcnaiats, tandis que pyreniicus, employé comme 
nom d'Espèce, exclurait, sous jxîine de confusion, tout autre sem- 
blable nom d'Espèce, dans le même Genre. Mais ce n'est pas le 
cas ici. Il s'agit d'un qualificatif de race et de rien de plus. Verne- 
tanus et Turatii qualifient une même forme et ne sont pas des 
noms admissibles; pyrenaicus seul doit être maintenu, étant suffi- 
samment rendu valable par la citation qu'en fait Verity. 



I20 LÉPIDOPTÊKOLOGIE COMPARÉE 

Aporla Cratiegi, Linné. 

Paraît avoir complètement disparu de l'Angleterre depuis 
l'année 1890; est commune aux environs de Rennes, où les chenilles 
dévorent quelquefois toutes les feuilles des jeunes greffes de 
pommier et occasionnent ainsi un dommage assez sérieux à l'agri- 
culture; également abondante dans les Pyrénées-Orientales, où 
nous avons trouvé la chenille sur le prunellier. Vers 1,600 à 
1,800 mètres d'altitude, entre la forêt de Randai et les pelouses 
de Mariailles, au-dessus de Vemet-les-Bains, nous avons capturé 
à plusieurs reprises des individus très petits dont Verity a figuré 
une paire dans son ouvrage : Rhopalocera palœarctiea, sous le nom 
de minor (PI. XXVI; fig. 8, 9). 

UAporia cratagi est répandue depuis la Bretagne jusqu'au 
Japon; elle est commune au Thibet, oii elle présente une race 
appelée : alomosa par Verity. Je l'aï reçue en grande quantité du 
Turkestan oriental (Fort Naryne), oii elle appartient également à 
la race alomosa; ma collection contient des exemplaires de Syrie; 
de Sicile, où elle appartient à la race augiisla, Turati; d'Algérie 
(Sebdou, mai 1907); de l'Escurial, oii elle fut prise &n juillet; des 
environs de Paris; du Poitou et des Hautes-Pyrénées. 

La raœ algérienne dUAporia crateBgi présente un aspect parti- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 121 

élevées où elle vole rapide sur les pelouses alpestres, ou bien autour 
des sommets rocheux d'où elle disparaît, pour s*élancer au-dessus 
des abîmes et tournoyer sur les précipices. Je l'ai prise dans les 
Pyrénées, à la Cheminée du Mont Canigou et au-dessus de Cau- 
terets, sur le chemin du Vignemale. Dans les Alpes, je l'ai capturée 
à Champrousse, au-dessus d'Uriage, en juin, dans les hauteurs qui 

dominent Chamounix, mais surtout à Ryffelberg, dans le Valais, 
en juillet. Je l'ai reçue du Fort Naryne, dans le Turkestan oriental, 

du Nord-Kaschmir, du Sikkin et du Taurus (Berut-Dagh), où 

M. Ch. Delagrange, chassant pour nous, la captura en juillet 1890. 

Au Taurus, Callidice offre la race géographique Chrysidice. 
Je possède de l'Engadine un cf et une Q saupoudrés d'atomes 

noirs. Je les ai confiés, pour les figurer, à M. Verity, en le priant 

de les distinguer sous le nom de Rondoui {Rhop. falœarct,\ 

pi. XVII, fig. 42, 43). 



Pleris Daplidice, Linné. 

Répandue depuis la péninsule armoricaine jusqu'au Thibet; très 
rare en Angleterre, où elle paraît être accidentelle et seulement dans 
la région méridionale de cette île; abondante dans le midi de la 
France, l'Espagne, l'Algérie, l'Italie et les îles de la Méditerranée. 

En Bretagne, j'ai trouvé Daplidice volant au mois d'août 1904 
sur les dunes gazonnées et fleuries de Miel-Pot, entre Saint-Malo 
et Cancale. Daplidice n'est pas rare à Monterfil, dans l'arrondis- 
sement de Mont fort-sur- Meu, où elle affectionne les massifs de 
rochers au milieu des landes; elle est commune à Bourg-des- 
Comptes, où elle donne quelquefois en Mars, lorsque la saison est 
favorable, la variété Bellidice très caractérisée. 

En Chine, Daplidice est quelquefois de taille beaucoup plus 
grande qu'en Europe. D'ailleurs cette Pieris varie considérablement 
pour la dimension des ailes, et on peut trouver au même lieu des 
exemplaires très petits, comparativement à d'autres beaucoup plus 
développés. 



122 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

J'ai fait connaître la variété siilfhurea d'après deux d" dont les 
4 ailes sont d'un beau jaune soufre en dessus, au Heu d'être blanches. 
L'un de ces Daplidice sulpkurea a été pris à Biskra, en mai 1884. 
par MerkI, et l'autre, appartenant à la forme Bellidice, fut capturé 
à Chartres et faisait partie de ]a collection Bellier. Comme Caltidtcc, 
Daplidice peut avoir sa variété mélanienne Rondoui; je possède 
de Daplidice Rondoui 4 exemplaires provenant de Hongrie et de 
Vienne. M. Verity en a figuré 2 sous les n°' 12 et 13 de la PI. XXX 
des Rkop. palisaTctUa. 

Esper figure sous" le n° i de la PI. CXVIII une Ab. obscure 
de Daplidice. conforme aux exemplaires que je possède et pro- 
venant aussi de Hongrie. 

Le dessous des ailes inférieures est très variable chez Daplidice 
pour la teinte, la confluence et l'accentuation des taches verdâlres. 
J'ai donné le nom d'Aldidice à la forme chez laquelle ces taches 
sont les moins accentuées et plutôt jaunâtres que verdâtres. Cest 
surtout dans l'Europe méridionale et en Algérie que se rencontre, 
en été, la variété Albidice. 

Staudinger et Rebel, dans leur Cataîog, édit. 1901, ont cm 
devoir (p. 12, n" 57 ti), faire tomber Alhidice comme synonyme de 
rapkatti, Esp. et Freyer. Tout le monde ayant l'habitude de consi- 
dérer le Catedog de Staudinger et Rebel à l'égal de l'expression 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I23 

jaunâtres au lieu de verts. » La figure de la PI. 21 de Seitz est 
dans le sens de Tindication que je viens de transcrire. 

On me permettra, à loccasion de ces erreurs qui, une fois com- 
mises par une Autorité scientifique, courent le Monde indéfiniment 
sans être contestées ni corrigées par personne, de faire remarquer 
que si quelques amateurs de papillons veulent bien recourir aux 
livres pour déterminer les espèces exotiques de leur collection, ce 
n'est pas Tusage de traiter les espèces européennes d*après la môme 
méthode. Les noms des espèces européennes se transmettent et 
s'acceptent par pure tradition, tels qu'on les reçoit d'un corres- 
pondant quelconque. 

Lorsque c'était d'un savant aussi qualifié que feu Otto Staudinger 
qu'on tenait un papillon pourvu de sa détermination spécifique, 
chacun se trouvait pénétré d'une telle confiance qu'il eût cru pour 
le moins perdre son temps s'il avait essayé de vérifier l'exactitude 
de la détermination communiquée. 

Cependant il faut bien reconnaître que rien ne se faisait plus 
légèrement que les déterminations, dans le cabinet de feu Otto 
Staudinger. Les erreurs commises par cet Entomologiste, si univer- 
sellement connu, étaient aussi considérables par la qualité que par 
la quantité, et si on étudie le Catalog de 1901 en 'contrôlant la 
source de chacune des assertions qui y sont imprimées, on reste 
confondu par le nombre et Ténormité des fautes (ju'il csl si facile 
de constater et qu'il eût été si aisé d'éviter. 

Pour connaître la vérité au sujet de la question raphant, que 
faut-il donc faire? Consulter d'abord l'ouvrage d'Esper, c'est-à-dire 
examiner la figure publiée sous le n** 3 de la Tab. LXXXIV. 
Cont XXXIV; puis lire le texte imprimé à la page 163 de l'article : 
Russische Schmetterlinge, et enfin ouvrir l'ouvrage de Freyer, lire 
l'article de la page 43 et comparer à un exemplaire de la Pieris 
africaine Hellica le cf et la Q représentés sous les n°* i et 2 de 
la Tab. 121, sous le nom de rapkani. 

Ces vérifications étant faites, on partagera nécessairement ma 
conviction que raphani est synonyme de Hellicn et n'a rien à faire 
avec Daplidice, au titre de variété de cette dernière Piéride. 



124 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Qu'on me permette de transcrire ici la fin de l'article très suggestif 
de Freyer concernant rafhani -. 

■ Das Vaterland soll Sibirien und das suediiche Russiand seyn. 
Die Exemplare womacb ich Abbildung gcbe, erhielt Hr. Bueringer 
mit mehreren suedafrikanischen Schmetterlingen. jedoch ohne 
besondere Angabe ihrer Heimath, zugesendet. Huebner hat dîescn 
Falter bloss unter seinen exotischen Lepldopteren mît dem Nanien 
Hellica al^ebildet. • 

Voici la traduction littérale : La Patrie doit être la Sibérie et le 
sud de la Russie. Les exemplaires d'après quoi je donne la figure, 
M, Biieringer les a reçus avec plusieurs papillons sudafricains. 
pourtant envoyés sans meilleure indication de leur Patrie, Huebner 
a figuré ce papillon uniquement parmi ses Lépidoptères exotiques, 
avec le nom Hellica. 

Freyer n'avait pas lui-même une conviction bien sérieuse quant 
à la provenance européemie de raphani et, sans hésitation, il identifie 
sa Pieris raphani à Hellica, Huebner, ce qui est d'ailleurs parfai- 
tement exact. 

La synonymie imprimée dans le Calalog igoi sous le n° 57 b, 
concernant DapUdiee Alhidice, est donc absolument fausse, et les 
Entomologistes SQUcieu.\ de la vérité scientifique et de l'exactitude 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I25 

La forme Q fiavescens, Obthr., se trouve en Algérie et parfois 
jusqu'aux environs de Paris. Feu Lhotte avait capturé à Lardy 
une Q flavcscens très belle qui se trouve maintenant dans ma 
coUectioa 



Pieris Glauconome, Klug. 

Lors d*un voyage qu'il fit jadis en Algérie, M. Roland Trimen, 
Tauteur de travaux entomologiques si appréciés sur la faune sad- 
africaine, trouva aux environs de Constantine un Glauconomc cf 
qu'il voulut bien m*offrir avec toute sa récolte Icpidoptérologique. 
Glauconome est donc une espèce authentiqucmcnt algérienne. J'ai 
confié à M. Verity, qui l'a figuré sous le n" 32 de la PL XXX, 
l'échantillon de Glauconome dont je suis redevable à l'obligeance 
de M. Roland Trimen. 



Pieris napi, Linné. 

Verity a figuré un certain nombre d'exemplaires de la Piois 
napif en vue de parfaitement faire connaître cette espèce, et il s est 
assez longuement étendu sur cette Piéride très communément 
répandue en Angleterre, en France, en Suisse, en Allemagne, en 
Italie, en Syrie; mais elle est beaucoup plus rare en Algérie quen 
Europe. Je possède im seul exemplaire algérien : c'est une Q prise 
au Djurjura, en juillet 1884, par Merkl. M. Holl ne relate pas napi 
dans sa collection de Lépidoptères algériens. M. Daniel Lucas a 
reçu la Pieris napi du Tarf. Deux exemplaires de cette provenance 
sont figurés sous les n"" 7 et 17 de la PI. XXXII des Rhopaloc, 
falœarctica. 

En Bretagne, napi vole dès le premier printemps et donne en 
été une seconde éclosion qui se prolonge jusqu'aux premiers jours 
de l'automne. Il en est de même dans presque toute la France. La 
génération de printemps est très distincte de celle de l'été et de 
l'arrière-saisoa 



126 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Le Papillon blanc veiné de veil, ainsi que le désigne le 
R. P. Engramelle qui âgure dans son ouvrage, sous les n" IU4 a 
et 104 i> de la PI. L, la race du printemps, est caractérisé comme 
suit, dans ses deux époques d'apparition : 

1° Napi; éclosion de mars à mai; taille plus petite qu'en été; 
le d" a les ailes aiguës, sans aucun point noir, ou avec les traces 
plus ou moins accentuées d'un seul point, entre les nervules 2 et 3. 
Le dessous des inférieures est toujours fortement veiné de vert 
grisâtre jusqu'au bord terminal, avec l'origine de la côte safranée; 
le fond des ailes est généralement d'un jaune verdâtre pâle. La Q 
est plus obscure en dessus que le d"- 

2" Napaœ, Esper; éclosion en août et septembre; taille plus 
grande qu'au printemps; ailes arrondies; le point noir des supé- 
rieures et la liture costale noirâtre des inférieures sont constants 
chez les d"; les veines noires du dessous sont plus pâles et se 
perdent avant d'arriver au bord terminal. La Q est plus obscure 
que le d" et se rapproche de rapce. 

J'ai pris à Cauterets, en juillet 1899, une Ç dont les 4 ailes, en 
dessus et en dessous, sont d'un jaune soufre clair. 

La collection Bellier contenait un singulier (S ayant à l'aile 
supérieure droite des taches noires en forme de bande, ressemblant 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 12/ 



Les Q peuvent aussi avoir le fond des ailes jaune, sans être 
obscurci d atomes noirs, comme chez bryoniœ. Ce sont les variétés 
flctva et flavescens, provenant suitout d'Allemagne et d'Autriche. 

Verity a appelé Carnca une Q que j'ai reçue de l'île Lewis; et 
il a désigné sous le nom de nigrans un cf de Silésie entièrement 
g^sâtre. Ces deux papillons sont figurés sous les n"* 49 et 50 de 
la PI. XXXII des Rhop. falœarctica. De même, cet auteur a 
figuré sous les n"* i g et 20 la variété meridionalis d'Itahe et de 
Syrie, et par ailleurs les formes du Caucase, du Turkestan, de 
Nonvège, de Kamtchatka, d'Alaska, de l'Amérique boréale, de 
\esso au Japon, de telle sorte que ses photographies en couleurs 
représentent d'une façon très complète l'histoire de la Pieris uapL 

Dans ces conditions, je ne puis qu'inviter le lecteur à se reporter 
à l'ouvrage Rhopalocera palœarcùca pour y trouver un ensemble 
de documents tel qu'il n'en a encore jamais été publié de semblables 
sur nos Piérides paléarctiques. 

Pour être réputées vulgaires, les Piérides du chou, du navet et 
de la rave n'en sont pas moins très dignes d'intérêt. Nous sommes 
redevables à M. Verity d'observations très judicieuses sur toutes 
ces Piérides, et c'est justice de reconnaître sa compétence, en ce qui 
concerne ces Lépidoptères. 



Pieris Maniiiy Mayer. 

En France, la présence de la Pieris Manni a été jusqu'à présent 
constatée par moi à Angoulême; Charroux (Vienne); Villeneuve- 
de-Blaye (Gironde); Vernet-les-Bains (Pyrénées -Orientales); Pont- 
du-Gard (Gard); Hyères (Var); Digne, Entrevaux (Basses- 
Alpes), et Nice. 

Verity a eu raison d'écrire (p. 159) que a les collectionneurs ont 
malheureusement une tendîince à dédaigner de récolter le vulgaire 
Papillon du chou, ce qui fait que nous n'avons pas de connaissances 
suffisantes sur la distribution des formes pourtant si variées et 
intéressantes de P. rapce p. Je confesse que jusqu'à présent nous 



128 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

ne nous sommes pas assez préoccupés en France de nous vulgaires 
Piérides, et c'est à cette négligence dont nous sommes tous plus ou 
moins coupables qu'est due notre ignorance si prolongée de l'exis- 
tence de la Pieris Manni dans notre faune. 

Bien qu'ayant moi-même capturé la Pieris Manni à Raguse et 
à Florence, je restais assez sceptique sur la valeur de cette Manni, 
même considérée comme variété de rapœ, et il a fallu l'intervention 
de Verity pour nous faite jouir du rayon de lumière dont i! est 
juste de lui faire hormeur et de lui savoir gré. 

Lorsque je reçus à Reimes, vers la fin de l'année 1907, l'agréable 
visite de mon jeime ami Roger Verity, je profitai des enseignements 
qu'il me dorma sur la Pieris Mattni, dont quelques individus pris 
en France se trouvaient confondus dans ma collection avec la 
Pieris TapŒ. Nous demandâmes aussitôt à M. Gabriel Dupuy s'il 
avait trouvé Manni dans la campagne d'Angoulème, si favorisée 
au point de vue de la faune entomologique. La réponse ne se fit 
pas attendre, et nous pûmes conmiuniquer à M. Verity un assez 
grand nombre de Manni qui &guraient au titre de rapœ dans la 
collection de notre ami Dupuy, tout comme il en existait au même 
titre dans la nôtre. 

De plus, en juillet et août iço8, mon frère, assisté de 
MM. Dayrem et H. Powetl, se livra, aux environs de Vemet-les- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I29 

du soleil, les Pieris Manni se cachent et cessent de voltiger. La 

chenille de Manni est différente de celle de rapœ. M. H. Powell 

Fa élevée ab ovo, La jeune chenille a toujours la tête noire, tandis 

que rafœ^ de la même période évolutive, a la tête jaune paille, et 

elle est horriblement cannibale. Non contentes de se dévorer entre 

elles, les chenilles de Manni dévorent même les œufs de leur espèce. 

Si on nourrit ensemble des chenilles de différente taille, les grosses 

mangent volontiers les petites. Notamment, lorsque les chenilles 

changent de peau et sont incapables de se défendre, les autres les 

attaquent et les dévorent rapidement. Dans la nature, les choses 

passent sans doute ainsi; les chenilles pouvant se trouver grou- 

cn certain nombre, sur une même touffe dUèeris sempervirens. 

Les papillons éclosaient à Vemet-les-Bains, à la fin de 

juillet 1908, pendant tout le mois d'août et encore on en trouvait 

de très frais dans les premiers jours de septembre. D'après les 

observations de Verity, la forme Manni d'Angoulême se distingue 

de la race italienne, qui a le revers des ailes inférieures d'un blanc 

jaunâtre, par la couleur d'un beau jaune très vif du revers de ces 

mêmes ailes. "^ 

La Pieris Manni a deux formes saisonnières : la première veniale 
garde le nom Manni; la seconde estivale a été appelée Rossii. 

Cest surtout la forme estivale de Vernet-les-Bains que nous 
connaissons. J'en ai sous les yeux une centaine d'exemplaires des 
deux sexes et je remarque chez plusieurs d'entre eux une particu- 
larité que Verity a déjà signalée, chez les Manni Rossii d'Italie; 
c'est une tache noirâtre plus ou moins accentuée sur l'aile inférieure 
en dessus, située entre la cellule et le bord marginal. Cette taclie 
pourrait, dans certains échantillons, se trouver reliée à la tache 
noire costale de l'aile inférieure par une série continue d'atomes 
noirs; car je remarque chez quelques exemplaires de Vernet une 
tendance au prolongement de la tache noire costale vers cette tache 
sous-médiane, de telle façon qu'il ne reste plus que l'espace intra- 
nervural central à traverser pour que la jonction soit établie entre 
les deux taches. 

M. H. Powell, qui a étudié très attentivement les premiers états 

9 



130 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

de la Pieris Manni, a écrit à ce sujet une notice qui doit paraître 
bientôt dans une publication entomologique anglaise ("). 

Je pense que la race française de Manni, tout au moins celle qui 
habite les Pyrénées-Orientales, mérite d'être distinguée par un nom ; 
mais j'attends pour cela à mieux connaître la forme printanière 
de Vemet, dont je ne possède que trop peu d'exemplaires, et aussi 
les autres formes françaises aussi bien vemales qu'estivales, afin 
d'avoir des éléments suffisants de comparaison avec les races 
d'Italie et de Grèce. Quoi qu'il en soit, la Pieris Manni est une 
espèce séparée et non une variété de râpa, et elle est bien authen- 
tiquement française: 

La Pieris Manni se trouve au Japon (île Shikoku) et en Chine 
d'où je ne crois pas qu'on l'ait encore signalée. 



IHeris raps, Linné. 

Verîty a copieusement illustré l'histoire de la Pieris rapœ, en 
reproduisant par la photographie en couleurs un très grand 
nombre d'échantillons, de provenance variée, de cette espèce. C'est 
à l'ouvrage Rhopalocera palœarcttca qu'il faut donc recourir pour 
l'étude des formes diverses rendues par la photographie avec une 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I3I 

dessous. La Q figurée comme novangliœ par Verity, sous le 11** 42 
de la PL XXXIII, et prise en Italie, n'a aucun rapport de couleur 
avec le cf américain, et je me demande comment Verity a pu com- 
mettre la faute d'appeler novangliœ cet échantillon italien. 11 est 
vrai que l'ayant déjà fait exactement représenter, j'ai jugé inutile 
d'exposer un papillon précieux et historique à un voyage plein de 
périls» et c'est pourquoi Verity a manqué, dans cette circonstance, 
du document authentique dont la publication avait déjà été assurée 
par mes soins. 

La Pieris napi est très commune dans les Iles Britanniques, en 
France et en Algérie. Elle paraît dès le premier printemps et a une 
édosion de fin d'été, de telle sorte qu'on la voit voltiger depuis le 
mois de mars jusqu'à la Toussaint. Cependant, dans les régions 
montagneuses, la durée de son apparition est plus courte; elle 
commence plus tard et finit plus tôt. 

Il y a deux formes saisonnières : celle du printemps, avec l'apex 
plus gris, les taches noires moins accentuées et la pilosité thoracique 
plus développée; celle d'été, avec les taches noires plus nettes, le 
thorax et l'abdomen plus ras et plus blancs. 

Je possède un hermapliroditc côté gauche g, coté droit cf, pris 
par M. l'Abbé Mège, dans son jardin, à Villeneuve-de-Blaye, le 
12 mai 1893. 

Les Q de l'arrière-saison ont souvent le fond des ailes, en dessus, 
coloré de jaune safrané pâle. Les taches des ailes supérieures 
peuvent aussi confluer et former une bande continue, comme le 
n' 41 de la PI. XXXIII des Rhopalocera palœarctica. Cette Aber- 
ration se rencontre plus fréquemment en Chine que chez nous. 

Pieris brassicœ, Linné. 

La Piéride du Chou est commune certaines années, au point que 
sa chenille est un fléau pour les jardins potagers; d'autres années, 
elle se raréfie. Elle se trouve dans une grande partie de l'Europe, 
en Algérie et au Sikkim. 

Le Papillon éclôt deux fois par an, au printemps et en été. 



132 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Ma collection contient des exemplaires de : C* de Kerry, en 
Irlande; Rennes; Dunes de Vendée; Angoulême; Vemet-les-Bains ; 
Digne; Nice, Villefranche et Menton; Chamounix; Sicile; Cadix; 
Villaviciosa-de-Odon, en Castille; Philippevîlle et Sebdou, en 
Algérie; Lamaca, dans l'île de Chypre; Namangan; Kurseong, 
Senchal et Lachîn-Lachoong, au Sikkim; Ta-pîn-tze, au Yunnan. 

Je possède une Aberration obscutata, Obthr., tout à fait nigri- 
cante, prise à Paris et que j'ai fait ^pjrer sous le n" 5 de la PI. I 
de la XX' livraison des Etudes d'Entomologie. 

Dans l'île de Chypre, il y a une forme lilliputienne de la Plcns 
brassica; certaines Q ne sont pas de taille égale aux individus 
OTdinaires de râpa. Verity a désigné cette forme sous le nom de 
cypria. 

Aux îles Canaries, la Pieris brassicee offre la superbe race 
cheiranthi, chez laquelle les taches noires con&uent en dessus, 
comme en dessous, en une épaisse macule. 

La forme de printemps de la Pieris brassicts, là où cette espèce 
écl6t deux fois, a reçu le nom de ckariclea. 



Zegiis Bupheme, Esper. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I33 

relation avec ce chasseur de papillons. Jadis, nous dit-il, il avait 
connu Rambur et plus récemment Otto Staudinger. Arguelles ne 
quittait point son ample et long manteau de couleur brune, qui 
pourtant gênait considérablement ses mouvements. Je le vois 
encore, lorsque ma pensée se reporte vers ce passé lointain, sec et 
droit, avec son teint basané, s'appuyant sur un filet longuement 
emmanché et coiflFé d'un chapeau à haute forme. Ensemble nous 
parcourions ces champs très peu cultivés, çà et là bordés de cactus 
épineux, s'étendant en pente plus ou moins rapide, au-dessus de 
la Fonda de los siete Suelos, non loin du Palais merveilleux de 
TAlhambra. C'est dans ces parages que nous voyions les Zegris 
Eufheme, emportés par leur vol puissant, passer à tire d'aile devant 
nous. Argiielles était le témoin des belles courses que nous four- 
nissions, Gaston Allard et moi, à la poursuite des Zegris. Mais 
lui-même se déplaçait fort peu. Pourtant il prit une Q qui existe 
encore dans ma collection, pourvue d'une étiquette oii sont résumés 
tous ces souvenirs. Argiielles nous appelait, en criant : « He cogido 
la Zegri\ una hembra! una hcmbra! b Ce fut d'ailleurs sa seule 
capture, ce jour-là; mais il en paraissait bien fier. 

En avril et mai 1 867, nous réussîmes à capturer quelques Zegris, 
tant à Grenade qu'à Madrid, où l'espèce n'est pas très rare sur les 
côtés de la route qui conduit au Pardo. Plus tard, en mai 1894, 
m*étant de nouveau rendu en Andalousie avec deux de mes fils, 
je capturai une vingtaine de Zegris, aussi bien à Grenade, aux 
mêmes lieux où je les avais poursuivies 27 ans auparavant, que dans 
la vallée de Ronda, entre les stations de Jimera et Benoajan. 

L'espèce varie pour la taille; je possède un cf de Madrid, dont 
les ailes inférieures, en dessus, sont lavées de jaune orangé, et une 
Q de Rivas, appelée luctifica par Verity, ayant l'apex des ailes 
noir et dépour\'u de couleur aurore. 

Par un temps très calme, vers le soir d'un beau jour, si l'on peut 
trouver une localité où croît quelqu'une des espèces de crucifères 
qu'affectionne la Zegris luipheme, par exemple un champ de 
céréales dans lequel, au milieu des tiges de blé, se sont développés 
des Sinapisy raphanusy Upidiiim ou sisymbrvwi, on peut avoir la 



134 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

chance de voir les Zegris çS arriver en voletant au-dessus de ces 
plantes, en attendant de s'y reposer. Déjà des g peuvent s'y être 
fixées et les Zegris (S produisent alors des mouvements de vol 
extrêmement gracieux; en outre, ils sont bien plus faciles à prendre 
que pendant l'ardeur du soleil. 

Une fois, à Carthagène, mon frère se trouva en présence d'une 
assez grande quantité de Zegris arrivant ensemble pour se reposer 
sur leurs plantes préférées. 11 pouvait cueillir des exemplaires à la 
main et sans s'aider du &let. Je crois que dans la vallée dite de 
Ronda, entre cette ville et Algésiras, il y a de nombreuses localités 
où la Zegris Eupkeme doit être très abondante. J'ai toujours 
regretté que le temps ayant cessé d'être favorable au mois de 
mai 1894, lorsque j'étais dans ces parages, et la pluie s'étant mis 
à tomber à torrents, cette circonstance m'ait empêché d'y faire une 
récolte plus abondante de cette belle Piéride, dont il me semble 
qu'il eût été possible de recueillir une intéressante série. 

On n'a pas encore rencontré la Zegris Eupheme en Algérie. 

L'espèce se trouve dans la Russie méridionale et la Turquie 
d'Asie; mais elle manque dans les contrées d'Italie et de Turquie 
d'Europe, pourtant situées entre la péninsule ibérique et la région 
orientale également habitée par la Zegris Eupkeme. 

La forme espagnole est différente des formes de Russie et 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 135 

buissons, j'eus le chagrin de la voir disparaître, sans pouvoir en 
saisir un seul individu b. 

Rambur a donné d'excellentes figures de la Zegris Eupheme : 
chenille, chrysalide et papillons, sur la PI. XI de la Faune de 
V Andalousie, publiée en 1839. La description est tout au long 
imprimée sur les pages 247 à 250 de cet ouvrage qui entreprend 
plusieurs ordres d'Insectes et, après les avoir effleurés, n'en achève 
aucua L'exemplaire de ma bibliothèque porte une dédicace de 
Rambur à son ami Graslin. Ces Entomologistes si zélés, et qui 
restèrent toujours unis par les liens d'une fidèle amitié, firent en 
Andalousie de belles découvertes. Rambur mourut à Genève, le 
10 août 1870, et de Graslin écrivit son éloge funèbre qui fut 
imprimé dans les Annales de la Société entomologiquc de France 
de l'année 1872 (p. 297-306). A son tour, de Graslin succomba le 
31 mai 1882, au château de Malitourne, près Château-du-Loir. Je 
pus acquérir son intéressante collection et la joindre à celles des 
Lépidoptéristes français, les Boisduval, les Guenée et les Bellier 
de la Chavignerie, qui se sont consacrés avec tant d'ardeur à l'étude 
de l'Entomologie et dont nous honorerons toujours la mémoire. 



Anthocharis Buphenoides, Stgr. 

Les Anthocharis justifient parfaitement leur vocable, car ils ont 
vraiment une grâce égale à celle des fleurs. Ce sont des papillons 
légers et agiles qui chez nous commencent à éclore au printemps et 
qui nous charment toujours, lorsque nous les voyons voltiger au 
milieu des campagnes fleuries. 

\SEupkenoidcs, ou aurore de Provence, est répandue dans les 
départements de la Provence et du Languedoc qui bordent la 
Méditerranée, ainsi que dans les Pyrénées- Orientales. Elle habite 
aussi les Basses- Alpes ; nous l'avons prise à la fontaine de Vaucluse 
et en divers lieux de l'Andalousie et de la Castille. De Sélys- 
Longchamps l'a trouvée dans la vallée de Luz. Il est bien possible 
qu'accidentellement on voie des cf voler très loin de leur lieu 



136 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

d'origine. J'ai souvent remarqué des Euphetioides <3 montant 
d'Olette vers Mont-Louis et suivant les sinuosités de la route pen- 
dant assez longtemps. Ils parvenaient ainsi à une altitude très 
élevée d'où un coup de vent pouvait les emporter plus loin encore; 
mais la patrie de \ Anthocharis Eupkenoides ne parait guère 
s'étendre en France au delà des départements des Alpes-Maritimes, 
du Var, des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, des Basses-Alpes, 
du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales. Je 
crois que les exemplaires observés en dehors de ces limites n'y 
paraissent qu'à l'état erratique et accidentel. 

J'ai pris plusieurs intéressantes variétés d! Eupkenoides -. un cf. 
à Vemet-les-Bains, en juin 1887, dont la tache apicale est d'un 
orangé pâle; un autre cf. la même année et au même lieu, généra- 
lement pâle et ayant l'apex des supérieures gris; un d", guadri- 
punctata, au Pont-du-Gard, localité entomologique superbe et trop 
peu fréquentée, ayant un point discoïdal noir sur les ailes infé- 
rieures et le bord des mêmes ailes inférieures, en dessus, bordé de 
rouge. La collection Bellier contenait un c?. de Montpellier, très 
mélanisant et chez qui la tache orangée est intérieurement limitée 
par un trait noir très épais qui absorbe le croissant noir cellulaire. 
Dans la même collection se trouvait un (3 de Digne dont la partie 
principale médiane de la tache aurore est absente en dessus comme 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I37 



Moides vole du mois d'avril au mois d*août. Le papillon ne cesse 
d'éclore pendant 4 à 5 mois consécutifs et on trouve en même 
temi)s que Tinsecte parfait, la chenille vivant sur la biscuiella 
didyma^ crucifère à fleurs jaunes. Les chenilles sont cannibales et 
se dévorent entre elles. Le papillon posé sur la biscuiella didyma 
se confond facilement, une fois ses ailes fermées, avec la fleur 
jaune de sa plante nourricière. 

Dans la collection Boisduval se trouvait un Euphenoides avec 
l'étiquette : Crimée; cet individu est petit et constituerait une race 
spéciale si tous les Euphenoides de Crimée sont analogues. Bois- 
duval l'avait distingué sous le nom de bisciiicllœ. 

Les Euphenoides cT ont tantôt la tache orangée intérieurement 
soulignée de noir, comme chez certains Cardamines d'Asie-Mineure, 
tantôt, au contraire, dépourvue de toute séparation noirâtre d'avec 
le fond jaune des ailes. Cette dernière forme est plus rare que 
l'autre; j'en possède seulement des exemplaires pris à Vemet-les- 
Bains et je l'ai appelée : vernetensis. J'ignore ce qu'est exactement 
la var. lecithosa, Turati. Il semble qu'elle réside dans la nuance 
de la tache apicale; et malheureusement la figure n'est pas coloriée. 



Anthocharls Bupheno, Linné. 

Exclusivement répandue en Barbarie; ne se trouve point en 
Europe, où elle est reniphuoc par Euphenoides. Assez commune 
à Lambèze, Alger, Sebdou, Mecheria, Aïn-Khala, en Tunisie et à 
Tanger, depuis le mois de mars jusqu en mai, suivant les localités. 
La Q est très variable. Certains exemplaires Q ont le fond des 
4 ailes entièrement blanc en dessus; d'autres ont les ailes inférieures 
plus ou moins lavées jaune ou de safrané. T-a tache apicale des 
ailes supérieures est aussi très variable; tantôt elle se trouve limitée 
à une forme nettement triangulaire, tantôt elle se développe en un 
lavis orangé jusqu'au croissant d'un gris noirâtre qui clôt la cellule. 
De plus, cette tache apicale est, chez certaines Q, plus ou moins 
rembrunie, tandis que chez d'autres exemplaires Q, elle est d'une 



158 LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 

teinte orangée très vive. A Mogador (Maroc), Leech avait trouvé 
une race qu'il a appelée Androgyite, de grande taille, chez qui la 
tache apicale orangée de la Q est très développée. 

Pierret et Boisduval, considérant VAurore de Provence comme 
VEupkeno, de Linné, avaient appelé Douei VEupAeno véritable, 
qui est spécial à la Barbarie. La description du Systema NaCurie 
ne laisse aucun doute. C'est Staudinger qui a eu le mérite de cor- 
riger une erreur qui s'était accréditée très longtemps, sur la foi des 
figures et de la description d'Espcr, qui cependant relate (p, 321, 
en note) le texte même du Systema NaluTœ commençant par ces 
mots ; Hab. in Barbaria. 



Antfaocharis cardomlnes, Linné. 

Habite l'Irlande et l'Angleterre; se rencontre depuis la Péninsule 
armoricaine jusqu'au Su-tchuen, sur les frontières orientales du 
Thibet; a été récoltée en Corse et en Sicile; n'a pas été observée 
en Algérie; fréquente les plaines, où elle éclôt au printemps, et les 
montagnes, oîi elle paraît en été; s'élève dans les Pyrénées- 
Orientales jusqu'à la prairie de Mariailles vers l,8cx) mètres d'alti- 
tude; est généralement abondante et présente quelques variations 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 139 

Une autre race est celle d*Asie-Mineitre, appelée Phœnissa, Kbg. 
(Jahresberichi d. Wien. ent. Ver., 1896; PI. I, fig. 3, 4). Elle est 
presque toujours iurritis, c'est-à-dire que la tache aurore du cT s ar- 
rête au point noir discoïdal. Ce point noir est gros; chez quelques 
exemplaires, la tache aurore est soulignée de noir comme chez 
Euphenoides^ et elle se trouve alors entièrement entourée de noi- 
râtre; c'est cette forme qui est figurée {loc. cil.) par A. V. Kalchberg. 
La Q Phœnissa a l'apex gris traversé par des rayons blancs, au 
contact du bord terminal, à peu près comme chez thibctana, de 
sorte que lapex est beaucoup moins obscur chez Phœnissa que dans 
nos cardamines d'Europe. 

Au Fort-Naryne, dans le Turkestan oriental, M. S. Akulin a 
recueilli une race grande, à tache aurore très vive et s*étendant, au 
contraire de tnrritis, bien au delà du point noir cellulaire des ailes 
supérieures. Je crois que c'est la forme orientalis dont parle Verity 
{Rhop. palœarcL, p. 190). 

Dans la région du Baïkal, aux environs d'Irkoust, M. Chaffanjon 
a trouvé et envoyé au Muséum National de Paris, qui a eu l'obli- 
geance de m'en faire part, une race de cardamineSy sans doute très 
analogue à Sajana, Bang-Haas, in litt, citée par Verity dans la 
revision des formes géographiques de cardamines. Safana des 
environs d'Irkoust a le point cellulaire très petit et la tache aurore 
très prolongée et se fondant pour ainsi dire en une nuance d'un 
blanc un peu jaunâtre à la base des ailes supérieures. 

Ces variations sont d'ailleurs, avec les autres que cite Verity, 
mentionnées dans l'ouvrage de Seitz : Les MacroUpidopthes du 
Globe, à la page 54 de l'édition en langue française. 

En Bretagne, nous trouvons quelquefois la forme cf britanviica, 
Verity, chez laquelle le limbe apical noirâtre descend jusqu'à l'angle 
interne. Dans ces exemplaires, le point noir est gros et la tache 
aurore s'arrête au point noir, comme dans la variété tiirritis. 

Les Aberrations sont assez nombreuses. 

Verity signale : immaculatiu chez laquelle le trait discoïdal des 
supérieures est presque nul. Je possède plusieurs cT des Basses- 
Alpes appartenant à cette aberration. 



140 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Je n'ai jamais vu quadripunctata avec un trait noir discoïdal sur 
les 4 ailes; je ne connais cette Aberration que chez un Euphenoides 
pris par moi au Pont-du-Gard. 

Les exemplaires citTonea, dont la base des ailes supérieures est 
lavée de jaune, en dessous, sont très fréquents. 

Quant à l'Aberration lutea, o\i la tache orangée est remplacée 
par du jaune pur, je possède 3 cf qui s'en rapprochent, mais ne 
sont c^>endaot pas lutea; l'un, provenant de la Prusse orientale 
(ex-colJection Wiskott), a la tache apicale d'un jaune citron clair 
et tendant au verdâtrt Ce qui est curieux, c'est qu'un Zegris 
Pyrothoë cf, de la même collection et qui est maintenant joint à 
la mienne, présente exactement la même Aberration; la tache apicale 
normalement rouge étant remplacée par une tache d'un jaune citron 
verdâtre semblable, j'appelle ces deux Aberrations : fiavido 
vhescens. 

Un autre cf, d'Angleterre, a la tache apicale rose saumon, et 
enfin le 3* cf, pris à Chantilly, par mon frère, le 24 mai 1903, 
exemplaire très grand et superbe, a la tache apicale d'un jaune 
safraoé très pâle. L'Aberration anglaise pourrait être assez juste- 
ment appelée : salmonea et celle de Chantilly : sassafrana. 

L'Aberration Q ockrea est fréquente; elle désigne les Q dont 
le disque des ailes inférieures, en dessus, est lavé de jaune plus 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I4I 

étant en pente rapide et couvert d'un épais tapis de rhododendron 
ferrugineum. Le cardamines hermaphrodite volait rapidement et 
disparut, mais non sans avoir été l'objet d*une observation qui ne 
laisse place à aucun doute. 

A Rennes même, M. Danzanvilliers, horticulteur, nous informa, 
il y a quelques années, qu'il avait été surpris de voir dans son 
jardin im^ papillon dont les ailes n'étaient pas symétriques. Ce 
Lépidoptère avait une tache aurore sur une aile, tandis que l'aile 
opposée en était dépourvue. Cette singularité l'ayant frappé, il 
voulut bien nous en faire part. Evidemment ce papillon singulier 
était un cardamines hermaphrodite. 

Je possède une Q provenant de l'ancienne collection Reynauld, 
de Lyon. Aux 2 ailes supérieures, le point discoïdal noir est trans- 
formé en une tache longue et épaisse, en dessus comme en dessous, 
et tendant vers la tache apicale noirâtre qu'elle n'est pas bien lom 
d'atteindre (Ab. nigrocellularis). 

Le Papillon Aurore, comme l'appelle le R. P. Engramelle, est 
un des plus gracieux Lépidoptères de la faune européenne. Sa vue 
réjouit toujours les yeux, lorsqu'après les rigueurs de l'hiver, il 
paraît, tel un fidèle messager du printemps, au milieu des prés en 
fleurs ou dans les allées des bois, sous les frondaisons nouvelles. 

En Bretagne, il y a encore des chemins creux, tracés entre les 
champs, assez larges pour y laisser passer les voitures chargées des 
produits de la campagne, mais semblant être quelquefois un véri- 
table couloir de verdure, aussi bien grâce aux plaques de gazons 
ras qui recouvrent le sol qu'à cause de la végétation très variée dont 
sont ornés les talus qui bordent ces sentiers. Je connais tout près 
de Rennes et à l'Est de la ville, un de ces chemins creux. Il se 
profile sur le flanc d'un coteau, au-dessus de la route de Paris, 
parallèlement à cette grande voie, presque jusqu'au bourg de Cesson. 

Au printemps, le flanc du talus qui, par la j^ente naturelle du 
sol, est le plus haut et se trouve exposé au midi, est rempli de 
primevères et de violettes en fleurs, de genêts, de rosiers sauvages, 
de ronces, de digitales, d'épines blanches et de prunelliers. Sur les 
bords des champs, des deux côtés du chemin creux, les chênes 



142 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

s'élèvent, mélangés aux merisiers, et ombragent le sentier, tout en 
laissant filtrer les rayons du soleil. C'est là que j'aime à revoir, 
chaque année, voltiger X'Anthocharis cardamines. Lorsque le soleil 
ne fait pas défaut, quelques Aurores ne cessent d'aller et de venir 
le long de ce chemin rustique, animant le paysage printanier de 
leur vol rapide et pressé. En même temps, la Lycœna Argiolits, 
d'un bleu si clair, vole à une certaine hauteur, semblant se mêler 
parfois aux légers pétales détachés des fleurs de cerisier sauvage 
que le zéphyr balance et retient dans l'air, avant qu'ils ne retombent 
à terre La Tkecla ruôi, paraissant verte comme les feuilles d'au- 
bépine, est souvent posée sur les buissons, autour desquels voltige 
le Satyrus Mgeria, tandis que des Rhodocera rhamnl, aux ailes 
jaunes comme les primevères, se reposent sur les fleurs basses, dans 
les parties les mieux exposées du talus qui offre un abri pareil à 
celui d'une muraille. 

Quelles que soient les passions qui, sur cette terre, agitent et 
divisent les hommes, quels que soient les événements dont notre 
Monde est le théâtre, là où la Nature est restée respectée par la 
hache ou par le feu, les papillons que Dieu a créés, comme l'un 
des témoignages de sa puissance infinie, naissent aux mêmes lieux 
et aux mêmes saisons que ceux de leur espèce l'ont toujours fait. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I43 

OÙ j'ai fait tout enfant mes premières chasses. On conçoit le charme 
qu'ils ont conservé pour moi. 



Anthocharls Charlonia, Donzel. 

Jolie et brillante Piéride, habitant la région désertique algérienne 
et quelques parties de TAsie. Elle vole rapidement en mars, avril 
et mai, à l'ardeur du soleil. On la trouve dans une foule de localités. 
Ma collection contient des exemplaires d'El-Kantara, où je la vis 
pour la première fois en 1868; de Biskra, de Bou-Saada, de Mé- 
cheria, de Lambèze, d'Aïn-Sefra, de Sebdou et même des environs 
d'Alger. 



Anthocharls Tagis, Huebner. 

Habite l'Espagne, le Portugal, l'Algérie, la Provence, la Corse 
et la Sardaigne, et offre des races géographiques très constantes et 
très distinctes. Le D"" Boisduval a apporté une certaine confusion 
dans la nomenclature, parce qu'il a redressé à tort une erreur qu'il 
n'avait point commise. 

Huebner a très bien figuré sous les n"' 5Ô5 et 566, d'après un 
exemplaire de la collection Franck, de Strasbourg, une Anthockaris 
Tagis semblant appartenir à la race de Chiclana, en Andalousie. 
Le dessous des ailes inférieures, dans cette race andalouse, est d'un 
gris verdâtre très particulier, ainsi que la figure donnée par Huebner 
le représente très exactement. 

Boisduval décrivit en 1829, dans son prciiucr Index inethodiciis 
(p. 9), sous le nom de Bellez'îna, une AniJwcharis découverte par 
le comte de Saporta, en Provence. 

Puis dans son Icônes^ en 1832, en donnant, sous les n°" i, 2 et 3 
de la PI. 5, avec le nom Tagis, la figure de Bellcsinay Boisduval 
prétendit, à tort, avoir commis une faute en publiant auparavant, 
sous le nom de Bellezina, une Piéride qu'il attribue à Tagis, jejetant 



144 LÉPIDOPTÉKOLOGIE COMPARÉE 

la cause de l'erreur sur Huebner, qu'il accuse faussement d'avoir 
donné de Tagis une si mauvaise et méconnaissable ûgure, sans 
doute parce qu'il n'avait eu qu'un individu gâté à sa disposition 

Quant à Duponchel, qui publiait son Sufpliment en 1832, très 
peu après que Boisduval eut publié son Icônes, il avait parfaitement 
mis les choses au point Les a" i et 2 de la PI. 4 du Supplément 
à l'ouvrage de Godart représentent très bien la Tagis de Portugal 
et les n" 5 et G de la PI. 3 rendent très exactement aussi Belleàna 
de Provence. Le texte est d'acord avec les figures et on peut lire, 
à la page 321 du même volume, un article sur \es Belleeina ^ Tagis 
qui redresse très justement l'erreur commise par Boisduval, lorsqu'il 
entreprit de se corriger lui-même 

Cependant Boisduval ne voulut pas se rendre à l'évidence et 
dans le Species général, écrit en 1836, il publia de nouveau sous 
le nom de Tagis la Bellezina, dont il donna une nouvelle £giu% 
(PI. 6, 2 B, fig. 3). 

Quant à Freyer, la figure de 2'agis donnée par cet auteur sur la 
PI. 464 de son ouvrage ; Neuere Beitrœge sur Schmetterlings Kunde, 
en 1S45, est grossièrement dessinée et surtout coloriée. Il est difficile, 
dès lors, de préjuger d'après cette figure la provenance du papillon. 
Freyer donne sa Tagis comme lui ayant été communiquée par 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I4S 



En résumé, je connais les formes suivantes de Tagis : 

i* Celle du Portugal, que j'appelle lusiianica. La collection 
Boisduval contenait un cT rapporté sans doute par Hofmanns^g, 
cadrant avec la description et la figure données par Duponchel; 

2^ La race de Chiclajia, figurée par Huebner, et qui est la forme 
type de Tagis; 

3® La forme de Grenade, appelée jadis Alhambrœ par Staudinger, 
difiFérant de celle de Chiclana par le dessous de ses ailes inférieures 
qui est d'un vert gai et clair, et non d'un gris verdâtre terne; 

4" La forme d'Aranjuez, dont je dois quelques exemplaires à 
l'obligeance de feu M. le colonel d'artillerie Duro, et qui est très 
voisine de Bellezina, à laquelle elle peut être jointe; 

5** La variété provençale Bellezina, qui se trouve aux environs 
de Marseille, Aix et Digne; 

6* La variété Gallican des Hautes- Alpes; 

/* La variété Insularis, de Corse, bien figurée par Rambur, dans 
les Annales delà Société entomolog. de France, 1832; PL 7, fig. 1,2; 

8° La variété Sardoa, de Sardaigne; 

9^ La variété Algirica, de Mécheria, où l'a prise M. le lieutenant 
Lahaye, chassant dans cette localité, du 19 au 30 mars 1886. 

La race d'Algérie présente une forme d'ailes très différente, à 
peu près comme la race de Sardaigne, c'est-à-dire que les ailes 
supérieures ne sont pas élancées et que l'apex n'est pas aigu et 
proéminent; dans Algirica, le fond des ailes inférieures, en dessous, 
est vert olive, avec des taches blanches très nettes. 

Je pense que la forme de Sardaigne, dont feu Damry m'avait 
envoyé 24 beaux exemplaires, alors qu'il résidait à Sassari, est 
di£Férente de la forme de Corse; elle a les ailes beaucoup moins 
élancées et la tache noirâtre cellulaire plus grosse en dessus. Je 
lui ai donné le nom de sardoa, attendu que le nom insularis, qui 
désigne la race de Corse, ne saurait lui être également attribué. Je 
crois que Vinstdaris est rare. Quant à Yinsidaris œstivalis que j'ai 
communiqué à Verity, j'ignore si c'est une seconde génération 
û'insularis; mais j'ai tout lieu de le supposer. 

10 



146 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Bellezina, entre autres caractères distinctifs de Beha, na jamais 
les taches blanches du dessous des ailes inférieures argentées ou 
brillantes, comme si elles avaient un reflet de porcelaine. Chez 
Bellegina, les taches blanches en question sont toujours tout à fait 
mates. 

Je n'ai jusqu'ici aucune preuve de l'existence de Bellezina dans 
les Pyiénées-Oricntales. Maurice Sand, dans le Catalogue des 
Lipidopières du Berry et de CAuvergne, publié en 1880, prétend 
que 3 exemplaires de BeHeaina ont été pris à Gargilesse (IndreJ, 
le 5 mai, dans un ravin schisteux, au sud. Je livre ce renseignement 
dont j'indique la source, mais en observant qu'il n'a été, à ma con- 
naissance du moins, l'objet d'aucun contrôle. En principe, je ne 
soupçonne nullement la bonne foi des auteurs de catalogues 
r^ionaux; mais l'expérience m'a démontré qu'il s'était glissé dans 
certains travaux de telles erreurs de détermination et d'appréciation 
que je ne saurais assez mettre en garde contre des assertions quel- 
quefois hasardées. 



AnthochariB Bella, Cramer. 

Cramer hgure la Belia de Smyme. L'espèce, avec ses variétés 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I47 

En Espagne, nous Favons prise à Carthagène, Malaga, Grenade, 
dans la vallée de Ronda, aux environs de Madrid, à Navacerrada. 
Elle a été capturée à Faro et à Lagos, en Portugal, au mois de 
mai 1907, par M. Fabresse. 

En Italie, je Tai rencontrée à Castellamare-di-Stabia; Bellier 
l'avait prise en Sicile; je la possède de Dalmatie et de Suisse, 
notamment de Ryffelalp, où je l'ai capturée à diverses reprises; de 
Grèce et de l'île de Chypre. 

Elle se trouve dans presque toute l'Algérie; ma collection contient 
des exemplaires de Mécheria, Géryville, Sebdou, Lambèze, El- 
Kantara, Bou-Saada, Biskra. 

■Je l'ai reçue d'Akbès, de Tokat en Asie-Mineure, du Caucase, 
d'Askhabad, du Fort-Naryne dans le Turkestan oriental, de Cali- 
fornie, de r Arizona, de l'Utah, du Colorado. 

On conçoit aisément qu'une espèce répandue dans un si grand 
nombre de régions aussi diverses doive produire de nombreuses 
variétés géographiques. De plus, comme elle présente dans les 
plaines et les basses montagnes une forme vernale communément 
appelée : Belia, et une forme estivale -. Ausonia\ qu'en outre il y a 
des exemplaires de transition entre les deux formes; qu'enfin, dans 
les montagnes élevées, elle donne la forme alpine -. simplonia, il en 
résulte que dans chaque région habitée par \ Anthocharis Belia 
Ausonia, on doit, pour l'examen comparatif de la race, tenir compte 
des formes saisonnières très différentes qui affectent l'espèce en 
certaines localités. Il convient d'ajouter que la forme estivale 
Ausonia est particulièrement variable dans le même lieu et qu'il 
est souvent difficile, à cause de cette variabilité, de fixer exactement 
les caractères de localité de cette race estivale. 

Entreprenant donc principalement l'étude des Belia Ausonia 
françaises et jugeant d'après les documents de ma collection, qui 
se composent en tout d'environ 600 exemplaires, je me crois fondé 
à dire que, d'une manière générale, les Belia et les Ausonia de 
France, d'Espagne et d'Algérie, ou du moins les papillons 
communément appelés Beliay appartiennent à une même forme. 



148 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Il y a des exemplaires aberrants dans toutes les localités; mais ce 
sont des cas purement individuels. En France, les g Belia ont 
tantôt les ailes inférieures blanches en dessus, tantôt lavées de 
fauve clair. Les cf Ausonia peuvent avoir l'apex des ailes supé- 
rieures presque tout blanc; ainsi : à Commentry (Allier) et à 
Villeneuve-de-Blaye (Gironde), où M. l'abbé Mège et nous-même 
nous prîmes ensemble, le 2 août 1882, des exemplaires dont l'apex 
est très pâle; mais il est juste de dire qu'ils volaient avec d'autres 
qui avaient l'apex très obscur. Le dessous des deux ailes inférieures 
ne paraît pas rigoureusement symétrique chez le même individu et 
on constate en outre de notables différences, si on compare les 
individus entre eux. 

Les Belia Ausonia espagnoles appartiennent bien à la même 
forme que les françaises; mais les Q ont quelquefois, dans le sud 
de l'Espagne surtout, la tache cellulaire des ailes supérieures, en 
dessus, extrêmement grosse et rectangulaire, aussi bien chez cer- 
taines Belia de Malaga que chez des Ausonia de Grenade. 

Verity désigne cette variété sous le nom de quadra (Rhop. 
falaarcl., p. 175). Boisduval l'avait parfaitement remarquée, et 
dans le Species général, aux pages 55g pour Belia et 561 pour 
Ausonia, il en fait état d'après des exemplaires rapportés par 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I49 

capturé un cf extrêmement mélanien auquel a été donné son nom, 
comme aux Aberr. mélanisantes de Callidice et Daplidice. Je Tai 
prêté à Verity pour reproduction. 

Dans les Hautes-Pyrcnces. d'après ce que nous mande mon ami 
Rondou, on trouve Simplonui dans la vallée de Luz, depuis une 
altitude d'environ 600 mctrcs et jusqu'à 2.000 nictrcs. Simplonia 
est localisée; elle habite seulement les régions où pousse Suîym- 
bflum erucastrum, la seule plante où le papillon aime à butiner. 
Parfois, on voit voler Swiplonin, dans la vallée de Luz, dès le 
mois de mai, et l'apparition dure jusqu'en juillet. 

Dans les Pyrénées- Orienta les, la race Simplonia n'est pas sem- 
blable à celle des Hautes- Pyrénées; elle est plutôt analogue à celle 
de Suisse. Dans les Basses- A Ij^es, à Larche, Bellier avait élevé de 
chenille une superbe forme de Simplonia. Le dessus des ailes 
inférieures de la Q est lavé de fauve safrané et la tache cellulaire 
noirâtre est très grosse. 

UAnthocharis Simplonia affectionne dans les montagnes certains 
passages; mais elle semble bien plus abondante certaines années, 
tandis que dans d'autres, on la voit à peine. On trouve dans les 
Alpes, en môme temps, de fin juin au mois d'août, la chenille et 
le papillon. Celui-ci vole rapidement et il est donc d'une extrême 
vivacité. De plus, dans les lieux qu'il affectionne, In course n'est 
pas toujours facile. Quand on monte de Zerniatt à rilôtel Ryffe- 
lalp. on trouve, chms la forêt de pins et de mélèzes qu'il faut 
traverser par un sentier dont la pente est si rciide, un peu avant 
d'atteindre l'hôtel, une ]')rairie parsemée de rochers, entourée par 
les arbres de trois côtes et limitée au sud par le précipice. C'est 
aux abords de cette prnirie, où les Lépidoptères en général 
abondent, que se fait tm pnssage assez constant de YAnthocharis 
Simplonia. 

Je l'ai prise aussi aux environs de Chamoimix, sur le chemin 
du Montanvers. La Simplonia varie beaucoup pour les dessins ver- 
dâtres du dessous des ailes inférieures et, pas plus que les Bclia 



I50 LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 

et Ausûnîa des plaines, cHe n'offre une symétrie exacte de ces 
dessins vcrdâtres chez le même individu. 

Les races italienne et sicilienne sont intéressantes et différentes 
des nôtres. M. le comte Turatî a appelé Matulia la Belia printanière 
de la Ligurie occidentale; c'est une forme de San-Remo; elle ne 
me paraît pas très caractérisée. Les fonnes de l'Italie centrale et 
méridionale et de la Sicile sont plus distinctes des autres. M. Turatî 
a donné le nom de Rruegeri à la forme vemale sicilienne; elle vole 
de mars à mai; Trinacria est la génération suivante. Bellier en 
avait récolté une certaine quantité d'exemplaires, lorsqu'en 1859, il 
explora la Sicile. Mais bien qu'il fût un Entomologiste très sagace 
et très avisé, il ne crut même pas devoir signaler les Ausonia sici- 
lioines dans la Notice qu'il publia sur ses chasses en Sicile, dans 
les Annales de la Soc. ent. de France, 1860; il se borna à l'inscrire 
dans la liste de ses captures. 

Enfin, dans l'Italie continentale, se trouve la forme romana, que 
j'ai capturée près de Castellamare-di-Stabia, au lieu même oii je 
chassais la Melanargia Ampkitrite. C'était sur le bord de la route 
en corniche qui longe la mer et conduit à Sorrente. Au fond d'une 
des nombreuses sinuosités du chemin, à 2 ou 3 kilomètres de Castel- 
lamare, se trouve une très grande pierre plate, couchée au pied de 
la montagne, dans une propriété partiellement enclose. Un Christ 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 151 



dentale et de TAlgérie, je déclare partager la manière de voir de 
Verity qui classe les Belia en deux groupes principaux : i^ le 
groupe qu'il appelle Alkambra, dans lequel se rangent les Belia 
françaises, espagnoles et algériennes, et 2® le groupe dit roniana, 
comprenant les formes d'Italie centrale et méridionale, de Sicile, 
de Grèce, du Turkestan et d'Asie-Mineure. 

Les Belia (race vernale) de France, Espagne et Algérie consti- 
tuent une forme bien spéciale, caractérisée autant par la forme de 
leurs ailes étroites et élancées que par le dessous des ailes infé- 
rieures d'un vert assez foncé, avec très peu de parties jaunes et les 
taches blanches du dessous des ailes inférieures nacrées, ayant un 
aspect de porcelaine. 

Les Romana (race vernale également) d'Italie et d'Orient ont 
les ailes plus élargies et plus arrondies; le dessous des ailes infé- 
rieures d'un vert moins foncé et avec des linéaments jaunes; les 
taches blanches des mêmes ailes plus larges, plus mates et ayant 
moins de brillant porcelanc. 

Les Ausonia de France, Espagne et Algérie (rare estivale) 
diffèrent moins que les Belïa du même pays des Trinacriœ ou 
Romana d'été. Le fond des ailes inférieures, en dessous, chez les 
unes et les autres, est plus jaune, avec les réserves blanches très peu 
nacrées. D'ailleurs la taille des Ausonia et des Trinacriœ est plus 
grande que celle des Belia et des Romana, et les parties noires 
apicales du dessus des ailes supérieures sont moins foncées et moins 
accentuées chez les Ausonia et les Trinacricc que chez les Belia et 
les Romana. 

Mais le nom de Belia, Cramer, appliqué jusqu'ici, sans conteste 
et par tout le monde, aux races printanières française, espagnole 
et algérienne, devient impropre. Il doit être réservé ri la race prin- 
tanière orientale et italienne Romana, et alors c'est le nom Alhaynbra, 
Ribbe, qui devrait remplacer Belia pour désigner la race printanière 
française, espagnole et algérienne. 

Voici donc comment il y aurait lieu, me scmble-t-il, d'établir 
sommairement la nomenclature actuelle de Belia et de ses diverses 



152 LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 

races de localité, de saison et d'altitude pour l'Europe occidentale 
et méridionale, ainsi que pour le bassin méditerranéen. 

1° Fonna orîentalis : 
Belia, Cramer {Pap. ezot., PI. CCCXCVII, fig. A. B) {vernalis)- — 

Smyme 
Romana, Calberla {his, I, p. 123; Die Macrolepid. der 

rœnnscktn Campagnd) ; Turatt (Natur. Sicil. Anne XVIII, 

Tav. III, fig. 7, 8, g, 10). — Italie centrale, Dalmatie, 

Grèce, Asie-Mineure. 
Kruegeri (vernalis), Turati (Nattir. Sicil. Anno XVIII 

Tav. III, fig. I, 2, 3, 4, 5, 6). — Sicile 
TrinameE (œstivalis), Turati (Natur. Sicil. Anno XVIII 

Tav. IV, fig. 3, 4, 5, 6). — Sicile 

2" Forma alpina : 
Simplonia, Duponchel {Suppl., PI. 5, fig. 3, 4). Boisduval {Icônes, 

PI. 5, fig. 4, 5, 6). 
Ausoma, Huebner (582, 583). 
(Alpes, Pyrénées). 

3° Forma occidentalis : 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 153 

unique dans ma collection, à Verity, qui le détient encore au moment 
011 j'écris ces lignes. Seul, jusqu'ici, j'ai publié la figure de Pechi. 
Staudinger s'est borné à écrire une description. Son Anthocharis 
Pechi est-elle semblable à la mienne? Je l'ignore. Toujours est-il 
que, d après la figure que j'ai donnée, Staudinger a assimilé ma 
Pecki à la sienne. Selon Verity, la Pechi, Stgr. serait différente. 

J'attends à voir la figure de Pechi, Stgr., pour émettre une opinion. 
En tout cas, je ne crois pas qu'il soit raisonnable de regarder ma 
Pechi comme une variété de Belia, et je pense que Verity s'est 
trompé dans les considérations qu'il écrit à cet égard à la page 176 
du Rhopal. palœarctica. Je devrai sans doute plus tard revenir 
sur cette question et la traiter au moyen de documents plus amples 
et qui me font actuellement défaut. 



Anthocharis Belemia, Esper. 

Habite les provinces méridionales de l'Espagne et du Portugal, 
ainsi que l'Algérie; offre deux formes saisonnières dont les indi- 
vidus extrêmes sont nettement tranchés, mais qui sont reliées entre 
elles par des exemplaires de transition telle qu'il me paraît bien 
difficile d'attribuer certains de ces échantillons intermédiaires à 
l'une plutôt qu'à l'autre des deux formes. 

La forme Belemia édôt la première. Certaines années, on peut 
la voir voler dès la fin de décembre; elle continue jusqu'en avril, 
suivant les localités. Glaucc paraît ordinairement plus tard que 
Belemia \ mais dans les mois de mars et d'avril, on peut trouver 
les deux formes ensemble, en Andalousie aussi bien qu'en Algérie. 
Glauce vole jusque vers la fin mai; mais alors seule. Les Belemia 
qu'on pourrait encore rencontrer à cette époque seraient tout à fait 
fanées. 

Je relève dans ma collection, pour Belemia G lance et pour la 
forme intermediay les localités suivantes : i^ Espagne : Malaga 
(mars 1867), Grenade, Carthagène, Vallée de Ronda; 2** Portugal : 
Faro et Lagos (mai 1907); 3® Algérie : Lambèze, Khenchela, 



154 LÉPIDOPTÉROLOr.IE COMPARÉE 

Biskra, Bou-Saada, Hussein-Dey, Alger, Sebdou. Mécheria, 
Géryville. 

Maurice Sand prétend que Beletnia aurait été trouvée à Murât 
(Cantal), par MM. Barretier et Séguy. Cette Anlhocharis a même 
été prise à Morlaix (Finistère), par M. de Guernisac. qui vit un 
exemplaire fraîchement éclos dans sa chambre et s'en empara 
aisément Bellier. possédait dans sa collection cette Anihocharis 
Belemia qui vit le jour à Morlaix, et j'ai sous les yeux l'exemplaire 
en question; il est d'une parfaite fraîcheur. Mais j'ai tout lieu de 
penser que M. de Guernisac, qui avait fait un voj'age en Tunisie 
oîi vit Belemia, en aura rapporté quelque chrysalide. C'est ainsi 
que j'explique la présence d'une unique Belemia à Morlaix. Pour 
les individus de Murât, je n'en puis rien dire. 

Belemia et Glauce ont été figurées assez médiocrement jusqu'ici ; 
Belemia, par Huebner (a" 412, 413); par Boisduval (Icônes, PI. 6, 
fig. I, 2); par Duponchel (Srtppl., PI. III. fig. 1, 2); — Glauce. 
par Huebner (n" 546, 547) ; par Boisduval (Icônes, PI. 6, fig. 3, 4) ; 
par Duponchel (Suppl., PI. III, fig. 3, 4). Comme le dit très jus- 
tement Boisduval (Icônes, page 29), Glauce est à Belemia ce 
ç^Ausonia est à Glauce; dans l'une comme dans l'autre (Glauce 
et Ausonia), le blanc nacré est remplacé par du blanc qui est de 
la couleur du fond de l'aile. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 155 

transition entre Belentia et Glaitce que pour les dessins verts des 
ailes inférieures, en dessous, plus ou moins nettement limités et 
accompagnés d'un lavis jaune. 



Anthocharis Palloui, Allard. 

Une des plus intéressantes découvertes réalisées en Algérie par 
Gaston AlIard. Falloui vole à Biskra et à Aïn-Sefra de très bonne 
heure dans la saison. Elle est relativement rare. Il paraît que 
Falloui habite aussi le pays de Somalis et sans doute la région 
désertique comprise entre le Sud-Algérien et la côte orientale 
d'Afrique. 

Calicharis Nouna, Lucas. 

Le genre Calicharis, appliqué par Boisduval à toutes les Antlio- 
charis de l'Afrique tropicale et de l'Arabie, comprend un assez 
grand nombre d'espèces très variables, aussi bien pour la taille et 
Taccentuation des taches noires chez les cT, que pour la couleur 
blanche ou jaune du fond des ailes chez les Q, ainsi que pour 
l'existence ou l'absence d'tmc macule apicale orangée dans les exem- 
plaires de ce sexe. 

II est très difficile de fixer exactement la limite de plusieurs 
espèces de Calicharis el, dans l'état actuel de la Science, de rattacher 
avec quelque certitude à une même unité spécifique, d'où nous 
pressentons cependant qu'elles dépendent, des formes locales ou 
saisonnières. 

En Algérie, dans la province d'Oran. le colonel Levaillant avait 
capturé jadis une certaine quantité de Cnlichnris appartenant à 
une même espèce qui fut décrite et figurée sous le nom de Nouna, 
par Lucas, dans YExflortition scienti-fiquc de FAli^éric {LcpuL, 
PI. I, fig. 2, 2 a, 2 b). 

Depuis cette époque, je ne crois pas que 'N ounn ait été retrouvée 
en Oranie. Il est vrai de dire que le sud de ccîtc province a été 



156 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

relativement peu exploré au point de vue entomologique. Mais dans 
l'Est-AIgérien, plusieurs fois, dans ces derniers temps, des Cali- 
ckaris ont été capturés. 

C'est ainsi qu'en mai 1875, Gaston Allard et mon frère prirent 
chacun un exemplaire çj dans le Djebel-Aurès, près de Menah, 
alors qu'ils se rendaient à Lambèze, par la montagne qui s'étend 
à l'est d'El-Kantara. 

En mai 1884, Mcrkl captura un c? à Biskra, et l'année suivante, 
en mai également, au même lieu, Bleuse trouva une g. Un mar- 
chand allemand m'a vendu une série d'exemplaires qui furent 
capturés plus récemment encore au Col de S fa. 

Je pense que ces Calicharis de l'Est-AIgérien peuvent être spéci- 
hquement identifiés à Nouna, de l'Oranie. Cependant Nouna a un 
autre faciès que lui vaut la forme plus arrondie de ses ailes. 

Pour permettre de se faire une opinion sur l'état actuel de 
confusion oii se trouve la Nomenclature, relativement aux Cali- 
ckaris (Teracolus, suivant d'autres auteurs), je citerai un travail de 
Guy A. K. Marshall {On tke Synonymy of tke ButlerilUs of the 
Genus Teracolus), paru dans les Proceedhtgs of tke Zool. Soc. of 
London de 1897. La Synonymie A'Evagore, Klug, espèce à laquelle 
Marshall rattache Nouna, ne comprend pas moins de trente noms 
différents d'espèces de Teracolus réunis sous un même vocable et 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 1$? 

Leucopkasia que décrit Duponchel et la lathyri, secundum Huebner 
(n"* 797 et 798), est une forme de sinapis. 

Duponcheli se trouve aux environs d'Aix (Tour de César) et 
dans le vallon de Saint-Pons (Bouches-du-Rhônc) ; à la Sainte- 
Baume (Vax); dans les Alpes-Maritimes, notamment à la Turbie, 
au Col de Castillon, à Vcnce, à Tourettes, à Dalnis et à Puget- 
Théniers; dans les Basses-Alpes, où elle a été prise à Digne, à 
Garamagne (M* Gourdon) ; à Entrevaux, au-dessus de Neigeas, en 
avril et mai, puis en juillet. Certains exemplaires ont été trouvés 
aussi en juin dans les Alpes- Maritimes et appartiennent à la forme 
astivalis. En outre des localités de Provence précitées, j*ai reçu 
Duponcheli de Tokat, en Asie-Mineure; de Malatia, en Mésopo- 
tamie; d'Akbès et de Berut-Dagh, dans le Tau rus. 

L'espèce, sans être rare, n'est jamais extrêmement commune. La 
sinapis vole avec Duponcheli et celle-ci n'exclut nullement sa 
congénère; mais le vol de Duponcheli est très particulier et on 
distingue très bien les deux Lcucophasia, d'après leur vol. Herrich- 
Schaeffer a figuré Duponcheli, avec le nom lathyri, sous les n®' 407 
et 408. Bellier de la Chavignerie (^Annal. Soc. cnt. France, 1869, 
pages 513-514) a consacré à la Leucophasia lathyri, Duponchel 
(JDuponcheli, Stgr.), une intéressante notice où il constate l'existence 
d'une forme d'été qu'il appelle : tcstivalis. Staudinger et Rebel 
citent cet article de Bellier dans leur Catalog 1901 ; mais ils ne 
l'ont certainement pas lu, puisque Staudinger a inventé le nom 
àiœstiva, postérieurement à œstivalis, Bellier. !Mon ami Verity s'est 
borné à copier textuellement la synonymie donnée par Staudinger 
et Rebel, et il admet le nom œstiva, tout en citant, comme Stau- 
dinger et Rebel le font eux-mêmes, l'article de Bellier qui a pourtant 
créé le nom œstivalis auquel est incontestablement due la priorité 
sur œstiva. Mais pas plus que Staudinger et Rebel, il n'a pris la 
peine de consulter les sources synonymiques, considérant d'ailleurs 
conune infaillibles et n'ayant nul besoin dctre contrôlées, les 
assertions du maître allemand. 

La notice de Bellier résume toute l'histoire de Leucophasia 
lathyri, avec une entière exactitude. 



158 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Dans ta collection Boisduval se trouve un cf Duponcfuli, avec 
l'étiquette Atlas. Je n'ai cependant jamais reçu cette espèce de 
l'Algérie. 

DufoncheU varie pour la taille^ quelques exemplaires ont le 
disque des inférieures lavé de jaune verdâtre; d'autres ont les ailes 
supérieures très obscurcies par l'extension de la tache apicale noi- 
râtre qui descend jusqu'à l'angle interne; les ailes inférieures 
peuvent aussi paraître grises, sauf pour les deux réserves cellulaire 
et mai^nale qui, par transparence du dessous, restent toujours 
blanches. 



Lencophosia slnapis, Lina 

Répandue depuis la Péninsule armoricaine jusqu'au Japon; 
existe en Irlande et en Angleterre, ainsi qu'en Barbarie; offre, 
dans les plaines et les basses montagnes, deux races saisonnières ; 
l'une : vemale, chez laquelle l'apex des ailes supérieures du cf est 
marqué d'une tache grise, le dessous étant d'ailleurs plus ou moins 
nuancé de vert et de gris; l'autre : estivale, ayant la tache apicale 
d'une teinte noire vive et le dessous des ailes dépourvu de dessins 
et d'un blanc jaunâtre. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I59 

la variété blanche de part et d'autre « utrinque albida »; mais il 
oublie de dire que cette variété est exclusivement Q. 

Le même auteur désigne sous le nom de diniensis la race d'été 
dont les ailes, en dessous, sont dépourvues de taches « alis omnibus 
subtus immaculatis •, mais nullement blanches, comme Staudinger 
et Rebel le prétendent, à tort, lorsqu'ils disent dans le Catalog 
1901 : c al. omn. subtus albidïs ». 

A Fusio et dans les Hautes- Pyrénées, à Cauterets, la sinapis 
qui vole en juin et juillet appartient à la race de printemps. 

Je crois que les Entomologistes anglais ont remarqué que la 
Leucophasia sinapis se raréûe en Angleterre, tout au moins dans 
certaines localités où on la trouvait jadis en abondance. En Bre- 
tagne, je remarque que sinapis tend également à se raréfier; je vois 
voler très peu d'exemplaires en été; dans mes chasses de printemps, 
le nombre des individus que je me suis trouvé à même de capturer, 
ces dernières années, à la forêt de Rennes, ou dans les chemins 
ombragés et le long des haies, me semble en voie de réduction, 
comparativement au temps passé. Cependant l'espèce existe encore 
en certaine quantité d'exemplaires dans notre pays. 

J*ai reçu de M. II. Powell quelques notes contenant des obser- 
vations sur les mœurs des Insectes et les particularités qu'il était 
à même de constater, lorsqu'il chassait pour nous en 1906, 1907 
et igo8. Voici une notice relative aux procédés galants de la 
Leucophasia sinapis : 

Le 5 septembre 1908, à Vemet-les-Bains, M. II. Powell aperçut 
une Leucophasia sinapis Q assez fraîche qui avait l'allure d'une 
pondeuse. Il la suivit pour obtenir l'œuf, si possible. Elle volait 
bien bas, en cherchant une plante convenable, et finit par trouver 
une onobrychis, à côté d'un rocher. Au même instant, un cf l'aperçut 
et descendit lentement vers la Q, en battant des ailes. Sans doute 
la Q vit également le cf, ï)arce qu'étant posée, elle se mit aussi à 
battre des ailes; mais cela ne l'empêcha point de pondre son œuf 
au-dessous d'une foliole. Le cT l'attendait tout près, sur le rocher. 
Elle s'envola aussitôt après avoir pondu et le cf la suivit. Ils se 
posèrent alors sur une feuille, le cT s'étant placé en face de la Q, 



iCo LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

ce qui rapprochait les deux tètes des papillons. Lorsqu'une Q de 
Pieris et de bien d'autres genres de papillons ne veut pas du cf. 
elle ouvre ses ailes en grand et redresse son abdomen; mais la Q 
de sinapis n'a point agi ainsi. Elle gardait les ailes redressées et 
fermées, produisant seulement un petit battement intermittent. De 
son côté, le cf donnait de petits battements irréguliers et par 
moments développait sa trompe et en frappait l'antenne gauche de 
la Q. Il dormait 6 ou 8 coups successifs, en remuant vigoureu- 
sement sa tête, puis il se reposait durant une vingtaine de secondes 
et recommençait A chaque coup reçu sur son antenne, la Q 
répondait par un petit battement d'ailes. Ce manège a continué 
pendant 4 ou 5 minutes, sans que le cf ait essayé de s'accoupler ; 
puis il s'est envolé, laissant la Q au repos. 

L'oeuf qui fut recueilli par M. H. Powell est relativement grand. 
Il ressemble par sa couleur et sa surface à celui de râpa et de Manni, 
mais n'a pas la même forme, étant pointu des deux bouts et renflé 
au milieu. 

J'ai cité toute cette observation dont, comme je le dis plus haut, 
je suis redevable à M. Powell, pour appeler l'attention des Ento- 
mologistes sur le haut intérêt que présenterait la photographie 
d'événements souvent très curieux de la vie des Insectes. J'ai vu 
des chenilles aux prises avec la mouche qui cherchait à leur inoculer 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE l6l 

i" La race Palœno, de Laponie et de Russie, caractérisée par la 
teinte généralement d'un jaune verdâtre très pâle qui recouvre les 
ailes du cf» en dessus. 

Cette race est d'ailleurs variable, et je possède des (S pris à la 
limite des gouvernements Wladimir et Kostroma, dans la Russie 
centrale, qui sont beaucoup plus clairs que d'autres pris à Saint- 
Pétersbourg et dont je suis redevable à M. de Hedemann. 

2® La race Europome, Esper et Iluebner, de l'Allemagne centrale; 
c'est la plus grande forme connue; le cf a le fond des ailes en 
dessus d'un jaune verdâtre vif et le dessous des inférieures paraît 
moins obscur et moins sablé d'atomes grisâtres que dans les autres 
formes. Esper l'a figuré sous les n^** i et 2 de la PI. XLII et Huebner 
sous les n®* 434 et 435. Esper croit que sa « Danaïde blanche • 
est nouvelle et il dit : a Ein neuer Pai^ilio hat nun wohl eines 
ganz neuen Namens nœthig gehabt. • Il faut en effet un nom nou- 
veau à un papillon nouveau. Esper ajoute que son Eiiropome est 
de Saxe, t Beede Papilionen (cf et g ) wurden in einer saechsischen 
G^end gefangen. • 

3® La race Europomene, sec. Stgr.; c'est celle qui intéresse la 
faune française; elle est caractérisée par une taille plus petite que 
celle d!EuTOpome, la teinte jaune verdâtre très vive du fond des 
ailes du cf en dessus, et le ton plus obscur du dessous des ailes 
inférieures. Mais il est juste d'observer que certains Europome 
doivent être bien difficiles à distinguer A'Europonicrie et vicc-versâ. 
C'est sur un ensemble et une généralité que se fait la distinction. 

Europomeyie se trouve dans les Alpes; je l'ai prise en certaine 
quantité à Ryffelalp, par une altitude d'environ 2,200 mètres. Elle 
vole rapidement et c'est un plaisir de la voir, avec sa belle couleur 
vive et claire, évoluer capricieusement sur les pentes des montagnes. 
Il y a, à coté de l'ilùtel Ryffelalp, çà et là, au milieu de la forêt 
de vieux et superbes pins qui, m<ilheureusement, ne se resèment 
presque plus et se raréfient d'année en année, des sortes de ravins 
ou d'entoimoirs dont le fond est souvent assez large et dont les 
côtés sont tapissés d'une végétation buissonneuse et courte de 

11 



lOJ LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

«i^xmium et de rhododendron; la couleur en paraît très foncée. 
Quelques troncs gigantesques de pins aroles s'élèvent parmi ces 
baissons bas et obscurs. Lorsque, se trouvant sur le sentier d'oij 
l'oeil domine un de ces bas-fonds, on aperçoit quelques Colias 
voltigeant avec activité^ montant et descendant les pentes, se repo- 
sant un moment pour reprendre un vol extrêmement rapide et 
vigoureux, on jouit d'un spectacle qui m'a toujours charmé. Les 
Colias ressortent si vivement sur le fond vert sombre des buissons 
qu'elles semblent des points lumineux, bien plus brillants encore 
qu'elles ne sont réellement, une fois saisies et piquées dans la boite. 
Cependant ce sont des papillons joliment parés avec leurs ailes 
d'un jaune si gai et si vif cerclées de noir et frangées d'un rose plus 
pur que celui des fleurs de rhododendroiL 

Mes fils Charles et Joseph ont capturé la Colias Euiopomene 
au col de la Balme, entre Chamoimîx et Martigny, au mois de 
juillet 1892, et au-dessus de Lanslebourg, en juillet 1894, Plus 
récemment, M. Hustache a trouvé, en nombre, la même Colias à 
Russey (Doubs). Malheureusement c'était en août et il était trop 
tard pour pouvoir récolter des exemplaires bien frais. Cependant 
ma collection contient de cette localité 7 d" et 12 Q assez bien 
conservés et qui semblent fort intéressants. En effet, les cf ont tous 
la bande mai^nale noire des ailes supérieures prolongée en une 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 163 

Aristides von Caradja, qui a publié dans Vhis (Band. VII, 1894) 
un Catalogue raisonné des Macrolépidoptères de la Haute-Garonne, 
dte Eurofomene parmi les espèces pyrénéennes dans les termes 
suivants : 

€ Mai, juli, Aug. Bei S^ Béat, Mont Cagire (im mai), Cierp, 
Bagnères-de-Luchon und thalaufwaerts; i Stueck vom Port-de- 
Venasque (2,417 m.) ini August. Es sind aile typische Stuecke, 
wie sie genau so in der Schvveiz und den Basses-Alpes vorkommen. 
Zone II (mittlerer Theil des Département) ; Zone III (das Gebirge 
von 1,000 m. an. • 

Ces renseignements sont très précis et je n'ose y contredire; mais 
je déclare n'avoir jamais vu Europomene dcins les diverses parties 
des Pyrénées que j'ai parcourues, et aucun Entomologiste, parmi 
ceux que j'ai l'homieur de connaître, n'a pris cette CoUas dans un 
lieu quelconque de ces montagnes. 

M. Léon Frédericq, Directeur de la classe des Sciences de 
l'Académie royale de Belgique, a publié en 1904 un travail du plus 
gprand intérêt sur la faune et la flore glaciaires du plateau de la 
Baraque-Michel (point culminant de l'Ardenne) oti vole la Colias 
Europemene. Une étude très approfondie est faite de l'aire de dis- 
persion de cette ColiaSy en même temps que des renseignements sont 
donnés sur la faune et la flore de la partie montagnarde du territoire 
belge confinant à l'Allemagne. C'est un document de haute éru- 
dition et dont la lecture est pleine d'attrait. 

Colias Phicomone, Esper. 

Une Colias des hautes altitudes qu'on ne voit généralement pas 
au-dessous de 1,800 à 2,000 mètres. Répandue dans les Pyrénées 
françaises et espagnoles, depuis le Pla-Guilhem, au-dessus de 
Vemet-les-Bains, jusqu'aux Picos-de-Europa, dans les Asturies; 
habite aussi les Alpes. Très variable; mais les variations atteignent 
les individus dans les diverses montagnes où ils habitent et non 
pas une race locale, comparativement à une autre. 



104 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

On trouve la chrysalide de Phicamone sons, les pierres avec celle 
de la Pieris Callidice; elle est d'un joli vert tendre avec un point 
rouge. 

Le d" a le fond des ailes d'un vert clair plus ou moins parsemé 
d'atomes noirâtres. La Q est d'un blanc quelquefois verdâtre, avec 
une frange d'un rose pui, sur le bord marginal des 4 ailes. La 
frange du cf est également rose, mais souvent à son extrémité 
seulement J'ai pris dans les Asturies un c? figuré par Verity {Rkop. 
pal., PL XIII, fig. 3), dépourvu du point discoïdal noir aux ailes 
supérieures. J'ai réuni dans ma collection environ 300 exemplaires 
de diverses localités des Alpes et des Pyrénées, je ne crois pas 
qu'il y ait dans cette quantité deux exemplaires semblables. 

Au-dessus de l'Hôtel Ryffelalp, dans le Valais, Pkïcomone vole 
quelquefois abondamment sur les pelouses rases où paissent 
quelques troupeaux. Là, elle est facile à prendre, le plateau étant 
dans son ensemble assez plan et seulement l^èrement ondulé: Dans 
les Pyrénées, autour du lac de Gaube, Pkkomone est beaucoup 
moins aisée à capturer; elle vole sur des raillères dont la pente est 
extrêmement raide et beaucoup d'exemplaires passent, absolument 
inabordables. 

Au Pla-Guilhem, vaste solitude couverte d'un gazon assez ras, 
où la course est relativement facile, la capture de Phicomone peut 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 165 

than a spécimen or two is seen, in others not one; and much 
rcsearch has been expended upon thc perplexing question of its 
retreat during thèse long intervais... • 

En Bretagne, Hyalc n'est généralement pas beaucoup plus abon- 
dante qu'en Angleterre, sauf en quelques années exceptionnelles. 
Je vois cette Collas à peu près tous les ans, aux environs de Rennes, 
mais en petit nombre. Je l'ai rencontrée au bord de la mer de la 
Manche, à Cancale et à Saint-Malo. Je ne l'ai pas vue à l'ouest de 
Rennes, dans la région de Monterfil; je la crois cependant assez 
nombreuse au sud de Rennes, sur les bords de la Vilaine, vers 
Bourg-des-Comptes. localité plus méridionale que Rennes. Je ne 
me souviens pas d'avoir observé Hyalc, en Bretagne, au printemps. 
C'est toujours à la fin de Tété ou au commencement de l'automne 
que j'ai constaté la présence de cette espèce dans notre région. 

Je crois que Hyale est, en Bretagne comme en Angleterre, une 
Collas qui ne paraît qu'à la suite de migrations venant du sud-est. 

Hyale est très abondante au midi de la Loire et aux environs 
de Paris. Je l'ai vue très commune dans certains jardins publics 
de Paris, en août et septembre. Au sud de la Loire, elle paraît deux 
fois par an, d'abord en mai, puis en été. Je ne l'ai jamais reçue 
d'Algérie, où M. Holl ne l'a pas trouvée, quoique chassant depuis 
longtemps, et avec beaucoup de soin, aux environs d'Alger. Mais 
M. Seriziat dit l'avoir prise à Collo, cl elle me fut jadis signalée 
d'El-Haçaiba, en juin. Au contraire, Hyalc, avec sa fonnc gigan- 
tesque Pollographus (Simor/a), abonde dans toute l'Asie orientale. 

Voici les localités d'oii je possède Hyalc, en faisant abstraction 
de la forme asiatique Foliographus et en me bornant à relever les 
étiquettes indiquant la provenance des H y aie appartenant à la 
forme européenne de l'espèce : ^Tésopotamie, Transalaï, Turkestan 
oriental, Asie-Mineure (Broussa), Autriche, Allemagne, Valais, 
Basses-Alpes, Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Gers 
(Lectoure), Pyrénées-Orientales, Gironde, Charente et Charente- 
Inférieure, Vendée, Vienne, Ille-et-Vilaine, Paris, Doubs, Cantal, 
et en Afrique, Abyssinie. 



l66 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

La CoUas Hyale est variable. J'ai observé les Aberrations sui- 
vantes : 

Ab, Sieversoides, Verity (PI. XL, fig, 34). i cf de Wurtemberg, 
chez qui l'apex des supérieures est entièrement dépourvu de noir. 
Entre le point noir discoïdal et le bord marginal des ailes supé- 
rieures, il ne reste que la première tache noire, celle au delà de 
laquelle se trouve normalement la série de points jaune clair qui 
sépare ordinairement la première macule noire de la seconde avec 
laquelle elle se confond ordinairement. Cette dernière macule noire 
manque dans Sieversoides sur tout l'espace apical et marginal qui 
reste entièrement jaune Hséré de rose. 

Ab. intermédiaire entre Sieversoides et la forme normale; les 
taches jaunes submarginales se confondent en une bande qui sépare 
l'espace noir apical-marginal en deux taches bien distinctes. Plu- 
sieurs exemplaires cf d'Autriche, de Paris, de Digne, de Villeneuve- 
de-Blaye (Gironde). 

Ab, Uhli, Verity (PI. XL. fig. 33); c'est l'Aberration inverse où 
l'espace apical marginal est entièrement noir et absorbe les taches 
jaunes normales. Plusieurs cf de Villeneuve-de-Blaye, de Cadolz- 
bui^ (D' Kiesslii^) et de Lectoure (Gers), et d'autres, de diverses 
localités, faisant la transition entre cette Aberration et la forme 
normale. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 167 

en dessus; pour la tache orbiculaire du milieu des ailes inférieures 
en dessous, généralement double, mais qui peut être simple. 

En Bretagne, et sans doute partout ailleurs, la Colins Hyale affec- 
tionne les champs de trèfle et de luzerne. Dans louest de la France, 
au sud de la Loire, Hyale vole fréquemment sur les banquettes des 
grandes routes, qui sont ordinairement gazonnées et remplies de 
fleurs variées. J'ai vu une foule de papillons : Colias, Lycœna, 
Satyres, Hesfènesy voltiger sur ces banquettes où les plantes natu- 
relles croissaient avec assez de vigueur, surtout dans la Vienne et 
dans les Charentes. Les routes devenaient alors d'intéressantes 
localités entomologiques. 

Collas Edusa, Fabr. 

On trouve la Colias Edusa en Barbarie, que je crois être son 
pays d'origine; dans presque toute l'Europe, en Asie-Mineure et 
jusqu'au Yunnan d'où feu le P. Delavay, Missionnaire apostolique, 
me Ta jadis envoyée. Dans le midi et le centre de la France, il 
semble o^Edusa est actuellement une espèce parfaitement stable, 
accomplissant son évolution avec la plus régulière continuité et ne 
disparaissant pas momentanément du pays, tandis que dans la 
Péninsule armoricaine et en Angleterre, je suis porté à croire qu'il 
en est tout autrement. En Ille-et-Vilaine, je vois Edusa tous les 
étés depuis le mois d'août, et elle vole encore chez nous en automne, 
souvent jusqu'à la Toussaint; mais je l'ai bien rarement observée 
au printemps dans les environs de Rennes, et si, en juin, je vois 
une Edusa, c'est un échantillon généralement usé. Je pense donc 
que les Edusa qui voltigent dans nos jardins, sur les champs de 
trèfle et de luzerne et le long de nos routes, depuis le mois d'août 
à la fin d'octobre, sont la descendance de quelques papillons mi- 
grateurs venant du sud, probablement du Maroc, et produisant chez 
nous, à la fin du printemps ou au commencement de l'été, des œufs 
dont les chenilles se développent en juillet et donnent leurs 
papillons vers le milieu d'août. Ces papillons produisent à leur tour 
une descendance dont nous voyons les représentants voltiger en 



l68 LÉPIDOPTÉROI.OGIE COMPARÉE 

octobre. Mais la ponte de ceux-ci, malgré la douceur relalive de 
nos hivers bretons, périt presque totalement. L'espèce est alors 
renouvelée en Bretagne par quelques individus ayant hiverné, ou 
bien par des migrations. Au mois de juin 1 879. j'ai observé à Rennes 
un nombreux passage A'Edusa. Les papillons venaient du sud et 
se dirigeaient directement vers le nord. Les Entomologistes anglais 
qui, depuis de longues années, étudient si attentivement la faune 
de leurs Iles, croient aussi que les larves â'Edusa périssent pendant 
l'hiver dans leur pays. 

Je traduis ci-dessous une notice extrêmement intéressante consa- 
crée à l'histoire d'Edusa en Angleterre, dans le bel ouvrage de 
M. Charles Barrett : Tie Lefidofteja of the brithh Islands. C'est 
aux pages 37, 38 et 39 du Vol. I que l'auteur expose les circons- 
tances de la vie évolutive de la CoUas Edusa dans la Grande- 
Bretagne, et comme suit ! 

€ Ce beau papillon est peut-être, de toiites les espèces anglaises, 
la plus erratique. C'est à peine si, dans certaines années, on a pu 
en voir un seul échantillon, même sur la côte sud de l'Angleterre, 
tandis que dans d'autres années, Edusa traverse, en nombre modéré, 
tout le pays, voyageant régulièrement le long des routes, se délectant 
par occasion d'une fleur — ordinairement une composée de couleur 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 169 

mais, malgré tous les soins possibles, elles sont mortes. Bien que 
les Colias Edusa soient arrivées dans certains ras à Tétat parfait 
et complètement colorées, au mois de décembre, dans l'intérieur de 
la chrysalide, elles sont restées incapables derlore (unable to 
émerge). Il y a cq)endant, dans XEntomologist, un récit de 
M. Jobson qui expose que d'une ponte d'hiver, une chenille a sur- 
vécu, s'est transformée en chr}-salide le 1 1 avril et que le papillon 
est éclos le 2 mai. 

• En 1875, on vit quelques spécimens â! Edusa en automne; en 
juin 1876, on en vit aussi, mais très peu; cependant, dans l'automne 
de cette même année 1876, le nombre des exemplaires s'était beau- 
coup augmenté et toutes les Q voltigeaient près des côtés gazonnés 
des routes, sur les lotus cormcnlatus^ déposant évidemment leurs 
oeufs. La dernière Q fut obser^'ée le 7 octobre. 

• L'hiver fut si doux dans le Pembrokeshire que les fuchsia 
continuèrent à fleurir jusqu'au printemps. Les chenilles durent 
pouvoir manger tranquillement i")endant l'hiver et le printemps» 
relativement plus froid. Aux premiers beaux jours (4 juin), des 
spécimens purent naître à la vie, plus grands qu'aucun de ceux 
du précédent automne, frais et brillants, évidemment fraîchement 
éclos et n'ayant pas hiverné. De plus, on en voyait en plus grand 
nombre qu'à l'automne précodent. 

• D'après des informations, on apprit que des Edusa avaient 
été obser\'ées à Gravcscnd, à la mcmc date. Elles volèrent jusqu'au 
4 juillet; mais elles étaient usées et les Q, déchirées et en loques, 
ne cessaient de voltiger auprès du gazon et des lotus. Le 1 1 août, 
une autre éclosion se mit «\ paraître et, en peu de jours, chaque 
champ de trèfle, chaque sentier et chaque relais de route se trouva 
animé et embelli [)ar la présence de ces jolies créatures. Il restera 
toujours douteux de savoir si les niultitu(l?s d'échantillons qui 
furent observés dans tout le pays constituaient seulement la descen- 
dance de la première ccl(^sion, ou bien si elles furent renforcées 
par une vaste immigration venue du dehors 

• Quoique l'espèce ait réalisé un vigoureux effr)rl pour se main- 
tenir au cours de cette même année et qu'elle ait réussi à produire 



170 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

une autre génération sur la côte de Kent, sa rencontre dans le pays 
n'a jamais été qu'occasionnelle et spotadique. On a supposé que 
les œufs ont été déposés, mais que l'hiver plus inclément a détruit 
les larves qui en sont sorties... 1 

Je pense qu'en Bretagne où souvent, pendant plusieurs années 
de suite, les hivers se succèdent très doux, la température ne peut 
pas être accusée d'être la cause de la destruction périodique des 
Edusa. 

Quoi qu'il en soit, il semble démontré que dans la partie de 
l'ouest de la France située au nord de la Loire, aussi bien qu'en 
Angleterre, les CoUas Edusa qui volent dans ces contrées, en parfait 
état de fraîcheur, à la fin de l'été et au commencement de l'automne, 
doivent être la descendance d'individus migrateurs. Une nouvelle 
et régulière immigration annuelle est donc nécessaire pour que la 
Collas Edusa reparaisse à chaque saison d'été, en Bretagne et en 
Angleterre, 011 l'espèce manque au printemps. 

La Colias Edusa a été observée aux îles Orcades, mais pas aux 
Shetland; sa migration vers le nord se trouve donc limitée. 

X,' Acheronlia airopos, les Charocampa Celerio et lineala, le 
Daphnis Nerii, le Protoparce convolvuli, la Vanessa Cardui, même 
la Pbisia gamma, sont des espèces de Lépidoptères également 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I/I 

Il y a des phénomènes entomologiques bien inexplicables. J'ai 
vu en mai 1870, au sonmiet du Vésuve, une invasion de Coléoptères 
appartenant aux groupes les plus variés. Ces insectes étaient 
innombrables autour du cratère; les Lina populi notamment abon- 
daient, ainsi que des Nehria qui marchaient rapidement, semblant 
poussées par une force irrésistible vers le soufre s écoulant liquide 
à travers les fissures les plus voisines des bords de la couronne 
pierreuse du cratère. Ces Nebria se trouvaient immédiatement 
noyées dans le soufre, qui se figeait sur elles, et ressemblaient alors 
à des grains de raisins secs dans un gâteau au safran. 

Jamais, depuis 1870, je ne me suis retrouvé en présence d'un 
pareil phénomène. Le lendemain de mon ascension au Vésuve, 
beaucoup de Coléoptères que nous avions rapportés à notre hôtel, 
à Naples, dans nos vêtements où ils s'étaient insinués, s'étaient 
dirigés dès le matin vers la lumière et garnissaient les rideaux des 
fenêtres. Je pouvais encore récolter ainsi de nombreux échantillons. 

Dans certaines occasions, la quantité des Insectes paraît immense, 
tandis que dans d'autres circonstances, pour des causes le plus 
souvent inconnues, les mêmes espèces semblent très raréfiées. 
C'est ainsi qu'en Angleterre on a conservé le souvenir de l'année 
1877, la grande année des EdiiSiiy comparativement aux autres 
années où l'espèce semble quelquefois faire presque complètement 
défaut. Pendant l'été de cette année 1877, je me trouvais à Cancale, 
au bord de la mer de la Manche. Les falaises, dont la base rocheuse 
est constamment battue par les flots, mais dont les pentes sont 
couvertes d'une végétation assez variée, forment les assises d'un 
plateau dominant la mer et sur lequel sont construites de nom- 
breuses habitations. Tout près de l'agglomération urbaine, des 
champs cultivés, entourés de haies vives, alternent avec des landes 
d'ajonc. Il y a surtout des cultures de blé noir, de blé, de luzerne, 
de trèfle et de pommes de terre. Sur les trèfles et les luzernes, les 
Collas Edusa étaient en nombre immense, et des deux côtés de 
la mer de la Manche, en Bretagne comme en Angleterre, le même 
phénomène entomologique se produisait. 

Je pouvais donc choisir à mon gré les exemplaires intéressants 



i;2 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

de la Colins Rdtisa qu'on voyait voltiger partout et dont les ailes 
jaunes tranchaient si bien sur la couleur rosée des trèfles, ou violet 
bleu des luzernes en fleurs. 

C'est ainsi que je vis un d" tout frais éclos et n'ayant point encore 
volé. Je le piquai avant qu'il ait pu se débattre. Souvent les 
Ediisa çS ont la bordure noire de leurs ailes saupoudrée d'atomes 
jaunes; mais chez cet exemplaire, le semis des atomes jaunes sur 
la bordure noire des ailes supérieures est tellement épais et serré 
que l'aspect général du papillon s'en trouve un peu modifié. Je 
pense que ces écailles jaunes très fines sont très fugaces et qu'il 
suffit d'un vol très peu prolongé pour qu'elles soient plus ou moins 
absentes. 

Verity figure avec le nom A'obsolela. sous le n° 30 de la PI. XLVI 
des Rhop. palœarcl., une g Ediisa anglaise, provenant de la col- 
lection Howard- Vaughan. Chez cette Q, la bordure noire est 
presqu'entièrement dépourvue des taches jaunes qui distinguent la 
g Edusa de l'autre sexe. Je possède d'Angleterre 3 autres Q 
analogues, dont 2 portent à leur étiquette la date: 1877. En 1877 
également, je trouvai à Cancale cette même variété g obsoleta, 
que je n'ai pas rencontrée depuis. 

Howard -Vaughan possédait une fort belle collection de papillons 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 173 

C'est cette circonstance qui me révéla le nouvel Entomologiste 
dont le Musée, à Tring, est si promptement devenu illustre. 

La Colias Edusa est fertile en Aberrations. Je connais les sui- 
vantes : 

I** CT et Ç ; la bande noire des ailes supérieures se trouve réunie 
au point noir cellulaire par un semis d'atomes noirs, comme cela 
a lieu dans la Hyale nigrofasciata. Verity a figuré un cf de cette 
Aberration sous le n'' 8 de la PI. XLVII. Mon exemplaire vient, 
je crois, de Sarepta, et une g , de Sorrente, sous le n^ 9 de la même 
Planche. 

2** cT; le point noir cellulaire manque, ainsi que dans la Phico- 
7Hone des Asturies figurée par Verity, sous le n" 3 de la PI. XLII, 
et la Myrmidone, représentée sous le n*' 34 de la PI. XLVII. 

3*" cf; les parties noires, atteintes d'albinisme, sont devenues 
d'un gris très pêAe (R/iop. palcearct., PI. XLVII, n° 10). Cette 
même Ab. est figurée sous le n° i de la PI. I de lahresbertcht d, 
Wien. ent. Ver., 1903, d'après un exemplaire pris le 17 sep- 
tembre 1898, par Schneck, près de Huetteldorf, en Autriche. 

4^ cf; la couleur jaune du fond des ailes est très pâle. 

De plus, la partie marginale noire est plus ou moins traversée 
par des traits jaunes en prolongement des nervures; la tache 
discoïdale des ailes inférieures, généralement double, peut être 
simple; la taille peut varier de moitié dans le même pays. J'ai des 
exemplaires de Sicile également exceptionnellement petits et excep- 
tionnellement grands. Je possède une paire venant de Corse dont 
la taille égale celle dAurora, 

5** Q Ab. obsoleta, dépourvue des taches jaunes dans la bordure 
noire des ailes supérieures. Je la possède non seulement d'Angle- 
terre et de Cancale, mais de Vernet-les-Bains, de Sebdou et 
d'Hyères (Var), en grand nombre. 

6° Ç Ab. Helice\ le fond des ailes est blanc au lieu d'être jaune. 
Les exemplaires sont quelquefois très obscurcis par les atomes 
noirs. L'Aberr. Hélice se trouve dans presque toutes les localités 
où paraît Edusa. 

7** g Ab. Helicina\ le fond des ailes est de couleur jaune très 



174 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

pâle, avec un léger reflet safrané ou rosé; Heîiàna est intermédiaire 
entre la forme à ailes jaunes et celle à ailes blanches. Le sfecimen 
typicum Heliàna fut trouvé éclosant dans notre jardin et posé sur 
une fleur, par mon fils Joseph, en présence d'Otto Staudinger, qui 
me favorisait d'une visite à Rennes ce jour-là. 

Je possède 2 Helicina de la collection Howard-Vaughan : l'une 
prise à New-Forest, en 1877, par Bartlett; l'autre à Folkestone, 
Clément en 1877, et obtenue de M. Austia M. Gelin, de Niort, 
en a capturé un superbe exemplaire, le 20 septembre 190S; 
M. Dupuy a trouvé à Angoulême l'Ab. Helicina et M. Faroult m'a 
envoyé de Tunis une Helicina dont les ailes inférieures sont très 
obscures, avec la tache orbiculaire jaune clair en dessus, tandis 
que dans les autres Helicina, cette même tache est d'un beau rouge 
orange J'ai aussi Helicina de Sicile, de Dompierre-sur-Mer (Cha- 
rente-Inférieure), de Charroux (Vienne), de la Sierra-Nevada 
d'Andalousie, de Lambèze, de Biskra, de Sebdou, de Hussein-Dey, 
d'Hyères. 

8° Q Hélice, avec la tache orbiculaire des ailes inférieures, en 
dessus, blanche, comme dans le n" 31 de la PI. XLVI de Rkop. 
palcearct.; je possède un exemplaire pris au Palais de Longchamp, 
à Marseille; un 2* capturé par moi à Cauterets en juillet 1890; 
un 3* trouvé à Besançon; un 4* que je rencontrai sur la plage de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 1/5 

10** Q surtout, chez lesquelles le contour intérieur de la bande 
marginale noire forme la ^é/e de chien dont le point cellulaire 
noir serait l'œil. La Colias américaine Cœsonia doit son nom à cette 
particularité dont elle présente la plus constante expression. 

M. H. Powell éleva, en 1901, à Hyères, deux pontes données : 
lune, par une Edusa à ailes jaunes; l'autre, par une Hélice, 
L'éclosion des papillons se fit en février et mars 1902. Les Q 
issues ai Edusa jaune ont toutes été jaunes; environ la moitié, soit 
14, appartiennent à l'Ab. obsoleta^ sans taches jaimes dans la bor- 
dure noire; 5 Q ont l'apex des ailes supérieures recouvert d'atomes 
jaunes, comme dans le n*' 35 de la PL XLVI de Rhop. palœarct. 
(earinica, Verity). 1 1 cf sur 40 sont d'un jaune très clair. Les Q 
issues d'Hélice sont Edusa jaune au nombre de 15 dont 8 obsoleta\ 
1 1 autres sont Helicina faisant la transition presque parfaite à la 
forme jaune, mais pas à la forme blanche. Aucun exemplaire ny 
parvient exactement, la plupart restant Helicina. Tous les 1 1 Heli- 
cina ont la tache cellulaire des ailes inférieures très élargie d'un 
rouge orangé très vif. 

La taille est normale pour les exemplaires de ces deux édu- 
cations; seul un cf, issu de la Ç) Hélice, est d'une taille analogue 
à celle de Polyommatus virgaurcœ. Sur 25 cf sortis d'Hélice, un 
seul est de couleur claire. Tous les exemplaires ont la tache cellu- 
laire double en dessous; quelques-uns montrent même une tache 
triple, en ce sens qu'un supplément centralement argenté sur un 
fond brun se développe en dessous de Torbe principal. Je pense 
que le n^ 11 de la PL XLVII des Rhop. palœarct. est une des Q 
Helicina, issues d'Hélice, obtenues par Powell et que j'ai prêtées 
à Verity. Mais je n'ai pas encore la légende de la PL XLVII au 
moment où j'écris ces lignes, et tous les papillons que j'ai prêtés 
à Verity sont loin d'être rentrés dans ma collection. 

Les Colias Chrysothcme et Myrmidone n'ont jamais été trouvées 
en France jusqu'ici. Dans les Pyrénées, on ne rencontre o^Edusa, 
en fait de Colias à ailes jaune souci. 

Dans lahresbericht d. Wien. ent. Ver., 1903, on voit, sous le 
n° 2 de la PL I, représenté un Edusa hermaphrodite : Q côté 



I/Û LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

gauche Helicina et d" côté droit. Leopold Semansky, de Vienne, 
possesseur de cette pièce merveilleuse qui fut prise le 20 août 1902, 
« in den Donau-Auen bei Albern unterhalb Wien », c'est-à-dire : 
dans les prairies du Danube, près Albem, en dessous de Vienne, 
dit qu'un hermaphrodite analogue se trouve dans la collection 
Staudinger, mais c'est le côté droit qui est g Hélice et le côté 
gauche qui est cf ; par conséquent, l'inverse de l'hermaphrodite de 
L. Semansky. 

Mosley figure sous le n° 3 de la PI. 2 des variétés de Colias 
ai^laises, un hermaphrodite absolument analogue à celui de 
Semansky, pris à Douvres le i"' septembre 1877, et dans la pos- 
session de M. Briggs. 

Mosley ajoute qu'il existe dans les collections anglaises d'autres 
Edusa offrant un mélange des caractères cf et Q ; ainsi M. Bond 
possède un hermaphrodite pris à Kent, avec le côté droit <3 et le 
côté gauche Q. Le même Mosley cite aussi 1872 comme étant une 
autre grande année A'Edusa, en Angleterre, et il figure sur la PI. I 
une Q Edusa au contour extérieur des ailes dentelé et 2 Helicina 
« taken in the gieat Edusa year 1872 ». 



Rhodocera rhamni, Linné. 




LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 1/7 

J'ai trouvé en Ille-et-Vilaine une variété Q très intéressante; je 
Tai appelée : britannica\ elle est presque de la couleur du cf et je 
Tai communiquée à Verity, afin qu'il la fasse figurer dans son 
ouvrage. La Rhodocera rhamni se trouve en Angleterre, en France, 
en Allemagne, en Algérie, en Italie, en Andalousie, en Syrie; elle 
est de T^eaucoup plus grande taille dans le midi que dans le nord. 
Je possède des exemplaires très grands de Tunisie, du Djurjura, 
de Tivoli et d'Akbès. Les hermaphrodites partiels ne sont pas très 
I rares. Ma collection en contient quelques exemplaires. Cleopatra 
et rhamni ne s'excluent pas l'une l'autre et elles habitent dans le 
même pays (*). 

Rhodocera Cleopatra, Linné. 

Espèce surtout méridionale, s'avançant vers le nord jusqu'au côté 
sud de la ville d'Angoulême où je l'ai vue plusieurs fois voler et 
où je l'ai capturée à la fin de juillet 1908, chassant en compagnie 
de mon ami Gabriel Dupuy. Elle est plus chaudement colorée dans 



(*) Dans la collection Madtlison qui a été vendue à Londres, à la salle 
Stevens, les 23 et 24 février 1909, se trouvait un curieux Rhodocera r/iamni, 
avec taches orangées sur chacune des 4 ailes, aux inférieures, ce qui n'a jamais 
lieu chez Cleofatray comme aux supérieures. Voici la copie de l'étiquette qui 
était attachée à l'épingle de ce curieux rJiavini. c Breid by M. James Weir, 
on July 9 1904 f rom larva taken by him alft Butts Lawn, Brockenhurst, June 2 1904. 
Teste E. Morice ». Il arrive cjue dans les collections anglaises de papillons 
soi-disant exclusivement anglais, bien des supercheries se constatent, soft par 
collage d'ailes qui constituent de faux hermaphrodites, soit par coloration 
chimique, soit par introduction de papillons provenant de tout autre pays que 
les Iles Britanniques. Je pourrais en citer de nombreux et curieux exemples. 
Mais le rhamni que j'a])peUe décora^ est parfaitement vrai et il doit être 
analogue à un autre rhamni cité par M. de Rougemont, à la page 16 du Catalogue 
des Upido-pii-rcs du Jura ncuchateloiSy dans les termes suivants : M. Girod, 
de Moutier-Grandval, a élevé, pendant l'été si remarquablement chaud de 1893, 
une famille de chenilles de R. rhamni. Une d'entre elles lui a donné un papillon 
présentant la même coloration que le R. Cleopatra, L., avec cette différence 
que la tache orangée s'étendait sur les 4 ailes. La forme des ailes restait 
néanmoins bien celle du A*, rhamni. Cet exemplaire si curieux que M. Girod 
avait donné à M. de Rougemont fut cédé par ce dernier à M. Standfuss, 
directeur du Musée entomologi(iue de Zurich, qui s'occupe spécialement de la 
coloration des papillons. » 

12 



i;8 



LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 



le sud de la France, et la ladie urangée des ailes supérieures est 
plus développée dans l'Aveyron que dans les environs de Sebdou 
et d'Akbcs. Llcopatra ptéseiile une variété ÇS d'été ; massiliensts, 
Foulquier, caraclérisée par la teinte uniformément d'un jaune ver- 
dàtre, et non blanchâtre, du dessous de ses ailes. 

Jusqu'ici, j'ai réuni dans ma collection 13 hermaphrodites de 
Cleopalta, J'en ai fait ligurer plusieurs dans la XX* livraison des 
Eludes d'Entomologie. Ces hermaphrodites, tous différents les uns 
des autres, sont généralement des ^ qui, sous forme de ■ coups 
de pinceau » irréguliers et asymétriques, ont eu les ailes marquées 
de traits ou de taches jaune cîlron et rouge orangé, couleurs qui 
sont l'apanage du sexe mâle. Mais il me semble que les d" peuvent 
inversement recevoir sur leurs belles et vives couleurs jaune et 
orange des a coups de pinceau » de la teinte Q bianc verdâtre, 
en taches ou en stries variées, ce qui produit sur le même individu 
un mélange, quelquefois très agréable à l'œil, des trois couleurs : 
le blanc \Êrdâtre de la Q , le jaune citron et le rouge orange du cf- 

2 de ces hermaphrodites ont été pris à Klienchela (Est -Algérien) 
par H. Powell, en juin 190S; ce sont des d" marqués des couleurs 
de la Q Les 1 1 autres sont des 9 plus ou moins décorées sur une, 
deux, trois ailes, ou même sur les quatre, de jaune et d'orange, ou 
seulement d'orange. 

Voici les lieux de provenance de ces Q hermaphrodites : 
Dalmalie; Tunisie; Marseille, (rois exemplaires pris par MM. Gé- 
déon Foulquier, Baudouin et Siépi; Beaurech, près Bordeaux; 
Castillon, dans les Alpes-Maritîraes; Verncl-les-Bains (Pyrénées- 
Orientales), deux exemplaires pris les 5 et 6 juillet 1886; enfin, 
deux existaient dans la collection Bellier, 

Esper figure sous le n" i de la PI. CXI une Cleopatra g, ayant 
reçu des coups de pinceau du cf. prise à Nîmes, en Languedoc, et 
faisant partie de la célèbre collection Gerning. 

CUopalia varie pour la taille. Elle est répandue dans la France 
méridionale, l'Espagne. l'Italie, le Maroc. l'Algérie, la Tunisie. 
l'Asie-Mineurc et l'île de Madère où elle présente une race spéciale. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I79 

Aux Canaries, se trouve la Rhodocera Cleobule, dont les ailes 
supérieures chez le (S sont entièrement d'un rouge orange. Aux 
frontières orientales du Thibet, dans le Su-Tchuen, les Rhodocera 
abondent. Deux espèces furent découvertes dans ce pays par feu 
Fabbé Armand David : la belle, grande et vivement colorée 
AminthUy Blanchcird, et la plus petite et moins brillante Alvindà, 
Blanchard. Mais il y a d'autres espèces encore inédites, et certaines 
de ces Rhodocera chinoises offrent la même particularité que la 
rhamni à Rennes, c'est d'avoir deux formes de Q, dont Tune res- 
semble au cT, 



Charaxes Jasius, Linn. 

Magnifique papillon assez répandu dans la région voisine des 
côtes de la Méditerranée. La chenille vit sur Varbutus unedo à 
Cannes, Hyères, Marseille. M. H. Powell en a trouvé, en sep- 
tembre 1908, une trentaine sur un arbousier isolé, dans les Pyrénées- 
Orientales, aux environs d'Ille-sur-Tet. Le Charaxes Jasius n'avait 
pas encore été signalé dans le Roussillon. Il doit se rencontrer des 
Aberrations de Jasius y par confusion des dessins compliqués du 
dessous des ailes; mais je n'en ai encore jamais observé. Le docteur 
Fischer, de Zurich, cite deux Aberr. de Jasius, sous les noms de 
Bachmetjevi et Hageni ; mais je ne les ai jamais vues. 

Les feuilles de l'arbousier étant glissantes, la chenille ne peut 
s'y tenir solide qu'en tissant sur la feuille où elle fait élection de 
domicile un réseau soyeux au moyen duquel elle s'accroche. Il y a 
deux éclosions du papillon : en mai-juin et en septembre-octobre. 
Lorsqu'il fait exceptionnellement froid, l'hiver, dans la région 
méditerranéenne, les chenilles de Jasius gèlent et périssent en grand 
nombre. Les arbousiers sont nombreux dans la forêt de Cap-Breton 
(Landes). Feu Lafaury a essayé d'y acclimater le Jasius. J'ignore 
si son entreprise a réussi. Le Charaxes Jasius se trouve en Algérie; 
mais je n'ai encore jamais vu d'exemplaire authentique de cette 
provenance. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



Apatura Iris, Linn. 

Le Grand Mars changeant est plus rare et moins répandu dans 
l'ouest que dans l'est de la France. J'ai pris une seule fois la Q , à 
Rennes, mais je croîs Vins assez abondant dans quelques localités 
du Morbihan. Je l'ai capturé à Bagnères-de-Luchon et aux gorges 
de la Diosaz, près Chamounix. Il se trouve à la Granja, en Espagne, 
et en Angleterre. Mais c'est surtout dans les forêts de la Lorraine 
que le Grand Mars vole en grand nombre, présentant assez fré- 
quemment la variété unicolore lole sans taches blanches. Autrefois, 
■ M. Deschange recueillait chaque année plusieurs exemplaires de 
lole aux environs de Longuyon (Meurthe-et-Moselle). 

\Jlris est une espèce très commune aux environs de Tâ-tsien-Lou, 
Siao-Lou, Tien-Tsuen, dans le Su-Tchuen, aux frontières onentales 
du Thibet. J'ai reçu de ce pays un nombre considérable d'/«V. La 
forme du d" est le plus généralement conforme à celle d'Europe; 
mais il y a à Siao-Lou et lieux voisins une variété d'/m ayant les 
fascies d'un fauve doré, et depuis cette forme extrême que j'ai 
appelée chrysina jusqu'à la forme nonnale à fascies blanches, on 
trouve tous les passages et toutes les transitions. 

La ç à Tâ-tsien-Lou, Siao-Lou, etc., est tantôt à fascies blanches, 
comme en France, et tantôt à fascies d'un jaune nankin. Je possède 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE l8l 

la PI. XV le cT et la Q d*une même espèce sous deux noms dififé- 
rents. Cet auteur publie le cf sous le nom de fulva (fig. 2) et la Q 
de la même A patina sous le nom de subcœndea (fig. i). 

Il convient de rectifier cette erreur. Le même auteur représente 
sous le n° 4 de la même PI. XV, sous le nom erroné de Bieti Q, 
la Q xanthina A'Iris. 

La véritable Q Bieti est beaucoup plus sombre et la couleur de 
ses fascies est non pas d'un jaune nankin, comme Iris xanthina^ 
mais fauve. Bieti est beaucoup plus reire qu7m. J'en possède une 
cinquantaine d'exemplaires qui varient entre eux, seulement par 
Textension plus ou moins grande des bandes fauves. Bieti a été 
rencontré à Tâ-tsien-Lou et à Tse-Kou. 



Apatura llîa, Hùbn. et var. Clytîe, Hùbn., et Ab. Laura, 
Lep. St-Farg. (PI. XXV, fig. 12;). 

Commune à la forêt de Rennes, où elle éclôt vers le 5 juillet. 
On y trouve également les deux formes, celle à fascies blanches : 
lUa, et celle à fascies jaune orangé : Clytie. Il y a des individus 
plus ou moins intermédiaires ayant la fascie médiane blanche et 
les taches submarginales orangées, sauf le petit groupe des taches 
subapicales des ailes supérieures qui reste blanc, même dans Clytie. 
A Saint-Sauveur (Hautes- Pyrénées), j'ai seulement trouvé Clytie. 
M. Deschange m'a envoyé de Longuyon (Meurthe-et-Moselle) de 
belles Aberrations qui sont à Ilia ce qu'est lole par rapport à Iris. 
M. Fritsch, de Besançon, en a aussi rencontré de semblables dans 
le département du Doubs. Ces Aberrations portent le nom àiAsta- 
sioides, Stgr., et on peut en voir une figure dans le lahresbericht 
des Wien. ent. V crânes, 1S98, PI. i, fig. 4^, 4 3. 

On obtient par le traitement des chrysalides au moyen de la 
méthode du froid et du chaud, des Aberrations qui sont repré- 
sentées par Ileinrich von Mittis {loc. cit. y fig. 2 et 3). 

Un mot d'explication au sujet de ces Aberrations artificiellement 
obtenues me paraît nécessaire. 



ï82 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

II y a lieu de considérer que les procédés de chaleur et de gelée 
appliqués aux chrysalides produisent des éclosîons oii la Nature 
se trouve pour ainsi dire forcée; mais ces procédés ne donnent 
finalement que des sujets conformes à ce que peut produire la 
Nature, agissant sans l'aide d'aucun arti&ce employé par l'Homme. 
Seulement la Nature semble donner généralement très raremenl 
ce que les méthodes usitées pour le traitement des chrysalides par 
la température produisent beaucoup plus souvent. 

Quoi qu'il en soit, les Aberrations et variations diverses ont 
actuellement deux sources : d'une part, la provenance naturelle. 
J'indique, autant que je le puis, les circonstances de la capture 
susceptibles d'authentiquer l'origine des variations trouvées dans 
la Nature. D'autre part, il y a les sujets aberrants obtenus par les 
méthodes expérimentales des savants naturalistes à qui la Science 
est redevable d'observations d'une si haute valeur et d'un si puissant 
intérêt. J'en fais l'état qui me paraît utile pour l'étude des pro- 
blèmes concernant les lois présidant aux variations des espèces; 
mais je ne manquerai jamais de faire connaître l'exacte origine des 
papillons dont il sera fait mention au présent ouvrage. 

Je dois ajouter que dans les collections il existe, depuis l'emploi 
des méthodes expérimentales de traitement des chrysalides par la 
température, de nombreux spécimens aberrants considérés à tort 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 183 

tout à fait semblables en dessus à la variété obtenue par le froid 
(Kaelte-Form) figurée sous le n** 3 ^ de la PI. I, dans Jahresberickt 
des Wiener entom. Vereines, 1898. Je possède un autre exemplaire 
semblant pris au vol et ayant les 4 ailes semblables en dessus à 
cerf ^ a; il vient de Hongrie, contrée où il paraît qu'il a été capturé 
un nombre relativement considérable d'Aberrations de \Apatura 
llia et var. Clytie. 

Les Q llia sont généralement assez difficiles à obtenir. Mon fils 
Joseph a capturé en mai 1893, dans l'intérieur de la ville de 
Rennes, au boulevard Sévigné, dont les trottoirs étaient alors 
plantés de peupliers d'Italie, une Q llia à bandes blanches, fraî- 
chement éclose. Déjà il avait pris à Cancale, au mois d'août 1879, 
une Q llia également blanche. 

Dans le midi de la France, llia éclôt deux fois par an; on y 
trouve, surtout dans la 2* génération, une Q Clytie dont le fond 
des ailes est d'un jaune orangé assez uni. Je fais figurer dans le 
présent ouvrage un exemplaire venant de Montpellier; j'en possède 
un second exactement semblable. Lepelletier de Saint-Fargeau a 
décrit et figuré cette forme sous le nom de Laura, dans son ouvrage 
resté inachevé sur les Papillons de France. Les figures (PL 1 1, n** 3, 
et PI. 12, n° i) sont très mal coloriées. Peut-être aussi le coloriage 
a-t-il été altéré avec le temps? L'exemplaire Q figuré par Esper 
(tab. LXXI, cont. XXL fig. 3) sous le nom d'/m nibescens et 
rapporté par Staudinger et Rebel, dans le Catalog 1901, comme 
Aberr. Eos d^Ilia, représente tout à fait la forme normale de 
Clytie Q dans la France centrale. J*ai sous les yeux plusieurs 
exemplaires semblables. Quelques-uns d'entre eux font partie de 
l'ancienne collection de feu Guenée; il avait pourvu la boîte où 
ils étaient renfermés de l'étiquette suivante : <c Je l'ai prise en 
grande quantité à la glacière de Gentilly, près Paris, en 1829; elle 
descendait vers 3 à 4 heures du soir sur le tronc des peupliers; 
depuis, je ne l'ai plus revue que de loin en loin. » Il y a des Q 
Clytie très obscures; j'en possède plusieurs exemplaires pris à 
Berlin, en Bavière, dans le sud-est de la Hongrie, en Wurttemberg, 
conformes à la figure donnée par Esper, sous le n** i de la 



184 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Tab. XLIII, Suppl. XIX, et à celle publiée par Huebner sous les 
n" 812, 813, et appelée As(asia. 

Les Apatura Ilta et Iris sont des papillons superbes dont la vue 
réjouît toujours les yeux. 



Llmeoltls Popnll, Linn. 

Le Grand Silvain, d'Engramelle, se trouve depuis les environs 
de Tâ-tsien-Lou jusqu'au département de la Sarthe, où feu de 
Graslin recueillit plusieurs d" et une magnifique Q, les 10 et 23 juin. 
sans toutefois que l'année de la capture soit inscrite sur l'étiquette, 
et probablement au lieu dit ; Beauchéne, seulement indiqué sur 
l'étiquette par la lettre B. Feu Gallée, qui fut à Rennes un natu- 
raliste distingué et qui, comme entomologiste et surtout comme 
botaniste, avait réalisé de très intéressantes trouvailles, m'a affirmé 
que le Grand Sibmn se rencontrait à la forêt de Rennes. Je ne 
l'y ai pas vu. La Lïmenitis pofuli n'est pas rare dans l'est de la 
France, à Besançon, en Lorraine; elle est très répandue en Alsace. 
Je l'ai capturée au-dessus d'Uriage (Isère), vers 900 mètres d'alti- 
tude; je l'ai observée au plateau du Mont-Revard, qui domine Aix- 
en-Savoie Je ne l'ai jamais vue dans les Pyrénées. Je possède 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I85 



la fascie blanche en dessus. Les Q de Chine occidentale sont, au 
contraire, largement maculées de blanc. MM. Robach et Jeunet 
m'ont envoyé des environs de Besançon des Limenitis popidi 
tremulœ semblables à certains exemplaires de Tâ-tsien-Lou. Dans 
la région du Baïkal, au contraire, M. Chaffanjon a pris la forme 
fopiiliy chez laquelle les taches blanches sont très développées et 
qui est le contraire de tremtilœ. 

Limenitis Camilla, Iluebn. 

Etait autrefois commune à Rennes et volait dans les jardins 
autour de la ville. Après un hiver exceptionnellement froid, elle 
s'est raréfiée et je fus plusieurs années sans la revoir. Elle semble 
maintenant redevenir assez abondante. Je l'ai prise à la forêt de 
Rennes, à Monterfil, à Bourg-des-Comptes. Je n'ai jamais vu 
Camilla sur la côte malouine et je suis porté à croire qu'elle ne 
s'avance pas vers le nord, beaucoup au-dessus de Rennes. Chez 
nous, on peut la trouver depuis le commencement de juin jusqu'en 
août. C'est plaisir de voir le Sylvain azuré planer avec grâce et, si 
j'ose m'exprimer ainsi, avec noblesse, dans les vallons frais et 
boisés, se poser parfois sur les feuilles des cirbres ou sur les grandes 
fougères, fermer ou ouvrir au soleil ses ailes noires, parées d'un 
beau reflet bleuâtre et traversées par une bande maculaire blanche. 
La Camilla n'est pas rare en Toscane, dans les environs de Fiesole, 
au-dessus de Florence et à Castellamare-di-Stabia. Elle se trouve 
assez communément dans tout le midi de la France et sa première 
éclosion s'y fait en mai. Je l'ai prise à Vernet-les-Bains (Pyrénées- 
Orientales) en juillet et août; elle est abondante aux environs de 
Digne. Ma collection contient des exemplaires de Paris, Corse (coll. 
Bellier), d'Akbès en Asie-Mineure, de la Granja (Espagne centrale), 
de la Sarthe (coll. de Graslin), de la France méridionale. 

L'Aberr. Pythonissa, Millière, sans aucune trace de la bande 
maculaire blanche en dessus et avec le dessous des ailes d'un brun 
rouge ou noirâtre uni, alors que seulement l'espace basilaire et une 
tache près le bord externe des ailes supérieures restent d'un blanc 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



légèrement bleuâtre, se trouve dans ma collection. L'exemplaire qui 
a servi à la figure publiée par Millière fut pris à Florac, par feu 
Antoine Guillemot, de Thiers, qui s'en dessaisit en faveur de feu 
Emmanuel Martin, de Creil, à l'obligeance de qui j'en suis rede- 
vable Un cf analogue, pris aussi à Florac, je crois, existe dans 
l'ancieniie collection Bellier. J'ai acquis un cf d'Alsace, différant 
de Pythonissa, parce qu'en dessus, comme en dessous, il a 5 taches 
blanches aux ailes inférieures. Enfin M. Siepi m'a cédé le beau cJ" 
pris à Diaguignan (Var), en juillet 1898, et dont il est fait mention 
à la page 25 du Catalogue raisonni des Lépidopthes des Bouches- 
du-Rhône, etc. Les taches ordinaires sont très faiblement indiquées, 
très réduites et couvertes en grande partie par des atomes noirâtres. 
C'est un transitifs egre^us entre la forme normale de Camilla et 
l'Ab. Pythonissa. 

LImenItls Sibylla, Linn. 

Le Petit Silvain, plus répandu dans le nord de l'Europe que 
dans le midi, se trouve en Angleterre, en France, en Allemagne, 
et jusqu'au Japon. Il est généralement très abondant en Bretagne, 
dans les bois; je l'ai pris à Iluelgoat (Finistère), le 10 juillet 1900. 
II est très commun à la forêt de Rennes et dans le bois de Monterfil, 




LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 187 

Si Ton songe que le premier volume des Papillons (TEufopc 
peints fT après nature porte la date de 1779, on reconnaît qu'à cette 
époque déjà bien éloignée de la nôtre, les « Curieux de la Nature » 
et ceux qui encourageaient les publications scientifiques étaient 
probablement plus nombreux en France qu'aujourd'hui, au moins 
pour la spécialité entomologique; et on est étonné, en parcourant 
la liste des souscripteurs, du nombre, de la qualité et de la diversité 
des personnages qui s'intéressaient à l'ouvrage du R. P. Engramelle. 
Cette liste de souscription, qui parut en 1782, et fut imprimée en 
tête du tome III, contient 227 noms, parmi lesquels je relève les 
suivants : Le Roi de France, Monsieur, Madame, Monseigneur le 
Comte d'Artois, Madame la Comtesse d'Artois, Messeigneurs les 
Ducs d'Orléans, de Chartres, de Condé, de Conty, de Soubise; le 
Roi d'Espagne, Madame la Margrave d'Anspach et de Bareith, 
Messeigneurs les Ducs-régnant des Deux-Ponts et de Wurtembei^, 
Monseigneur le Prince de Œttingen-Wallerstein, Madame la Prin- 
cesse héréditaire de Saxe-Cobourg-Saalfeld, Monseigneur le Prince 
de Furstenberg, à Prague; le Roi de Suède, Madame la Princesse 
de Ligne, à Bruxelles; M. de Badier, grand-voyer de la Guade- 
loupe; MM. Barbaut de Glatigny, de. Beaujon, de Bondy, de 
Chalandray, Gigot d'Orcy, Marquet, Mel de Saint-Ceran, Ménage 
de Pressigny, de Meulan, Millin du Perreux, Parseval des Chênes, 
Richard de la Breteche, Vassal, Le Normant d'Etiolles, tous les 
quatorze receveurs généraux des Finances ou des Fermes; de 
nombreux libraires de France et de l'Etranger, souscrivant chacun 
pour 2, 3 et même 20 exemplaires; des magistrats; des adminis- 
trateurs; des militaires, tels que : le chevalier de Bargeton, capitaine 
de grenadiers au Régiment royal; de Boisaujeu, ancien mousque- 
taire; le Comte de Brienne, lieutenant-général des Armées du Roi; 
le comte de Brivasac, capitaine au Régiment de la Reine Dragons 
à Bordeaux; le Marquis de Champignelle, mestre de camp, capi- 
taine des Gardes du corps; le Marquis de Courtenvaux, capitaine- 
colonel des Cent-Suisses; le Marquis de Dampierre, maréchal des 
Camps et Armées du Roi; le Baron H.-W. Rengers, président du 
haut-conseil de guerre des Provinces-Unies, à La Haye, lieute- 



l88 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

nant-général de la Cavalerie, chambellan de S. A. R. Madame la 
Princesse d'Orange, ■ de la belle collection de laquelle, dit Cramer 
(Préface, p. 15), Son Excellence a daigné seconder et soutenir mes 
efforts, en m'envoyant un nombre considérable des pièces les plus 
belles et les plus rares de son magnifique et riche Cabinet, pour les 
faire dessiner en couleurs... •; M. le Comte de Razomouschi, bri- 
gadier des Armées de S. M. I. de toutes les Russies, etc.; des 
peintres; des académiciens; des négociants, tel : M. Christian Ger- 
ning, de Francfort-sur-le-Mein, qui possédait une magnifique 
collection de papillons; des consuls; des professeurs; des médecins; 
des prêtres; des pasteurs; des dames, ainsi : M"" de Libour, à 
Laval; M™ de Luynes, à Nantes; M"' la Marquise de Franqueville, 
M'" Eggendwsser, à Fribourg; M"* Clairon, pensionnaire du Roi; 
M"" de Montreuil, etc., etc. 

Pierre Cramer, contemporain du P. Engramellc, qui dédie son 
beau livre : Papillons exotiques des Irais Parties du Monde 
(Amsterdam et Utrecht, 1779) à Messieurs les Membres de la 
Société : Concordia et Libertate, et qui comme Engramelle et sui- 
vant la mode du temps, enjolive son œuvre par des frontispices 
gravés avec une finesse exquise, est encore mieux partagé pour le 
nombre des t Messieurs qui ont bien voulu honorer cet ouvrage 
de leur souscription », puisque la liste de ses souscripteurs, imprimée 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 189 

Neptis Lucilla. 

Espèce paraissant venir de l'Extrême-Orient et arrêtée à Test 
des Alpes. Je l'ai prise à S/resa, au bord du lac Majeur, au com- 
mencement de juin 1870. Je n'ai pas entendu dire qu'on Tait encore 
vue du côté occidental des Alpes, dans la Savoie ou dans quelque 
partie de la Provence. En Chine, sur la frontière thibétaine, Lucilla 
est très abondante; la forme, dans cette région, a les taches blanches 
rétrécies et appartient à la variété Ludmilla. Dans la région du 
lac Baïkal, M. Chaffanjon a trouvé une race de Ludmilla sensi- 
blement plus petite qu'au Su-Tchuen. Au Japon et dans le nord 
de la Chine, on rencontre des Lucilla semblables à ceux d'Autriche 
et d'Italie. L'abbé David avait capturé dans le nord de la Chine 
une Aberration de Lucilla remarquable par le prolongement des 
taches normales blanches en un large trait allongé jusqu'au bord 
marginal. Cet exemplaire curieux est dans ma collection. 

Aucune espèce d'Apatura de Limenitis et de Neptis n'a encore 
été signalée en Algérie, du moins à ma connaissance. 



Vanessa Atalanta, Linn. 

Rien n'est agréable comme de voir, à la fin de l'été ou au com- 
mencement de l'automne, quelques beaux Vulcains, voltigeant autour 
des fruits mûrs, ou bien posés, en ouvrant leurs ailes dont ils 
montrent tout l'éclat, sur des fleurs d'arrière-saison : telles c^'aster 
ou escallonia, sur des raisins, des poires qui ont déjà été partiel- 
lement dévorées par les frelons et les guêpes, ou encore sur des 
figues détachées de l'arbre et tombées à terre. 

Les Vulcains sont souvent familiers avec l'homme et il n'est pas 
rare de voir ce papillon superbe posé sur la coiffure de quelqu'un. 
Il y a des places où, pendant presque toute la belle saison, un 
Vulcain fait élection de domicile. Alors, c'est à terre, au milieu 
d'une allée de jardin, sur un tronc d'arbre ou un arbuste, dans un 
lieu très circonscrit, qu'on voit presque constamment le Vulcain 



igo LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

animer et embellir de sa présence l'endroit où il se plaît et dont 
il ne s'éloigne généralement pas longtemps. 

La. Vanessa Atalanta, comme les autres Vanessa, a été l'objet de 
travaux d'expérimentation considérables et pour lesquels je renvoie 
aux ouvrages originaux de leurs auteurs, notamment à : Experi- 
tnentelle Zaologiscke Siudien mit Lepidopteren, von D' Max 
Standfuss (1898), et Gesammt'idd der bis Ende i8ç8 an Lepi- 
dopleren vorgenommenen Temperatur ùnd Hybridations-Expéri- 
menté du même auteur (1899). 

Je compte parler ici seulement des variations rencontrées dans 
la Nature. Les livres des anciens auteurs contiennent la reproduction 
d'Aberrations extraordinaires ; ainsi Mosley &gure dans l'ouvrage 
Illustrations of Varieties of bntish Lepidoptera, sur la PI. VII, de 
superbes variétés, sous les n"' l, 3 et 4. 

J'ai pris moi-même dans notre jardin du faubourg de Paris, à 
Rennes, sur une treille, à l'arrière-saison, l'Aberration curieuse que 
feu Minière a âgurée sous la &gure 3 de la PI. 88 de son Icono- 
graphie. Les parties rouges normales sont absentes et remplacées 
par une teinte blanc ochracé. La bande des ailes supérieures est, 
dans la partie médiane, dépourvue d'écaillés. 

Le 21 octobre de la présente année 1908, par une belle journée 
ensoleillée, quelques Atalanta voltigeaient vivement dans le jardin 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ICI 

localités précédemment citées, ma collection contient des Atalanta 
des localités suivantes (non compris les variétés par refroidissement 
que j'ai reçues de MM. les D" Standfuss et Fischer, de Zurich) : 
Angleterre, Cancale, Corse, Vemet-les-Bains, Paris, Etats-Unis. 

Vanessa Cardui, Linn. 

La Belle Dame habite, je pense, les cinq parties du Monde. 
Contrairement à l'opinion de Staudinger, la Vanessa Cardui se 
trouve dans l'Amérique méridionale où feu C. Bar l'avait capturée 
à l'île Portai, au Maroni, dans la Guyane française. 

En juin 1879, la Bretagne fut traversée par une migration consi- 
dérable de Belles Dames venant du sud. Le bord de la mer, à 
Cancale, en était conmie frangé. De nombreux papillons vivant 
encore, tombés à la mer, mais portés par le flot, étaient ramenés au 
rivage par la marée. On les cueillait à volonté et nous les mettions 
à sécher sur la terre ferme où ils ne tardaient quelquefois pas à 
recommencer leur vol. 

Dans ma collection, la Vanessa Cardui est représentée par des 
exemplaires dont voici les provenances : Irlande; Angleterre; 
Cancale; Vendée; Evreux; Rennes; Gironde; Sierra-Nevada 
d'Andalousie ; Escorial ; Hautes-Pyrénées ; Pyrénées-Orientales ; 
Paris; îles Comores; Tamatave; île Bourbon; Bagamoyo, Mrogoro, 
Nguru et Tabora, dans le Zanguebar; bords du fleuve Quango; 
Boké, sur le Rio-Nunez; Natal; Abyssinie; Biskra, Bou-Saada, 
Sebdou, Lambèze, en Algérie; Akbès; Taurus; Java; Menado; 
diverses parties de la Chine; Thibet; Australie; Haute-Birmanie; 
île Askold; Sikkim; Japon; îles Canaries; Amérique du Nord; 
Guyane française. 

Abstraction faite des Aberrations obtenues par voie expérimen- 
tale, je possède -. i"" l'Ab. pallida, à fond des ailes blanc très légè- 
rement rosé, dont un exemplaire très caractérisé et très frais fut 
pris par mon frère dans les Pyrénées-Orientales et un autre un 
peu moins blanc recueilli à Rouen, par feu Lhotte, lors de la grande 
migration de 1879. 



192 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Quant aux Ab. Elymi, j'ai sous les yeux i c? de la collection 
de Graslin; i autre cf, de Paris, de la collection Bellier; 4 autres 
de la collection Wiskott, pris en Silésie, à Pesth, Troppau et 
Mittewald. Ce dernier est très remarquable avec la série submar- 
ginale de points blanc rosé qui se détache sur ses ailes inférieures, 
en dessus. De Biskra, j'ai une Q dont la plus grande partie des 
taches et dessins des ailes inférieures, en dessous, est effacée. 



Vanessa lo, Lîiin. 

J'ai pris à Cancale, en 188g, la variété que j'ai désignée sous le 
nom de Belisaria; l'exemplaire g que je capturai était posé sur 
ui« fleur de Veryngitim maritimiim, dans l'anse de Port-Mer, très 
près des sables que le flot recouvre à chaque marée. Je possède 
un cf pris à Pontarlier, en 1894. La collection Bellier contenait 
2 d" Belisaria paraissant anciens et il y en avait un autre dans la 
collection Sheppard, qui fut vendue à Londres, à la salle Stevens, 
les 25 et 26 mars 1889. 

Ces 5 papillons, qui me semblent avoir été tous pris dans la 
Nature, sont semblables à ceux qui ont été obtenus à Zurich par 
mon ami Standfuss, ■ durch Hit;;e; nur einmalige 3 stundige 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I93 

Vanessa Antiopa, Linn. 

Répandue depuis la Bretagne jusqu'aux frontières orientales du 
Thibet et dans TAmérique du Nord, mais non signalée en Algérie, 
la Vanessa Antiopa varie beaucoup pour la taille. Elle a été Tobjet 
d'expériences très curieuses au moyen des différentes températures 
auxquelles les chrysalides ont été soumises. Le D' Max Standfuss 
figure dans son ouvrage : Experimentelle zoologische Studien mit 
Lefndopteren, sous le n*" 5 de la PI. III, une Aberr. Hygtœa pro- 
venant de l'expérience par la gelée (Frost-Experiment) ; sous le 
n* 3 de la PI. IV, une Aberr. semblable prise dans la Nature (in 
der freien Natur gef angen) ; enfin, sous le n® 4 de la même planche, 
une autre Hygiœa obtenue par la grande chaleur (Hitze-Expe- 
riment). 

La curieuse Aberration représentée sous le n*" i de la PI. V est 
due au froid (Kaelte-Experiment), et l'autre, n** 2 de la même 
planche, transition à Hygiœa^ a été obtenue par la chaleur (Waerme- 
Experiment). 

Les Aberrations Hygiœa avaient été trouvées jadis en certain 
nombre à Bordeaux, dans la Nature, et il y en avait plusieurs exem- 
plaires dans la collection de feu Auguste, laquelle fut achetée par 
Christ. Ward, d'Halifax. A la mort de Ward, j'achetai sa collection, 
ce qui fit rentrer en France les papillons d'Auguste. En réunissant 
les Hygiœa que contenaient les collections Boisduval, Ward, Bellier, 
de Graslin et Wiskott, j'ai sous les yeux une douzaine ^Hygiœa 
antérieurs aux expériences de variation. 

Ces expériences ont produit beaucoup de variétés Hygiœa et 
aussi la variété inverse, chez laquelle la bande marginale jaunâtre 
est très rétrécie et les taches bleues submarginales agrandies. Il y a 
en outre des variétés présentant un mélanisme très accentué, con- 
sistant en un semis épais d'atomes noirs sur la bande marginale 
jaunâtre, en dessus comme en dessous. 

Je possède un exemplaire paraissant pris au vol, portant l'éti- 
quette : Mombach, et ayant la bande marginale d'un fauve enfumé 
et non jaune clair. En dessous, la bande est restée blanche, et le 

13 



J94 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

long du bord marginal des ailes inférieures, en dessus, la bande 
jaune enfumé montre une éclaircie très nette, ce qui empêche de 
croire à une altératicMt arti&cielle de la couleur jaunâtre normale. 

J'ai d'ailleurs reçu de mon ami Standfuss deux individus de 
l'Ab. HygitBa ayant la bande jaunâtre marginale très large et très 
enfumée, dans le genre de nuance de VAniiopa de Mombach, ce 
qui indique que la variété enfumée peut exister sans supercherie. 
Ces exemplaires portent l'étiquette suivante : « Puppen von Zurich, 
durch Frost experiment >. C'est donc par le froid qu'elles ont été 
traitées. 

Antiopa se trouve en Angleterre, mais très rarement; Charles 
Barrett, dans Lepid. of tke Brilisk Islands, dit (page 142) ; 
« Many old Entomologists hâve never captured, or even seen, a 
living example >. Antiopa a été observé plus communément dans 
la Grande-Bretagne, 01 1846, « wich used to be called the Antiopa 
year >. 

Durant l'année 1873, on trouva aussi dans diverses parties de 
l'Angleterre une assez grande quantité à^ Antiopa. 

Je vois ce beau papillon presque tous les ans en Bretagne; mais 
je ne l'y ai jamais observé en nombre. Il est bien plus abondant 
dans certaines parties du centre et du sud de la France. 

Dans X'Aid to the identification of Insects, la ûgure i de la 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I95 

Vanessa Polychloros, Linn., et var. Brythromelas, Austaut 
(PI. XI, fig. 12). 

La Grande Tortue est assez répandue en France, en Angleterre, 
en Allemagne, en Italie, en Corse, en Algérie et en Asie-Mineure. 
En ce qui concerne la France, ma collection contient des individus 
récoltés à Rennes, à Cancale, à Châteaudun, à la Sainte-Baume 
(Var), dans les Pyrénées-Orientales, à Digne, à la Bourboule (Puy- 
de-Dôme). La chenille vit sur l'ormeau {iibnus campestris)\ on la 
trouve aussi sur divers arbres et arbustes. C'est une espèce com- 
mune; mais les Aberrations, dans la Nature, sont très rares. Je 
possède un exemplaire pris à Breslau, remarquablement albinos. 
En dessus, le fond fauve des ailes est resté presque normal, cepen- 
dant plus clair; mais toutes les taches noires ordinaires sont d'un 
blanc grisâtre, ainsi que les taches bleues marginales. Les antennes 
et le corps sont de couleur blonde et le dessous des ailes est d*im 
jaune d'ocre pâle. 

Esper figure (tab. LXXIII, cont XXIII), sous les n*** i et 2, de 
magnifiques Aberrations de Polychloros qu'il appelle testudo, t On 
a trouvé, dit-il, ce papillon en différents lieux de la Hongrie, et 
l'exemplaire figuré sous le n** i vient d'Ofen. D'après certains rap- 
ports, ajoute Esper, la chenille et la plante nourricière sont aussi 
différentes de celles de Polychloros. On a aussi trouvé récemment 
ce papillon dans le Palatinat, et l'exemplaire figuré sous le n** 2 
aurait été pris dans les environs de Neuwied. Les deux sont conte- 
nues dans la célèbre collection de M. Gerning. » Huebner figure 
de son côté, sous le nom de Pyrrhomelœna (n°" 845, 846), une 
magnifique Aberration de PolychloroSy très différente de testudo. 

Enfin le Père Engramelle figure, dans ses Papillons d^Europe^ 
plusieurs Aberrations de Polychloros\ mais, de même qu'Esper, il 
a une tendance à considérer ces Aberrations comme spécifiquement 
différentes de la Grande Tortue. Cependant il ne paraît pas vouloir 
être à ce sujet très affirmatif. Les Aberrations que représente 
Engramelle (PI. IV, Suppl. i, n''- 3 ^è et 3 /; — PL LXXX, 
IP Suppl., pi. I, n°- 3 w/ et 3 «; — PL VIII, IIP SuppL, n^* 3 ^, 3 ^) 



196 



lépidoptérologœ: comparée 



sont toutes magnifiques cl proviennenl ; la i" de Bude-Offen. en 
Hongrie, coll. Geming; la 2' de Neuvied, coll. Geming, et la der- 
nière est également de la coll. Geming. Aucune de ces variétés, 
dit Engramelle, n'a été élevée de la chenille; à cause de cela il ne 
peut former que des doutes sur l'idenlification spécifique avec 
PolychloTos. 

Les figures données par Esper sont plus grossières que celles 
fournies par le P. Engramelle. Cependant les papillons appar- 
tiennent tous à la même collection Gerning, la plus belle de la fin 
du XVIII' siècle, et telle que bien peu de collections modernes 
puissent revendiquer une supériorité sut celle ancienne collection 
Que sont devenues les merveilles qu'elle contenait? Tous ces sujets 
si remarquables, mais heureusement reproduits par la peinture, ont- 
ils été détruits avec le temps ? Les Entomologistes allemands pour- 
raient peut-être nous renseigner sur celle intéressante questioiL 

La collection Bellier renfermait un Pyrrhomelana, sans indi- 
cation de localité, d'aspect ancien, quoique très bien conservé. Les 
collections Boisduval, Guenée et de Grasiin ne possédaient aucune 
aberration de Polychloros. 

MM. Standfuss et Fischer ont obtenu, en traitant les chrysalides 
par la chaleur, les Aberrations Pyrrhomeltena et testudo. 

Les exemplaires de lesludo dont je suis redevable au D' Fischer 
ont subi + 43°°- 

Mais le traitement des chrysalides par la chaleur, même de + 43 
ou 44". ne semble pas modi&er la teinte fauve du fond des aile^ 
en dessus, et. jusqu'ici, n'a pas produit la variété algérienne 
erylhromelas, Auslaut. Celle-ci, dont j'ai sous les yeux plus de 
IDO exemplaires très caractérisés provenant de Sebdou, Tlemcen, 
Kheochela. Lambèze, Djurjura, se dislingue de tous les exemplaires 
européens par la couleur exlraordinai rement vive et chaude du fond 
des ailes, en dessus. Presque tous les exemplaires algériens montrent 
celle belle couleur d'un fauve rouge à laquelle ne parviennent point 
les individus de Syrie. d'Asie- Mineure et de Corse, pourtant un 
peu plus foncés que les nôtres. Cependant je dois faire connaître 
que je possède deux spécimens de Tlemcen, recueillis par M. le 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I97 

— 

curé Brevet, et dont la couleur fauve du fond des ailes en dessus 
diffère de celle des erytkromelas et se trouve conforme à des échan- 
tillons de Sicile et Corse que j'ai sous les yeux; on ne peut donc 
pas dire que tous les Polychloros d'Algérie sont des erythromelas. 

J'ai fait figurer sous le n** 12 de la PI. XI, un erythromelas 
normal. Erythromelas, en Algérie, éclôt d'abord en mai et juin, 
puis en juillet et août. 

Chez une quarantaine d'exemplaires dont les chrysalides ont été 
soumises par le D' Fischer, pendant trois semaines, à une tempé- 
rature de + 5*", les couleurs sont généralement pâlies, les taches 
bleues marginales des ailes inférieures en dessus sont surmontées 
d'un chevron noir très aigu et la dentelure des ailes est quelquefois 
moins accentuée. 



Vanessa urticœ, Linn. 

Manque en Algérie, ou du moins n'y a pas encore été rencontrée. 
Répandue, au contraire, en Asie et dans toute l'Europe, depuis les 
régions polaires; présente en Corse et en Sardaigne une variété 
géographique appelée : ichnusa, chez laquelle la couleur rouge du 
fond est plus vive et où les deux taches noires médianes normales 
font défaut; a été l'objet de travaux considérables d'expérience 
concernant le traitement des chrysalides par le froid et le chaud. 
D'après les très intéressants renseignements dont nous fit part 
M. Arnold Pictet, à la séance de la Société lépidoptérologique de 
Genève qui eut lieu le 12 novembre 1908 et à laquelle j'avais le 
plaisir d'assister, la modification des couleurs par la température, 
dans la chrysalide, se fait entre la 8° et la 13° heure après la trans- 
formation de la chenille en chr>'salide. Beaucoup de chrysalides 
ne donnent pas de papillons; d'autres fournissent des exemplaires 
normaux; quelques-unes présentent des Aberrations plus ou moins 
remarquables. 

Au Japon, la var. Buileriy Fenton, offre la particularité suivante : 
une bande noire formée aux ailes supérieures, en dessus, par la 



igS LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

confluence de la tache costale médiane et de la tache qui se trouve 
assise sur le bord interne des ailes, descend du bord costal au bord 
interne, laissant en dehois les deux points noirs médians normaux. 
Celte variété a été bien figurée par Pr^er [Rk,p. Sikonka. PI. VI, 
fig. 8) et indiquée : commune à Yez^^. On la remarque, mais ordi- 
nairement bien moins accentuée qu'au Japon, dans les urtica du 
nord de la Norwège et dans certains exemplaires des Iles Britan- 
niques, qui peuA-ent se rattacher à la var. polaris. Mosley figure 
(PI. I, n* 6), une de ces Vantssa urlicœ, prise à Norfolk. 

Déjà j'ai eu l'occasion de rappeler les indications données dans 
les tennes suivants sur une fonne d'»r/ic<? polaris parisienne, par 
Beliier de la Chavignerie (.4»». Soc. ent. France. 1858. p. 301) : 
* Un jour, écrit-il, un de mes amis m'apporta plusieurs Vantssa 
urlicar, dont les ailes, prodigieusement assombries et ornées de 
larges taches d'un noir intense, excitèrent tout d'abord mon admi- 
ration. H m'avoua que ces remarquables exemplaires, dont il voulut 
bien me faire présent, provenaient de chenilles retardataires 
recueillies par lui à l'arrière-saison et dont il n'avait obtenu que 
fort tard les papillons, en conservant les chrj'salides dans une gla- 
cière » 

J'ai encore aujourd'hui 3 de ces Vanessit urticœ sous les yeux; 
elles sont bien conformes à ce qu'en dit Beliier et elles se rattachent 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 199 



à rétat libre, à Cauterets, des urticœ d*un rouge moins vif 
(\\x*ichnusa de Corse et Sardaigne, mais à peu près complètement 
dépourvues des deux points noirs médians qui sont un des carac- 
tères de la forme géographique ichnusa. 

Il y a encore dans la Vanessa urticœ une Aberration fort remar- 
quable dont le fond des ailes est d'un blanc rosé. J'ai reçu d'Alle- 
magne 3 exemplaires, sans doute obtenus en Laboratoire, de cette 
Aberr. récemment appelée : Hermanniy mais que Mosley a figurée 
sous le nom plus ancien de fallida {Vanessa, pi. 4, n** 2). Bel lier 
en possédait un exemplaire qui fut pris dans la forêt de Bondy, et 
moi-même j'en ai vu un autre à Cancale, voltigeant tout près de 
la mer, au lieu dit : Plage du Verger. J'eus le regret de ne pouvoir 
le saisir. 

Restent maintenant les Aberrations par confluence des taches 
noires costales, par développement de la tache subapicale blanche 
et par transformation des taches bleues submarginales en taches 
ovalaires allongées. Ces Aberrations sont bien rares dans la Nature, 
tandis que les expériences de Laboratoire en produisent assez 
fréquemment. 

M. Gadeau de Kerville a pris, le i*^' septembre 1880, à Petit- 
Couronne, un exemplaire, qui est maintenant dans ma collection, 
assez analogue, si on le compare à urticœ normal, à l'Ab. testudo 
de Polyckloros. Pour les ailes supérieures, il ressemble à celui qui 
est figuré par Mosley {Vanessa, PI. II, n** 4). Sans doute il existe, 
dans les collections diverses, bien d'autres Aberrations A'urticœ 
prises dans la Nature; mais les résultats dus aux expériences par 
la température sont bien remarquables et font grand honneur à 
l'habileté des savants qui ont réussi à les obtenir. 

Grâce à mon ami Stand fuss, ma collection a été pourvue de 
documents très intéressants concernant les variétés expérimentales 
à' urticœ. Je suis heureux de lui en exprimer ma meilleure gratitude. 
Urticœ se trouve aux frontières occidentales du Thibet, au Yunnan 
et au Kouy-Tchéou, et y donne la forme grande, d'un rouge uni- 
forme que Leech a appelée : chinensis. 

Au Nord-Cachemire, urticœ a un peu l'aspect de Butleri de Yeso, 



200 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

mais le bord extérieur des ailes est uni, presque sans dentelures; 
cette forme s'appelle : ladakkensis, Moore. 

Enfin au Sîkkim, Kaschmitensis, Kollar paraît être aussi une 
forme d'nrlic^, comme peut-être Milberti. Godart, aux Etats-Unis. 

II est curieux qu'une espèce si répandue dans l'ancien Monde 
n'ait pas encore été rencontrée en Algérie oii paraissent manquer 
également, d'ailleurs, les Vanessa lo et Antiopa. 

Au point de vue de l'altitude, la Vanessa urtitœ, en France du 
moins, se trouve partout où croissent les orties dont se nourrit sa 
chenille. On trouve urtUie dans toute la France, au bord de la 
mer, aussi bien qu'au sommet des hautes montagnes, tel le Mont 
Canigou, oît je l'ai observée jadis. 



Vanessa C. Album, Lin 



On trouve le Robert le Diable, ou Oaittnio. comme l'appelait le 
P. Engramelle, en Europe, en Asie et en Algérie. Dans ma col- 
lection, il y a des exemplaires de Besançon, des Pyrénées-Orientales, 
de Rennes, de Gèdre, de la Gironde, de Châteaudun, de Digne, 
d'Evreux, de Corse, de Grèce, de Grenade, d'Angleterre, de Rome, 
de Sicile, de Broussa en Asie-Mineure, d'Akbès, d'Alger, du Djur- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 201 

F Album, Esp. (PL LXXXVII, Cont. XXXVII, fig. i). Cette 
Aberr. a été aussi figurée par Engramelle (PI. LV, Suppl. I), 
d*abord d'après un exemplaire du cabinet de M. Emst père, à 
Strasbourg, et une seconde fois (PI. LXXX, II*" Suppl., PI. I, 
fi&- 5 A 5 w d'après un échantillon pris à Mayence. 

Les exemplaires de l'Ab. F Album contenus dans ma collection 
proviennent de Besançon (mai 1891), de Saxe, de Silésie' et de 
l'ancieime collection Bellier, sans indication de localité. 

Feu mon cuni Emmanuel Martin m'a souvent raconté que, se 
promenant dans la forêt de Compiègne, il avait aperçu posé sur 
une feuille d'arbre un superbe exemplaire de l'Ab. F Album. 
Malheureusement son filet était démonté; il se hâta de le visser à 
son bâton, puis, lorsque tout fut prêt pour saisir le papillon désiré, 
celui-ci s'envola pour ne plus reparaître. En vain Martin, qui avait 
remarqué maintes fois combien les Robert le Diable revenaient 
volontiers au lieu où ils s'étaient une fois établis, attendit, inter- 
rogeant l'espace et inspectant les branches. Il dut s'en aller, sans 
avoir revu le papillon aberrant. Le regret de cette disgrâce le 
poursuivit longtemps, car je me souviens d'avoir entendu plusieurs 
fois le même récit attristé de cette fâcheuse aventure. 



Vanessa Bgea, Cram. (Z Album, Hiibn.). 

En France, YEgea habite seulement la partie sud-orientale : 
Digne, Nice, La Turbie, où je l'ai capturée au mois de juin. Jamais 
je n'ai vu Egea dans les Pyrénées-Orientales. Ma collection contient 
des exemplaires de Zara, en Dalmatie; de Raguse, où je l'ai prise 
en juin 1865; de Frascati et de Rome (R. Oberthiir); de Berud- 
Dagh (Taurus), de Grèce, d'Akbès, de Beyrouth. 

L'espèce varie assez pour la teinte du dessous des ailes, qui est 
plus ou moins grise ou brune, et pour l'accentuation des points 
bruns du dessus des ailes. Il y a des exemplaires dont le fond des 
ailes est d'un fauve doré clair et d'autres qui sont d'un fauve rouge 
et même un peu brunâtre. Je n'ai pas vu d'Aberration, mais il doit 



iMÉA^B^i^ 



202 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

en exister comme pour C Album. M. Holl a pris Egea à Maison- 
Carrée, en juillet. Je ne possède pas, pour ma part, d'exemplaire 
de cette espèce récolté en Algérie. 



Araschnia Levana, Linn. 

Présente l'un des cas les plus curieux de dimorphisme saisonnier. 
La fonne Lez-ana, à fond des ailes fauve en dessus avec des dessins 
noirs, éclôt au printemps; la forme Prorsa, noire avec des taches 
blanches, parait en été. 

UArascknia Levana Prorsa est abondante dans plusieurs loca- 
lités aux environs de Paris; on la trouve aussi dans la Haute- 
Vienne. J'ai pris la forme estivale Prorsa dans les ruines du château 
de Hochkoenigsburg, en compagnie de feu mon digne ami l'abbé 
Fettig, alors curé de la Vancelle, village alsacien situé en face du 
Hochkœnigsburg, sur la pente septentrionale de la vallée de 
Lièpvre, il y a plus de 45 ans, à la fin de juin 1S63. UArascknia 
Levana paraît manquer dans les Charentes, l'Auvergne, la Pro- 
vence; elle n'a jamais été trouvée en Angleterre, ni en Bretagne; 
mais il paraît qu'on vient de la rencontrer dans les Basses- Pyrénées. 
C'est une espèce qui paraît plus généralement répandue en Aile- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 203 

même Arase ftnia Levana\ mais elles ny sont ni décrites, ni figurées. 
Le genre Araschhia est nettement palaearctique, mais bien plus 
asiatique qu'européen. Les diverses espèces qui le composent, en 
dehors de Lez^ana Prorsa, sont : fallax, Janson, du Japon; Leva- 
noidcs Pr or soldes, Blanchard, de Chine occidentale; Doris, Leech; 
Davidisy Poujade et sa variété; Or cas, Leech; toutes des frontières 
orientales du Thibet; enfin Biirejana, Bremer, de TAmour et de 
Chine. Cette dernière espèce mérite une étude particulière. La forme 
(ou espèce distincte) figurée par Leech sous les n^* 13 et 14 de la 
PI. XXVI, méritant d*être désignée par un nom, je Tai appelée 
Leechi. La forme ordinaire du Su-Tchuen occidental ne peut être 
rapportée à strigosa, Butler, ni à Burejana, de TAmour. C'est une 
race peu variable et qui jusqu'ici ne semble pas avoir été distinguée. 
Il est nécessaire d'en donner la figure pour en faire apprécier les 
caractères différentiels. Je compte, en 'dressant l'inventaire de la 
faune chinoise des Rhopalocères, en publier la reproduction sous 
le nom de chinensis. J'en possède une cinquantaine d'exemplaires 
bien semblables entre eux récoltés par les chasseurs indigènes que 
dirigent les Missionnaires catholiques de Tâ-tsien-Lou. U Arase knia 
pr or soldes levanoides ne paraît pas rare; mais les autres espèces 
semblent être beaucoup moins abondamment représentées, et je ne 
reçois chaque année de chacune qu'un très petit nombre d'individus. 

Argynnîs Pandora, Esper. 

Superbe espèce très répandue en Algérie où elle est très vivement 
colorée, en Asie-Mineure, dans toute l'Europe méridionale et dans 
la France occidentale où elle remonte, en suivant les côtes de 
l'Océan, jusque dans le Morbihan. Elle est très commune dans 
certaines localités de la Loire-Inférieure et de la Vendée, et je l'ai 
prise aux environs de Rennes, à Mesneuf, dans la commune de 
Bourgbarré, le 2 août 1874, voltigeant sur les fleurs de trèfle. 

Je possède un hermaphrodite de Pandora, côté gauche Q et 
côté droit cf, pris à Saint -Georges, près Royan (Charente-Infé- 
rieure), en 1870. 



Ma x-IioctKO d CL-cir dî5 OTE-Iires de Ccrsc; Sîdk: Caitiia- 
gmt Vr::oc:a. z.xzr.£l. Lî Grï^-î e Gr^&dc ai Espagne; 
Calacte « Mec: CiSs^L ci Itilas: PjT^aêes-OTŒilafcs. Veidfe, 
IIte-«-V:îa3fc M:ri:ïâi=; &cciis. .\kres. Tazaas. en Asie- 
Miœore: I j-i-'i^Tf Sebd:c Mi^siia. D-nrirra. Yakooien. en 
Algéne 

PomJ-jtj vane rcâ-axcr par la :i:IIe e: î'écîaï des coolems. Dans 
les P>TéDées-Onenu2es. te c* sec; gaicraleaaen: petits; mais ai 
Corse et en Algérie: ds bcK îe p!-;s oriaaire^jeaî très gnnds. J'ai 
Tn jnsqn'ic: une seule Aberra^-iic de FjxS.^j: c'est on cf qui fat 
pris le 15 jcîliet 19C5 par iî. I>ccsMr. sur U rotite de Corte à 
Saint-PicTTe. en Corse Ce: OEe::ptaiic qi: es: mafnTcnaiit dans ma 
oollectioa est lonarqcable par le ton foncé de ses ailes, notamment 
de ses inférienics, qui sent vertes ci dcssos, avec confliKDce des 
lignes de points noirs sslxnarginaux. de îaçqa que l'espace compris 
entre la I:gne macnlaire extrace!lii!aiie sinoeoie rt !e liséré fam-e 
qoi descend du bcrd costal an bord anal. !e long de la ligne mar- 
ginale noiic: est devoiu prr^qoe entièrement soir par la conflaence 
et l'anpâtement des denx lignes ordinaires de points ocûrs. 



Af^ynnis PaphU, Linn., et \"ar. dires, Obthr. (PI. XI; 




LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 205 

Paphia. Ma collection contient un exemplaire Q côté gauche et cf 
côté droit, comme l'hermaphrodite Pandora, signalé plus haut, que 
j'ai reçu de M. W. Maus, de Wiesbaden. J'ai fait figurer dans le 
n** 12 de la Feuille des Jeunes Naturalistes de l'année 1900 une 
Aberr. cf prise à New-Forest, en 1893, remarquable par le mêla- 
nisme de ses ailes supérieures; une Q également mélanienne de 
l'ancienne collection Howard- Waughan (qui fut vendue à Londres, 
à la salle Stevens, les 22 et 23 avril 1890), prise en Angleterre par 
H. Pryer, en 1873; enfin une autre Ab. Q de la collection William 
Machin (vendue à la salle Stevens, à Londres, le 20 février 1895), 
remarquable par la confluence en une seule grosse tache noire des 
taches normalement séparées des ailes supérieures en dessous. J*ai 
reçu assez récemment de M. Janson un cT extraordinairement mé- 
lanien, obtenu de l'éducation d'une chenille en Angleterre, et un 
autre cf également anglais, ayzmt les deux rangs submarginaux de 
taches noires des ailes en dessus réunis, de façon que chaque paire 
de taches n'en forme qu'une allongée dans l'espace intranervural. 
Sur les ailes inférieures, en dessous, les taches d'argent sont brouil- 
lées. Ces Aberrations par mélcmisme, c'est-à-dire par extension et 
confluence des taches ordinaires noires qui absorbent une partie plus 
ou moins considérable du fond orangé fauve des ailes en dessus, 
ne semblent pas fort rares. En outre des exemplaires anglais pré- 
cités, ma collection contient 5 Cf et 5 Q aberrant provenant de 
diverses parties de l'Allemagne, semblant tous récoltés dans la 
Nature, et i cf des Pyrénées-Orientales. Quelques-uns sont extra- 
ordinairement mélanisants. Sous les n*** 15 i, ky l de la PI. LVII, 
SuppL III, le P. Engramelle figure des variétés du Tabac d^ Espagne, 
d'après la collection Gerning; le cf dessus 15 i et dessous i$ k 
ayant été pris dans la forêt de Francfort, vers les frontières de 
celles de Darmstadt, et la Q dessous 15 / ayant été reçue de Ratis- 
bonne. Il est rare que deux sujets aberrants soient exactement 
pareils entre eux; mais ils peuvent dériver d'un même principe 
de variation; c'est ce qui arrive pour les Aberrations de Paphia cf 
que je possède et celle que le P. Engramelle a figurée. Ces Aber- 
rations émanent d'une même loi. On obtient des variétés analogues 



2o6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

au moyen du traitement des chrysalides par ta température, ainsi 
que je puis en juger par 2 cf et 2 Q que m'a envoyés le D' Fischer, 
de Zurich. 

De Tsekou, sur les frontières du Thibet et du Yunnan, j'ai reçu 
une magnifique Ab. g de Paphia, avec le dessus des ailes presque 
tout noir; le dessous des supérieures présentant la conEuence en 
une seule tache des taches noires ordinairement séparées les unes 
des autres, et les ailes inférieures, en dessous, offrant un mélange 
extraordinaire de la teinte vert d'or et lilas argenté. 

Leech figure une Ab. Q analogue sous le n° 2 de la PI. XXIII 
de son bel ouvrage ButterHies iront China, etc. 

En Corse, aux environs de Marseille et à la Granja, en Castille, 
on trouve une variété appelée -. immaculata par Bellier. Les deux 
sexes, chez immaculata, ont le dessous des ailes inférieures entiè- 
rement d'un verdâtre doré, sans bandes attentées. En Corse, il y a 
les deux formes Q, celle à fond des ailes fauve en dessus et la 
valesina. Mais toutes les Paphia, dans cette île, n'appartiennent pas 
à la variété immaculata, et on y trouve des Paphia ayant des bandes 
argentées sur les ailes inférieures, en dessous. 

En Algérie vole une magnifique race que j'ai décrite sous le nom 
de dives dans le Bidlflin de la Soc. tnt. Fiance, igo8, p. 26-27, 
d'après des exemplaires pris à Yakouren, en Kabylie, pendant le 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 20/ 

Argynnis Aglaja, Lina 

Le Nacrif comme l'appelle le P. Engramelle, habite les montagnes 
et les plaines, vole aussi bien dans les prairies élevées des Alpes 
et des Pyrénées que sur les falaises dont le pied est battu par les 
flots de la mer de la Manche; il se rencontre depuis la Péninsule 
armoricaine jusqu'en Chine et offre de curieuses et magnifiques 
variations dont les divers auteurs ont publié de nombreuses figures. 

Richard South, .'dans le Catalogue de la collection Leech, repré- 
sente 4 Aberrations venant toutes de TEngadine, sous les n*** 6, 15, 
16 et 21 de la Planche IL Ces Aberrations appartiennent à deux 
catégories distinctes : 1° les n*** 15 et 21, avec les 3 grosses taches 
argentées réunies à la base des ailes inférieures en dessous; 2® les 
n*** 6 et 16, en dessus, très obscurs et presque entièrement noirs; en 
dessous, avec les taches argentées dont l'éclat est plus ou moins 
atténué, réduites de taille et parsemées sur le fond très assombri 
des ailes inférieures. Ma collection contient 12 cT et 2 Q se ratta- 
chant aux n°* 6 et 16 et formant pour ainsi dire la transition depuis 
la forme normale à l'expression la plus accentuée de ce genre 
d'Aberration. Ces 14 papillons proviennent d'Albula, d'Angleterre 
(coll. Briggs), des Pyrénées-Orientales, de l'Engadine, de Reichen- 
bach en Silésie, de Prague et de Vienne. Je possède 4 cf et i Q 
de l'Aberration représentée sous les n°" 15 et 21, venant de Savoie, 
midi de la France, Saxe et Angleterre (coll. Ward). Toutes ces 
Aberrations ont été prises dans la Nature. 

Mais ma collection renferme en outre trois spécimens aberrants 
offrant cette particularité qu'ils ont' été pris par mon frère au même 
lieu et en deux jours successifs, à Saint-Martin-du-Canigou, dcms 
les Pyrénées-Orientales, en été 1896. Sans doute, ces 3 papillons 
faisaient partie de la descendance d'un même couple et c'est de 
leurs parents qu'ils tenaient la variation dont ils étaient atteints. 

Les 2 cT sont semblables entre eux; aux 4 ailes, depuis la base 
jusqu'à la rencontre de la ligne sinueuse de taches noires, traversant 
le milieu des ailes, depuis le bord costal jusque près du bord anal, 
presque tout l'espace est devenu d'un noir vif par la confluence de 



2o8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

toutes les taches ordinaires en un large lavis noir sur lequel restent 
très peu d'éclairdes fauves. La Q est également mélanisante ; mais 
c'est en dehors de cette ligne sinueuse médiane de taches noires 
que ses ailes supérieures sont surtout lavées de noir, de sorte que 
la partie qui reste fauve dans l'espace basilaire donne assez bien 
l'aspect de la tête de chien dont la Colias américaine t'œsonia, 
exemple bien connu, montre le proûl et Toeil noir. 

Herrich-Schaeffer figure, sous les n" 140 et 141, des Aberrations 
à'Aglaja analogues aux n" 6 et 16 de la collection Leech, et Mil- 
lière, sous les n" l et 2 de la PI. 4 de la 4* livraison de sa belle 
Iconographie, donne la figure d'une Aglaja presqu'entièrcment noire 
en dessus, et combinant dans ses ailes inférieures en dessous rem- 
brunies et ayant les 3 taches d'argent basilaires confluentes et 
agrandies, pendant que les taches argentées submarginales sont 
réduites et assombries, les deux ordres de variation n"* 6 et 16 d'une 
part et n"' 15 et 21 d'autre part, du Catalogue de la collection Leech. 
L'Aberration insigne figurée par Millière avait été obtenue d'une 
chenille trouvée au Mont Pilât (Loire) par Donzel. 

Il y a d'autres variations d'Aglaja, par exemple celle qui a le 
fond des ailes inférieures en dessous plutôt jaune d'or que verdâtre ; 
et d'autres encore dont le dessus des ailes est d'un fauve plus ou 
moins vif, avec les taches noires plus ou moins accentuées et d'un 




LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 20^ 

grande et plus claire. Les Aglaja d*Askold me semblent un peu 
plus petits que les Aglaja de Corée, mais ils forment la transition, 
étant eux-mêmes clairs, avec cette variété coréenne. 

Leech figure sous le n° 6 de la Planche XXII des Butterfiies 
front China, etc., et avec le nom : Argynnis Aglaja, var. fortune Q, 
une espèce tout à fait différente à' Aglaja et qui n'est nullement 
reférable à la var. fortuna. Je possède quelques exemplaires de 
cette espèce très distincte à laquelle j*ai donné le nom de Plutus, 
Elle se trouve aux environs de Tâ-tsien-Lou et de Ta-pin-Tze, 
dans le Yunnan; mais je la considère comme extrêmement rare. 

Il y a beaucoup d'espèces à! Argynnis dans la Chine occidentale, 
et la plupart semblent représentées par de très nombreux exem- 
plaires. Pluius me paraît être Tune des plus brillantes, mais la moins 
abondcmte de toutes. 

M. Holl signale une variété à! Aglaja trouvée en Algérie, à Lalla- 
Khedidja, en juillet; mais je ne puis en décrire les particularités, 
ne rayant jamais vue. 



Argynnis Adippe, Liim. 

Le Grand Nacré est, comme Aglaja, très répandu dans toute 
l'Europe et en Asie; de même que son congénère, il éclôt une seule 
fois dans l'année, au commencement de l'été; il vit dans les mon- 
tagnes et dcuis les forêts de plaine; on le rencontre au bord de la 
mer, mais moins fréquemment c^jl Aglaja. Chez nous, Adippe est 
plutôt sylvatique. 

Il offre une variété bien connue sous le nom de Cleodoxa, Ochs., 
chez laquelle les taches argentées des ailes inférieures en dessous 
sont plus ou moins atténuées et quelquefois entièrement éteintes. 
Seul leur contour subsiste sur le fond des ailes uniformément jaune 
d'or. 

Adippe habite l'Angleterre, la France (Ille-et-Vilaine, Doubs, 
Isère, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône, Hautes- Pyrénées, Pyrénées- 
Orientales, Haute-Savoie), la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, FAsie- 

14 



ilO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Mineure, la Grèce, la Sicile, l'Espagne. On ne l'a pas trouvé en 
AlgéHe. 

En Angleterre, en France, en Allemagne, VArgynnis Adippe 
n'offre pas, dans sa forme normale, de particularités intéressantes. 
En Espagne, le fond des ailes inférieures en dessous est verdâtre, 
mais très différent ^Aglaja; on a distingué la forme espagnole 
sous le nom de Chlorodippe; elle est commune en Andalousie, 
notamment à la Sîerra-de-Alfakar, près Grenade, où mon frère l'a 
récoltée au mois de juillet 1879; elle vole aussi à la Granja et, sans 
doute, dans beauœup d'autres localités de la Péninsule Ibérique. 
En Sicile, feu Bellier a trouvé dans les monts Madonie une forme 
de CUodoxa superbe, d'une coloration extrêmement vive, analogue 
d'ailleurs à la raœ qui se rencontre en Grèce. Autant les Cleodoxa 
de Sicile ont le dessus des ailes d'un fauve vif et gai, avec les 
taches noires petites, autant les Adippe d'Akbès. très richement 
colorés aussi, montrent le dessus de leurs ailes assombri par l'élar- 
gissement des taches noires et le dessous enrichi de belles et grandes 
macules argentées. 

Adippe, comme Aglaja, aberre, en présentant à la base des ailes 
inférieures, en dessous, une grosse tache d'argent trilobée, et en mon- 
trant des ailes en dessus en\'ahies par le mélanisme et aussi les ailes 
supérieures en dessous partiellement couvertes d'une grosse tache 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 21 î 

et richement décorées dont j*aurai Heu de m'occuper en détail, 
lorsque je consacrerai une étude spéciale aux Rhopalocères de 
rExtrême-Orient. 



Argynnis Niobe» Linn. 

Niobe a deux formes : i° avec les taches argentées sur les ailes 
inférieures, en dessous; 2** sans les taches argentées; c'est cette 
forme que Huebner figure sous les n**' 61 et 62 et qui, cmalogue à 
la variété Cleodoxa '(ïAdippe^ a été appelée Eris, 

Niobe^ suivant le P. Engramelle, se trouve dcuis les montagnes 
et jamais dans les forêts, ni en plaine. Engramelle ignorait que 
Niobe vole dans les environs d'Angoulême et dans plusieurs autres 
localités de plaine. J'ai entendu dire qu'on avait trouvé Niobe dans 
le Finistère. Ne l'ayant pas vue de cette localité, j'attends à être en 
mesure de me prononcer avec certitude. 

Dans ma collection se trouvent des Niobe provenant des localités 
suivantes : Florac; Chamonix; Lanslebourg; Larche; environs de 
Marseille; Vemet-les-Bains; Auvergne; Zermatt, Chaumont, près 
Neuchatel, et Righi, en Suisse; Allemagne; Grèce; Monts Madonie, 
en Sicile; La Granja; Sierra-Nevada d'Andalousie; Akbès; 
Kuldja; Astrabad, où se trouve la magnifique variété gigantea, 
Stgr. 

Dans certaines localités, il semble que l'une des formes, celle à 
taches argentées ou l'autre à fond des ailes uni, se trouve seule. 
Dans d'autres lieux, les deux formes volent ensemble. Niobe est 
fertile en Aberrations. Huebner figure sous les n""' 961 et 962 une 
Aberration dite : pelopioy dont ma collection contient un beau cT 
pris à Brigue, en Valais. R. South représente, sous les n°" i, 2 et 7 
de la Planche II du Catalogue de la collection Leech, des Aber- 
rations dont je possède quelques exemplaires analogues provenant 
de diverses localités d'Allemagne, avec les ailes très rembrunies en 
dessus, ou les taches des ailes inférieures en dessous confluant entre 
elles. 



212 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Herrich-SchaeÉfer figure aussi de belles Aberrations sous les 
a" 142, 143, 144, 145 et 140. Toutes ces Aberrations ont été prises 
dans la Nature; mais, jugeant par analogie, je ne doute point que 
le traitement des chrysalides par la température ne produise de 
surprenantes variations. En Angletene et en Algérie, Niobe n'ont 
pas été rencontrés. On m'a aRirmé que Niobe était abondante dans 
le département du Finistère. Je n'ai pu jusqu'ici vérifier le faîLowW 

ArgyniilB Lathonla, Lion. 

Le Felii Nacré est très rare en Angleterre, et c'est à peine si, 
depuis ces vingt dernières années, il a été rencontré dans la Grande- 
Bretagne. Aux environs de Rennes, VArg^nnis Lalhonia n'est géné- 
ralement pas très commune; cependant, d'août à octobre, j'en vois, 
presque tous les ans, quelques exemplaires dans mon jardin et à 
la campagne, sur le bord des chemins. Lathonia aime à se poser 
sur la terre battue des routes et des sentiers exposés au soleil; je 
l'ai rencontrée une fois, en très grand nombre, au commencement 
de l'automne, sur la voie du chemin de fer de l'Ouest, à Acigné, 
près de Reimes. 

Ma collection contient des Lathonia d'Akbès. de Lambèze, de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 213 

en dessus et les supérieures en ;dessous sont envahies par le noir, 
j'en possède 10 exemplaires venant des Grisons, de Gèdre où un cf 
a été pris le 20 avril 1891 par M. Rondou, qui eut l'obligecUice de 
me Toffrir, de Ziegenhals, de Liebnitz, de Munich, de Silésie, de 
Prague, de la Teste de Buch (cuicienne collection Auguste), de 
Cologne, enfin de Brindisi (Italie méridionale) où M. Fabresse 
captura un très beau cf, en mai 1908. Cette Aberration, également 
figurée sous le n** 13 de la PL I du Catalogue de la collection 
Leech, n*a pas encore reçu de nom, quoiqu'elle se reproduise avec 
continuité et toujours à peu près semblable à elle-même. Je Tai 
appelée erebina, à cause de son mélanisme. 

Mon frère a pris à Saint-Martin-du-Canigou, en août 1904, une 
Argynnis Lathonia à laquelle s'était accroché un Hémiptère appelé 
Picromerus bidens. Cet Hémiptère tua le Papillon dans le filet où 
il se trouvait saisi. 

La forme Issœa, Moore, du Thibet, du Yunnan, du Kaschmir et 
du Sikkim, présente un faciès très différent de Lathonia, Peut-être 
est-ce une espèce distincte ? 

J'ai entendu dire que les expériences du traitement des chrysa- 
lides par la température avaient produit de superbes Aberrations 
de Lathonia; mais je n'ai pas encore eu l'occasion de voir des varia- 
tions de Lathonia autrement que naturelles (*). 



Argynnis Elysa, Godart. 

Une spécialité de la Corse et de la Sardaigne. J'en possède une 
seule Aberration provenant de la collection Bellier. Sur les ailes 
supérieures en dessus, il y a confluence et élargissement des taches 
noires médianes, depuis celles qui sont contiguës au bord costal et 
qui descendent, en s'atténuant, vers le bord interne. 



(♦) Un envoi récent du D' Fisher, de Zurich, m'a apporté une série de ces 
Aberrations ; elles sont en effet fort belles. 



214 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Argymiis Hécate. 

Peu répandue en France, où elle semble très localisée; a été 
trouvée à Digne, par Bellier; mon frcre l'a prise en juin dans les 
environs de Gourdon (Lot). Hécate est commune à Cuenca, en 
Espagne. Elle se rencontre aussi dans diverses localités de l'Au- 
triche, du Piémont, du Caucase et de l'Alaî, M. Roger Verity m'a 
dit qa'Hecale se trouvait aux environs de Florence; mais elle n'était 
pas encore éclose au moment où je m'y trouvais (premiers jours de 
juin 1907). 

Argynnla Ido, Esper. 

La Grande Violette du P. Engramelle se trouve en France, vers 
la saint Jean, aux environs de Compiègne; à Villers-Cotterets, où 
mon frère l'a prise en 1908 ; à Luxeuil, suivant Guenée, et au Russey 
(Doubs). Je l'ai trouvée abondante dans les prairies de Saint-Pierre, 
près de La Cabanasse ( Py rénées- O rientales) ; VArgynnis Ino volait 
en même temps que le Polyommiatus Chryseis. Te crois qu'il en est 
de même dans les forêts de l'Aisne et de l'Oise. J'ai aussi capturé 
la Grinde Violette dans la vallée du Lys (Haute-Garonne) et dans 
les prés autour de la Chartreuse de Prémolles (Isère), le i" juillet 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 21 5 

Ma collection contient des exemplaires du Piémont; de la vallée 
de Lièpvre, en Alsace; de Sidemi et de Tîle Askold, en Mand- 
chourie, et d'Akbès. Dans cette dernière localité, la couleur fauve 
des ailes en dessus est très vive et plus foncée qu'ailleurs. Il y avait 
dans la collection Kuwert, maintenant jointe à la mienne, un exem- 
plaire provenant d'Allemagne et ayant les taches noires rayonnées 
autour des ailes comme les Aberrations précitées d7«(7, de TEn- 
gadine. Deux exemplaires de cette Aberration sont figurés avec 
le nom obscur a, sous les fig. 15 et 16 de la notice publiée par 
Aigner-Abafi, dans Annales Musez nation. Hungariciy sous le titre 
Schmetterlings-Aberrationen der Sammlung des ungarischen Na- 
tional Muséums, p. 484-531, de Tannée 1906. 

Les Daphne de Mandchourie sont souvent d'un fauve très clair 
et se rapportent à la forme japonaise Rabdïay Butler. Mais Daphne^ 
qui, au Japon, est commune à Nikko et à Yeso, varie beaucoup de 
taille et de couleur, et pas plus dans les îles japonaises qu'en Mand- 
chourie, les Argynnis Daphne ne sont toutes d'une teinte fauve 
aussi claire que les exemplaires appelés Rabdia par Butler. 



Argynnis Amathusia, Esper. 

Commune dans les prairies des Alpes; n'a pas été trouvée dans 
les Pyrénées. En France, je l'ai prise dans l'Isère, près des ruines 
de la Chartreuse de Prémolles; à la Madone de la Fenestre (Alpes- 
Maritimes) ; aux environs de Chamonix (Haute-Savoie) et d'Aix- 
les-Bains (Savoie), au commencement de juillet. Guenée avait 
trouvé Amathusia à la Grande- Chartreuse et dans le Valais, où je 
l'ai moi-même récoltée à Zermatt et à Bérisal. La collection Bellier 
contenait une belle Aberration par confluence des taches noires 
formant comme un rayonnement tout autour des ailes. 

\J Argynnis Tkore, Iluebner, n'a pas été trouvée en France jus- 
qu'ici. De même que la Neptis Lucillay elle est restée "du côté oriental 
des Alpes. 



Argjmid» Dia, L-jsa. 



i:iu::i ne î< tPra\-ent dans 
//":'. -z-i Dit. est commime 



Ni XA'gyKMZî Inc. ai V iskne. si 
l'ouest de la France: m.- -s îa ptî:u 
dans les landes de Bretagne câ elîe éclot is-rs. fris par an. en mai- 
juin, puis en juillet et acÙL Je la prends :ri2q^e année à Mc»)tcr£I, 
où elle 3e plaît dan* !es brj>-wes -jn pe-- iia-tes. dans les prés arides 
et dans Ses ^'allons que paicc'.:rî un r-iises-x Elle est assez abon- 
dante dans les PjTénfe-Orientales, à Charroux A'ienoe^ et dans 
les Basscs-AIpcs. 

Ma collection contient en outre des exemplaire* d'Eure-el-Loir 
;Guence;, de FontairKbIeau ^Bellier'. de Besançon ^Frilsch^; je 
l'ai recueillie aux environs d'Uriage ^Isère~ et de Chamounix 
(Haute-Savoie^ Je possède une superbe Aberration mélanienne 
venant de Saxe. Les 4 ailes, en dessus, sont eniiêrement noires, sauf 
l'apex des ailes supérieures et un petit fesîjo intranerMiral marginal 
restés de couleur fauve. Chez un cf de Digne, le milieu des ailes 
supérieures est largement noir, ainsi que la base des inférieures en 
dessus; d'autres exemplaires ont les ailes inférieures entièrement 
noires, ou bien présentent un mélanisme général ou partiel plus ou 
moins accentué A Rennes et à Charroux. nous avons trouvé des 
spécimens mélanîsants. D'ui est un papillon délicat, généralement 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 217 

trouver Pales vers 1,700 mètres. Nous avons capturé Pales dans 
les Asturies, aux Picos de Europa, en juillet 1882, vers 2,000 mètres; 
elle n'est pas rare, en juillet, au-dessus de Cauterets, un peu plus 
haut que le lac de G aube et dans les lacets élevés du Péguère. Aux 
environs du cirque de Gavarnie, elle paraissait dès la fin de 
juin 1893; je Fai récoltée au Cambrès-d'Ase, en face de Mont- 
Louis-sur- Tet et dans les prairies élevées du massif du Canigou. 
Dans les Alpes françaises. Pales est encore plus abondante que 
dans les Pyrénées et on peut aisément la recueillir depuis la Savoie 
jusqu'aux Alpes-Maritimes, pourvu qu'on atteigne l'altitude au- 
dessous de laquelle elle ne descend pas. M. Groum-Grgimaïlo 
m'en a envoyé des individus pris à Amdo et les Missionnaires du 
Thibet la capturent facilement aux environs de Tâ-tsien-Lou. Je 
l'ai reçue du Fort-Naryne, dans le Turkestan oriental; du Kasch- 
mir, de la Grèce et de la Laponie. 

Pales présente des variations nombreuses et quelquefois magni- 
fiques, par mélanisme partiel ou total, par confluence des taches 
noires, ou inversement par suppression desdites taches. Il y a aussi- 
dès formes locales très intéressantes, ainsi celle du Fort-Naryne, 
avec le fond des ailes du cf d'un fauve rouge en dessus, presque 
dépourvu des taches noires normales. 

La Ç est souvent d'un gris verdâtre, en dessus; c'est la var. 
Napœay Huebn., 757-758. 

Comme les mêmes modes d'Aberration se retrouvent chez toutes 
les espèces d'un même genre, il y a des exemplaires de Pales ana- 
logues en dessous à l'Ab. Valdensis de Lathoniay c'est-à-dire avec 
une grande tache argentée trilobée à la base des ailes inférieures. 



Argynnis Euphrosyne, Linn. 

Espèce de plaine et de montagne; commune dans certaines 
parties de l'Angleterre; assez abondante dans les forêts des environs 
de Rennes; pas rare dans les Pyrénées-Orientales et les Hautes- 
Pyrénées, lorsqu'on atteint la région des rhododendrons; répandue 



2l8 LÉPIDOPTÉROLOOIE COMPARÉE 

aux environs de Paris, dans le département d'Eure-et-Loir, en 
Auvergne, à Marseille, à la Sainte-Baume, en Allemagne, auprès 
de Saint-Pétersbourg et en Laponie. 

A la forêt de Rennes et dans les bois des environs de Rennes, 
Euphtosyne éclôt vers la mi-mai ou la fin de mai, suivant les 
années; elle affectionne les allées forestières, les clairières herbues 
et les routes qui traversent les grands bois. Je ne l'ai jamais trouvée 
sur la côte de la Manche. Elle ne paraît pas habiter l'Algérie. Dans 
les plaines, Eufhrosyne cf a les ailes, en dessus, d'un fauve orangé 
vif et généralement sans atteinte de mélanisme Au contraire, les 
exemplaires des montagnes et des régions septentrionales sont 
généralement plus sombres et plus enfumés. 

Les Aberrations ^Euphtosyne sont nombreuses. J'en ai fait 
figurer quelques-unes dans les n"" 8 et g de l'année 1900 de la 
Ffuille des Jeunes Naturalistes. 

Le Catnlo^ne de la collection Leech figure, sous les n" 13, 14 
et ig de la PI. II, 3 Aberrations à'Euphrosync provenant d'Alle- 
magne et des Alpes. Le n" 14 reproduit une variation fréquente 
chez toutes Xes.Ar^ynnis. où le milieu des 4 ailes est plus ou moins 
envahi par le noir. Mosley figure une Aberration analogue sous 
le n* 6 de la PI. 3 des Aberrations à'Argynnis. Je possède plusieurs 
exemplaires de cette Aberration, venant de l'ancienne collection 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 21Q 

de Selene, ainsi que Staudinger et Rebel Tindiquent dans le 
Catalog 1901. D*après une figure même très bonne, il est difficile 
d'apprécier une question aussi délicate, pour deux espèces aussi 
voisines, avec une absolue certitude; mais je possède 2 cT d'authen- 
tiques Eupkrosyne tout à fait semblables en dessous au n® 58 'de 
Huebner, et je trouve que les Aberrations analogues de Selene, 
dont je possède plusieurs exemplaires, ont un autre aspect et 
offrent, notamment sur les ailes inférieures, une teinte d'un brun 
plus noir et moins rougeâtre. 

A Rennes, nous n'avons jamais rencontré une seule Aberration 
dEup/irosyne; mais dans les Pyrénées-Orientales, il semble qu'il 
est plus aisé de trouver des variétés de cette Argynnis, 

Lorsqu'en s'élevant au-dessus du village de Castell, sur l'une 
des routes qui conduit de Vemet-les-Bains au Canigou, on a franchi 
la montagne si aride et si désolée ^du Cheval-Mort, et qu'ayant 
gravi le lacet très dur qui se développe à partir de la fontaine dite : 
Fonfrède, on arrive enfin au joli sentier forestier qui traverse la 
forêt de Randai, on voit très fréquemment les Argynnis Eupkrosyne 
voltiger au milieu des buissons de rhododendrons et traverser le 
chemin qui serpente au milieu des sapins argentés et des bouleaux. 
U Argynnis Euphrosyne dite : le Grand Collier argenté par le P. En- 
gramelle, a le vol rapide et ne se repose pas très souvent; cependant 
il est aisé d'en récolter un assez grand nombre d'exemplaires depuis 
le commencement de la foret de Randai fusqu'à la prairie alpestre 
de Mariailles. C'est dans cette localité sylvatique, oti les yeux se 
trouvent réjouis par une si grande abondcince de fleurs, là surtout 
où un ruisseau descendant du haut de la montagne creuse un petit 
ravin plein de fraîcheur, que mon frère captura 2 Euphrosyne çS 
ressemblant au n® 6 de la figure donnée par Mosley et un autre 
très pâle et ayant les points noirs submarginaux des ailes inférieures 
rayonnant par confluence avec les croissants noirs marginaux. Je 
crois pouvoir signaler cette localité comme très digne d'intérêt pour 
les Lépidoptéristes. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



ArgynnlH Selene, Huebn. 

Nous trouvons à Rennes Selene et Eupkrosyne dans les mêmes 
forêts, habitant ensemble et éclosant en mai, toutes les deux; mais 
nous rencontrons en outre Selene dans les landes où ne se voit 
point Euphosyne, et au bord de la mer de la Manche, sur les 
falaises de Cancale, dans les champs et les lieux incultes de la 
côte malouine, là oîi je n'ai jamais aperçu aucune Eupkrosyne. 
De plus, Selene a chez nous une seconde éclosion en août, alors 
Q^Euphrosyne, à ma connaissance, paraît en Bretagne seulement 
une fois par an, au printemps. 

Le P. Engramelle, qui appelle Eupkrosyne le Grand Collier 
argenté, donne à Selene le nom de : Pelil Collier argenté, et, comme 
nous l'avons remarqué nous-mêmes, cet auteur constate f^w'Euphro- 
syne éclôt une fois par aa Cependant je dois dire que dans beau- 
coup de Catalogues départementaux, on indique deux éclosions 
annuelles pour Eupkrosyne comme pour Selene; il serait donc fort 
intéressant de vérifier l'exactitude de ce renseignement pour des 
localités de plaine; car en montagne il paraît assez certain que le 
Grand Collier argenté n'éclôt qu'une fois, au commencement de 
l'été. Je crois qu'en Angleterre, Eupkrosyne éclôt comme en Bre- 
', seulement une fois, au printemps. M. Barrcll en a cependant 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 221 

partie des taches noires normales; puis, inversement pour ainsi dire, 
il y a l'Aberration où les taches noires deviennent argentées; tel 
YEuphrosyne n" i de Mosley. Ce dernier auteur ûgure (Argynnist 
plate 4) 3 Selene, n°' i, 2, 3, à fond des ailes blanc, grisâtre et 
jaune clair, comme les 3 Eiiphrosyne de la PL 3. Il est donc bien 
vrai de dire que toutes les espèces d'un même genre sont soumises 
à une même Loi de variation. Ma collection contient environ 
40 Aberrations insignes de SelenCy toutes prises dans la Nature. 
Je remarque qu'après les deux modes de variation précités^ le fond 
des ailes, en dessus, restant de la couleur fauve normale, il y a, 
d'une part, Tabsence plus ou moins complète des taches normales 
noires des ailes, surtout des supérieures, et, d'autre part, le lembru- 
nissement de la surface des ailes s'étendant par degrés jusqu'au 
brun noir total. De plus, on remarque quelquefois la combinaison 
sur un même individu des deux ordres de variation différents; par 
exemple, les ailes supérieures privées de taches noires et les ailes 
inférieures, au contraire, tout à fait mélanisées. 

Aux environs de Rennes, nous avons pris deux exemplaires cf 
absolument conformes à un cf d'Angleterre, mélanisants en dessus 
et en dessous, figurés sous les n°' i, 2 et 3 de la Feuille des Jeunes 
Naturalistes de 1900. A Monterfil, je capturai en 1892 une Q ayant 
les ailes supérieures mélaniermes et les ailes inférieures normales 
(loc. cit., n° 4). A cette occasion, je remarquai combien un papillon 
aberrant, vu vivant dans la Nature, paraît ainsi offrir un degré de 
variation supérieur à la réalité. De loin, lorsque j'aperçus ce Petit 
Collier argenté, il me parut extrêmement noir; il voltigeait sur im 
gazon ras parsemé de quelques touffes d'ajonc et de fougère, au 
bord d'un étang qui se trouve encaissé entre des collines rocheuses; 
le site est très agreste et le paysage est rendu très agréable par la 
nappe d'eau qui occupe le fond de la vallée. Je capturai sans peine 
cet Argynnis Selene mélanisant et je fus surpris de constater que 
seules les ailes supérieures étaient sensiblement plus noires que la 
forme normale, les inférieures n'étant point variées. 

De la collection Wiskott, je possède une Q de Dusseldorf, sem- 
blable en dessus au cf figuré sous le n** 151 par Herrich-Schaeffer, 



222 LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

et un d* de Berlin, conforme en dessus comme en dessous à ce 
n" 151; de Chemnitz, je possède un d* semblable à celui âgurc 
sous le n° 150. 

Il y avait dans l'anciemie collection BellJer un cf assez conforme 
à celui figuré par Huebner sous les n" 732 et 736. 

Richard South figure dans le Catalogue de la collection Leech 
4 Aberrations de Selene, sous les n" 3, 5, 17 et 18. Je possède le 
n° 3 de Guben et une Aberration voisine du n" 17 de Leignitz. 

Je regrette de ne pas avoir dans ma collection une série de Selene 
des mont^nes pour comparer aux exemplaires de Bretagne, d'An- 
gleterre et d'Allemagne que j'ai exclusivement sous les yeux. Je ne 
puis donc comparer à la forme des plaines celle des Pyrénées et 
des Alpes. Je ne me souviens pas d'avoir rencontré Selene au cours 
des nombreuses excursions que j'ai faites, depuis 46 ans, dans 
aucune des montagnes de France, de Suisse, d'Espagne et d'Italie. 



MelIUea Cyntbla, Huebner. 

Espèce très jolie, à cause des réserves blanches qui produisent 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 223 

m'adressa ses compliments de condoléance sur la disgrâce que le 
mauvais temps me réservait quant aux papillons; mais il m'apprit 
qu'il avait vu, quelques jours auparavant, une quantité si grande 
de petites chenilles noirâtres, marchant sur le chemin devant l'hôtel, 
qu'un moment les chevaux avaient dû produire un effort pour faire 
tourner les roues de la voiture, au milieu de ces innombrables che- 
nilles qu'elles écrasaient. Le lendemain 17 juin, sous la neige qui 
tombait encore, je vis un nombre extraordinaire de chenilles de 
Melitœa Cynthia se pressant sur la boue presque glacée de la route 
et je rapportai quelques-unes des plus grosses chenilles qui se chry- 
salidèrent sans délai et me donnèrent, à Rennes, en juillet, une 
trentaine de papillons et un joli Hyménoptère parasite noir à pattes 
rouges. 

On sera peut-être longtemps avant de retrouver au Lautaret une 
aussi extraordinaire abondance de chenilles de Melitœa Cynthia, 
Retourné en 1906 dans cette localité, qui est charmante lorsque le 
soleil y brille de tout son éclat, je ne revis qu'un seul exemplaire 
de Melitœa Cynthia, tandis qu'en 1 895 il a dû en éclore des millions. 

Je possède 2 Aberrations notables de Cynthia : i cT de la col- 
lection Boisduval, presque tout noir en dessus, mais un peu moins 
mélanisant que le n** 566 d'Herrich-Schaeffer, et une Q du Tyrol, 
à peu près sans dessins aux ailes supérieures en dessus, comme en 
dessous; avec un gros point cellulaire noirâtre et deux bandes noi- 
râtres sur les inférieures en dessus, l'une de ces bandes noirâtres 
étant extracellulaire et l'autre marginale. En dessous, la base des 
inférieures est uniformément rouge brique avec un gros point cellu- 
laire noir; le bord marginal est largement liséré de rouge brique et 
l'espace entre l'extrémité de la cellule et le bord marginal est d'un 
blanc jaunâtre finement coupé par les nervures. Ma collection 
contient aussi un cT des Basses-Alpes ayant l'aile supérieure droite 
partiellement colorée en rouge orangé comme la Ç. Ce genre 
d'hermaphroditisme me paraît plus rare chez les cf que chez les Q . 
Celles-ci ont, en effet, plus de tendance à ressembler aux çS que 
les d* ne semblent portés à emprunter les caractères extérieurs dis- 
tinctifs de la Q. 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



Alelltsa Matuma, Lina. 

Espèce de la faune orientale s'avançant jusqu'aux environs de 
Paris, mais ne semblant pas, vers l'ouest, dépasser la zone p<irïsienne. 
La collection Bellier contenait plusieurs individus pris dans la 
forêt de Bondy. M. Demaison a capturé la Meliiœa Maturna auprès 
de Reims, et je dois à son obligeance 2 g prises en juin 1 890 au 
lieu dit : Germaine, assez semblables à la forme des environs de 
Paris, c'est-à-dire avec la partie fauve du dessus des ailes d'une 
teinte orangé vif et presque unicolorev différant par conséquent de 
la race autrichienne, figurée par le P. Engramelle sous le n° 27 de 
la PL XVII, qui présente sur le milieu des ailes, en dessus, un 
mélai^e de taches jaune clair et orange, produisant un effet beau- 
coup moins uniforme que chez les individus parisiens et champenois. 

Je possède une Aberration d" venant de Bregenz, ayant le dessus 
des ailes très assombri et, en dessous, montrant l'espace bastlaire 
des ailes inférieures, jusqu'au delà de la cellule, couvert d'un lavis 
de couleur rouge brique, avec une bande blanc jaunâtre coupée 
finement par les nervures; une autre bande maculaire rouge brique 
et ime série de lunules submarginales blanc jaunâtre précède le 
bord marginal qui est de la même couleur rouge que le reste. 

Je n'ai encore jamais vu cette espèce vivante. Elle manque abso- 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 425 

mon frère Ta prise en juin 1879 de Vittoria au Mont Gorbea; je 
l'ai reçue de Cuenca (Korb) et de Grenade (Ribbe). 

La formé de la vallée de Ronda est beaucoup plus vivement 
colorée que celle de Cuenca et même de Grenade. Elle est presque 
semblable à la Desfontainii de l'Oranie. La Melitœa Desfontainii, 
transitus ad Bœticam^ voltigeait sur les terrains accidentés que coupe 
la ligne du chemin de fer de Ronda à Algésiras, avec sa congénère 
Art émis Iberica, Melanargia Inès, Zegris Eupheme, Emydia Chry- 
socephala, etc La ligne ferrée traverse la partie supérieure d'une 
vallée profonde au fond de laquelle coule un cours d*eau. A droite 
et à gauche s'élèvent des montagnes assez hautes dont le sommet 
semble former un plateau. Il y a des villages au niveau du chemin 
de fer; des habitations sont aussi bâties plus haut, sur le flanc de 
la montagne. La contrée semble fiévreuse, attendu que nombre 
d'habitants nous demandaient des remèdes contre la calentura\ 
mais dans certains endroits, les sites sont extrêmement pittoresques 
et les papillons intéressants sont nombreux. J'ai tout lieu de croire 
que le pays de Ronda à Algésiras est une des meilleures localités 
entomologiques de l'Espagne. 

Jusqu'ici la Melitœa Desfontainii et sa variété géographique 
Bœtica n'ont pas été rencontrées ailleurs que dans la province 
d'Oran et d«uis la Péninsule espagnole. 

Melitœa Artemis, Hueba (Aurinia, Rott.). 

Je n'ai jamais vu un exemplaire (ïArtemis pris en Algérie; mais 
c'est une espèce répandue en Espagne, où elle offre une magnifique 
forme que j'ai appelée Iberica, pour la distinguer spécifiquement 
de la Desfojîtainiiy avec laquelle elle a été longtemps confondue. 
Herrich-Schaeffer a figuré, sous les n°' i et 2, le cf qu'il désigne 
sous le nom ÏArtemis var. Desfontainesi. Le même auteur a repré- 
senté sous les n**' 569 et 570 et comme Desfontainesii, la Q de la 
véritable Desfontainii^ et sous les n°' 586 et 587, une jolie Aber- 
ration toujours de la véritable Desfontainii, Godart. Les papillons 
figurés sous les n*** 569 et 570, 586 et 587, sous le nom de Desfon- 

15 



326 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

tainesi, par Hcrrîch-Schaeffcr, n'ont donc aucun rapport spécifique 
avec le Desfontainesi représenté sous les n"' i et 2 par le mêms 
auteur. 

J'ai pris, en même temps que Desfontainii, de superbes lâerica, 
entre Jimera et Benoajan; j'ai observé la même fonne d'Ièerica à 
Gibraltar et j'ai trouvé dans la collection Bellîer une longue série 
d'Ièerica, aussi belles que celles d'Andalousie, provenant de Bar- 
celone et presque certainement récoltés par Himmighofen. Boisduval 
possédait une belle Aberration d'ibcrica, ayant la base des ailes 
inférieures, en dessous, entièrement rouge, et tout l'espace au delà 
de la cellule d'un blanc jaunâtre uniforme. 

Il y a en Espagne, à la Granja et aux environs immédiats de 
Madrid à Casa-de-Campo, une forme d'Arterttis beaucoup moins 
brillante qu'en Catalogne et qu'en Andalousie. J'ai sous les yeux 
une soixantaine d'exemplaires pris par mon frère du 15 au 
iS juin 1880, en Castille, et je ne crois pas qu'ils puissent partager 
la dénomination d'Iôerica. Ils sont plus petits, moins vivement 
colorés et, tout en conservant un aspect différent des races méri- 
dionales françaises, telle : provincialis, les spécimens de cette race 
espagnole d'Arlemzs méritent le nom spécial de Castiilana. 

Par opjKisition à la race de si grande taille et si chaudement 
colorée Iberica, on trouve dans les montagnes pyrénéennes et alpines 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^2^ 

presque totalité des Melitœa Ar ternis Mer ope qu'on voit voltiger 
en juillet sur les pelouses d'herbe courte et rase, un peu au-dessus 
de l'hôtel de Ryffelalp, vers 2,300 à 2400 mètres, et même un peu 
plus haut jusqu'au Lac-Noir et au Ryffelberg, ainsi qu'au dessus 
de Fusio, dans ie canton du Tessin. 

La Merope des Pyrénées-Orientales ressemble donc à celle des 
Basses-Alpes, et je crois utile de faire remarquer une fois de plus, 
à l'occasion des Melitœa Merope^ cette analogie générale entre les 
formes des papillons de haute altitude dans les Alpes françaises 
et les Pyrénées-Orientales, tandis que dans les Hautes-Pyrénées, 
cette analogie disparaît. C'est ainsi que VErebia Lappona (Manto) 
est la même dans les Alpes et dans les Pyrénées-Orientales, et 
qu'au contraire dans les Hautes-Pyrénées elle devient Sthennyo\ 
la Lycœna Orbitulus^ dans les Alpes françaises et les Pyrénées- 
Orientales, semble présenter la même forme; mais autour du lac 
de Gaube, c'est la race plus grande Oberthûri, etc 

Il me semble donc que la vraie Merope reste cantonnée dans les 
hautes montagnes à l'est de la France, tandis que dans nos mon- 
tagnes alpines et pyrénéennes, VArtemis y est, à 2,300 mètres d'al- 
titude, absolument semblable aux exemplaires de petite taille que 
nous trouvons à la forêt de Rennes, à une altitude d'à peine 50 à 
60 mètres. Je dois dire toutefois qu'il y avait dans la collection 
Bellier 3 Ar ternis déterminées Merope et provenant des Pyrénées- 
Orientales. Sur ces 3 exemplaires, l'un est analogue à ceux pris par 
mon frère à Pla-Guilhem, c'est-à-dire d'aspect rougeâtre; les deux 
autres, très mélanisants, sont au contraire beaucoup plus voisins 
des Merope de Ryffelalp, de sorte que ces deux exemplaires sont 
une affirmation contraire aux observations ci-dessus exposées. Mais 
il n'y a que ces deux échantillons, alors que sur plus de 80 spécimens 
capturés par mon frère à Pla-Guilhem, à différentes années de 
dista' ce, pas un ne cadre avec les Merope du Valais. J'avais cepen- 
dant le devoir de signaler les documents de la collection Bellier. 
Ils prouvent que toute théorie, si bien fondée qu'elle paraisse, pré- 
sente souvent une lacune, et ces lacunes-là, la probité scientifique 
défend de les dissimuler. 



228 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

La Merope des Pyrénées-Orientales, des Basses-Alpes et de la 
forêt de Rennes est distinguée par moi sous le nom de debilis. La 
debilis ne paraît pa5 rare à Reimes, où elle vole en compagnie des 
Artemis normales. 

Dans le midi de la France, à Hyères, à la Turbie, à Digne, vole 
au printemps une forme d' Artemis grande, d'une coloration assez 
uniformément rougeâtre et que Boisduval a désignée sous le nom 
de frovincialis. Cette même forme provincialis se trouve en Dal- 
matie (Zara) et en Asie-Mîneure (Broussa), Les Q sont d'une taille 
remarquable et les croissants marginaux des ailes inférieures, en 
dessus, se distinguent généralement par leur teinte beaucoup plus 
pâle que le fond des ailes. £n Provence, Bellier et Emmanuel 
Martin ont capturé de belles Abenations, l'une notamment prise 
à Hyères, dont tout le disque des ailes supérieures et la surface des 
inférieures, en dessus, sont d'un fauve rosé très pâle; d'autres ren- 
contrés à Digne et plus ou moins mélanisantes. 

Au centre de l'Europe, depuis la Péninsule armoricaine jusqu'à 
la Mandchourie, la Melitma Artemis se montre en mai et juin, géné- 
ralement en abondance, dans les allées des bois et dans les prairies 
maigres et marécageuses. Artemis, très commune en lUe-et-Vilain^ 
y montre la même forme qu'aux environs de Paris. En Pnisse, 
d'après les documents peu nombreux que je possède de ce pays, le 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 229 

■ ■ III 

deviennent bien vite insuffisants. Mais chacun, en faisant connaître 
avec précision ce qu'il connaît, apporte son contingent de documents 
à l'édifice scientifique en voie de formation pour l'ensemble du 
Monde, et c'est déjà quelque mérite pour un seul homme que 
d'apporter une contribution de faits scrupuleusement observés et 
relatés avec une parfaite exactitude. 

Je conseille aux Entomologistes curieux de se rendre compte de 
l'évolution qui s'est produite dans la méthode appliquée à l'étude 
de notre Science, de lire dans les Annales de la Société eni ontolo- 
gique de France ce que Bellier de la Chavignerie écrit (1858, p. 125), 
en rendant compte des chasses qu'il a faites en 1857 dans les 
Pyrénées-Orientales. « Si on ne voit pas figurer sur ma liste, dit 
cet auteur, des Lépidoptères tels que Colias Edusa^ Lycœna Cory- 
don, Adonis et bien d'autres, il ne faut pas en conclure que ces 
espèces n'existent pas au Vernet, mais seulement qu'il m'a paru 
inutile d'en parler, farce qu'elles sont sans intérêt et qu'elles appar- 
tiennent à la Faune générale de la France. • Quel changement s'est 
opéré dans les idées depuis 1858, c'est-à-dire depuis un demi-siècle! 

En Irlande et en Ecosse, Artemis fournit une race appelée 
Hiberntca, Birchall, et me paraissant très différente de la race du 
sud de l'Angleterre. La variété Hibernica se distingue par le milieu 
des ailes, en dessus, généralement largement marqué de blanc jau- 
nâtre. Il en résulte une opposition de couleurs produisant un très 
agréable effet. J'ai reçu un assez grand nombre d'exemplaires pris, 
d'une part, dans le sud de l'Irlande, par Mac-Arthur, en 1893, et, 
d'autre part, récoltés par Ried de Pitcaple, en 1891 et 1892. 

Mais c'est vers l'extrême Orient ç^ Artemis produit des modifi- 
cations plus profondes. 

A Sarepta, la forme des ailes commence à s'allonger; mais surtout 
le fond des ailes, en dessus, cesse d'être uniformément coloré et 
les croissants marginaux des ailes inférieures se détachent en blanc 
assez vif. 

A Malatia, le faciès des Artemis orientalis offre une exagération 
des caractères de la forme Sareptana. En Mandchourie, aussi bien 



230 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

qite dans la partie du nord de la Chine que visita l'abbé Armand 
David, la forme géographique que j'ai appelée Daiidi se caractérise, 
au contraire des races Soreptana et Orientalis dont les ailes, en 
dessus, présentent un agréable mélange de nuances fauves diffé- 
rentes, par le ton uniformément fauve rouge des ailes et par l'em- 
pâtement des parties noires; de plus, les ailes sont très allongées 
et devenues plus étroites. 

Au sujet de Denidi, qu'on me permette de rectifier une erreur 
parmi celles dont fourmille le Ctitnlog Staudinger et Rebel 1901. 

Ce Caialog donne Davidi, à tort, comme synonyme de la variété 
G. Sibirica; Davidi est la même que la variété H. Mandschurica, 
mais par ordre de date de publication, garde la priorité sur cette 
var. H. Mandschurica qui tombe en synonyme avec Davidi. 

La var. H. Sibirica que je possède de Kentei, d'où me l'a fournie 
feu Staudinger, est tout à fait différente de Daxidi. Sibirica a les 
ailes moins allongées et moins unicolores. 

Il y a une autre var. que j'ai appelée Nnritta et qui provient de 
Fort-Naryne, dans le Turkestan oriental, d'où me l'a envoyée 
M. Akulin. Cette variété Xarina se caractérise, comparativement à 
Sibirica, comme suit : Minor, signaturis nigris obscurioribus, dis- 
tinct ius variegata. 

Artemis est fertile en Aberrations. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 23 1 

gauche inférieure est décolorée, surtout vers Textrémité. Le dessous 
est également très aberrant. Ce sujet intéressant a été trouvé à 
Besançon, par M. Fritsch, entomologiste très zélé qui a fait en 
Franche- Comté des captures fort remarquables. 

La collection Boisduval contenait un cf dont toutes les parties 
rouges des ailes sont restées normales, tanidis que toutes les parties 
noires sont devenues d'un blanc argenté hyalin. Je possède une Q 
semblable prise à Meran; cependant, chez cette ç, le côté droit des 
ailes est un peu moins caractérisé que l'autre côté. 



Melltiea Cinxia, Linn. 

Vient d'être rencontrée à Sebdou, en Algérie, où elle a été prise 
par M. H. Powell, en mai 1907; est très répandue dans presque 
toute l'Europe tempérée et en Asie-Mineure; semble sur le point 
de disparaître de l'Angleterre où, d'après Charles Barrett, elle 
n'existerait plus qu'en quelques colonies confinées dans l'île de 
Wight Voici ce que cet auteur écrivait à ce sujet, en 1893, à la 
page 195 du volume I de l'ouvrage : The Lepidopiera of british 
Islands -. a The only localities now known for it are on the cliff 
slopes and the sheltered valleys of the Isle of Wight, and the only 
hope of its préservation there lies in the comparatively inaccessible 
nature of some of the localities which it loves. • 

En Bretagne, Cinxia est très commune; elle éclôt deux fois par 
an, au printemps et en été. On peut trouver Cinxia aussi bien au 
bord de la mer de la Manche, sur les falaises de Cancale, où il ne 
paraît pas que l'espèce soit menacée d'extinction, que dans l'inté- 
rieur du pays où elle préfère les sites incultes, les pâtures, les 
landes et les prairies. 

En 1907, la chenille de Cinxia, noire à tête rouge, fut d'une 
abondance extraordinaire à Pleuville (Charente), localité très voi- 
sine du canton de Charroux "(Vienne). Mon frère reçut de Pleuville 
un grand nombre de chenilles qui furent déposées sui^ des plantains 



233 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

lancéolés cultivés dans une très grande cage fermée au moyen de 
toile métallique et construite dans son jardin, à Rennes. 

Nous fûmes surpris de l'allure inquiète de ces chenilles, qui cher- 
chaient toujours à fuir et périssaient en assez grande quantité, 
étranglées entre les mailles étroites de la toile métallique par les- 
quelles elles s'efforçaient de sortir de leur prison. Pourtant ni l'air, 
ni le soleil, ni l'humidité ambiante, ni l'espace, ni la plante préférée 
ne leur manquaient dans la cage où elles avaient été déposées. Nous 
fûmes amenés à croire que ces chenilles sî avides de mouvement et 
de liberté étaient parasitées par des larves de mouches, dans une 
proportion considérable, et il nous parut naturel d'attribuer à ces 
terribles parasites l'inquiétude qui rendait les chenilles de Cinxia 
si vagabondes. D'ailleurs elles ne grossissaient pas. 

A une abondance insolite de chenilles de Cinxia à Pleuville, 
en igo7, a succédé, en 1908, une raréfaction telle que c'est à peine 
si on aurait pu récolter ion chenilles là où, l'année précédente, il 
y en avait des quantités innombrables. 

J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion d'exposer comment les 
théories de protection de certaines espèces de Lépidoptères, par le 
mimétisme, par leurs sucs nauséabonds ou toute autre cause, étaient 
peu soutenables en présence du parasitisme des mouches à laquelle 
il ne semble pas qu'une seule espèce de Lépidoptère puisse échapper. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 233 

par les viî)ères qui leur font la chasse assidûment. M. et 
M"' Wullschlegel, de Martigny, ont souvent constaté la concurrence 
que leur faisaient les vipères, lorsqu'ils se livraient, pendant la nuit, 
à la recherche des chenilles de VAgrotis Valesiaca, et il est arrivé 
à M"' Wullschlegel de saisir une chenille devant le nez de la 
vipère, avant que celle-ci, immobile en regardant sa proie, se soit 
encore décidée à la saisir. 

Ici-bas, toute espèce sert d'aliment à plusieurs autres, et la pro- 
tection qui couvrirait Tune des espèces amènerait forcément la 
famine chez l'espèce parasite, créée pour vivre aux dépens d'une 
autre et ayant elle-même ses ennemis. 

Si on trouve quelquefois, le jour, errant sur les chemins, des 
chenilles dont les habitudes sont nocturnes, c'est que presque tou- 
jours ces chenilles souffrent d'un parasite qui aura pu les atteindre 
et une mouche sort plus tard de leur chrysalide au lieu d'un 
papillon. 

Le fait pour certaines chenilles d'être parasitées modifie même 
leurs couleurs. Ainsi, à Montpellier-le-Vieux, mon frère observa en 
grand nombre les chenilles d'un Sphingide : Celerio euphorbiœ, 
diurnes, tandis que ses congénères : Vespertilio, œnotherœ, elpenor 
sont plutôt nocturnes. Ces chenilles du Sphinx de F euphorbe étaient, 
les unes ornées de lignes rouges, les autres de lignes jaunes. Mon 
frère recueillit un certain nombre des chenilles à lignes jaunes, afin 
de voir si les papillons auraient eux-mêmes la couleur normale des 
ailes inférieures modifiée. Il n'obtint que des mouches. Les chenilles 
à bandes jaunes étaient la proie de parasites. 

Les mouches, nous semble-t-il, se rendent compte de l'état des 
chenilles au point de vue du parasitisme et elles ne pondent pas 
leurs œufs sur le dos des chenilles déjà parasitées, mais exclusi- 
vement sur celles qui sont encore indemnes. De quels drames on 
peut être témoin pour peu qu'on puisse consacrer une partie de son 
temps à l'observation dans la Nature de la lutte pour la vie! 

Partout où j'ai chassé en France, j'ai trouvé la Melitœa Cinxia. 
Aux environs de Paris, dans les Alpes, dans les Pyrénées-Orientales, 
dans la France centrale, nous avons rencontré Cinxia^ comme en 



234 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Bretagne, présentant la même forme et ne semblant varier que par 
aberrations. 

En Angleterre, d'où je possède une trentaine de Cinxia qui fai- 
saient partie de l'ancieime collection Howard-Vaughan, la forroe 
est semblable à celle de France, et il n'y a pas de race géographique 
spéciale pouvant être signalée et distinguée dans l'Europe occiden- 
tale, tandis qu'en Algérie. Cinxia paraît présenter une forme petite, 
aux ailes supérieures allongées, avec les dessins noirs très accentués 
sur le dessous des 4 ailes. Cependant, comme je possède un tris 
petit nombre d'exemplaires, j'estime que les documents dont je 
dispose sont insuffisants pour me permettre de désigner par un nom 
spécial la race algérienne. Il convient d'attendre à savoir si la géné- 
ralité des exemplaires algériens de Cinxia offre une forme assez 
constamment distincte des formes européennes pour être valablement 
distinguée. 

A Vemct-les-Bains, Cinxia ne s'élève pas très haut dans les 
montagnes; nous l'avons surtout vue abondante aux environs de 
Villefranche-de-Conflcnt et nous ne nous souvenons pas de l'avoir 
observée au-dessus de Saint-Martin-du-Canigou. 

Cinxia aberre assez souvent et généralement comme suit : aux 
ailes inférieures, en dessous, la base est uniformément fauve, avec 
oblitération des taches normales; au delà de la cellule et jusqu'à la 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 235 

Une paire provient du Col de la Ma.done de la Fenestre, près 
Saint-Martin-Lantosqiie (Alpes-Maritimes); un cf a été trouvé au 
lac d'Allos, en juillet 1906, par M. H. Powell, et 3 Q, dont l'une 
extrêmement obscure et ayant en dessus l'aspect d'une Parthenie, 
mais indiscutablement Cinxia par le dessous de ses ailes, m'ont été 
envoyées de Digne, en 1904, par le naturaliste Victor Cotte. Cette Q 
obscure ressemble beaucoup à l'individu figuré sous le n** 269 par 
Herrich-Schaeffer. 



Melitœa ^therie, Huebner. 

Dans le Catalog Staudinger et Rebel 1901, JEthcrie est désignée 
à tort comme ayant été figurée par Huebner sous les n**" 575-578. 
C'est effectivement sous les n°' 875-878 o^JEtherie a été figurée 
par Huebner. 

Cet auteur représente la race d'Andalousie, qui est de taille rela- 
tivement supérieure à celle des autres races, et «dont la Q paraît 
être généralement de couleur fauve, en dessus, comme le cf, mais 
d'une teinte seulement un peu moins vive. Elle a été trouvée notam- 
ment à Chiclana. 

Mtherie n'est pas rare en Algérie, aussi bien à Sebdou, dans la 
province d'Oran, et à Bainen, dans la province d'Alger, qu'à Lam- 
bèze, dans la province de Constantine. 

La race algirica, Riihl, paraît être de taille un peu plus petite 
que la race andalouse. En Algérie, il y a deux formes de Q : i® celle 
dont le dessus des ailes est fauve, comme le cf, mais seulement plus 
clair; 2° l'autre, dont le fond des ailes supérieures est d'un fauve 
très clair ou même blanchâtre, avec un notable épaississement des 
dessins noirs; cette forme est figurée sous les n°' 2 et 2 ^ de la 
PI. 2 des Lépidoptères de V Exploration scientifique de l'Algérie. 

La Melitœa JEtheric habite aussi la Sicile; notamment elle a été 
trouvée par Kriiger à Ficuzza, dans la province de Palerme, en 
juin 1907, et le comte Turati a distingué la race sicilienne à! Mtherie 
sous le nom de Pcrlinii. Les cf ne diffèrent guère de ceux d'Algérie, 



236 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

et les Q que j'ai sous les yeux appartiennent à la forme dont les 
ailes supérieures ont le fond blanchâtre avec épaississement des 
parties noires. 

Cette var. Perlinii est décrite dans S'aturalisla siciliano, 1905. 
et figurée en photographie, sans couleurs, sous les n" i, 2, 3 (cf). 
et 5.6, ;, 8 (ç) de la PI. V. 

Cependant, dans sa description, le comte Turati signale aussi 
qu'une forme de Q à ailes fauves, mais d'une teinte plus claire 
que le (S, se rencontre avec l'autre forme. Il en est alors en Sidle 
exactement comme en Algérie. La différence entre Perlinu et 
algirica serait donc surtout appréciable en comparant le dessous 
des ailes inférieures : ■ Nellc ali inferiori a differenza dell' Algirica 
Stgr,, che Staudinger (albido-fasciatis) e Riihl (rein-weiss) indi- 
cano colle fascie di bianco puro, la Perlinii, Turati, ha le fascîe di 
color gtallo-solfo, spesso assai vivo. » 

Je dois à l'obligeance du comte Turati deux paires de ethnie 
Perlinii; ma collection contient environ 150 JE-lherie algirica. Les 
cf algirica et Perlinii ont les fascies, en dessous, exactement de la 
même teinte jaune soufre. Seules les Q algirica, à qui Staudinger 
applique d'ailleurs, à l'exclusion du cf, la mention : siibtus albido- 
fasciatis, ont tantôt les fascies blanches et tantôt les fascies jaune 
soufre. Mais une des Q Perlinii a elle-même ces fascies plutôt 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 237 

qu'on ait encore observé ces espèces dans la région intermédiaire 
de l'Italie. Il n'y aurait donc rien d'anormal à ce o^JEtherie habitât 
en Russie comme en Espagne; mais n'ayant jamais reçu ^therie 
directement de Russie, je crois devoir, en présence de la non-indi- 
cation de cette localité dans le Catalog Staudinger et Rebel 1901, 
poser ici la question, espérant obtenir un supplément d'informations 
qui nous fixerait définitivement. 



Melltœa Phœbe, Huebner. 

Manque en Angleterre; répandue dans une grande partie de la 
France, en Espagne, en Algérie, en Sicile, en Autriche, dans la 
Russie méridionale, l'Asie-Mineure, le Turkestan, le nord de la 
Chine. Offre des variétés géographiques remarquables et est, ainsi 
que ses congénères du genre Meliiœa, fertile en Aberrations. Les Q 
surtout varient beaucoup, tantôt se rapprochant du faciès des cf, 
tantôt devenant très mélanisantes. 

A Rennes, la Melitœa Phœbe est assez commune dans les premiers 
jours du mois de juin; mais je ne l'ai pas observée sur la côte 
malouine. Elle est surtout abondante au sud de Rennes, vers Bourg- 
des-Comptes. Nous l'avons aussi rencontrée à Monterfil, où mon 
frère a capturé en 1893 un cT dont les ailes supérieures sont presque 
entièrement lavées de noir. Dans cet exemplaire, il ne reste de fauve 
que le fascie submarginal et quelques macules près de la base et 
dans la cellule. Je ne pense pas que la Melitœa Phœbe habite les 
Côtes-du-Nord et le nor^ du Finistère. Au contraire, Phœbe est 
très commune dans les Pyrénées-Orientales, où nous l'avons vue 
voler dans les localités chaudes, à Villefranche-de-Conflent et à 
Vemet-les-Bains, sans s'élever à une altitude supérieure à Saint- 
Martin-du-Canigou. 

Nous possédons des Phœbe prises à Etampes; Chartres; Châ- 
teaudun; Charroux (Vienne); Villeneuve-de-Blaye (Gironde), en 
août; Digne; Larche; La Voulte-sur-Rhône (Ardèche); dans les 
Pyrénées; à Mende (Lozère); à Montpellier; à Uriage (Isère); à 



238 LÊPIDOPTÉkOI.OGlE COMPARÉE 

Aix et au Pas-des-Lanciers (Bouches-du-Rhône); dans les Alpes- 
Maritimes. 

Il ne semble pas qu'en France, les Phœbe d'aucune région pré- 
sentent un caractère spécial et distinctif, comparativement à celles 
des autres provinces. C'est ainsi que les exemplaires normaux de 
Phœbe pris aux environs de Rcrmes ne semblent point différents 
de ceux des autres localités françaises Mais, en Espagne, il y a 
une tendance à ce que les fascies fauves du dessus des ailes soient 
les unes plus claires et les autres de teinte plus vive J'ai trouvé des 
Phœbe de cette forme appelée occilanica près de Grenade, en 
Andalousie, au commencement de mai 1894, et la collection Bellier 
contenait des individus très caractérisés de cette variété occitanUa 
(magis variegaia) récoltés à Barcelone. Je possède quelques jolies 
Aberrations de Phœbe capturées en Espagne, notamment un cT de 
la Sierra-Nevada, chez qui les taches normalement noires en dessus 
sont remplacées par du gris argenté. 

En Algérie, il y a une race de Phœbe que j'ai distinguée sous le 
nom de funica et qui est caractérisée par sa taille plus petite et la 
teinte fauve plus claire de ses ailes. Cette variété punica semble 
être plus caractérisée dans la province de Constantine (Lambèze, 
Khenchela) que dans l'Oucst-Algérien; mais je ne possède qu'un 
seul cf trouvé à Sebdou jiar M. H. Powell, en mai 1907, et je suis 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 239 

les-Bains, notamment, des Phœbe très voisines à'occitanica se 
trouvent assez fréquemment. Il en est de même jusqu'aux environs 
de Paris. Ma collection contient quelques superbes Aberrations 
mélaniennes et albinisantes provenant des collections Wiskott, 
Bellier et Boisduval, affectant le dessus et le dessous des ailes, mais 
conformes aux règles générales d'Aberration du genre Melitcea, 



MeUtœa Didyma, Ochs. (PL XXVI, fig. 136-145). 

Le Damier première espace, ainsi que l'appelle le R. P. Engra- 
melle, ne se rencontre pas en Angleterre. Je crois que dans le nord- 
ouest de la France, la station la plus avancée de la Melitœa Didyma 
se trouve sur la ligne du chemin de fer de Rennes à Redon, vers 
la station de Guichen-Bourg-des-Comptes. La rivière de Vilaine 
coule à cet endroit dans une vallée très pittoresque dont les côtés 
sont formés de collines agrestes, aux pentes et aux sommets assez 
souvent incultes, de façon que la flore naturelle s'y développe 
librement. La voie ferrée et un chemin de halage côtoient la rivière 
canalisée. Jusqu'à ces derniers temps, le voisinage de la gare de 
Guichen-Bourg-des-Comptes était une localité oti Didyma abondait. 
Les plantains, dont se nourrit la chenille, poussaient le long des 
clôtures de la voie ferrée et sur la voie ferrée elle-même. Didyma 
se trouvait également, avec sa plante nourricière, en grande abon- 
dance sur le côté nord de la berge de la rivière de Vilaine, spécia- 
lement entre le pont du chemin de fer, près le village de la Haute- 
Bouexière, et l'écluse du même nom, sur une longueur d'environ 
un kilomètre. Cette localité ayant malheureusement été livrée au 
pâturage, les vaches ont peu à peu tout détruit; et, d'autre part, 
l'Administration des chemins de fer ayant assez récemment donné 
l'ordre d'incendier, sur presque toutes les lignes de son réseau, les 
herbes et les plantes qui croissaient spontanément sur la voie ferrée 
et sur ses abords, le feu a fait périr un nombre considérable de 
Lépidoptères. 

Depuis ces événements, nous n'avons pas revu Didyma à Guichen- 



240 LÉPIDOPTÉKOLOGIE COMPARÉE 

Bourg-des- Comptes. J'espère toutefois qu'en des lieux où les bes- 
tiaux n'auiont pas trouvé accès, aussi bien que là oij l'iocendie 
n'aura pu atteindre, quelques colonies de Didyma auront survécu 
au désastre et que l'espèce, dans la région, n'a pas été entièrement 
détruite. 

A Guichen-Bourg-des-Comptes, nous avons observé la Didyma 
paraissant deux fois par an, d'abord à la £n de mai, puis en août 
En examinant soigneusement les papillons qui voltigeaient le long 
de la rivière et sur la voie ferrée, on pouvait capturer des échan- 
tillons remarquablement aberrants. C'est ainsi que M. P. Boulé, 
entomologiste de Rennes, ayant chassé pour nous à diverses reprises 
dans le pays de Guichen-Bourg-des-Comptes, récolta en mai 1896 
un superbe exemplaire hermaphrodite ayant le côté gauche Q et 
le côté droit cf, ainsi que des Aberrations singulières par leur 
conformité entre elles, signalées par moi dans le Bulletin de la 
Société entomologique de France, année 1900, aux pages 276 et 277. 
Une planche imprimée en phototypographie représente l'hermaphro- 
dite et 3 des Aberrations précitées. Ces 3 sujets aberrants, tous cf, 
Varient exactement de la même façon par l'oblitération des taches 
et dessins noirs des ailes inférieures en dessous. Le second exem- 
plaire, qui se trouve figuré dans la colonne de gauche de la Planche 
phototypographiée, fait la transition entre la forme normale et 




LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^41 

des ailes, au lieu d'être d'un fauve rouge vif, est d'un fauve chamois 
très pâle. Presque tous les ans, nous obtenions quelques exemplaires 
Cf et Q de cette variété qui est constante et que j'ai appelée Boulet 
(PL XXVI, fig. 144). 

J'ai lieu de croire que, dans le genre Melitœa, Didyma est l'espèce 
dont les Aberrations sont plus remarquables. J'ai donc consacré une 
Planche du présent ouvrage à la figuration de quelques exemplaires 
choisis parmi les Aberrations les plus distinguées de ma collection. 
Deux Aberrations bretonnes en font partie (fig. 136 et 144). 

On trouvera à l'Explication des Planches les renseignements de 
localité concernant les fig. 137 à 143 et 145. 

La Melitaa Didyma ne s'avance pas vers le nord jusqu'à la ville 
de Rennes et, par conséquent, elle fait défaut sur la côte septen- 
trionale de la Bretagne. Mais, vers le sud, elle est commune depuis 
les Charentes jusqu'aux Pyrénées; elle est répandue dans le centre 
de la France et vers l'est; elle est abondante en Franche-Comté et 
tout le long de la frontière des Alpes. 

Je crois qu'il y a lieu de distinguer de toutes les autres races de 
Didyma celle de Guichen-Bourg-des-Comptes, que je désigne sous 
le nom d' Armoricana. Cette race, dont j'ai sous les yeux plusieurs 
centaines d'exemplaires, présente des individus conformes à ceux 
du Poitou, de la Charente et de beaucoup d'autres lieux, mais à titre 
assez exceptionnel. La grande majorité des échantillons bretons de 
Didyma diffère de tous les autres par la plus petite taille des cf et 
des Q et par l'allongement des ailes supérieures des cf, dont la 
teinte fauve est normalement aussi vive que dans aucune autre 
région. Les Q ont généralement le fond des ailes d'un fauve rouge 
plus ou moins rembruni par les atomes noirs quelquefois répandus 
en semis très serré sur les ailes supérieures et la base des inférieures. 
Lorsqu'on compare une réunion nombreuse de Didyma bretonnes 
à d'autres réunions de localités diverses, on constate une différence 
générale de faciès tout à fait probante et justifiant amplement, pour 
une race spéciale, un nom également spécial. Je regrette qu'il soit 
si difficile d'exprimer clairement avec des paroles ce que les yeux 
perçoivent si aisément. Cependant, considérant comme forme nor- 

16 



242 LÉPIUOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

maie de Didyma celle qui vole ordinairement dans la France centrale 
et méridionale, dans le Valais et certaines parties de l'Alleinagn^ je 
trouve qu'il y a lieu de distinguer un assez grand nombre de rafxs 
effectivement très caractérisées, si on les compare à la forme nonnale 
précitée. Mais pour faire ces comparaisons avec exactitude et agir 
en connaissance de cause, il est indispensable de disposer de séries 
d'exemplaires très nombreux pour chaque localité. 

La Melitcea Didyma est répandue sur une énorme surface de 
l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie Si je relève dans ma collection 
les séries plus ou moins considérables de Didyma qui y sont con- 
tenues, je trouve, en outre de la France, de la Suisse et de l'Alle- 
magne, les provenances suivantes : Abyssinic; Algérie désertique 
(Biskra, Mécheria); Algérie non désertique (Yakouren, Djurjura, 
Constantine, Sebdou, Daya, Magenta); Sierra-Nevada d'Andalou- 
sie; Italie (Rome, Naples, Palerme, Monts Madonie); Grèce; 
Balkan; Macédoine; Sarepta; Caucase; Transcaucasie (Bakurian); 
Asie centrale (Osch, Namangan, Margelan); Asie-Mineure (Akbès, 
Beyrouth, Broussa); nord de la Chine; Chîtral; Pamir; Kenteî; 
Amour; Thian-Chan; Côte mérid, de Crimée. 

Pour certaines localités asiatiques. J'ai sous les yeux de longues 
séries; mais |x>ur d'autres, je ne dispose que de peu d'exemplaires; 
dès lors je me juge insuflisamment documenté pour disserter uti- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 243 

dionale et d'Algérie non désertique ressemble beaucoup à des 
formes asiatiques, je ne puis l'identifier strictement à aucune de 
ces formes et je crois devoir la désigner sous le nom de maure- 
tanica. J'ai devant moi plus de 100 échantillons algériens, mais 
seulement 4 d'Espagne. Les dénominations occidentalis et meridio- 
nalis données par Staudinger à tout un ensemble de races géogra- 
phiques différentes de Didyina ne me paraissent pas répondre à 
une analyse bien conçue, et il faudrait évidemment une nouvelle 
nomenclature pour qu'un nom fût appliqué à chaque race asiatique 
distinctement caractérisée. 

Quant à deseriicola, elle se trouve à Mécheria dès la fin de mars, 
à Laghouat en avril, à Biskra en avril et mai. Elle est très remar- 
quable par la teinte d'un fauve orangé clair uni qui couvre ses ailes, 
en dessus, et par le dessous de ses inférieures, dont les parties 
orangées sont réduites et moins régulières. Notamment, la fascie 
extracellulaire est composée de taches orangées isolées les unes des 
autres, et ces taches sont surmontées d'une double rangée de crois- 
sants noirs. Herrich-Schaeffer figure sous les n°" 133 et 327 (le n® 327, 
avec le nom de Trivia var. ?) des Didyma qui présentent ce carac- 
tère. Les taches des ailes supérieures, en dessous, sont aussi plus 
punctiformes. Le n"* 327 vient de la pente sud du mont Ararat, 
selon l'indication d'Herrich-Schaeffer. 

Une race de Didyma du Thian-Chan, que Grum-Grshaimaïlo a 
répandue dans certaines collections sous le nom de Dschungaricay 
paraît faire une transition entre Didyma deserticola et Didyma 
mauretanica. 

Une très intéressante forme que je crois encore inédite est 
Wibyssinicay Obthr. En dessus, le cf est d'un jaune ochracé clair, 
avec les points noirs gros et confluents. En dessous, les ailes sont 
d'une teinte encore moins foncée qu'en dessus ; l'apex des supérieures 
et le fond des inférieures est d'un blanc jaunâtre; les points noirs 
sont gros, mais non confluents; les fascies jaune légèrement orangé 
des ailes inférieures, près de la base et au delà de la cellule, sont 
formées par un lavis continu et non point par des taches séparées 
comme chez deserticola. Je ne connais pas la Ç). Je possède 2 cf 



2+4- LÉPIL.OPTÉSOLOGŒ COMPARÉE 

qui se trouvaL«it dans la collectioa du docteur Boisdu\'al, avec 
['étiquette : Abyssiaie. 

Ma collectxoQ contient 3 Didyma "S du nord de la dane 
(Armand David' ; cette race parait être d'un jaune orangé dair 
De Broussa (Asie-Mineure , j'ai re<;u de Merkl beaucoup de Cf et 
13 Q remarquablement gnses en dessus. Chez (xrtaines Q le fond 
de ailes inférieures çst rougeàcre. A Akbès, il y a des Ç tantôt 
d'une couleur fauve simplement plus claire que les cf, tantôt aussi 
grises que certaines 5 de Broussa. En Sicile, BelUer avait pris à 
Païenne une petite race de Didynia doot les Q sont de la couleur 
des cf, seulement un peu moins vive, tandis qu'il avait trouvé dans 
les monts Madonic une g excessivement sombre, d'un gris très 
obscur, a\-ec la base et le bord costal des inférieures rougeâtre. On 
voit combien Didyma est changeante dans la même contrée, mais 
sous des influences différentes d'altitude. A Naples et à Rome, mon 
frèie a pris des Didytna dont les Q ont le fond des ailes d'une 
teinte Fouge très vive, avec un semis épais d'atomes noirs qui les 
obscurcit 

A Beyrouth, Balint a pris jadis une race de Didyma excessi- 
vement petite; certains cT ne sont pas plus grands que des Lycana 
Agesùs. Delagrange avait capturé à Akbès, pendant l'été i8go, une 
vingtaine de Didyma également très petites, mais avec les fascies 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2|5 

Martin-du-Canigou, localité qui paraît être, dans les Pyrénées- 
Orientales, à peu près la dernière station d'altitude pour Didyma, 
laquelle est plutôt une espèce de plaines et de basses montagnes, 
et qu'on rencontre plus ordinairement au fond des vallées chaudes 
que dans la région des rhododendrons. 

Nous avons maintes fois chassé dans les Pyrénées-Orientales, 
région séduisante entre toutes par ses attraits naturels si variés; 
mais nous connaissons beaucoup moins bien la faune des Lépidop- 
tères de la plaine du Roussillon que celle des montagnes du 
Confient et de la Cerdagne, où la fraîcheur et la pureté de Fair et 
des eaux rendent en été le séjour infiniment agréable. Au contraire, 
dans le bas pays, la température, en juillet et août, est quelquefois 
torride. Cependant la faune estivale de la plaine roussillonnaise 
et des petites collines aux herbes parfumées, mais dès la fin du 
printemps desséchées et comme calcinées par un soleil brûlant, 
présente des formes de papillons d'un très grand intérêt. J'ai sous 
les yeux un petit nombre de Didyma prises à Millas, en juillet 1891 ; 
les Q paraissent être dans cette localité extrêmement remarquables. 
Sur le dessus des ailes, l'une d'elles offre un très agréable mélange 
de taches fauve clair ressortant sur un fond fauve plus foncé. Je 
n'ai pas vu d'autre Didyma avec cette particularité. Dans les der- 
nières chasses d'automne que M. H. Powell fit pour nous tant à 
Vernet-les-Bains qu'à Ille-sur-Têt (octobre 1908), nous reconnûmes 
que la faune de la plaine du Roussillon et de ses collines arides 
permettait encore d'espérer d'intéressantes découvertes. Puisse le 
présent travail, surtout consacré à l'étude comparative des papillons 
français, faire naître de nouvelles ardeurs parmi les Entomologistes 
et occasionner des recherches dans un si grand nombre de cantons 
français où personne ne s'est encore livré à la chasse des Lépidop- 
tères. Avant que l'activité industrieuse des hommes, qui transforme 
sans cesse la surface du sol, n'ait achevé d'abattre les forêts et de 
détruire la flore naturelle sur les localités où elle subsiste encore, 
n'est-il pas urgent d'essayer de connaître la faune entomologique 
vouée au même sort que les plantes auxquelles elle se trouve si 
intimement associée. Le journal des chasses de feu Pierret a été 



246 LÉPinOPTÊROLOGlE COMPARÉE 

conservé. Ce journal relate les captures faites principalement dans 
les environs de Paris et s'arrcte vers 1848. Si on retournait 
aujourd'hui dans les endroits où Pierret trouvait tant d'intéressantes 
espèces, on constaterait aisément les protjrès accomplis dans la 
destruction de la flore et de la faune naturelles des lieux depuis 
un demi-siècle Que sera-ce lorsqu'un autre demi-siècle aura encore 
passé! 



Melltœa Dlctynna, Esper. 

La Diclytma n'est presque nulle pari une espèce très abondante; 
de plus, elle semble tr^s localisée. Elle n'existe pas en Angleterre; 
nous ne l'avons jamais vue en Bretagne; elle n'a pas été trouvée 
en Algérie. 

Ma collection renferme des échantillons de Dklynna recueillis 
aux environs de Paris, Saint-Quentin, Besançon, Limoges, Angou- 
Icme, Mende, Florac, Uriage, Cautercts; dans le Valais (Martigny, 
route du Simplon et Ryffelalp); dans les Alpes (La Grave. 
Briançon au Mont Genèvre, Monctier-de-Briançon, Lautaret, En- 
chastrayes, Larche, Chamouny, Lanslcbourg) ; à Ecclepans, en 
Suisse; en Autriche; en Prusse; enfin dans les Pyrénées-Orientales, 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 247 

minante. A part la race spéciale de Vemet-les- Bains, oii c'est 
l'inverse, il n'existe réellement pas, à ma connaissance du moins, 
de forme offrant des différences tangibles et constantes dans les 
diverses localités de l'Europe centrale où l'on rencontre Diciynna. 

Dans les Hautes-Pyrénées, j'ai observé Diciynna depuis Cau- 
terets, où elle vole en petite quantité relative, sur les flancs du 
Péguère, jusqu'au delà du lac de Gaube. Diciynna paraît une seule 
fois dans l'année, à la fin de juin et en juillet. C'est une espèce 
délicate et facile à déflorer. Les Q ont quelquefois sur le disque 
des ailes supérieures, en dessus, les taches d'un fauve très clair et 
presque blanchâtre; elles m'ont semblé moins nombreuses que les cf 
et éclosant quelques jours plus tard. 

J'ai désigné sous le nom de Vernetensis la race spéciale que nous 
avons capturée dans les Pyrénées-Orientales, un peu au-dessus de 
Vernet-les-Bains, notamment à Saint-Martin-du-Canigou. M. Ron- 
dou signale cette variété Vernetensis dans son Catalogue des Lépi- 
doptères des Pyrénées (p. 24) ; peu de races locales, en effet, méritent 
davantage d'être distinguées de la forme normale. 

J'ai sous les yeux exactement 130 exemplaires, tous pris par mon 
frère ou par moi aux environs de Vernet-les-Bains. Naturellement, 
sur un pareil nombre, il y a des variations, et je constate que certains 
exemplaires ressemblent beaucoup à ceux des autres localités; mais 
la grande majorité est caractérisée par le rétrécissement des parties 
noires au profit des parties fauves, sur le dessus des ailes, de telle 
façon que la plupart des échantillons de Dictynna Vernetensis sont 
aussi clairs en dessus que les exemplaires normaux à'Athalia. Cette 
dernière espèce vole avec Dictynna et dans les mêmes lieux; en 
dessus, elle est parfois à peine distinguable; mais en dessous, 
Dictynna Vernetensis^ comme toutes les Dictynna, en France et en 
Suisse, se reconnaît aisément par la teinte chocolat dans les parties 
fauves. Je n'ai jamais vu Dictynna Vernetensis voltigeant en grand 
nombre. Pour réunir la quantité qui figure dans ma collection, il a 
fallu des chasses répétées pendant un grand nombre d'années. Les 
Q de Dictynna Vernetensis sont grandes, remarquablement claires 
en dessus; aux ailes inférieures, comme aux supérieures, les parties 



248 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

noires sont encore plus rftrédes peut-être que chez les cf et les 
fascies fauves s'élargissent quelquefois consCdérablement au détri- 
ment des parties noires. 



Melltjea Aarella, Nick. 

Il me semble que VAimlia est bien le papillon figura comine 
Athnlia, sous les n"' ig et 20, par Huebner. Freyer représente dans 
la PI. 641, sous les n'" 2 et 3 et avec le nom d'Aiirelia, cette petite 
Melilaa, encore asse?. peu connue des Entomologistes français, 
parce que les localités où on rencontre cette espèce dans notre pays 
paraissent très clairsemées jusqu'à présent. Maurice Sand, dans son 
Catalogue rohoniié des Lépidoplhes du Berry et df V Auiergtu, 
signale la Mdittra AiiTelia comme habitant les bois de St-Florent 
(Cher) et de Nohant (Indre), avec sa \aricté Britofiiarlis. Pour ma 
part, je n'ai jamais trouvé Aiirelh en France; je l'ai seulement prise 
dans la vallée de la Viège. en Valais, et auprès du Refuge n' 2, 
sur la route du Simplon, un peu au-dessous de Bérisal. Mais feu 
mon ami Emmanuel Martin m'avait assuré l'avoir trouvée dans la 
forêt de Compiègne et je la remarque dans l'ancienne collection 
Guenée. avec la notice suivante que je transcris textuellement : 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 249 

Quoi qu'il en soit, les serotina Guenée {in Mus.), dont j'ai sous 
les yeux 3 exemplaires pris à Vibraye, sont bien des Aurélia, et 
Aîtrelia est une espèce française qui a pu être trouvée dans d'autres 
localités, mais confondue aver Atkalia, Mon fils, le D"" J. Oberthùr, 
m'a envoyé des Melitœa prises par lui dans la forêt de Saint- 
Germain; je considérerais volontiers que certains exemplaires sont 
des Aurelia\ mais comme ils ont été trouvés mélangés à d'authen- 
tiques Atkalia voltigeant en même temps à Saint-Germain, je crains 
que les supposées Aurélia de cette localité ne soient de petits exem- 
plaires 6! Atkalia, à teinte un peu plus obscure. Dans le doute, je 
me garde donc d'une affirmation positive. Je possède de Berlin, 
Osnabriick et Hochstedt de très belles Aberrations â! Aurélia plus 
ou moins voisines de Pyronia, Huebner. 

Melitœa Athalia, Esper. 

C'est, avec Art émis, la Melitœa la plus répandue en Europe. Elle 
habite l'Irlande, l'Angleterre, toute la France, l'Allemagne, l'Italie, 
r Asie-Mineure; mais elle n'a jamais été observée en Algérie. 

En Bretagne, j'ai trouvé Athalia dans le département du Finistère, 
aux environs de Huelgoat. C'était avant la mi-juillet. Athalia est 
très commune aux environs de Rennes, au mois de juin. Il me 
semble que chez nous, elle n'éclôt qu'une fois par an, tandis que 
dans la Loire-Inférieure, nous l'avons rencontrée au mois d'août, 
ce qui fait supposer une première génération de printemps. Athalia 
se plaît surtout dans les allées des bois, et lorsque le ciel est un 
peu couvert, elle cesse d'avoir le vol très actif et elle reste volontiers 
posée sur les plantes. Il est alors facile de passer l'inspection d'un 
grand nombre d'exemplaires, qu'on aperçoit étendant tranquillement 
leurs ailes, ce qui permet de reconnaître aisément les Aberrations. 
Ma collection en contient un assez grand nombre. Certaines Aber- 
rations très mélaniennes en dessus sont sur cette face presque entiè- 
rement lavées de brun noir; les autres ne sont que partiellement 
mélanisantes et généralement plutôt aux ailes inférieures qu'aux 
supérieures. 



35" LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Chez certains échantillons, au contraire, le noir est comme éliminf 
et la teinte fauve prWomine, aux ailes supérieures surtout En 
dessous, il arrive fr^uemment que la base des inférieures reste 
fauve, tandis que tout l'espace extracellulaire, jusqu'au bord mar- 
ginal, de\'ient à peu près uniformément blanc; les ailes supérieures 
sont quelquefois très noircies, d'autres fois elles restent plus ou 
moins normales. Beaucoup d'auteurs ont figuré des Abeirattons 
notables A'Aikalia. Huebner, sous les n" 585 et 586, 587 et 588, a 
représenté avec le nom de Pyronia deux Aberrations qui se repro- 
duisent assez souvent et probablement dans la plupart des localités 
où vole Alkalia. Le Catalogue de la collection Leech offre, sous 
les n" 22, 23 et 24, la figure d'Aberrations rentrant dans' l'ordre 
des Pyronia. Je crois que le n° 25, attribué par l'auteur du Catalogue 
de la collection Leech à Diclyima, appartiendrait plutôt à AtAalia. 
Les Aberrations en question, individuellement très différentes, 
dérivent cependant d'une même loi, et cette loi est commune à toutes 
les espèces du genre Ainsi, il est bien évident que sur la PI, I du 
Catalogue de Leech, les Melitœa Artemis n" 4 et 5, Didyma n° 8, 
Purtkenie n" lo, Cinxia n" 20, Atkalia n°' 22, 23, 24 et 25 sont des 
Aberrations ayant beaucoup d'analogie entre elles. Mosley consacre 
la Planche 3 des Melitœa à la représentation des Aberrations 
d'Alhalia anglaises; elles pourraient rentrer dans la catégorie des 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 25 1 

irlandaises ne sont pas semblables aux Athalia du Continent; mais 
il en est ainsi pour à peu près toutes les espèces de papillons anglais 
qui conservent un aspect particulier, de telle sorte que presque toutes 
les espèces vivant encore sur le sol de la Grande-Bretagne méri- 
teraient un nom de variété géographique, comparativement aux 
formes qu'affectent ces mêmes espèces sur le Continent. 

La Melitcea Athalia est une espèce de plaine et de basse mon- 
tagne. Elle se plaît dans les parties sylvatiques un peu fraîches et 
s'élève rarement très haut, au contraire de Parthenie qui habite, en 
nombreuses colonies, non seulement les régions à peine élevées de 
quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, mais aussi les 
grandes altitudes jusqu'à 2,500 mètres environ. 

Dans tous les départements de France oii j'ai chassé, j'ai trouvé 
Athalia-, néanmoins, je ne l'ai pas rencontrée au bord de la Manche, 
sur la côte malouine, où j'ai cependant remarqué maintes places 
dont l'aspect me semblait pouvoir convenir à Athalia, 

En France, Athalia est généralement plus grande que Parthenie 
et d'une taille à peu près égale à Dejone et à Dictynna. Cependant, 
aux environs d'Angoulême, Dictynna paraît être le plus souvent 
sensiblement plus petite q\i' Athalia normale, alors ç^^ Athalia 
semble plus développée à Angoulême que dans les autres localités. 

C'est dans les bois de Livemant, là où vole dans une prairie 
marécageuse du fond de la foret le Cœnonympha Œdipus, qu'à 
la fin de juin 1908, chassant en compagnie de mon excellent ami 
M. Gabriel Dupuy, je capturai cette grande forme de Melitcea 
Athalia, qui contraste avec la petite race charentaise de Dictynna. 

Dans la i" livraison des Etudes de Lépidoptérologie comparée, 
j'ai décrit sous le nom de nevadensis une Mclïtœa que j'ai rattachée 
à tort à Dejone, à titre de forvia geographica de cette espèce. Un 
nouvel examen de cette nevadensis et une comparaison minutieuse 
avec tous les documents que j'ai pu recueillir sur les Melitœa 
Athalia, Dejone, Parthenie m'ont convaincu que j'avais affaire sinon 
à une espèce spéciale, du moins plutôt à une race à! Athalia que 
de Dejone. 



LÉPrnOPTÉROLOGlE COMPARÉE 



C'est peut-être la même Melitcea que Rambur a considéra c 
Parthrnie dans le Catalogue systématique des Lépuloplites ttt 
[Andalousie (p. 5 et 6) ? Cependant la vraie Parthenie se trouve 
aussi effectivement dans la Sierra -Nevada. Je possède 3 cf et 6 g 
de neiadensis parfaitement frais recueillis par mon frère dans la 
Sierra- Nevada, du côlé de Lanjaron. à une grande altitude, en 
juillet 1S75. C'était dans une localité très sèche que volait en grand 
nombre cette Melilœa, Elle est de la taille de Dejotie et à'Alkaliti. 
par conséquent plus grande que Pnrthen'ie. Le fond des ailes en 
dessus est d'une teinte fauve assez uniforme, plus pâle que Dejont 
et que Purthcnie; donc très différente de XAthalUi normale. Les 
dessins noirs qui traversent le dessus des ailes sont sensiblement 
les mêmes dans Athalia, Parthenie, Détone et neîadensis; mais, 
chez cette dernière, la ligne noire médiane qui descend, sur les ailes 
supérieures, du bord costal au bord inférieur, est bien plus fulgurée 
et plus anguleuse. En outre, à la base des ailes supérieures, dans 
l'espace cellulaire, on voit une pointe cunéiforme dont l'extrémité 
est très aiguë et les contours écrits en noir vif, le centre restant de 
la couleur du fond. Immédiatement au-dessous de cette pointe de 
glaive, il y en a ime autre analogue comprise entre la nervure mé- 
diane et la sous-médiane. Quelquefois l'exlrémilé de cette tache 
allongée et pointue se continue en une ligne noire, droite, plus ou 
moins épaisse et longue. Cette pointe d'épée se remarque également 
dans l'intérieur de la cellule de VAt/ialia napolitaine. 

Le dessous des ailes est relativement très pâle. Les lignes des 
inférieures se rapprochent plus par leur disposition de Déjoue que 
des autres espèces; mais le bord marginal des ailes inférieures de 
Heiuidensis présente généralement un liséré noir unique et non un 
double liséré, ainsi qu'on le remarque constamment chez les autres 
espèces. II y a encore l'absence, chez nevadensis, près de la base 
des ailes inférieures, en dessous, de la coloration fauve qui remplit, 
chez Dejone, Athalia et Parthemc, du bord costal au bord anal 
des ailes, un espace compris entre deux lignes noires et au centre 
duquel reste une tache d'un blanc jaunâtre, c'est-à-dire T 
couleur que les séries de taches claires des ailes. 



fe LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 253 

r:: En résumé, nevadensis est une Melitœa différente des autres et 
z, je ne puis définitivement la rapporter comme forma geographica, 
i ni à Dejone, ni à Parthcnie. N evadensis oscille cependant plutôt 
9 entre Dejone, à laquelle j'ai eu tort de l'identifier une première fois 
P et dont il me paraît actuellement qu'elle est spécifiquement dis- 
p tincte, et surtout Athalia. Peut-être constitue-t-elle une espèce à part ? 
Je considère cela comme très probable, car nevadensis me semble 
autant mériter d'être spécifiquement distinguée de toute autre 
Melitœa qu'Aurélia, par exemple, comparativement à Athalia. Mais, 
en présence des documents relativement peu importants dont je 
dispose, je ne me crois pas en état d'émettre une opinion absolument 
précise sur la question. Je ferai figurer nevadensis dans la IV' livrai- 
son des Etudes de Lépidoptérologie comparée, la composition de 
toutes les planches de la IIP étant depuis déjà longtemps arrêtée 
et ne pouvant plus être modifiée sans perte de temps et trouble 
dans l'exécution, au moment oti j'écris ces lignes. 



Melitiea Dejone, Huebner. 

J'ai déjà publié des observations sur cette espèce dans la 
i" livraison des Et. de Lépid. comparée. En outre de l'erreur que 
j'ai commise en identifiant spécifiquement nevadensis à Dejone — 
erreur que je reconnais et signale à propos A' Athalia, — je dois 
ajouter quelques considérations à ce que j'ai déjà rapporté. Dejone 
se trouve en Oranie, où M. H. Powell Ta recueillie en abondance 
aux environs de Sebdou (mai 1907); en Andalousie, en Catalogne, 
dans les Pyrénées-Orientales et jusque dans les Hautes-Pyrénées. 
En effet M. Rondou a découvert une très belle colonie de Dejone 
répandue dans les environs de sa résidence et à Saint-Sauveur. De 
plus, Dejone est assez abondante en Provence, où elle fut découverte 
par M. de Saporta, vers 1826, dans la vallée du Rhône et jusqu'au 
Valais, où elle présente la forma geographica Berisali, Ruehl. 

J'ai sous les yeux exactement 79 Dejone algériennes. J'étais loin 
de posséder des documents aussi considérables lorsque j'écrivis mes 



254 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

premières observations, en 1904. Dejone, de Sebdou, présente ont 
fonne sensiblement pJus grande et beaucoup plus vivement colorie 
en fauve orangé que la race des environs de Marseille et de Vernet- 
les-Bains. La foime d'Andalousie et des Alpes-Mantimes fait la 
transition entre la race d'Afrique et celle des Bouches-du-Rhône et 
des Pyrénées-Orientales. Mais la race andaloûse ressemble surtout 
à la race algérienne. 

Quant à la race de Gèdre, il me semble qu'elle présente une 
particularité assez curieuse, c'est un plus grand élargissement relatii 
de la vaut- dernière bande fauve qui descend, sur le dessus des ailc^ 
du bord costal des supérieures au bord anal des inférieures, et, pa] 
contre, un rétrécissement de la bande fauve extracellulaire qu 
précède immédiatement l'avant-demière bande. Chez les exem' 
plaires d'Algérie et des Pyrénées-Orientales, c'est la bande fau« 
extracellulaire qui est plus large et l'avant-demière qui est plu; 
étroite, quand il y a différence de largeur; car dans beaucouf 
d'échantillons algériens la largeur des deux bandes fauves est égaXc 
Cependant la race de Dejone établie dans la vallée de Luz- Saint 
Sauveur a un aspect spécial que lui vaut la forme de ses ailes moin! 
allongées et la disposition des taches noires près de la base de 
ailes inférieures. De plus, les lunules jaunâtres formant la bordun 
du dessous des ailes inférieures ont souvent, du côté interne, leui 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 255 

Melitiea Parthenie, Godart. 

Espèce généralement de taille plus petite que les autres Meliiœa 
françaises; d'un fauve plus clair, en dessus, ç\\}!AthaUay de Bretagne 
et de Paris; répandue en colonies plus ou moins nombreuses et 
stables dans une grande partie des départements français; s'accom- 
modant aussi bien des plaines que des hautes montagnes; fertile 
en Aberrations; manquant en Angleterre et en Algérie; éclosant 
deux fois par an, en mai et au commencement de juin, puis en août 

Parihenie n'a pas été observée au nord de Rennes; elle a été 
très commune pendant quelques années dans le fond des carrières 
de schiste dites de Pince-Poches, en la commune de Cesson, à 
5 kilomètres est de Rennes; puis des vaches ayant été amenées 
pacager dans ce fond de carrière où ne poussaient guère que des 
plantains, des genêts et la grande marguerite {Leucanthemum 
vulgare, Lamk.), toutes les Melitœa Parthenie ont été rapidement 
détruites. Au sud de Rennes, j'ai trouvé Parihenie à l'état isolé, 
voltigeant en août, sur les prairies sèches de Mesneuf, dans la 
commune de Bourgbarré; mais Parthenie était surtout abondante 
avec Didynia à Guichen-Bourg- des-Comptes, sur les bords de la 
rivière, le long de la voie ferrée, et çà et là sur les collines au pied 
desquelles passe le chemin de fer et coule la Vilaine. Je pense que 
Parthenie^ plus généralement répandue que Didyma, résistera mieux 
que sa congénère aux diverses causes de destruction qui menacent 
la continuité de l'existence même de Didyma dans notre pays et 
que j'ai exposées dans la notice relative à cette espèce. Je n'ai jamais 
observé Parthenie dans les forêts humides de notre région, pas plus 
qu'à l'ouest de Rennes; mais elle existe dans la Loire- Inférieure, 
les Charentes, la Vienne (Asnois, près Charroux), les Pyrénées, la 
Savoie, les Alpes françaises, l'Isère, la forêt de Fontainebleau, le 
Doubs (Russey, Saint-Witt), le Lot-et-Garonne, le Gers, le Cantal, 
la Gironde, la Sologne, la Sierra-Nevada d'Andalousie, le Valais, 
où je l'ai trouvée en abondance sur les pelouses alpestres, au-dessus 
de l'hôtel Ryfifelalp. 

Dans les Alpes, les Q ont le fond des ailes plus clair et moins 



25(' LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

fauve que dans les plaines. Les ailes ont un aspect un peu veidâUe. 
En 11 le-ct -Vilaine, les Q Parthunie ont quelquefois les bandes 
fauves médianes des ailes supérieures d'une teinte plus claire que 
le fond, ainsi que cela se remarque chez Dejone. 

La race des Alpes-Maritimes est grande et vivement colorie; 
mais je ne crois pas qu'on puisse distinguer par des caractères bien 
constants et suffisamment tangibles aucune forme géographique 
française des autres formes, sauf la Q des montagnes, connue sous 
le nom de varia. 

J'ai fait représenter par la phototypographie g Aberrations notables 
de Parthenie, prises aux environs de Rennes, dans le Bulletin de 
la Soc. enlom. de France, igoo, PI. l. Ces Aberrations se rencontrait 
aussi bien dans l'éclosion de printemps que dans celle d'été, et 
lorsque je m'occupais de les rechercher un peu attentivement, il ne 
se passait pour ainsi dire pas un seul jour de chasse sans que j'aie 
pu jouir du plaisir d'en capturer quelqu'exemplaire. Les Aberrations, 
dans Parthenie, ne paraissent donc pas être d'une bien grande 
rareté. 

Je crois que dans bien des collections françaises et même étran- 
gères, les Melitesa Athalia, Dictynna, Parthetâe, Aurélia, Dejone 
peuvent se trouver plus ou moins confondues et méconnues, les unes 
par rapport aux autres. Ces espèces sont pourtant relativement 




LÉPIDOPTÉROLÔGIE COMPARÉE ^$7 

lorsque des boîtes sont rangées devant moi, contenant, chacune, les 
Melitœa d'une seule espèce, que j'ai étudiées et classées avec toute 
l'attention possible et de façon à obtenir pour moi-même la satis- 
faction du travail que j'ai accompli. 

Si je suis impuissant à trouver et à définir un caractère spécifique 
ou même un détail distinct if assez fixe pour que je puisse le signaler 
avec confiance, c'est que, en vérité, les différences spécifiques — 
que je sens pourtant très certaines et très réelles — résident plutôt 
dans une impression qui résulte pour moi autant d'observations 
maintes fois renouvelées sur la nature vivante et fidèlement con- 
servées dans ma mémoire, que du faciès ou aspect général très 
probant, mais intelligible à la condition d'avoir devant les yeux 
une quantité considérable d'exemplaires de chaque espèce séparés 
et mis en ordre et dont la comparaison est ainsi facile à opérer. 
Seules, des figures très exactes et sufiisamment nombreuses, avec un 
coloriage parfait, sont susceptibles de fournir le rayon de lumière. 
J'espère que les procédés photographiques en couleurs, utilisés par 
M. Verity et en voie de perfectionnement continuel, permettront 
de réaliser une reproduction fidèle et démonstrative de la différence 
spécifique comparative des Melitœa, Je serai heureux de continuer 
à donner tout mon concours à l'entreprise scientifique et artistique 
dont M. Verity a tout l'honneur, afin de contribuer à mettre très 
au clair la distinction spécifique qui existe entre les Melitœa 
Athalia, Dictynna, Parthenie, Aurélia, Dejone, la nouvelle neva- 
densis, considérées, chacune, avec toutes les races et variétés qu'elles 
présentent dans leur aire de dispersion paléarctique. 

J'attends donc, non sans impatience, Fachèvement de la publi- 
cation des Papilionidœ et Pieridœy dans les Rhopalocera palœarctica 
de M. Verity, afin de voir paraître à son tour la prochaine partie 
de l'ouvrage illustré consacrée à l'intéressante et importante famille 
des Nytnphalidœ, 

Chionobas ASUo, Huebner. 

Ce papillon, amateur de la pomenade sur la neige, ainsi que 
l'indique le mot Chionobas, vole au mois de juin dans les plus 

17 



LÉProOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



hautes Alpes de la Savoie, de la Suisse et du TyroL 11 n 
été tromc dans les Pj-rénées. Je l'ai observé près de rbôtcl Ryffdalp 
et plus haut dans les parages du GomergraL II paraissait se Rposo 
volontiers sur les rochers. II varie pour le nombre et le dé^-eJop- 
pement des taches noiies sur le dessus des ailes. J'ai sous les yenx 
une Q ayant aux ailes supérieures une séné assez droite de 5 taches 
noites, toutes ccntralement pupillées de blanc; par oontic, j'en ai 
une autre n'ayant que 2 taches sans pupille blanche. 

Je possède quelques Aberrations intéressantes : un c^ du TyroL 
atteint d'albinisme; ses ailes sont en dessus d'un gris très pâle; 
□n autre cf du Valais, très sombre, et ayant aux ailes iniérieuies 
les deux points noirs normaux, situés près du bord marginal, 
pourvus d'un épais prolongement noir qui remonte jusqu'auprès de 
la nervure médiane; une Q également du Valais, ayant une rangée 
de 5 ocelles noirs, dont 4 pupilles de blanc aux ailes inférieures, 
et 5 ocelles noirs aux supérieures, disposés en deux groupes, dont 
le plus bas forme une croix, à cause de l'élargissement latéral de 
la tache médiane pupillée de blanc, contiguë aux deux autres plus 
petites, situées l'une au-dessus, l'autre au-dessous; une autre Q 
ayant aux ailes supérieures 5 taches noires, dont 3 très grosses, 
non pupillées, et une seule tache aux inférieures. 

Le fardin, au fond de la mer de glace de Chamoumx, est, dit-on, 
une bonne localité pour Aêllo; mais ce Salyride éclôt de bonne 
heure dans la saison et généralement les chasseurs arrivent à Cha- 
mounix lorsque l'espèce est passée. Ayant fait eo 1864, dans les 
premiers jours d'août, l'excursion dite du Jardin, en compagnie de 
mon ami Gaston Allard, nous ne vîmes pas û'Aèllo dans cette 
oasis verte et fleurie au milieu des glaciers. Nous rapportâmes seu- 
lement la Meiilaa Cynthia. Il y avait autrefois à Chamounix des 
guides chasseurs de papillons qui prenaient abondamment Aello; 
mais il y a de cela au moins 50 ou 60 ans et je ne crois pas qu'ils 
aient laissé de continuateurs. Pourtant la localité est très intéres- 
sante pour l'Entomologie 

Le genre Ckionobas répandu dans les riions boréales, en 
Laponie et en Sibérie, en Asie et en Amérique du Nord, se lie 



^ LEPlDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^59 

- intimement au groupe des Satyrus Circe par les espèces sino-thibé- 
- taines Pumiliis lole, Leech, et Sybdlina, Obthr. 

^ Satyrus Circe, Fabr. 

: Le Silène, suivant l'appellation du P. Engramelle, ne paraît 
: qu'une fois Tan, à la fin de juin et au conmiencement de juillet. 
: C'est une espèce méridionale qui ne s'avance pas vers le nord au 
delà de la Loire. Il est répandu en Charente, dans la Vienne, 
la Dordogne, l'Aveyron, la Lozère, l'Hérault, les Pyrénées-Orien- 
tales» les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, les Basses- Alpes; 
en Hongrie; en Espagne, à l'Escorial et à Albarracin; dans l'île 
de Sardaigne, en Corse et à Akbès. Telles sont du moins les localités 
des divers Circe qui figurent dans ma collection. Je possède un cf 
pris à Florac, en 1908, ayant un trait blanc sur chaque nervure des 
ailes supérieures, entre la bande maculaire blanche et le bord ter- 
minal, et un cf de Hongrie chez qui la bande maculaire blanche, 
commune aux deux ailes, est très réduite en dessus aussi bien qu'en 
dessous, par un obscurcissement que cause un épais semis d'atomes 
noirs sur ces taches blanches. C'est l'Aberr. Silena, Stgr. 

Le Silène est un magnifique Lépidoptère qui vole communément 
le long des routes et dans les bois de chênes de la France centrale 
et méridionale. Les automobiles, qui détruisent sur la route de 
Bourg-d'Oisans à la Grave beaucoup dEredia, lorsqu'elles sont 
posées sur le milieu du chemin, doivent causer la perte de nombreux 
Silènes qui fréquentent les routes parcourues par ces rapides 
véhicules. Je l'ai constaté plusieurs fois en juin et en juillet 1908, 
notamment dans le département de la Dordogne, au cours de mon 
voyage d'Angoulême aux Pyrénées. 
Le Satyrus Circe manque en Algérie. 

Satyrus EUena, Obthr. 

Au sens que la plupart des Naturalistes attribuent actuellement au 
mot : Espèce, je suis convaincu qxx'Ellena est une espèce distincte 



LÉPIDOl'TÉROLOCIE COMPARÉE 



tïHermione, aussi bien que d'AUyone. Les types ^Ellema \ 
de Bône; c'est le docteur Vallantin qui y découvrit l'espioe. 
M. Dayrem l'a retrouvée à Yakouren où elle volait en juîlkl et 
août 1907. M, Holl l'a capturée à la Glacière de Blidah et je dois 
à sa générosité un cf trouvé le 22 juillet 1905 dans cette localité. 

Jugeant sur une cinquantaine d'exemplaires de Yakouren qui 
figurent dans ma collection, comparativement à cinq jadis recueillis 
par le D' Vallantin, je trouve que la fonne de Yakouren est sensi- 
blement de plus petite taille que celle de Bône De même le <S pns 
à la Glacière de Blidah est petit, comparativement aux types de 
Bône. Mais par ailleurs il ne me semble pas qu'il y ait de diffémice 
méritant d'être signalée. 

Sans doute, certains Entomologistes de l'école de Fnihstorfer 
n'hésiteraient pas à considérer Ellena de Yakouren et Blidah 
comme une nouvelle forme et créeraient pour elle un nom : minor; 
mais je crois que la création d'un nouveau nom ne serait pas, dans 
la circonstance, suffisamment justifiée, et je tiens à ne pas dépasser 
la juste mesure. Cette observation m'est sug^rée par l'article : 
Lepidoplerologisches Charivan que M. H. Fnihstorfer a publié, 
en igo8, dans YInseÂ-ten Bœrsc (Entomol. WochenbUitt). Le d»ef 
de la « Subsffzmfabfik 1, comme l'appelle plaisamment un Ento- 
mologiste de Moldavie, expose que l'Allemagne est zoogéographi- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 26 1 

seule et même espèce avec Ellena, Hermione tombe en synonymie 
comme Alcyone, cédant les honneurs et les privilèges du nom spéci- 
fique à fagi et descendant au rang modeste des sous-espèces que 
Fruhstorfer énumère au nombre de 21. L'article de Fruhstorfer 
justifie parfaitement son titre : Charivari Upidoptèrologique. 

Je signale ces élucubrations, sans les approuver; car je vois le 
trouble qu'elles pourraient causer et je ne discerne pas le bien 
qu'elles produisent; mais il y a un vieux proverbe -, summum juSy 
summa injuria, qui me paraît applicable dans cette circonstance. Si 
fagi a 2 ans de date de plus que Hermione, le summum jus est de 
le mettre avant Hermione\ mais faire tomber Hermione dans 
l'océan des synonymes, alors que tous les Entomologistes le con- 
naissent depuis près d'un siècle et demi et ignorent fagi, c'est la 
summa injuria. Je ne commettrai pas plus cette summa injuria, 
après l'article charivaresque de Fruhstorfer, que les autres Ento- 
mologues ne le firent, après la publication du Catalogue of diurnal 
Leptdoptera of the Family of Satyridœ in the collection of the 
british Muséum, en 1868, par Arthur Gardiner Butler. C'est Butler 
qui, dès 1868, ayant déniché ce nom de fagi, crut devoir l'appliquer 
de préférence à celui d'Hermione. Chacun sait quel compte on a 
tenu de l'exhumation d'un nom antérieur au Systema Naturœ de 
Linné. C'est Linné, l'immortel auteur, qui a réellement posé les 
bases de la Science, en la faisant sortir du chaos, et c'est de son 
Systema Naturœ que date réellement notre Nomenclature. Ainsi 
que tous les autres, je reste donc fidèle au nom linnéen et je conti- 
nuerai à parler du Satyrus Hermione plutôt que de VEumenis fagi. 



Satyrus Hermîone, Linné. 

Dans le Bulletin de la Soc. ent. de France (1908, p. 1 51-153), 
j'ai écrit ce que je savais au sujet à' Hermione et d'Alcyone. Depuis 
quelques mois, ma collection s'est accrue de quelques documents 
concernant surtout les faunes lozérienne, italienne et espagnole de 
ces deux espèces. Hennionc éclôt une seule fois dans l'année, comme 



202 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Circe. et à la même époque. Le Grand Sylvandre se trouve asn 
communément dans certaines localités du centre et du sud de la 
France; je ne crois pas que dans l'ouest, on ait jamais trouvé Ha- 
niione au nord de la Loire. II habite seul, sans Alcyone, ou bien 
on le trouve avec cette dernière espèce. Les contrées où Hernàone 
a été observé seul, sans Alcyone^ sont, à ma connaissance, les sui- 
vantes i Doubs, Aveyron, Lozère, Charente, Lot, Ardfeche, Cantal, 
Puy-de-Dôme, pentes du Monte-Generoso, Italie méridionale 
(Aveliino), Bosnie, Turquie d'Europe, Akbès, Beyrouth, Liban, 
Tokat en Asie-Mineure. 

Hermione a été observé avec Alcyone en Hongrie, dans les Alpes- 
Maritimes, les Bouches -du -Rhône, les Basses-Alpes. 

En France, Hermione se plaît dans les petits bois de chênes 
dont le sol calcaire est parsemé de rochers; il se pose volontios 
sur le tronc des arbres, sur les pierres et les sentiers. C'est un beau 
et grand papillon, généralement abondant et dont le vol donne 
au paysage une sensible et agréable animation. 



Satyrua Alcyone, SchifF. 

Le Petit Syhandrc parait être chez nous une espèce plus méri- 

1 EsnFifnc. dans la 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 263 

Bulletin de la Société entom. de France^ 1908, pour toutes les 
observations qui s y trouvent déjà publiées. 

Alcyone aime à se poser sur les fleurs de ronces, les rochers, les 
pentes des collines arides et chaudes et les sentiers pierreux; il vole 
en juillet. Dans le nord de l'Italie, près du lac de Corne, il a une 
seconde éclosion en septembre. 



Satyrus Neomyris, Godart. 

Espèce exclusivement insulaire et dont l'habitat est limité aux 
îles de Corse, de Sardaigne et d'Elbe. Je ne possède que 2 cf de 
l'île d'Elbe; mais j'ai reçu d'importantes séries de Sardaigne, au 
temps où Damry chassait à Sassari, et de Corse. L'espèce varie 
un peu pour le développement et l'accentuation des parties fauves, 
sur le dessus des ailes. A mon sens, Neomyris appartient au 
groupe de VHermione, auquel il ressemble assez bien; à la taille 
et aux couleurs près, bien entendu. Il vole en juillet, notamment 
à Vizzavona, en Corse. 



Satyrus Biiseis, Linné. 

Spécial aux pays calcaires; aime à se reposer sur le sol sec et 
pierreux; éclôt une seule fois par an, à la fin de juillet et au com- 
mencement d'août; manque en Bretagne et en Angleterre; se trouve 
dans une grande partie de la France, en Allemagne, en Autriche, 
en Italie, en Suisse, en Espagne, en Algérie, en Asie-Mineure, à l'île 
de Chypre, où vole une race spéciale, la plus belle que je connaisse : 
Larnacana, Obthr. Briseis varie beaucoup pour la taille. La Q pré- 
sente une variété méridionale appelée : pirata, chez laquelle la bande 
normalement blanchâtre qui traverse les ailes, en dessus, est d'un 
fauve brunâtre. 

En France, le Satyrus Briseis, vulgairement appelé CHermite 
par le P. Engramelle, est une espèce commune dans les lieux qu'elle 



264 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

habite; mais les terrains calcaires paraissent être les seuk où l'oD 
puisse la rencontrer. 

Aux environs d'Angoulême, de Florac, d'Aguessac (Aveyroo), 
de Besançon, de Ctiarroux (Vienne), de Vcmet-les-Bains, de Ville- 
ncuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), en Dordognc; à Kcclepens, en 
Suisse; à Sulmona, Roccaroso et Palena, en Italie, Briseis (3 est 
de petite taille, avec deux taches noires ocellées, pupillées de blanc 
aux ailes supérieures, en dessus. Les deux ocelles se confondent 
parfois avec la couleur brun noirâtre du fond. Un beau reflet vert 
d'or se joue sur les ailes supérieures, en dessus, Che2 certains <3 de 
teinte générale un peu claire, on voit, dans l'espace cellulaire des 
ailes supérieures, en dessus, une tache assez large d'un fauve grîsâtn 
analc^ue à celle qui caractérise Prifiiri d". Quelquefois la fascie 
blanchâtre qui traverse, en dessus, les ailes, du bord costal des 
supérieures au bord anal des inférieures, est très rétrécîe par l'en- 
vahissement de la teinte noire mordorée du fond. 

La Q est généralement plus grande que le (S; elle a la fascie 
transversale blanchâtre des ailes, en dessus, plus large, plus claire. 
et souvent cette fascie blanche est marquée de 3 ocelles pupilles 
de blanc, au lieu de 2 comme chez le cf. Dans les Alpes-Maritimes, 
au Moulinet, à Castillon, dans les environs de Menton, Briseis 
présente une forme spéciale, beaucoup plus grande que la forme 
normale de France, de Suisse et d'Italie, plus foncée que la 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 265 

alheureusement dépourvue de toute indication de localité, faisait 
artie de la collection Boisduval. La fascie transversale des ailes 
très large et d'un fauve plus vif que chez les pirata de la France 
''^^^léridionale. 

"^ Nous avons trouvé la Q pirata dans les Pyrénées-Orientales; 
" "^le est variable pour la teinte qui est plus ou moins brune. Cette 
■■■^ pirata est rare aux environs de Vernet-les-Bains ; nous ny avons 
^^^apturé qu'un petit nombre d'exemplaires. Dans la collection Bellier, 
''cîl y avait un certain nombre de pirata provenant de Marseille. 

J'ai dit plus haut que la plus belle des formes de Brisas^ à ma 
^^"connaissance, était celle de Chypre, que j'ai appelée Larnacana. 
"^C'est par le dessous des ailes que Larnacana est caractérisée. Les 

dessins y sont bien plus accentués que dans aucune autre forme et 
■— aux ailes inférieures, la tache brunâtre contiguë au bord costal, assez 
■^ près de la base, tend, chez Larnacana^ à se relier à l'autre tache 
- brune qui est elle-même contiguë à la nervure médiane et qui se 
' dirige vers le bord anal, sans toutefois l'atteindre. Pour se réunir 
:- à la tache inférieure, la tache supérieure s'avance dans la cellule 
^ qu'elle remplit entièrement, et après avoir décrit une courbe assez 
î allongée, conflue avec l'autre tache. Chez la Q Larnacana, les 

dessins sont aussi beaucoup plus accentués que dans la forme major, 
r et dans les deux sexes, les parties blanches des ailes inférieures, 
r en dessous, sont très agréablement mélangées de fauve orangé. 



Satyrus Prieurî, Pierret. 

Je possède le type de Pierret que Guenée avait acheté lorsque la 
collection Pierret fut vendue en détail à Paris, par feu Depuiset. 
Boisduval possédait un cf semblant, par la manière dont il a été 
préparé, provenir du même chasseur qui était sans doute M. Prieur, 
t payeur à Bugie {sic), armée d'Afrique, naturaliste distingué dont 
les travaux sur l'archéologie ont obtenu récemment une mention 
honorable de l'Institut » (^Ann. Soc. ent. France, 1837, p. 305). 



LÉPinOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



Je n'ai jamais vu le Salyrus Prieuri de la province d'Alger, ni 
de Constantine, Tous les exemplaires africains que je possède ont 
été pris en Oranie : à Sebdoii et à Bedeau, en juin ; à Targemont 
(Telagh), le 25 juillet 1907; à Mirzab et sur la route de Sebdoa 
à Mirzab, les 5 et 6 juillet 1907. 

La race espagnole que j'ai distinguée sous le nom de iberua 
(Bulletin Soc. ent. France, 1907, p. 345) semble présenter seule la 
variété Q Uhagonis, à bandes fauves, analogue à la variété Q firaU 
de Briseis. Cette variété Q n'a pas été trouvée en Algérie jusqu'id 
Le Satyrus Prieuri iberica est surtout abondant à A]barradc et 
dans la Siena-AIta. M. Fabresse, chassant dans l'Espagne centrale 
en juillet et août 1907, a pris une Q absolument intermédîaiie 
entre la forme à fascîes blanches et celle à fascîes fauves, dite : 
Uhagonis. Ce remarquable exemplaire n'est que partiellement teinté 
de fauve. Je possède d'ailleurs une série de Q formant une très 
intéressante transition entre les deux formes. 

La race algérienne est plus grande que la race espagnole, surtout 
chez les Q ; la tache cellulaire d'un gris jaunâtre, sur les ailes 
supérieures, caractéristique du c?, est plus claire, plus développée, 
moins nettement limitée dans les exemplaires d'Oranie que dans 
ceux de l'Espagne centrale. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 267 

du fond, entre les 2 ocelles noirs. La Q andalouse a quelquefois 
3 ocelles noirs et ils peuvent être pupilles de blanc. On vient de 
découvrir dans la partie sud de la Crimée une belle race à'Hippo- 
lytc à taches d'un beau jaune; cette race vient d'être décrite sous 
le nom d*euxinuSy par Kushetzoff. Je dois deux cf et ime Q à 
l'obligeance de M. P. Souchkine, de Moscou. 



Satyrus Semele, Linné. 

Espèce généralement très commune; éclôt une seule fois par an, 
chez nous en juillet et août ; répandue en Angleterre, en Bretagne, 
dans presque toute la France, en Espagne, en Italie, en Corse, en 
Sardaigne, en Sicile, en Algérie, en Orient; présente des races 
géographiques très caractérisées. 

La forme anglaise semble plus petite que celle d'aucun autre 
pays. Barrett dit que : This butterfly is particulary abundant on 
chalk hills, fond of stony-hill-sides, wide heaths, sea cliffs, and 
sand-hills on the coast. » En Bretagne, Semele se trouve dans un 
grand nombre de localités arides, aussi bien sur la côte de la mer 
de la Manche que dans l'intérieur du pays. Je l'ai observé maintes 
fois en nombre considérable, voltigeant sur les falaises de Cancale, 
notamment à la Pointe-du-Grouin, près du Sémaphore et jusqu'au 
bout du Cap. Dans les landes qui s'étendent surtout au centre de 
la péninsule armoricaine, Semele peut être considéré comme le 
papillon le plus abondant en été. Il aime à se poser à terre. Fré- 
quemment les coups de vent marin viennent frapper violemment 
les hauteurs découvertes et stériles que Semele affectionne. Il se 
met alors à l'abri derrière une pierre ou une touffe d'ajonc, se tenant 
les ailes fermées, un peu incliné sur le sol, pourvu qu'il soit suffi- 
samment sec. Le Sn/yn/s fauna lui tient souvent compagnie autour 
des sommets rocheux de faible altitude qui s'élèvent çà et là au 
milieu des landes bretonnes; mais fauna est beaucoup moins 
commun que Semele et surtout beaucoup plus localisé. 



268 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Dans le reste de ];i Franrc. Sfmete est également commun; mais 
il a d'autres mœurs; dans le midi, il se pose volontiers sur les troncs 
d'arbre. C'était sur l'écorce d'un chêne que se trouvait le Semelt a 
extraordinaire et que mon frère aperçut en juillet 1906, dans lis 
Pyrénées-Orientales. Ce curieux Semele est une Q très vivemait 
colorée, mais absolument dépourvue sur le côté gauche des ailes, 
en dessus comme en dessous, des taches ocellées, pupillées de blanc, 
qui se trouvent au nombre de deux sur le côté droit des supérieures. 
tandis qu'il y en a une seule sur le côté droit des inférieures, pris 
de l'angle anal. Le côté gauche déjà anormal est en outre un peu 
plus petit que le côté droit. Cette Aberration originale venait 
d'éclore, et posé, comme l'était le papillon, sur un mince tronc 
d'arbre, il était difficile de le capturer, ce qui fut cependant heureu- 
sement réalisé. Dans le nord de l'Ecosse (ex Ririd), dans le sud de 
l'Irlande et dans le North-Devon (ex Mac-Arthur), et à Boume- 
mouth (ex coll. Raynor), je trouve que Seiiidf a le dessous des ailes 
inférieures généralement bien plus obscur que dans les races fran- 
çaises. Un <S du nord de l'Ecosse, reçu de Ried, en 1892. manque 
du point ocellé prés de l'angle anal des ailes inférieures, en dessus, 
comme en dessous. 

En Bretagne, Semele offre d'intéressantes variations; j'ai pris à 
Cancale un cT chez qui l'espace extracellulaire, généralement blanc 

r le revers des aïles infprieures, est lavé de latine chamois 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 269 

très agréablement traversées par une fascie large et d'un blanc 
souvent très pur. 

Dans le Valais (route du Simplon, entre le Refuge n° 2 et Berisal), 
Semele est grand, ressemblant assez aux Semele de la France 
méridionale. Dans le Taurus et à Chypre, Semele donne la race 
mersina, dont les ailes, chez le cf surtout, sont d'un gris brun assez 
uniforme. A Akbès, Semele est très grand, intermédiaire entre 
mersina et la race de Grèce; on peut cependant rattacher la forme 
d' Akbès à mersina. En Algérie, Semele offre une race spéciale que 
j'ai distinguée sous le nom dalgirica et qui éclôt dès le mois de juia 
Je l'ai reçue en grand nombre de Bedeau, Géryville, Sebdou, 
Magenta, Lambèze, Yakouren, Djurjura. 

Il y a des Q dont les taches fauves sont devenues d'un rouge 
acajou très vif; de plus, certaines Q portent, dans le milieu des 
ailes supérieures, en dessus, une tache fauve, arrondie, divisée en 
trois parties par les nervures. En dessous, la fascie blanche des 
ailes inférieures manque parfois, aussi bien chez les cf que chez 
les ç. La race d'Italie méridionale (Avellino) est fort belle, 
grande et vivement colorée; la Q d' Avellino me paraît une exa- 
gération des Q de la France méridionale et très distincte de la 
race sicilienne, très grande aussi, mais qui est plus voisine de la 
race algirica, qu'elle surpasse par la taille, et à laquelle on peut la 
rattacher. Les Lépidoptères siciliens ne sont pas sans analogie avec 
ceux d'Algérie et Semele le prouve encore une fois. Donc Semele 
de Sicile, d'après les documents que je possède, serait joint à la 
race algirica, et Semele du pays de Naples resterait une forme 
agrandie du Semele français. 

C'est en Corse et en Sardaigne que Semele revêt une forme plus 
spéciale et plus éloignée du type. Cette forme insulaire est connue 
sous le nom à'aristœtis, et il semble que par le ton chaud et le 
développement de la couleur fauve chez les cT comme chez les Q, 
la forme aristœus soit l'opposé de la forme mersina. 

Herrich-Schaeffer figure sous le n** 182 un albinos Semele très 
curieux. M. Dayrem a pris un Semele albinisant à Florac, mais 
beaucoup moins accentué et uniforme que celui d'Herrich-Schaeffer. 



tî3:-_:o:e ::j?a,^££ 



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ftUjnu Aixttaiu^ Espez. 

N exiâte pas en .\ag:eîerre. a: en Aliène; habite auJasrranat 
Ici cerrainâ taL:ijes, présente UCj iornies : i' .4/'<fifat54 qui role 
darii '.c Dord de la France, a Cxi'. ,0-je, « à Evretuci on le tnxm 
auv^i a f oiïtâ-neoie^.!, â A'.^zay A'endée,, dans la Cfaai^te et la 
Charente- In îéneurc, ! Uérti-'.:, rAvejToo. les Basses-AIp^ fcs 
Alficii M;in;:irte:T, Ici Pvrêïice3'Or.eii:aIe3 î 2' dentjta, spécial aux 
environs de bcjrdeaux, Dax, b:arr.:z. Bilbao, .\lbarTadn; 3' Boabdà, 
deï environs de Grenade, en Andalousie 

La forme Arethica est celle qu'Eàper a représentée assez grossiè- 
rement, rriaiâ d'une manière très reconnaissablc, sous les n** 3 et 4 
de la PI, LXIX. Huebner a figuré avec le nom Erylkia, sous les 
n" yjt et 592, une variété A'Arethitsa chez laquelle les Ucfaes fau^-es 
f\ry, ailes supérieures sont extrêmement réduites. Je possède des 
Etythïa de beaucoup de localités oii vole Arelkusa, notamment 
d'Annot (Basses-Alpes), de Vernet-les-Bains et d'AngouIcme. 

(Jiiitnl il la raœ géographique appelée dentata par Staudinger, 
1 i*lt^ liien rep ré SCI liée, t-n dessus et en dessous, par Lang, sous 




^4 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 27 1 

^ J*ai fait figurer dans la XX® livraison des Etudes (T Entomologie 
f^^ne remarquable Aberration Q albina, prise à Evreux, en août 1888, 
par Mocquerys. On trouve dans la Charente des Arethusa Q 
extrêmement pâles contrastant avec des exemplaires très foncés. 
D'ailleurs le Petit Agreste, comme l'appelait le P. Engramelle, est 
assez variable, notamment pour le dessous de ses ailes inférieures. 



îi Satyrus Pauna, Sulzer PI. XVII, fig. 47, 48, cf ; 49, 50, Q 

8 Monterfil (Ille-et-Vilaine) ; fig. 51, cT Digne. — PL XVIII, 

!: fig. 52, cf Naples; 53, Q Sicile; 54, Q Escorial; 55, Q 

3 Sierra-Nevada; 56, Q Vemet-les-Bains). 

G Satyrus Pauna-cinereus, Obthr (PI. XVI, fig. 41, cf ; 42,9). 

Satyrus Pauna-HoUi, Obthr (PI. XVI, fig. 36, cf; 37, ç). 

Satyrus Hansii, Austaut (PI. XVI, fig. 40, g ; 43, 44, 45, cf ; 
46, larv.). 

Satyrus Sylvicola, Austaut (PI. XVI, fig. 38, cf; 39, Q). 

L'ouvrage de Sulzer : Abgekuerste G esc hic ht e der Insecten nach 
dem Linnaeischen System, a été publié en 1776, à Winterthur, avec 
des planches souvent bien dessinées, gravées sur cuivre et coloriées, 
presque toujours parfaitement reconnaissables. 

Sous les n°" 8 et 9 de la Tab. XVII, Sulzer représente, avec le 
nom de Fauna, la Q d'un Satyrus, indiquée comme venant d'Alle- 
magne. Je crois que c'est la plus ancienne figure qui ait été publiée 
de cette espèce et voilà pourquoi je conserve le nom de Fauna que 
Boisduval avait d'ailleurs adopté. 

Le Satyrus Fauna n'a jamais été observé en Angleterre. Il me 
semble que, vers le nord-ouest, le point extrême où l'on ait rencontré 
Fauna jusqu'ici, est l'épine dorsale de la péninsule armoricaine. 
Jamais je n'ai vu Fauna sur la côte septentrionale de Bretagne, que 
baigne la mer de la Manche; mais j'ai appris qu'on l'avait capturé 
dans quelques localités de la côte méridionale bretonne, aux environs 



2;^ LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 

d'Auray et de Carnac (Morbihan). Cependant je n'ai eocoie to 
aucun exemplaire de cette contrét 

Le Satyrus Fauna ne recherche pas exclusivement les terrains 
calcaires, comme ses congénères BriseU et Arelhusa. II parait s'ac- 
commoder fort bien des terrains schisteux et granitiques. Je l'ai 
trouvé assez abondant dans les landes rocheuses qui s'étendent à 
l'ouest de Rennes, notamment à Monter&l, et M. P. Boulé l'a 
recueilli à Bou^-des-Comptes, dans des sites aoalc^ues. 

A Monterhl, Fauna habite par petites colonies, autour de certains 
massifs pierreux dont les tètes émergent du milieu des bruyères et 
des ajoncs. Il se plaît dans ces rochers entre lesquels les licbens 
forment un tapis quelquefois épais, tandis que parmi eux v^feteot 
quelques fines graminées dont je pense que se nourrit la chenille 
de Fauna. Le papillon voltige assez bas, mais rapidement, autour 
des pierres et entre les touffes d'ajonc; il se repose volontiers sur 
le sol; mais lorsqu'il fait chaud, il est actif et fréquemment en 
mouvement. Avec Fauna se trouvent les P<ïpilio Machaon, Pierii 
Daplidke, Satyrus Semele, Lycana Hylas (Balon), Emydia gram- 
mica, Anaitis plagiata, Gnophos obscurata, Eubolia peribolata, 
Sesia uracerifonnis. Fauna éclôt une seule fois par an. En Bretagne, 
il commence à paraître à la fin de juillet et dure jusque vers le 
20 août. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^73 

formément grises, et de ses ailes antérieures où les points orbicu- 
laires se trouvent réduits sur un fond submarginal plus clair et plus 
jaune et avec une ligne transversale extracellulaire moins anguleuse. 
La Q 49 est remarquable par l'exagération de ses taches oculaires 
noires sur les ailes supérieures, en dessous. En Vendée, dans le 
pays calcaire de Fontenay-le-Comte, j'ai pris le Satyrus Fauna^ 
lorsque j'avais l'avantage d'être, au Prieuré d'Auzay, l'hôte de M. le 
colonel Sabouraud et de M. Daniel Lucas. En l'aimable compagnie 
de ces Messieurs, j'ai observé les mœurs du Fauna vendéen. Il ne 
m'a pas semblé vivre groupé en colonies, comme à Monterai; mais 
j'ai rencontré çà et là des exemplaires isolés volant assez rapidement 
sur des pentes calcaires raides et escarpées, recouvertes par places 
d'une végétation herbacée très glissante. 

Le Satyrus Fauna de Vendée ne diffère guère de celui de Bre- 
tagne; il est seulement un peu plus grand. On trouve également 
Fauna dans le Limousin où la race ressemble beaucoup à celle de 
Vendée. 

Je ne crois pas que Fau.m habite en Charente; il existe cependant 
dans la Charente- Inférieure, à Royan. Il est répandu deuis les 
LeUides de Gascogne, où la forme, un peu plus grande qu'en Bre- 
tagne, a, sur le dessous des ailes inférieures, un large espace gris 
clair au delà de la ligne anguleuse, noire, extracellulaire. Le 
long du bord marginal, une ombre noirâtre assez large et épaisse 
fait ressortir la couleur gris clair de cet espace extracellulaire. Dans 
l'Aveyron et l'Hérault, le Satyrus Fauna ressemble à celui des 
Landes de Gascogne; mais deuis les Pyrénées-Orientales et deuis 
les Basses-Alpes, la taille de l'espèce augmente un peu, comme le 
montre le Fauna cT n° 5 1 de la PL XVII, des environs de Digne, 
et la Q n® 56 de la PI. XVIII, de Vernet-les-Bains. J'ai sous les 
yeux un très grand nombre d'exemplaires et je constate des varia- 
tions individuelles sensibles et nombreuses; toutefois, d'une manière 
générale, on peut dire que le dessous des ailes inférieures, chez les 
Fauna de Digne aussi bien que chez ceux de Vernet-les-Bains, est 
d'un gris assez uniforme; les lignes noires ondulées qui descendent 
du bord costal vers le bord anal étant nettes et non empâtées chez 

18 



274 LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 

les cf. ainsi que cela se remarque le plus souvent dans les fonnes 
moins méridionales. 

Fauna, en Espagne, se trouve, d'après les documents contenus 
dans ma collection, à l'Escorîal, à Venta-de-Cardeîias, à la Siena- 
Alta, à la Sieria-Nevada d'Andalousie, à Uclès. La race n'est pas 
plus grande que dans les Pyrénées-Orientales. La Ç n° 54 de l'Es- 
corial et celle n" 55 de la Sierra-Nevada (PI. XVIII) le démonticot; 
elles ont le dessous des ailes inférieures d'un gris de souris, assez 
uni, et les c? ne diffèrent pas sensiblement du n° 51 des Basses- 
Alpes. La forme des environs d'Albarracin (Sierra- AI ta), d'apcès 
12 c? et 2 Q de ma coilection, est de taille sensiblement plus petite 
que la race de Vemet-les-Bains. C'est la race de l'Andalousie qui 
paraît être la plus grande des races espagnoles. 

Dans le sud de la France, du côté oriental, une modification de 
race s'opère chez Fauna. 

En Provence, la dentelure des ailes inférieures devient plus 
accentuée, en même temps que la taille s'ampli&e. Dans les Alpes- 
Maritimes, les Fauna sont encore plus grands que dans le pays 
de Naples; ils égalent au moins la race de Sicile, et comme les 
Fauna c? de Sicile, ceux des Alpes- Maritimes ont une tendance i 
montrer quelques points blancs, le long du bord marginal des ailes 
inférieures, en dessus. Nous remarquerons plus loin la tendance au 




LÉPIDOPTÉROLOGiE COMPARÉE 275 

sentée sous les n**" 41 et 42 de la PI. XVI. Le cf n'est pas d'un noir 
obscur, mais d'une couleur plus pâle, avec le disque soyeux des 
ailes supérieures plus gris et se détachant d'une façon très apparente 
sur le fond brun des ailes. Les points blancs submarginaux sont 
plus développés aux ailes inférieures que dans la race de Sicile, et 
les 20 cf de ma collection en sont tous pourvus, sans exception. 
L'éclaircie jaunâtre ordinaire sur les ailes supérieures de la Q, en 
dessus, est très peu accentuée. Les points blancs submarginaux 
sont très dilatés chez la Q et semblent avoir un reflet lilas. 

Il y a une autre race algérienne de Fautia découverte à la Gla- 
cière de Blidah, par M. Holl. Cette nouvelle race est figurée sous 
les n°* 36 et 37 de la PI. XVI; elle vole à 1,250 mètres d'altitude 
à la fin d'août. Je l'ai dédiée à M. Holl, comme faible témoignage 
de mon affectueuse estime et de ma cordiale gratitude. Le Satyrus 
Holli n'est presque pas plus grand que le Fauna de Bretagne. II 
est de couleur gris brun plus pâle que ctnerens\ il a les ailes plus 
arrondies. Comme cinereus, Holli a les ailes inférieures, en dessus, 
ornées d'une série de points blancs submarginaux paraissant l^è- 
rement lilas. Le cT a les ocelles noirs des ailes supérieures partiel- 
lement et faiblement cerclés de jaunâtre. En dessous, le fond des 
ailes est, dans les deux sexes, d'un gris uni, clair, mais un peu 
plus jaunâtre chez la Ç. 

Dans la province d'Oran se trouvent deux autres Satyrus très 
voisins de Fauna, mais cependant très distincts et très constants : 
Sylvicola et Hansii. J'ai déjà donné, dans les Etudes cT Entomo- 
logie, les figures de ces deux Satyrus. Cependant je publie de 
nouveau, sous les n°" 38 et 39 de la PI. XVI, la représentation de 
Sylvicola, et sous les n*" 40, 43, 44 et 45, la représentation de Hansii. 

M. H. Powell a soigneusement étudié ces deux Satyrus; il en a 
pris un grand nombre d'exemplaires en août et septembre 1907, aux 
environs de Sebdou, et il a élevé la chenille de Hansii, ab ovo. 

Cette chenille étant arrivée à sa 5' livrée, est figurée sous le n** 46 
de la PI. XVI. Je crois qu'Hansii est une espèce tout à fait à part. 
Elle est fort variable, ainsi que le prouvent les différences de l'aile 
inférieure, en dessous, chez les 3 cf figurés sous les rf* 43, 44 et 45. 



276 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Hansii, en dessus, comme en dessous, a un reflet spécial d'un jaime 
doré, dont Sylvicola se trouve toujours dépourvu. Quant à Sybi- 
cola, il serait possible que ce fût une 3' variété algérienne de Famu. 
Sylvicola est toujours très sombre. Les ailes inférieures en dessoœ 
sont d'un gris uni, traversées par une ligne notre ondulée quel- 
quefois à peine visible. Je n'ai jamais vu de Sylincola ni de Haitm 
pris ailleurs que dans l'Ouest- Algérien, 

Huebner a figuré sous les n" 507, 508 et 509 une race de Faima 
qui est probablement celle d'Allemagne. Je ne la connais pas. 
Cependant FdMKa existe en Allemagne; Hermann Steinert lasignak 
parmi les Macrolépidoptères des environs de Dresde {Iris, IV, 
p. 193), dans les termes suivants : € Der Falter, welcher vonugs- 
weise in Norddeutschland zu Hause ist, liebt sandige. trockene 
Stellen, besonders Nadelwaldungen. An der Berliner Bahn bd 
Coswig und Weinboehla; Meisel fand eizclne Stuecke auch am 
Heller. Flugzeit : Juli, August » 

Huebner figure, sous les n" 510 et 511, une race plus grande; 
assez voisine de la race des Bouches-du-Rhône, appelée AlUofàa; 
de même la race de Faitna (f figurée par Huebner sous les n" 145 
et 146 ressemble à celle de Sicile. Je n'ai pu trouver dans le teatte 
de Huebner la désignation de localité des Satyrus figurés par cet 
auteur et je me trouve réduit à des probabilités, en ce qui concerne 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 277 

le texte d'Engramelle. Le même Esper figure sous le n** 4 de la 
Tab. CV, avec le nom Allioniay une grande forme de Fauna en 
nous apprenant (p. 67) que : t Herr Geming erhielte die Originale 
von daher, unter andern Seltenheiten, welche der Kœnigin von 
Sicilien Majestaet, ihn zum Geschenk zu uebersenden die Gnade 
hattea • Le même Geming, qui fut ainsi favorisé d'un cadeau 
entomologique par Sa Majesté la Reine de Sicile, possédait du midi 
de la France une paire de Satyrus Fauna dont Esper a donné avec 
le nom à'Arachne, sous les n*** 2 et 3 de la Tab. XCV, de bien 
médiocres et grossières figures. Cependant l'espèce est reconnais- 
sable. Le Satyrus Fauna se trouve aussi en Grèce, où il se rapproche 
de la forme Martianiiy H. S. 



Satyrus Pidia, Linné. 

Espèce méridionale; répandue en Provence, dans le Languedoc 
méditerranéen, les Pyrénées-Orientales, TEspagne et l'Algérie. Je 
considère comme bien problématique l'existence de Fidia dans la 
Loire-Inférieure, oij l'espèce a été signalée par M. Bonjour {Bull. 
Soc. Sciences nat. Ouest France, 1897, p. 175-176). L'espèce volerait 
à La Chapelle-sur-Erdre où M. Ollivry, qui ne l'a jamais rencontrée 
que dans un seul champ, la prendrait cependant tous les ans. Il est 
possible que ce soit Fauna qui aurait été pris pour Fidia. 

En France, Fidia éclôt une seule fois par an, en juillet et août. Ce 
Satyrus habite les lieux les plus arides et se pose sur le crottin de 
cheval, dans les grands chemins, sur le sol, au milieu des pierres, 
ou sur les troncs d'arbres. Pour se reposer, il rejette en arrière ses 
ailes supérieures qui se trouvent ainsi cachées entièrement par les 
inférieures. Il se confond alors avec les pierres grisâtres qu'il affec- 
tionne et qui, autour de Nîmes, Montpellier, Marseille, se trouvent 
en si grande quantité dans la campagne. 

En Espagne, il vole à l'Escorial, aux environs de Grenade, à la 
Sierra-Alta, près d'Albarracin. Dans cette dernière localité, la race 
de Fidia est exceptionnellement petite et pas plus grande que Fauna. 



2;8 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



J'en possède une série assez nombreuse. J'ai distingué cette t 
sous le nom de minor. 

Dans l'Ouest- Algérien, sur le dessous des ailes inférieures, 1« 
nervures sont indiquées en blanc; cette forme a été appelée 
iilbovenosa. Elle me paraît générale à Sebdou; elle est moins 
accentuée à Yakouren et feu le lieutenant Mathieu a pris à Alger 
des exemplaires très grands, mais qui ne diffèrent pas de ceux 
d'Europe De même, dans l'île de Galita. en Tunisie, Fidia est de 
grande taille, mais nullement albovenosa, comme à Sebdou, 
qu'il y ait une légère indication de blanc sur les nervures. 



Satyrus Abdelkader, PierreL 



I 



■ Superbe et grande espèce exclusivement barbaresque II y a deux 
formes = celle de l'Ouest- Algérien, qui est la race preraièremenl 
décrite, et celle de l'Est-Algérien, qui diffère un peu de la forme 
occidentale. Staudinger a distingué la forme orientale d'Abdel- 
kader, sous le nom de Lambessaniis. II est difficile d'obtenir des 
exemplaires frais et non déchirés. D'ailleurs l'espèce n'est point 
commune. Elle éclôt deux fois par an, en mai et juin d'abord, puis 
à la En d'août. M. H. Powell a élevé la chenille d' Abdelkader, 
dont il avait obtenu une ponte. Ma collection contient une centaine 
de beaux exemplaires récoltés, en août et septembre 1907. à El- 
Aouedji, à Zebch et à Sebdou, dans l'Oranie. J'ai un d* curieux; 
il a le dessus et le dessous des ailes supérieures comme saupoudré 
de taches d'un brun plus clair, c'est-à-dire de la teinte de la çt. 

Ma collection contient une certaine quantité d'exemplaires pris 
par M. Gaslon Allard et par mon frère, à Lambèze; d'autres trouvés 
près de Tébessa, et enfin quelques-uns capturés il Khenchela. en 
juin 1908. Une des Q de Khenchela est remarquable par le déve- 
loppement des taches bleues sur le dessus des ailes. On trouve à 
Sebdou des Q très pâles, avec le bord des ailes largement coloré 
d'une teinte ochracée presque blanchâtre. Dans l'Est-Algérie n. le 
dessous des ailes du c? est généralement d'un brun veloutéj 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2;g 



riche, rehaussé par la fine bordure gris clair des ailes, les points 
ocellés d'un noir profond pupilles de blanc pur, accompagnés de 
taches formées d'un semis d'atomes blanc lilas, et les lignes trans- 
verses, anguleuses, d'un noir vif. Chez les exemplaires de l'OreUiie, 
les teintes sont généralement moins accusées et les contrastes moins 
forts que chez ceux de la province de Constantine. 



Satyrus Actiea, Esper. 
Satyrus Cordula, Fabr. 

Actœa et Cordula sont-ils deux espèces distinctes, très voisines 
Tune de l'autre sans doute, mais cependant différentes? Cest une 
question que souvent j'ai entendu poser. Il est certain que les Actœa 
très caractérisés, ceux de l'Aveyron par exemple, sont bien différents 
des Cordula, du Valais. Actœa est plus petit et d'aspect plus 
robuste à cause de la contexture de ses ailes qui paraît plus forte. 
Le Satyrus Actœa cf a, vers l'apex des ailes supérieures en dessus, 
une seule tache noire ocellée, tandis que Cordula en a toujours deux 
et quelquefois quatre en série droite. Mais en dessous, il y a des 
Actœa qui présentent une seconde tache. Il y a aussi des Actœa cf 
dont la tache ocellée subapicale noire surmonte deux, ou même 
trois petits points blancs, comme on en remarque le plus souvent 
entre les deux ocelles ordinaires de Cordula. Les Q diffèrent plus 
peut-être entre elles que les cf, notamment par la teinte des ailes 
supérieures en dessus aussi bien qu'en dessous, et s'il y a des exem- 
plaires qui établissent presque la transition entre Actœa et Cor- 
dula cf, les Q restent plus nettement dissemblables. 

Quant à l'habitat, Actœa se rencontre seul dans les départements 
du Lot, de l'Aveyron, de la Lozère, du Gard, des Pyrénées-Orien- 
tales, des Bouches-du-Rhône, en Espagne et en Portugal; et, de 
son côté, Cordula est seul dans la vallée du Rhône en Valais, dans 
les départements de l'Isère, de l'Ardèche (La Voulte- sur-Rhône) et 
dans les montagnes des Alpes-Maritimes; mais dans les Basses- 



28o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Alpes, les deux : Actœa et Cordula se trouvent presque juxtaposé 
et dans les Hautes-Alpes (Le Monetier-de-Briançon). ainsi que dus 
l'Italie méridionale (Mont Majella, Roccaroso et Palena), cm tnwrc 
une forme que j'ai appelée Actœina, qui est plus près de Cordida 
que ôîActaa, mais plus petite que le vrai Cordula et se rapprochant 
un peu d'Ac/aa. 

Disposant d'environ 400 exemplaires provenant de localités 
diverses et ayant pris Actaa dans la Nature, aussi bien que Cordula, 
me remémorant d'ailleurs les mœurs de ces Satyrus, je dois à la 
vérité de dire que je reste incertain et irrésolu, penchant cependant 
plutôt vers la réunion spécifique que vers la séparation des deux 
formes en deux espèces. 

Actœa et Cordula éclosent chacun une fois par an, depuis la fin 
de juin jusqu'aux premiers jours d'août, suivant les localités. 
Cordula paraît cependant éclorc généralement un peu plus tôt 
f^ Actœa, ce qui est contradictoire avec le climat des lieux habités 
par l'un et l'autre Satyrus. Actsa vivant dans des contrées plus 
chaudes, devrait, semble-t-il, paraître avant Cordula. Or, Actaa 
ne ^'ole guère avant la seconde quinzaine de juillet et on le trouve 
encore frais jusque dans les premiers jours d'août, tandis que 
Cordula se montre dès la saint Jean et est généralement complu 
tement passé lorsque Actœa est encore en pleine éclosion. Toutefois, 
question de le|roqiie d'apparition des Satyrus Cordula < 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 28 1 

encore un contraste d'un autre genre avec la teinte si obscure de 
ses ailes. 

Cordula est plus montagnard; mais il fréquente également le 
bord des routes, dans les vallées alpines. C'est ainsi qu'en montant 
de Bourg-d'Oysans vers le Lautaret, jusqu'aux abords de la Grave, 
Cordula sollicite l'attention du voyageur par son vol saccadé et un 
peu sautillant, quoique rapide et puissant à l'occasion, et par sa 
fréquence. En effet, ce grand papillon tout noir est parfois très 
abondant sur les pentes fleuries des montagnes; dans les belles 
journées d'été, avec les autres espèces alpines de Lépidoptères, il 
contribue très agréablement par son activité à l'animation du 
paysage. 

Actœa et Cordula sont très variables. 

Actœa, en dessus, a souvent la côte des ailes supérieures lavée 
de brun clair; en dessous, il présente tantôt des ailes inférieures 
très obscures et tantôt ces mêmes ailes sont traversées par une bande 
blanche plus ou moins large. Je possède une Aberration ^ Actœa, 
prise à Digne, chez qui les taches et dessins des ailes inférieures, 
en dessous, sont brouillés et forment des ovales cerclés de noir, le 
long du bord marginal. 

Dans les Pyrénées-Orientales, Actœa varie beaucoup pour le 
dessous de ses ailes inférieures. D'ailleurs Cordula est tout aussi 
sujet à variation. Quant aux Q, dans les deux formes, c'est par le 
développement de la teinte fauve doré sur le dessus et sur le dessous 
des ailes supérieures et aussi par l'accentuation des dessins noirâtres 
sur le dessous des ailes inférieures qu'elles présentent les variations 
les plus considérables. 



Satyrus Phœdra, Linné. 

Manque en Angleterre et en Algérie; se trouve, dit-on, en Bre- 
tagne, dans le département de la Loire-Inférieure; mais je n'ai 
jamais été à même de l'y capturer; est commun dans les marais 
et dans les bois de la Charente et de la Vienne; habite les environs 



282 LÊPinOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

de Biarritz; a été trouvé à Vemet-les-Bains, à Entrevaux (Basses- 
Alpes), au Fort-Naryne, dans le Turkestan oriental, dans la vallée 
de la Vîège, en Valais, et est très répandu dans TAsie orientale; 
sur la frontière du Thibet, dans la Chine centrale et septentrionale 
et au Japoa II offre d'intéressantes variétés. 

A Tâ-tsien-Lou, Phadta est représenté par sa forme Astrea, 
Leech, d'un brun roux opaque et un peu doré en dessus, avec les 
taches oœllées en nombre variable, très noires, cerclées -de fauve 
doré et pupillées de blanc. 

A Vench'uan et Traku, dans le Su-tchuen occidental, les nath-e 
colUctors de Cari Bock ont trouvé, en 1891, une forme superbe 
que j'appelle aurata. Elle est très grande. Le d", en dessus, est d'un 
brun roux avec 2 grosses taches ocellées aux ailes supérieures; ces 
taches sont très largement entourées de fauve doré; on voit une 
seule petite tache ocellée aux ailes inférieures; elle est cerclée de 
fauve. La Q, plus grande et plus pâle, a les deux taches noires 
ocellées des ailes supérieures encore plus largement entourées d'un 
lavis de fauve orangé. En dessous, dans les deux sexes, le fond 
des ailes supérieures est d'un fauve doré plus vif chez le d" que 
chez la Q, et les ailes inférieures brun pâle, dans les deux sexes, 
sont traversées par les trois lignes ondulées ordinaires et marquées 
d'une infinité de [letits traits noirâtres. Il y a une éclaircie blan- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 283 

Phœdra produit un vol assez puissant et, après quelques bonds, le 
papillon va se reposer de nouveau. Il est facile de s'en emparer; il 
est commun dans les lieux qu'il habite. Il varie beaucoup pour la 
grandeur des ailes, pour le développement des ocelles pupilles de 
bleu quelquefois réduits à deux simples points noirs chez les cfi 
d'autres fois formant chez les Q des taches très grosses et près de 
se rejoindre l'une l'autre au moyen d une tache supplémentaire qui 
peut se développer sur le sommet de la seconde macule. Le nom 
populaire du Satyrus Phœdra est : le Grand Nègre des bois; il 
éclôt une seule fois par an, à la fin de juillet. Engramelle dit que 
son accouplement dure tout un jour. 



Satyrus Hyperanthus, Linné. 

Habite l'Irlande, rAngleterre. la Bretagne (Finistère et Ille-et- 
Vilaine), presque toute la France, la Suisse, l'Allemagne, la Mand- 
chourie, la Chine; n'a pas été observé en Algérie. 

C'est le Tristan, selon le P. Engramelle; il est fort commun 
dans les bois et même dans les haies, ainsi que je l'ai observé à 
Cancale. Il peiraît qu'il est très abondant dans la forêt de Cranou 
(Finistère). Il est fort variable pour le nombre et le développement 
des taches ocellées et pour la taille. 

En Mandchourie se trouve la forme appelée ocellatus par Butler; 
c'est la plus grande et celle dont les taches ocellées sont plus 
largement développées. L'antithèse de cette forme est l'Ab. Arête, 
chez qui les taches ocellées sont oblitérées sur les ailes inférieures, 
en dessous. Je possède cette Ab. Arête d'Angleterre (ancienne 
collection Sheppard), d'Autriche, de Thuringe, du Jura français 
(Lons-le-Saunier). J'ai pris aux environs du lac de Laffrey (Isère) 
un cT qui fait une transition excellente entre Arête et la forme 
normale Hyperanthus. 

M. de Graslin avait trouvé dans la Sarthe l'Ab. Arête. Cette 
Ab. Arête est généralement symétrique et les deux sexes peuvent 
en être atteints; mais les exemplaires sont plus ou moins accentués. 



:!S4 



É30L03IE COMPARÉE 



Crttaim Are:e ne préîeniciil plus çur les quatre ailes, en fV^^s 
qu'un miouscule poioi blanchâtre à la place des taches ocellfei 
d'autres échantillons, tantôt aur les ailes snpérieures, tantôt soi Is 
ailes intérieures, présentent plus eu moins de très petites macules 
noires cerclées de jaunâtre et pupi liées de blanc 

Dans la plupart des exemplaires normaux, les taches ocelléts 
des ailes supérieures sont au nombre de deux ou trois et les taches 
ocellées des inférieures sont au nombre de cinq. En dessus, ks 
taches du dessous transparaissent généralement, surtout chez les Q, 
sauf les deux taches supérieures des ailes inférieures. Je possède 
une seule Q de la collection Kuuert, de Berlin, chez laqudle le 
dessus des ailes est marqué aux ailes supérieures de trois tadKS 
noires pupillécs de blanc et cerclées de jaune, comme en dessous, 
et aux inférieures de trois taches semblables. J'at pris à Chamotuux 
^ Haute- Savoie^ une très petite race ^ H } peranlkus, tandis que dans 
les Pyrénées -Orientales, à Vemet-les-Bains, la race est relativement 
grande 

La teinte du dessous des ailes inférieures varie du brun roux 
foncé au brun clair. M. W'ullschl^cl a pris à Martigny (Valais) 
une g albinos dont les 4 ailes, en dessus et en dessous, sont d'une 
couleur café au lait. Le Si/yre t'ist.m éclôt une fois par an, depuis 
la fin de juin jusqu'à la mi-juillet. Il ne me semble pas qu'il s'élè\-e 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 285 

UErebia Epiphron a les ailes allongées et d'une contexture assez 
délicate; elle se rencontre dans les Pyrénées à une altitude de i,oco 
à 1,800 mètres, se plaisant dans les prairies alpestres et les jeunes 
reboisements. Elle est très variable; les taches, d'un brun rou- 
geâtre le long du bord marginal des ailes, sont plus ou moins 
largement développées sur les ailes supérieures comme sur les 
inférieures; elles sont ordinairement pupillées de points ocellés 
noirs, généralement au nombre de quatre sur les supérieures et de 
trois ou quatre sur les inférieures. Quelquefois ces points ocellés 
noirs portent un petit point central blanc. Par albinisme, la fascie 
brun rouge peut devenir d'un blanc jaunâtre; elle peut aussi dispa- 
raître à peu près complètement. 

J'ai sous les yeux plus de 400 exemplaires de YErebia Epiphron, 
provenant d'Ecosse, des Vosges, de Silésie, de Suisse, des Hautes 
et Basses-Alpes, des Alpes-Maritimes, du Puy-de-Dôme, du Cantal, 
des Pyrénées-Orientales, des Hautes-Pyrénées et de la Turquie. 
L'examen des Epiphron de ces diverses localités donne lieu aux 
observations suivantes ; 

Huebner figure sous le nom de Cassiope (cf n°' 626, 627; 
Q n°' 628, 629) une Erebia dont les deux sexes semblent appar- 
tenir à une seule et même espèce provenant de la même localité. 
Ma collection contient une paire de Cassiope, prise en août 1864, 
dans les montagnes des Vosges, au Brezouars, au-dessus de Sainte- 
Marie-aux-Mines, par 1,300 mètres d'altitude. Cette paire est tout 
à fait conforme aux figures publiées par Huebner. Pourquoi Stau- 
dinger et Rebel, dans le Catalog 1901, s'abstiennent-ils de citer, 
dans la synonymie de Cassiope, les n®' 628 et 629 concernant 
la g? 

De son côté, Herrich-Schaeffer représente, sous les n"*" 92 et 93^ 
la Q et non le cf (comme il l'indique par erreur sur la Planche; 
mais il rectifie dans le texte, p. 65), et sous le n° 94, le cT (et non 
la q) d'une Erebia qu'il appelle Epiphron et qui provient d'une 
forêt de sapins dans les environs d'Oderbriick, dans le Harz où 
Knoch en fit la capture au mois d'août. 

En quoi Epiphron diffère-t-elle donc réellement de Cassiope} 



28G 



LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



D'après Staudinger et Rebel, parce que la fascie erxtracellula 
est rousse et que les points ocellés noirs sont pupilles de blanc dans 
VAQEpipliTon; chez Cassiope, les points ocellés noirs sont aveugles 
et la fascie rousse est obsolète; mais dans les mêmes montagnes, 
on trouve des exemplaires Eptphro» et des exemplaires Cassioft 
Epiphron ne désigne donc pas plus une race locale que Casshfe 
n'en désigne une autre. Il peut y avoir des localités où Cassiope 
domine, comme par exemple Les Grisons; mais je croîs qu'on peut 
trouver partout des Cassiope, ià où il y a des Eptphton et vice- 
versâ. 

En Angleterre et en Ecosse, Epiphron est de taille relativement 
grande; M. Reid m'a envoyé une assez nombreuse série provenant 
de Rannoch; dans la collection Raynor, qui fut vendue à la salie 
Slevens, le 27 octobre 1891, il y avait une quinzaine àiEpiphion, 
dont quelques-uns portent l'indication de localité : Malvera Les 
Epiphron sont bien conformes à la figure publiée par Charles 
Barrett (PI. XXIX; fig. i, 1 a, 1 b). C'est aux exemplaires des 
Vosges qu'ils ressemblent le plus, parce que chaque ocelle noir, le 
long du bord marginal des ailes supérieures, est entouré d'une 
sorte de cercle brun rougeàlre, au lieu de se trouver au milieu d'une 
fascie brun rougeâtre, dont les contours exlérieurs sont irréguliers 
et ne forment pas un anneau. 

Dans les Pyrénées, il y a deux formes très différentes d'Epiphron 
et toutes deux ont été figurées par Hemch-Schaeffer sous le même 
nom ; Cassiope pyrenaica. La race des H au tes -Pyrénées, très sombre 
en dessus, comme en dessous, dépourvue de brun rougeâtre à ta 
base des ailes supérieures, en dessous, et de plus grande taille, est 
figurée sous les n"' 537 et 538; tandis que la race des Pyrénées- 
Orientales, plus petite, avec la base des ailes supérieures largement 
lavée de brun rougeâtre en dessous et la fascie rougeâtre des quatre 
ailes, largement développée en dessus, est représentée sous les 
n*" 535 et 536. 

Le nom pyrenaica convient seul à la race des Hautes- Pyrénées 
(Cauterets, Gavariiie) ; la race des Pyrénées-Orientales ressemblant 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 287 

beaucoup plus à celle des Alpes françaises à laquelle elle peut 
être identifiée. 

Boisduval a créé une variété Nelamus des Alpes du Dauphiné 
qu'il définit : sub-cœca dans Y Index methodicus. Les types cT et Q 
de Nelamus sont sous mes yeux. Le cf, en dessus, a une courte 
fascie brun rougeâtre sur le dessus des ailes supérieures et deux 
petits points noirs à peine perceptibles; la Q a la fascie plus étendue 
et plus accentuée, avec les deux points noirs plus visibles. Le des- 
sous du cT est presque unicolore, brun plus clair qu*en dessus; le 
dessous de la Q reproduit le dessus, avec cette différence que, le 
long du bord des ailes inférieures, on voit quatre petites taches 
de couleur ocre très finement pupillées de noir. 

Au Mont-Dore, en Auvergne, on rencontre une forme très 
sombre de Cassiope\ mais elle n'est pas très fixe et, à côté d'exem- 
plaires particulièrement obscurs, on en trouve d'autres qui se rap- 
prochent beaucoup de la forme alpine. 

Les Q des Pyrénées-Orientales ont parfois cinq taches noires 
ocellées sur les ailes supérieures, en dessus comme en dessous. La 
fascie d'un fauve rougeâtre, souvent d'une teinte claire, est très 
développée. Je possède des Q des Pyrénées-Orientales ayant une 
pupillation blanche dans les ocelles noirs, ainsi que le figure 
Herrich-Schaeffer (n°* 92 et 93); dans la prairie du Mont Pelât, 
M. H. Powell a pris la Q également pupillée de blanc, dans les 
premiers jours d'août 1906. Au même lieu, M. Powell a capturé 
quelques cT et Q de l'Ab. albinescens, caractérisée par la couleur 
très pâle de la fascie sur les quatre ailes en dessus. Un cf très frais 
se trouve remarquablement albinisant. Aux environs de Zermatt, 
j'ai pris la var. Nelavius, Bdv. Les Erebia ont une tendance à 
perdre les ocelles noirs sur la fascie rougeâtre, dans le Valais. 
Dromus et Euryale en fournissent quelquefois la preuve. On trouve 
aussi Nelamus au Mont Pelât. 

J'ai décrit et figuré dans la XX* livraison des Etudes d'Ento- 
mologie une Aberration de Epiphron pyrenaica, remarquable par 
l'extension de sa fascie rougeâtre aux ailes supérieures en dessus. 



288 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

presque sans ponctuation noire. Un exemplaire analogue a été ren- 
contré au Mont PelaL 

Brebia JAelampus, Esper, 103, 1. 

UErebia Melampus a été figurée d'une manière reconnaissable 
par Esper, sous le n" i de la PI. CIII, d'après un individu pris 
dans les Alpes du Tyrol, et que l'aufeur considère cx>mme une 
variété de l'espèce, maïs qui, à part la couleur fauve des fasdes 
un peu plus claire, est bien conforme à la véritable Melampus. 
Boisduval, dans X'icones (PI. 35, fig. 5 et 6; p. 178, 179) a bien 
figuré et décrit VErebia Melampus. 

Un des caractères qui distinguent Melampus d'E^phrott, c'est 
la forme plus arrondie des ailes qui sont traversées très réguliè- 
rement par une f ascic d'un brun rougeâtre. 

Melampus n'a jamais été trouvée dans les Pyrénées; elle a été 
rencontrée dans les Basses-Alpes; je l'ai prise à Chamounix 
(Haute-Savoie) pendant les premiers jours de juillet 1892, dans le 
Valais, aux environs de la route du Simplon et sur les pâturages 
alpestres de Ryffelalp, vers la mi-juillet, en 1864, 1866, 1892, 1898 
et 1902. Mon frère a pris Melampus à Fusio, du 10 au 14 juillet 
1907. Je l'ai reçue des Grisons. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 289 

quinzaine de juillet 1902. Presque tous les échantillons que nous 
prîmes étaient usés par le vol. UErebia Christi éclôt au commen- 
cement de juillet, peut-être même à la fin de juin. Elle ressemble 
à Epiph7on\ mais elle en est certainement spécifiquement distincte. 
C'est dans l'étroite vallée de Laquin que VErebia Christi a été 
trouvée tout d'abord ; mais je crois qu'elle a été récemment capturée 
dans plusieurs localités voisines du Simplon. 



Erebia flavofasciata, Heyne. 

Mon frère se rendit en juillet 1907 à Fusio, afin de pouvoir 
capturer cette jolie Erebia nouvellement découverte et d'un aspect 
si particulier en dessous. Il réussit à prendre quelques beaux exem- 
plaires dans la localité très spéciale o\x vit l'espèce, en compagnie 
de la Psodos alpinaia, Huebner, Phalène noire à bandes jaunes, 
colorée un peu comme fiavofasciaia. 

Une très intéressante notice intitulée : Quelques jours à Fusio 
en juillet iço^i où sont relatés les détails de la chasse à VErebia 
flaîwfasciata, a été publiée par M. Muschamp dans le n® i du 
Bulletin de la Société lépido ptérologique de Genève. UErebia 
Havofasciata n'a pas été trouvée dans les Alpes françaises. 



Erebia Mnestra, Huebner. 

Les Erebia Arête et Eriphyle ont été rencontrées jusqu'à présent 
dans les Alpes d'Autriche; mais personne ne les a trouvées dans 
les montagnes françaises. UErebia Mnestra n'est pas rare dans 
les Grisons et dans le Valais où je l'ai capturée en grand nombre 
sur les pelouses au-dessus de l'hôtel Ryffelalp; elle n'a jamais été 
observée dans les Pyrénées, mais elle a été prise dans les Hautes- 
Alpes, au-dessus de Monetier-de-Briançon et à Charmoz, en 
Savoie. Boisduval publie de bonnes figures de VErebia MnestrOy 
sous les n*"* i, 2, 3 et 4 de là PI. 35 de VI cônes. La Mnestra a le 

19 



ago LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

dessous de l'aiie supérieure très largement lavé de rougeàtrc; et 
en dessus, la fiiscic rougeàtrc généralement largement étendue, est 
très fréquemment dépourvue, chez les cT. de toute ponctuation 
noire. Les Q montrent généralement aux ailes supérieures deux 
ocelles noirs pupilles de blanc. J'ai trouvé Mnestra au mois de 
juillet; elle aime à voltiger au-dessus des buissons de genévriers, 
d;uis les pelouses alpestres et, lorsque le soleil se cache, elle dis- 
paraît dons ces buissons. 

Dans les Basses-Alpes, à Larche. Bellier a découvert une très 
intéressaute race de Mneura qu'il a décrite et figurée dans les 
Anmalia de la Sim: eni. de France, 1863, sous le nom de Gorgo- 
fhune. Le dessous des ailes inférieures est moins uni f onnérooit 
brun, mais, au contraire, plus distinctonent fascié que chez Mnestta. 
11 est bien extraordinaire que Bellier. dans sa description de 
tiorgifpÂome '^hi. cit., p. 419, 4J0), s'obâline à comparer sa nouvelle 
l\rff>ia à (fV'iV, plutôt qu'à Mnestra, tout en constatant que Gor- 
gi'fk'.'ne n'a tviirt les mêmes mœurs que Gorge. En effet, dit 
HcUier, G'.'f^i'/'A'.'Me fréquente plutôt les prairies pastorales, Œ 
foiuti.ij;uie de C./ssU'^, de t'eto, de Melampus, à une moindre 
altiliiile que Gorge et son vol n'est pas aussi rapide. 

Hiins toute sa ixitice. Bellier ne parle pas ime seule fois de 
Mnist'.i. s,iiis doute t>-m'^ qui' n'avait jamais pris lui-même cette 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2gî 

on peut dire que les ailes inférieures, en dessous, sont divisées en 
quatre parties bicolores, presque égales, d'une part : la base claire 
et la bandelette claire extracellulaire; d'autre part : la bandelette 
médiane brune plus foncée et la bordure marginale de la même 
couleur foncée. 



Erebia Pharte, Huebner. 

Manque dans les Pyrénées; habite les Alpes de Savoie, notam- 
ment au-dessus de Lanslebourg et de Charmoz; vole en juillet; 
répandue dans les Grisons et en Valais où se trouve la forme 
PhartinUy très obscure, dont j'ai publié la figure dans la i" livraison 
des Etudes de Lépidoptérologie comparée. 

Mon fils, D' J. Oberthùr, a rencontré également la forme 
Phartina en Savoie. Boisduval a figuré Pharte dans VIcones, sous 
les n^' 7 et 8 de la PL 35 

La fascie fauve chez Pharte est dépourvue de ponctuation noire 
chez tous les exemplaires que je possède. Mais cette absence de 
points noirs ne peut être un caractère spécifique sérieux. Ce qui 
distingue Pharte de Mêlant pus y avec laquelle elle n'est pas sans 
analogie, c'est la forme plus oblongue de ses ailes qui sont moins 
arrondies, la bande fauve des supérieures qui, surtout chez la Q, 
est coupée carrément, les taches des inférieures plus grosses et plus 
rapprochées vers la côte. On trouve Pharte dans les montagnes 
autrichiennes oij j'ai entendu dire qu'elle était plus répandue et 
plus abondante que chez nous. 



Erebia Manto, Esper (PI. LXX, fig. 2-3). 

ISErebia Manto, Esper, est bien la même espèce que Huebner 
a figurée sous les n^" 235 et 236, avec le nom Pyrrha, sous lequel 
l'ont désigné Godart (PI. XV, fig. 3 et 4) et Boisduval. 

Manto varie beaucoup. Sa plus remarquable variété est CœcïLia, 
Bdv. {Icônes, PI. 33, fig. 5 et 6). Je ne trouve pas que Cœcïlia, 



292 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Huebner (n" 213 et 214) représente le même papillon; dm 
Cœcilia, sec. Boisduval, l'aile supérieure, en dessous, est entiè- 
rement noire et n'est pas marquée de rouge, comme dans la figure 
donnée par Huebner. 

La véritable CcBcilh, Bdv., habite l'Auvergne, où mon frère l'a 
trouvée au Lîoran; elle se rencontre aussi dans les environs de 
Cauterets (Hautes-Pyrénées), où je l'ai prise en juillet et août l8go 
et en juillet 1908. M. de Guemisac l'avait également trouvée dans 
les Hautes- Pyrénées, il y a nombre d'années. 

Cœcilia vole exclusivement dans les herbes épaisses qui couvrent 
le sol de certaines parties de la montagne du Péguère. Je l'ai 
observée du côté sud-est de cette montagne, dans une petite prairie 
qui borde le torrent, après qu'on a passé la cascade du Cerisay, sur 
la route ^u Pont-d'Espagne, et qu'on a franchi le petit pont rus- 
tique qui doime accès au chemin forestier du Péguère; mais j'ai 
surtout capturé Ctscilia sur la pente nord, tout près du chemin qui 
œnduit à la Raillière, un peu au-dessus de la Maison hospitalièie 
de Cauterets. Lorsque la matinée est ensoleillée, vers le 10 juillet, 
VErebJa CcscUia çf commence à voler. Elle paraît aussi noire que 
sa congénère Lefebiiei; elle semble sortir des touffes d'herbes, où 
elle s'enfonce de nouveau très profondément dès qu'elle pressent 
un danger, ou bien lorsqu'un nuage intercepte les rayons du soleil. 
Je ne crois pas que C<Bdlïa éclose tous les ans. J'ai été bien des 
fois à Cauterets, au moment de son « émergence >, comme disent 
les Anglais, sans avoir réussi à apercevoir un seul exemplaire; 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 293 



nairement, les quatre ailes sont unicolores. La Q est plus grande; 
elle commence à éclore un peu plus tani que le cT et elle s élève peu 
au-dessus des touffes d'herbe où je Tai vue maintes fois se laisser 
glisser, se blottir, les ailes fermées, et devenir ainsi très difficile à 
découvrir. Les Q, comme les cf, sont absolument immaculés en 
dessus. En dessous, la Q est quelquefois immaculée, comme le cT; 
d'autres fois, elle présente quelques touches rougeâtres aux supé- 
rieures et trois ou quatre taches jaunâtres aux inférieures. 

Boisduval possédait un seul cT Cœcilia qui paraît bien être 
l'exemplaire reproduit dans Ylcones. Lorsqu'il dit (p. 168) que 
les Q de l'Auvergne et des Pyrénées sont à peu près semblables 
à celles des Alpes, il ne juge certainement pas d'après des échan- 
tillons authentiques, car son assertion est absolument erronée. 

Je dispose d'un grand nombre d'exemplaires de la Cœcilia pyré- 
néenne; mais je ne possède que 6 cf et i Q d'Auvergne. Dans ces 
conditions, je manque des documents nécessaires pour établir une 
comparaison sur des bases sérieuses entre les Cœcilia des deux 
contrées. Il serait cependant possible que leur différence fût assez 
caractérisée et assez fixe pour mériter qu'un nom distinctif distin- 
guât les deux races. 



Erebia Ceto, Huebner (578, 579). 

UErebia Ceto éclôt dès le mois de juin; elle vole dans les 
prairies dont l'herbe est à peine mûre, à une altitude moyenne de 
i,6cx) à 1,700 mètres. Elle manque dans les Pyrénées. 

U Erebia Ceto est répandue dans les Alpes, notamment au-dessus 
de Saint-Martin-de-Vésiibie (Alpes-Maritimes), à Larche (Basses- 
Alpes), en Savoie, à Zermatt et à Fusio, en Suisse. 

Elle varie pour le développement et l'accentuation des taches 
qui constituent la fascie fauve des ailes en dessus, comme en 
dessous. Au même lieu, on trouve des exemplaires dont les macules 
fauves sont relativement très grandes et tirant plutôt sur le jaune 
et d'autres échantillons avec les macules très réduites et d'un brun 



294 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

rougcâtre. Il me semble cependant qu'en Savoie, la forme de CUq 
est plus sombre et que, dans les Alpes-Maritimes, elle a les tadcs 
plus claires et plus grandes. 

La Ceto figurée par Huebner, sous les n" 578 et 579, reprfeoitc 
assez bien la forme ordinaire de l'espèce. 

Je possède une ç du Simplon ayant, en dessus comme eo 
dessous, toutes les taches des fascîes normalement fauves deveaues 
d'un blanc livide 

Freyer figure sous le n" 2 de la PI, 193 et avec le nom de 
Phorcys, une Ceto dont les taches fauves, en dessus, sont d'une 
couleur orangé vif, avec les ocelles noîrs pupilles de blanc, et dont 
les taches, sur le dessous des inférieures, sont d'un blanc jaunâtre 
Je possède un (S pris entre la Madone de Fenestre et Lantosque; 
en juin 1904, qui me semble assez conforme à la figure de Phorty^ 
donnée par Freyer. Le môme Freyer figure, sous les n°' i et 2 de 
la PI. 37, la forme à fascîes bien développées et bien colorées de 
VErcbut Cfto normale, et sous le n" 3, un albinos ayant le fond 
des 4 ailes brun clair. Freyer l'a reçu de MM. Mieg et Meisner, 
de Bâie, qui avaient, dit-il, attribué cet albinos à Pyrrka. J'avoue 
ne pas être parfaitement fixé sur la détermination spécifique qu'il 
convient de doimer à cette Aberration; la figure publiée par Freyer 
ne me parait pas suffisamment probante. La forme obscura, Raetzer, 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 295 

largement ocellée que celle de l'Isère. A Cauterets, il y a des 
Œme Q dont les ocelles noirs, dans les fascies fauves, sont vive- 
ment et largement pupilles de blanc, au nombre ordinaire de 3 aux 
supérieures et 4 ou 5 aux inférieures. Les Œvie figurés par Bois- 
duval, sous les n*** 5, 6, 7 et 8 de la PI. 34 de VIcones, n'ont pas 
d'étiquette de localité dans la collection Boisduval; mais j'ai lieu 
de croire qu'ils viennent de la Grande-Chartreuse. J'ai désigné 
VŒnte pyrénéenne sous le nom de pyrencea. 



Erebia Médusa, Fabr. 

Espèce répandue dans les plaines de la France nord-orientale, 
à Samoussy (Aisne), à Reims et à Epernay (Marne), dans les 
Vosges, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Suisse, dans 
le nord de l'Italie ( Monte- Motterone, près Stresa), en Russie, en 
Laponie, au Colorado, dans l'Amérique du Nord. 

Médusa paraît manquer dans les Pyrénées. 

Elle offre de remarquables variétés géographiques et des 
Aberrations. 

Une g du Valais, dans ma collection, a les ailes supérieures 
d'un gris clair avec un léger reflet un peu dore, au milieu duquel 
se détachent les cinq ocelles ordinaires noirs pupilles de blanc 
Un cT, de Licgnitz, manque asymétriquement d'une partie des 
taches fauves sur le côte droit des ailes. Un autre cf. d'Allemagne, 
a les taches fauves des ailes supérieures et inférieures très faible- 
ment ocellées, mais pas comme dans l'Ab. Hippovicdiisa. 

\J Erebia Médusa éclôt du 15 mai au 15 juin; elle est abondante 
là où elle habite. Elle solcve jusqu'à environ 14CK) mètres d'alti- 
tude, notamment au Montc-Generoso, où je l'ai observée très nom- 
breuse dans les petites prairies en pente, avant d'arriver à l'Hôtel 
du Sommet. 

L'américaine Epipsodca me paraît être indubitablement une 
Médusa, tout comme \ Erebia Sofia, du Colorado, semble bien être 
une race de Kindennanni, 



296 . LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Erebla Stygne, Ochs., et Var. Gavarnlca, Obthr (PL XXV. 
fig- 130, d"; 134. Q)- 

Esper a figuré trop grossièrement, sous le nom de Phene, 
VEreéia Stygne çf (PI. CXVI, fig. 3), pour que cette figure puisse 
avoir une valeur au point de vue de la connaissance de la race 
géographique du papillon représenté. Dans !e texte (p. 117, ll8), 
Esper dit que Pyrene (au Heu de Pirene, dans la figure) se trouve 
dans les Alpes tyroliennes et suisses. Huebner, sous les n" 223 et 
224, figure avec le nom Pirene, un Cf assez conforme à celui qu'on 
trouve dans les Hautes-Pyrénées et dans les Basses-Alpes. 

J'ignore de quelle contrée proviennent les Slygne figurées par 
Lang, sous les trois n" i de la PI. LX. 

Le Pyrene de Freyer (PI. 43, fig. 2) représente un d" pris par 
l'auteur, ■ auf der hoechsten Spitze der Gruentnlpe, in Gesellschaft 
mit Œme >. Cette Erehia manque de fnscie rouge en dessus et 
présente simplement 3 ocelles noirs, pupilles de blanc et cerclés de 
rouge aux ailes supérieures et autant aux ailes inférieures; de plus, 
il y a, aux ailes supérieures, une 4' tache rouge, petite, ovale, non 
ocellée. 

"L'Erebia Stygne est une espèce fort commune dans leS mon- 
tagnes françaises; je l'ai prise jadis dans les Vosges avec feu mon 
ami l'abbé Fettig; je la possède des montagnes d'Auvergne et des 
Cévennes (La Bourbouie; Lioran, Florac); des Basses-Alpes; de 
l'Isère; des Alpes-Maritimes; de Vaucluse (Mont Ventoux); des 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 297 

les Transactions of the entomological Society of London, 1905, 
sous le titre : On Erebia palarica, n. sf. and Erebia Stygne; ckiefly 
in regard to its association with E. Evias, in S pain (p. 9-35; 
PI. II. III. IV, V, VI). 

Si je compare les Stygne de Vemet-les-Bains aux figures repré- 
sentant la Stygne, de Bejar) n°' 10, 1 1 et 12 de la PL III), je trouve 
en effet que la race de Vernet-les-Bains peut être identifiée à celle 
de Bejar et s'appeler comme elle : Bejarensis. La taille de la Stygne 
de Vemet-les-Bains est grande; la fascie rouge est très développée 
chez le cf , qui a généralement 3 ou 4 ocelles noirs pupilles de blanc 
aux ailes supérieures, comme aux inférieures; la Q a souvent 
5 ocelles noirs pupilles de blanc sur chacune des 4 ailes; la fascie 
fauve est très largement développée et, le plus souvent, elle est 
plutôt rougeâtre que jaunâtre. 

Quant à la race de Stygne des Hautes-Pyrénées (Cauterets et 
Gavarnie), elle est beaucoup plus sombre que la race des Pyrénées- 
Orientales, dont elle diffère notablement, et si on ne peut lui 
appliquer la désignation : pyrenaica, Ruehl : minus rufo-signata, 
c'est simplement parce que la race des Hautes-Pyrénées n'étant 
point différente de celle des Alpes française^ et des Cévennes, il 
n'y a pas lieu de la distinguer. 

Dans le nord de l'Espagne, à Zumarraga et à Alsasua, mon 
frère a trouvé, en juin 187g, une race au moins aussi sombre que 
celle des Hautes-Pyrénées, mais ne pouvant, me semble-t-il, en être 
différenciée. 

Je dois à l'obligeance de M. le D' Chapman 4 exemplaires de 
Stygne cT et Q de Puerto-Pajares; ils sont bien conformes à ceux 
figurés sous les n°' 5, 6, 7 et 8 de la PI. II, dans les Transactions 
précitées, et ils pourraient être considérés comme intermédiaires 
entre bejarensis et la normale Stygne. 

Cependant mon frère a trouvé à Gavarnie, à l'entrée du Cirque, 
les deux sexes d'une variété de Stygne qui est représentée sous 
les n°" 130 et 134 de la PL XXV du présent ouvrage. Cette variété 
se distingue par la réduction du nombre des ocelles noirs dans la 
fascie rouge et leur rapprochement relatif du bord marginal des 



2g8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

ailes. Il y a donc dans cette variété que j'ai appelée : Gavarnica, 
outre la diminution de la quantité ordinaire des ocelles, ce qui 
pourrait être considéré comme un accident ordinaire, un dépla- 
cement notable des taches qui subsistent sur les ailes, d'oii résulte 
une modification plus sérieuse. 

Jusqu'à présent la vulgarité de VErebia Slygne a peut-être été 
cause que la chasse en a été trop négligée partout. Sollicité par 
d'autres espjèces qu'il juge plus intéressantes, l'Entomologiste- 
chasseur dédaigne facilement de consacrer à la capture de VErehia 
Siygne un temps qu'il pense plus utilement employer; d'autant 
plus que les Ereèia sont des papillons toujours délicats, faciles à 
gâter, et qu'il faut des soins attentifs pour les récolter sans leur 
causer le moindre dommage. 

Je compte cependant, à la prochaine occasion, m'intéresser plus 
particulièrement aux Erebia Stygne pyrénéennes, en vue surtout 
de réunir des documents plus nombreux et susceptibles de plus 
amplement faire connaître gaïamicn, dont je (xissède pourtant 
le cf et la g. 

M. Wullschlegel a pris aux environs de Martigny, en Valais, 
un superbe (S de Stygne; il est plus grand que les exemplaires 
normaux de l'espèce; surtout il est plus foncé; il paraît avoir les 
ailes d'un noir profond avec un beau reflet, comme Lefebvrei; aux 
ailes supérieures, en dessus, il y a 5 taches noires ocellées, pupillées 
de blanc, et autant aux inférieures La fasrie rouge est réduite à 
quelques faibles maculatures du côté interne des ocelles et aux 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 299 

Erebia Lefebvreî, Dup. Bdv. 

J'ai publié dans la VHP livraison des Etudes cT Entomologie, 
aux pages 19 à 23, une notice sur Y Erebia Lefebvreî et ses diverses 
races pyrénéennes. Mon opinion ne s'est" pas modifiée depuis 1883 
et je ne puis qu'inviter le lecteur à se reporter à l'ouvrage en ques- 
tion. Il me semble que ce que j'ai écrit à cette époque est encore 
exact aujourd'hui. 

Je pense que la Lefebvrei, typique, des Hautes-Pyrénées, peut 
ctre rattachée, comme forme géographique, à Mêlas, de Grèce et 
de Hongrie, aipsi que pyrenœa, des Pyrénées-Orientales; inter- 
média, des montagnes du Cambrés d'Ase, et astur, des Picos-de- 
Europa, 

Ce sont actuellement les 4 formes pyrénéennes connues d*une 
Erebia que l'on peut considérer, me semble-t-il, comme faisant 
partie des races de Mêlas, à moins qu'on ne les érige en espèces 
séparées, suivant l'importance qu'on juge à propos d'attribuer aux 
caractères distinctifs de chacune d'elles. 

Astur vole sur des pentes gazonnées et les éboulis de rochers, 
depuis 1,900 mètres jusqu'aux derniers sommets des Picos. Pyre- 
nœa se trouve sur la mer de pierres qui couvre le flanc occidental 
du Canigou et sur les pentes les plus élevées de Pla-Guilhem, dans 
les Pyrénées-Orientales. Inter média a été trouvée sur les crêtes 
rocheuses et les pentes du Cambrés d'Ase, en face de Mont-Louis, 
ainsi que dans les petits cirques qu'on rencontre dans ce massif 
montagneux et qui forment comme un fond d'entonnoir, généra- 
lement couverts de gazon ras, avec quelques flaques d'eau. Quant 
à Lefebvrei, je l'ai observée en montant à l'observatoire du Pic du 
Midi; à Gavarnie, dans le cirque et sur les pentes pierreuses ou 
gazonnées qui l'approchent, et en allant aux Oulettes du Vigne- 
male. Mon frère l'a prise au Mont Monné. 

Nul ne connaît les Erebia Lefebvrei qui doivent habiter les 
hauts sommets restés jusqu'ici inexplorés par les Entomologistes, 
dans l'Andorre, dans l'Ariège, dans la Haute-Garonne et dans 
presque toutes les Pyrénées espagnoles. 



300 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

II n'est pas t^éraire de penser qu'il existe sans doute, çà et li 
des formes encore insoui^çonnées de XErebia LcfebzTei, depuis If 
Canigou, sur le versant méditerranéen, jusqu'au cap Finistère, VCB 
l'Atlantique. Malheureusement, nous ne pouvons pas prétendre à 
une connaissance approfondie de la faune entomologique pyrf- 
néenne, et à part quelques vallées fréquentées par les touristes et 
dont les productions naturelles ont été assez superficiellemal 
étudiées, la plus grande partie de la chaîne reste complètement 
ignorée. 

Il est vrai que la chasse aux papillons n'est pas très aisée dans 
les grandes hauteurs. Généralement, en été, le temps est inconstant 
dans les régions élevées des Pyrénées et les orages y sont fréquents. 
Combien de fois me suis-je mis en route avec un ciel pur, aux 
premières lueurs du matin, et ai-je vu les nuages s'amonceler sur 
les sommets, avant même d'avoir pu parvenir aux altitudes que 
j'ambitionnais d'atteindre! D'autre part, la capture de XErebia 
Lefebfrei est souvent difficile, à cause des lieux qu'elle habite, rt 
la ix)ursuite en est dangereuse au milieu des éboulis de pienc 
tranchantes et de roches chancelantes sur lesquelles il faudrait 
iwuvoir courir. 

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que bien des obscurités 
subsistent relativement à l'histoire d'ime espèce semblant poly- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 3OI 

C'est que Lefebvrei, qui est une Erebia noble et distinguée entre 
toutes les autres, affectionne les hautes altitudes et ne descend 
jamais des sites élevés qui lui sont chers. On ne la rencontre guère 
avant d'avoir atteint 1,700 mètres; mais il faut arriver à des hau- 
teurs plus grandes pour se trouver dans la véritable zone de cette 
remarquable espèce. 

Elle vole assez près du sol, mais rapidement et en ligne droite, 
au milieu des raillères qui s'étendent, la plupart du temps, en pente 
très raide, sur le flanc des montagnes. Il y a des localités où la 
chasse est moins difficile, par exemple en montant à l'observatoire 
du Pic du Mi/di; mais au-dessus du lac de Gaube, où cependant 
VErebia Lefebvrei m'a paru superbe, la capture n'en est pas aisée. 

Lorsqu'on a traversé le lac et qu'on approche de la cascade 
d'Espumouze, en montant vers le Vignemale dont la masse impo- 
sante barre et termine la haute vallée, étant sur le sentier que suivent 
les chevaux et les mulets et ayant à droite le torrent dont les eaux 
tumultueuses roulent au fond du ravin, on aperçoit à gauche, 
beaucoup plus haut, là où finit la pente gazonnée parsemée de 
rochers et de touffes de rhododendrons, chère à la Zygœna 
Anthyllidis, de vastes éboulis de pierres qui semblent avoir été 
détachés des sommets et avoir roulé depuis la crête, formant ainsi 
sur le flanc des pics qui, du côté de l'Orient, limitent la vallée, 
une traîne de roches et de débris pierreux. 

C'est en de tels lieux que se plaît VErebia Lefebvrei, et lorsque 
le soleil brille, elle y est pleine d'activité. Tantôt elle remonte et 
tantôt elle descend les pentes pierreuses, dans un vol raide et 
soutenu. Il m'est arrivé de m'établir dans un poste d'observation, 
posant les pieds sur quelque roche où je pouvais me maintenir en 
équilibre. De là je suivais des yeux les noires Lefebvrei voltigeant 
au-dessus de la mer de pierres-, mais trop rarement à mon gré, je 
me trouvais dans une circonstance favorable à leur capture. 

De plus, il est indispensable que le temps soit calme et que le 
soleil brille au firmament pour que Lefebvrei voltige. Si un nuage 
vient, pour un moment, à voiler les rayons solaires, VErebia dis- 
paraît immédiatement, semblant avoir été l'objet d'une suppression 



302 



LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 



brusque. L'arrêL est subit et il faut que le soleil éclaire de nouvi 
la nionlafrne pour que i^tftbvrti sorte du chaos rocheux où elle 
s'est si rapidement cachée et comme enfouie. 

Aussi, comparativement à la quantité des Enbia qu'on voit 
voler, ne réu5sit-on guère, même avec un temps favorable, à saisir 
une bonne quantité d'exemplaires. Mais quel charme, lorsqu'on a 
été assez heureux pour capturer un échantillon bien Irais et bien 
pur et qu'on le voit encore paré du magnifique reflet vert d'or qui 
se joue sur le noir profond des ailes! 

Malheureusement ce reflet mordoré est bien peu durable et il 
s'affaiblit aussitôt après la mort du papilloiL J'aime à évoquer ce 
souvenir qui s'est fidèlement fixé dans mes yeux. 

Sur la mer de pierres qui s'étend au-dessous de la cheminée du 
Canigou, j'ai quelquefois fait rouler des roches qui déraiigeaicnl 
les Erebia pyrenaa dans leur repos. Elles montaient alors le plus 
souvent droit, le long du flanc de la montagne, et c'était quelquefois 
une occasion de les saisir, si elles passaient à portée du âlet. 

Pour les amateurs de sport, feu Leech recommandait la chasse 
au Parnassius CkarUomus dans le nord-ouesl Himalaya; sans 
proposer un si lointain voyage, je signale la chasse à YEtebia 
Lefebvreï dans les Pyrénées, 



Brebia glacialis, Esper. 



* 



La figure publiée par Esper est très grossière; on peut cependant 
reconnaître sous le n" 2 de la PI CXVI YErebia glacialis d" avec 
les fascies rouges sur le dessus des ailes. Esper dit (p. 1 1 7) que 
M. Wallner trouva, il y a quatre ans (c'est-à-dire probablement 
vers 1795), cet unique papillon sur le swnmel méridional d'un 
glacier à Chamounix, à quelques heures de Genève. Il y a assu- 
rément tout autour de Chamounbt bien des montagnes oii VErebia 
glacialis trouve les conditions nécessaires à son existence. Je n'ai 
cependant jamais observé glacialis à Cliamouny; mais j'ai pris 
plusieurs fois la forme à fascies rouges au Gomergrat, au-^ 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 303 

de Zermatt, par 3,000 mètres d'altitude environ, et je me souviens 
qu'un jour, ayant capturé un exemplaire qui voltigeait près d'un 
mur de neige, j'enlevai avec le fer de mon filet une tranche de 
cette neige sous laquelle le papillon se trouva comme enseveli. Au 
Gornergrat, à ma connaissance, on ne rencontre que glacialis à 
fascies rouges, mais pas la forme entièrement noire. 

UErebia glacialis fréquente exclusivement les hautes altitudes 
alpestres et c'est dans les rochers et les pierres, à côté des neiges 
étemelles, vers 2,800 à 3,000 mètres d'altitude, qu'on a chance de 

■ 

la rencontrer, du commencement de juillet aux premiers jours 
d'août. 

La forme que presque tous les auteurs ont figurée est celle dont 
le cT est entièrement noir en dessus, sans trace de fascie rouge, ni 
de points ocellés. En dessous, les ailes supérieures du cT sont 
souvent entièrement noires, mais avec une éclaircie aux supérieures, 
le long du bord marginal. Quelquefois on voit une trace de fascie 
rougeâtre dans cette éclaircie submarginale. La Q est également 
noire en dessus, également sans ocelles, avec ou sans traces rouges; 
mais le dessous des ailes supérieures est largement lavé de 
rougeâtre. 

C'est cette forme cT entièrement noire en dessus, avec quelques 
traces rougeâtres sur les supérieures en dessous, que Huebner a 
figurée sous les n"*" 528 et 529, avec le nom d'Alecto. Boisduval, 
dans YlconeSy a figuré, d'après des exemplaires qu'il avait pris en 
1825, au sommet du Galibier, également avec le nom ^Alecto, 
sous les n°" 4 et 5 de la PI. 32, un cf tout noir en dessus comme 
en dessous, et sous les n°" 6 et 7, une Q ayant en dessus des traces 
de rouge et le dessous des ailes supérieures entièrement lavé de 
rouge. 

Lang figure sur la PI. LXI, avec le nom de glacialis^ sous les 
n°" 2, 2, le dessus et le dessous de la forme dont les ailes supé- 
rieures du cT présentent une fascie rouge, et sous les n**" 3, 3, le 
dessus et le dessous de la forme cT entièrement noirs. Lang ne 
figure pas la Q. 



304 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Herrich-Schaeffer figure sous les o°' 173 et 174 la Q Aleclo 
ayant du rouge sur le dessus des ailes. Telle est, en effet, la Q 
normale dans les Alpes de Suisse; mais il y a dans les Alpes 
françaises une petite forme dont la g a le dessous des ailes infé- 
rieures comme doré ou argenté, surtout dans l'espace qui longe le 
bord marginal, c'est la race que j'ai appelée Duponcheli {^BulUtin 
Soc. ent. France, 1897, p. 290-292). Le (S Duponcheli est plus petit 
que le d" de glaàalis Alecto, de Suisse. La g est bien âgurée par 
Duponchel, sous les n" 3 et 4 de la PI, XXXVIII. Cette race 
géographique très spéciale se trouve dans les Basses-Alpes, au Col 
de Lure, au mont Pelât, à Enchastrayes, au Cheval-Blanc et aussi 
dans les Alpes- Maritimes. Je prie le lecteur de se reporter à la 
notice que j'ai écrite au sujet de YErebia Duponcheli. Je ne pourrais 
que répéter ici ce que j'ai déjà publié à cet égard. UErebia Dupon- 
cheli n'est pas rare dans les localités qu'elle habite; mais comme 
ces montagnes sont peu visitées et qu'il faut, pour parvenir aux 
sonunets, s'exposer à une assez grande fatigue, la Duponcheli est, 
en définitive, très peu fréquemment récoltée. Ma collection en con- 
tient œpendant une série de plus de 250 exemplaires d'une remar- 
quable conservation. Le dessous de la Q est absolument carac- 
téristique 

Toutes les glacialis de Suisse, de Savoie, des Basses-Alpes que 
je viens d'énumérer sont dépourvues de taches ocellées. Huebner 
figure avec le nom d'Alecio, sous les n"' 515 à 516, une g très 
ocellée qui peut, paraît-il, se rapporter à l'Eredia de Campiglio 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^Oj 

caractères autres, peuvent présenter des genitalia très analogues et 
il n'y a pas lieu de les réunir en une seule espèce pour cela. Il me 
semble que Nicholli ne peut être spécifiquement identifiée à gla- 
cialis. Son aspect extérieur la rapproche davantage de Mêlas, dont 
il paraît que ses genitalia la séparent. Dès lors Nicholli ne peut 
être, suivant mon opinion, qu'une unité spécifique distincte. 

Il y a lieu de se rendre compte que les genitalia sont un des 
caractères distinctifs pour l'Espèce, mais non pas un caractère 
tellement absolu qu'il dispense de considérer les autres caractères. 
Ceux-ci conservent toute leur valeur. D^ailleurs, des espèces très 
différentes entre elles peuvent, comme je l'énonçais plus haut, avoir 
des genitalia analogues ou supposés tels. Faudrait-il donc réunir 
sous un même vocable toutes les espèces dont les genitalia se res- 
semblent? Ce serait aboutir à l'absurde. 

Glacialis ne se trouve point dans les Pyrénées. M. de Caradja, 
qui l'indique dans le Beitrag zur Kenntniss der Grossschmetterlinge 
des Département de la Haute-Garonne (Iris, VI, p. 160-240), n*a 
jamais vu glacialis vivant sur les montagnes pyrénéennes. 

Son texte indique d'ailleurs une supposition, non une affirmation. 
Je le copie textuellement (p. 183) : « Er. ab. Alecto, Hb. Ende 
Juli. Soll auf den Bergen bei Luchon P. d'Autecade etc. vorkom- 
men. Zone III •. Il convient tout d'abord de remarquer qu'il s*agit 
non pas d'Alecto tout simplement, mais d'une aberration (ÏAlecto, 
Huebner. Quelle est cette aberration ? Serait-ce celle avec des points 
ocellés figurée par Huebner sous les n°" 515 et 516? L'affaire eût 
valu la peine d'être expliquée; mais ce qui est plus grave, l'auteur 
ne dit pas : fai trouvé, ce qui serait décisif; il dit : doit se trouver 
sur les montagnes près Luchon, etc. Il n'y a donc aucune certitude 
et seulement une présomption. Je suis convaincu que XErebia Alecto 
ne se rencontre pas plus dans la Haute-Garonne que la Colias 
Palœno. M. de Caradja a écrit son ouvrage en s'aidant partiel- 
lement des documents que contenait la collection d'Aubuisson. Or, 
cette collection n'était point conçue d'après les exigences scienti- 
fiques actuelles et les papillons n'avaient généralement point d'éti- 
quette de localité. Lorsque M. d'Aubuisson fut décédé, un natu- 

20 



3o6 



LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 



ralisie de Toulouse, chargé de vendre sa coUeclion. m'en fil l'offie. 
Je demandai si les papillons de la collection d'Aubuissoo cta 
ou non, pourvus d'étiquettes sur lesquelles se trouvaient i 
les indications de lieu et de date de caplure, La réponse fut na- 
tive. Dès lors la collection d'Aubuisson était à mes yeux dépourvae 
de tout intérêt et je n'en devins point l'acquéreur. Tout porte â 
croire que M. de Caradja aura inscrit Alcclo dans son Catalogue, 
comme il a inscrit Palmno, d'après une afRimation de M. d'Au- 
buissoo qui aura fait une confusion et donné un renseignement 
faux. 

Mon frère, qut prend un vif intérêt à la connaissance de la 
faune lépidoptéro logique des Pyrénées, a voulu savoir à quoi s'en 
tenir sur la présence réelle de Palceno dans les Pyrénées et il a 
posé la question à M. de Caradja. Celui-ci, avec une bonne grâce 
et une courtoisie parfaites, a bien voulu répondre, à la date du 
2 février 1909, que lui-même n'a jamais pu chasser dans les Pyié- 
nécs à l'époque où M, d'Aubuisson disait avoir rencontré Paltxno; 
que, cependant, il possède une Paltrno Europomen/r provenant des 
environs de Luchon d'où M. d'Aubuisson l'a apportée non préparée 
à Toulouse, à l'époque où M. de Caradja y poursuivait ses études 
de droit. 

C'est donc le seul témoignage de M. d'Aubuisson qui sub&iste 
définitivement. Je ne songe nullement à contester la valeur du 
témoignage de M. d'Aubuisson. M. de Caradja rend d'ailleurs 
hommage à sa scrupuleuse probité; mais on m'excusera de dire 
encore une fois combien l'expéricDce m'a appris à me défier des 
catalogues locaux et des renseignements non contrôlés. Souvent, 
en effet, pour allonger la liste, on y fait figurer des noms d'espèces 
qui n'ont pas été authentiqucment récoltées dans le pays; ou bien, 
avec la meilleure foi du monde, on commet des erreurs considé- 
rables de déterminatioa 

Si M. de Caradja disait ; J'ai pris moi-même Palœno et AUtfo 
dans les montagnes de la H au te- Garonne, je m'inclinerais devant 
son affirmation; mais il n'a ni pris ni vu ces espèces vivantes. Dès 
lors, je crois devoir attendre une confirmation pour admettre que 



LÉPIDOPTÉROLÔGIE COMPARÉE 307 

ces deux Rhopalocères soient comptés parmi ceux qui habitent les 
Pyrénées; provisoirement donc, je les considère comme n'y existant 
point. 

Surtout, en ce qui concerne l'existence à'Alecto dans les Pyrénées, 
je demeure tout à fait incrédule. 



Erebia Evias, Godart 

A été bien figurée par Boisduval dans Y Icônes (PL 31; 
Cf, fig. 4, 5; 9, fig. 3) et par Duponchel (Suppl., PI. XXXVII; 
fig. I, 2). Huebner Ta également figurée avec le nom de Bonellii, 
sous les n°* 892, 893, 894 et 895. U Erebia Evias habite les Alpes 
du Valais, de France et du Piémont; les Pyrénées; le nord et le 
centre de l'Espagne; elle varie beaucoup de taille et d'aspect; 
mais le dessous de ses ailes inférieures, quoique variant considé- 
rablement lui-même, caractérise l'espèce d'une façon bien certaine. 
Evias éclôt de très borme heure; ma collection contient plusieurs 
centaines d'exemplaires pris aux environs de Digne en juin et 
même en mai. Dans les Pyrénées, les Evias qu'on voit voler en 
juillet sont le plus souvent absolument déflorés. Cependant j'ai 
pris un cT encore frais à Gavamie le 27 juin 1893, et j'ai capturé 
4 exemplaires fraîchement éclos, au commencement de juillet 1908, 
à plus de 1,800 mètres d'altitude, au delà du lac de G aube; mais, 
ensuite, je n'ai plus observé un seul échantillon d!Evias. L'espèce 
était définitivement passée. 

Staudinger énumère, dans le Catalog 1901, 2 variétés : i* pyre- 
naica : minor^ ocellis fasciaque fulva minoribuSy alis posticis subt. 
in cT magis variegatis; Pyr. c (Sum. Pyr,). 

2^ hispanica^ Zapater : minor, alis anticis fascia fulvo-ochracea^ 
supra dilatata^ ocellis miner ibus, alis posticis subtus magis unico- 
loribus; Aragon. 

De son côté, le D' Chapman figure dans les Transactions of the 
entomologie. Soc. of London, 1905, Evias hispanica, sous les n°" 9 
et 10 de la PI. II et sous les n^* 5 et 6 de la PI. III. 



3o8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Il y a dans les Pyrénées-Orientales et dans les Hautes-Pyi^ 
des échantillons d'Evias tout à fait semblables aux figures d'£ 
Mspanica publiées par le D' Chapman; je possède 2 cf pris 
mon frère^ en juin 1879, entre Alsasua et Zumarraga; ils ne 
fèrent pas de certains exemplaires des Hautes-Pyrénées et co 
pondent bien aux figures d'Evias hisfamca. A mon sens, pyrf» 
et kispanica s'entremêlent et se confondent de fa^n que la 
tinction est bien difficile à établir, non seulement comme 
géographique entre elles, mais même à titre individuel. J'ai 
les yeux 75 Evias provenant des Pyrénées françaises et espagnc 
si je les compare à une boîte contenant exactement 1 16 Eiàa 
Digne, il est évident que les Evias provenant des Pyrénées di£R 
dans leur ensemble de ceux des Basses-Alpes; mais si j'exai 
individuellement les Elias des Pyrénées et si je compare les éd 
tillons entre eux, je constate non seulement de très petits ex 
plaircs et de très grands, mais encore une variabilité notable t 
le nombre et la dimension des ocelles noirs pupilles de blanc, c 
l'étendue et dans la coloration de la fasde fauve, comme dan 
teinte plus ou moins obscure du fond des ailes inférieure^ 
dessous. 

La seule race géograjihique qui me paraît spéciale est celle 
la Granja, si toutefois je puis la juger d'après seulement 5 c 





LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 309 

'ascie rouge des ailes supérieures, tant en dessus qu'en 



■^""^uchel dit {SuppL, p. 236, 237) que VErebia Eviûs se trouve 
les Vosges. Je crois que cette assertion est erronée. C'est 
l'on rencontre dans les Vosges; mais je n'ai jamais 
dire qu'on y ait rencontré Evias. 




bla palarica, Chapman. 



'lus grande Erebia de l'Europe occidentale; découverte en 
X Mrs Nicholl, aux Picos de Europa, et retrouvée par 
an à Puerto de Pajares, en 1904. Je dois à la gracieuse 
de M. Chapman 5 cf et 2 g de cette magnifique Erebia 
'a^ et j'invite le lecteur à se reporter à l'étude publiée au 
cette espèce, de Stygne et ^Evias, par le D' Chapman, 
les Transactions of the ent. Soc. of. London, 1905. \J Erebia 
ica est parfaitement reproduite d'après les procédés de chro- 
,* *K)totypographie, sous les n°' i, 2, 3 et 4 de la PI. II des 
^^actions, 1905. 

^^rebla Epistygne, Iluebner. 

. r 

» .'clôt dès la fin de mars et le commencement d'avril, aux envi- 
ff^ d'Aix-en- Provence et de Digne; existe aussi à Albarracin, 
f^mt l'a envoyée feu M. Zapater. U Erebia Epistygne n'a pas 
^fUL apparitions dans l'année, mais une seule, au commencement 
^Iprintemps. Comme le dit Donzel, « pour se procurer Epistygne 
f>bon état, il faut se hâter. Au mois d'avril, Digne est encore 
touré de neige; tous les sommets un peu élevés en sont couverts; 
f il du matin est très mordant, ce qui n'empcche pas à la végétation 
Kaux éclosions de marcher dans le fond des vallées. » 
^Epistygne, aux environs de Digne, volait, au temps de Donzel, 
ms une localité appelée : la Colette, « vallon rapide et accidenté, 
^rte de demi-entonnoir, recevant les rayons du sud-est. • 



3IO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

U'Ereèia Epistygne a été bien figurée par Huebner, sous les 
n" 855, 856, 857 et 858; par Boisduval, dans VIcones, sous Is 
n°" 1 et 2 de la PI. 31, et par Duponchel (_Supp., PI. 37; fig. 3, 4. 
5, 6). C'est une espèce très reconnaissable et impossible à confondie 
avec aucune autre. Elle paraît très peu variable. Cependant les 
taches ocellées noires, pupillées de blanc, des ailes supérieures, sont 
tantôt au nombre de 5 et tantôt au nombre de 6; l'éclaircie dans 
la cellule discoïdale des ailes supérieures est plus ou moins accen- 
tuée et la fascie généralement très claire des ailes supérieures, en 
dessus, peut devenir quelquefois d'un fauve rougeâtre un peu doré. 



Brebla Sclplo, Bdv. 

Découverte par Donzel, dans les Basses-Alpes. Duponcbcl 
figure, sous les n" 5 et 6 de la PI. XXXVIII du Supplément. 
seulement la g qui est fort remarquable par le dessous argenté 
de ses ailes inférieures. Boisduval, créateur de l'espèce, représente 
les deux sexes, sous les n"" i à 6 de la PI, 30, qui est consacrée 
en entier à la figuration de VErebia Scipio. 

Dans la Notice entomologique sur les environs de Digtu, 
publiée par Hugues Donzel, de Lyon, en 1851. et à laquelle nous 
avons déjà emprunté quelques extraits, l'aulciir expose qu'il pense 
bien que le dernier mot a été dit. quant à la découverte des espèces 
de Rhopalocères, dans les Basses-Alpes, torsqu'en 1831, il y 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 3II 

« Allos est un chef -lieu de canton, situé à 12 ou 14 heures de 
marche au nord-est de Digne. En voyant sur la carte la position 
de ces deux points, on ne se douterait pas qu'ils soient si éloignés 
Tun de lautre; c'est que, dans ces énormes montagnes, les distances 
ne se mesurent pas comme dans les plaines, comme dans les pays 
légèrement accidentés. 

» Si on ne veut y faire qu'une exploration superficielle, c'est- 
à-dire de 15 à 20 jours, il convient de partir de Digne, du 15 au 
20 juillet, selon que l'année est plus ou moins hâtive. Le voyage 
ne pouvant se faire qu'à dos de mulet, il est indispensable d*en 
avoir un pour soi et un pour le matériel. Il faut emporter tout ce 
dont on peut avoir besoin. Le lieu offre peu de ressources de tous 
les genres. Si on espère être bien logé, bien nourri, si on tient au 
confortable, il vaut mieux rester chez soi. Dans ce pays, les gens, 
en moyenne, vivent forcément à raison de 25 à 30 centimes; on 
peut ainsi juger de la vie qu'ils mènent; la sobriété est leur vertu 
la plus essentielle. Leur nourriture la plus habituelle se compose 
de pain cuit souvent depuis six mois(*) et, par conséquent, dur 
comme du bois; de quelque laitage et de quelques l^umes dans 
la saison. Le blé qu'ils sèment en août n'est quelquefois pas récolté 
en octobre de l'année suivante. L'habit qu'ils portent en janvier, 
ils le portent en juillet, et. pour se défendre des rigueurs d'un hiver 
qui dure au moins huit mois, ils le passent tout entier renfermés 
dans les écuries avec les bestiaux de toute espèce. C'est le seul 
moyen de se procurer un peu de chaleur, une température suppor- 
table. Le bois y est si rare qu'on n'en brûle que pour apprêter les 
aliments. 

• Voilà ce qu'est ce pays si fort comblé des faveurs de la nature 
sous le rapport de la Botanique et de l'Entomologie, maïs si mal 
traité sous tous les autres. 

• La route passe par Marcoux, Draix. le col du Tour, les 
sources de l'Asse, le col de la Sine, Château-Garnier, Thorame, 
Beauvesert (sic) et Colmars. 



(*) Il en est encore ainsi aujourd'hui à la Grave, dans les Hautes-Alpes. 



312 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

» II œnvient de partir de grand matin parce que, chemin fai- 
sant, on trouvera de la besogne. On ira déjeuner à huit beuies 
environ à une lieue plus loin que Draix, au bas de la Dent; c'est 
là que le Scipio se montre à cette époque en grand nombre^ €i, oe 
qui n'est pas ordinaire, il peut y être chassé sans danger et sans 
fatigues excessives. 

» En 1837, le 23 juillet, avec le secours d'un aide, j'en piquai 
au moins soixante en deux heures; en chassant toute la journée; 
nous eussions triplé ce nombre. La Q n'est pas commune et il n'est 
pas aisé de la prendre en état irréprochable. 

■ Ensuite on traverse le bois de Draix, riche localité où volent 
beaucoup d'espèces alpines. Au haut se trouve un beau gîte de 
lavandes en parfaite condition pour chasser la nuit. 

■ Au col du Tour, à i.^œ mètres, YEtos commence à se montrer. 
Plus loin on côtoie, on contourne l'affreuse montagne du Cheval- 
Blanc; puis on passe tout à fait aux sources de l'Asse oii se ren- 
contre le Scipio. mais seulement au commencement d'août, à cause 
de l'élévation; localité très scabreuse qu'il ne faut aborder qu'avec 
la plus grande réserve 

■ On trouve encore le Scipio au ravin qui descend sur Château- 
Gamier; on peut l'y chasser sans danger... ■ 

En 1897, j'organisai avec le concours des chasseurs entomolo- 
gistes de Digne, les Coulet et les Cotte, une exploration lépidop- 
térologique des Basses-Alpes. Les chasses furent entreprises au 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 313 



Erebia Gorgone , Bdv. 



Les figures publiées par Boisduval sous les n°' 5, 6, 7 et 8 de la 
PL 29 de VI cônes sont assez bonnes. J'ai les types sous les yeux; 
mais le cf représenté sous les n°' 5 et 6 est une variété chez laquelle 
la fascie rouge est moins développée que dans les exemplaires 
normaux, et il ne faut pas considérer le papillon représenté sous 
les n°' 5 et 6 comme appartenant à la forme ordinaire de l'espèce. 
Herrich-Schaeffer figure Gorgone cf, sous les n°* 75 et 76, et 
Gorgone Q, sous les n**' 469 et 470; mais lui non plus ne figure 
pas le dessus d'un cf normal de Gorgone. Cette Erebia Gorgone 
paraît spéciale aux Hautes- Pyrénées; je l'ai prise abondamment du 
27 juillet au 15 août 1890, sur les pelouses herbues qui s'étendent 
entre le col de Riou et le petit Viscos. 

U Erebia Gorgone vole dans ces herbes dures et assez hautes et 
elle s'y enfonce lorsqu'elle se sent menacée. On la fait lever en 
marchant; elle fait alors une envolée rapide et souvent assez longue 
et la poursuite en est difficile parce que la pente est quelquefois 
raide et que l'herbe est glissante. Je l'ai prise aussi dans la vallée 
qui conduit du lac de Gaube au pied du Vignemale et dans les 
environs du cirque de Gavarnie, mais beaucoup moins nombreuse 
qu'aux environs du col de Riou. 

Mon ami Rondou a eu la gracieuseté de m'offrir une Gorgone 
hermaphrodite, côté gauche cT, côté droit partie Q ; l'aile supé- 
rieure droite est presqu'entièrement Q en dessus comme en dessous ; 
l'aile inférieure droite est Q depuis la base jusqu'au bord marginal, 
mais cf le long du bord costal et aussi un peu vers le milieu de 
l'aile. 

L'abdomen de ce curieux papillon est d'un cf. M. de Guemisac, 
de Morlaix, avait capturé un bon nombre de Gorgone au col du 
Lizey, entre Cauterets et Saint-Sauveur. Je ne suis pas bien sûr 
que Gorgone éclose tous les ans. Je suis porté à croire que Gorgone, 
comme Cœciliay éclôt certaines années et pas d'autres, à l'instar 
de la Psyché Leschenaulti. C'est une observation qui, pour produire 
un renseignement certain, devrait être faite plusieurs années de 



314 I-ÉPIDOrTÉROLOGlE COMPARÉE 

suite, à la mênie ^jxx^uc cl atix mêmes lieux. Lang ne figure pas 
Gorgone cl la consîdcrc à lort comme une variété de Gorg(. 
Gorgone est une espèce à pari et tout à fait distincte de Gmgt- 
Les cf ont généralcmenl aux ailes supérieures 3 petits ocelles noîis 
pupilles de blanc; raremenl ils en ont 4; la fascie rouge ressort 
peu sur le fond des ailes, mais elle est cependant très visible et 
ordinairement non interrompue: les Q sont assez variables de 
forme el de taille; leur fascie est d'un rouge plus ou moins nf. 
quelquefois même un peu Jaunâtre; elles ont, comme les C^, 3 ocelles 
aux supérieures et plus rarement 4. Aux ailes inférieures, les ocelle 
sont ordinairement au nombre de 3; mais les çS, conune les Q. 
peuvent en être dépourvus. En dessous, les ç ont les nervures 
saillantes en blanc sur les ailes inférieures. Il ne me semble pas 
que Duponchel ait connu VErebùr Gorgone. Je ne crois pas que le 
papillon figure par Herrich-Schacffer, comme Gorgone Q, sous les 
n"' 3Sî el 284. soil réellement Gorgone; je pense que Herricli- 
Schaeffer a figuré Gorge, et non Goittitr, comme il est indiqué, à 
lort, selon moi, dans le Culalog Stgr et Rebel 1901. 

Feu Picrrct. dans les Annales de lu Sotiété entoui. de France 
(1848, p. 403), dit que dans les premiers jours d'août, VErebia 
Gorgone volait en très grande quantité au-dessus des sapins de 
l'Astazou. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 315 

et à la conservation des échantillons qui la composaient. Sur sa 
tombe, Amyot prononça les paroles suivantes : 

« La Science, comme l'Amitié, fait en Pierret une perte 

également douloureuse; cette Science à laquelle nous vouons un 
culte qui a été celui de toute sa vie. Il est né dans son sein, pour 
ainsi dire; il a été élevé, il a vécu, il est mort avec elle; elle a fait 
le charme de son existence et elle a produit pour fruit, dans ses 
mains, cette magnifique collection de Lépidoptères d'Europe qui 
fait l'admiration de tous ceux qui l'ont connue, la plus belle qui 
existe dans le Monde. Espérons qu'en le perdant lui-même, nous 
ne la perdrons pas avec lui; espérons que la France n'aura pas le 
chagrin de la voir passer sur une terre étrangère et que, conservée 
dans l'établissement scientifique qui présente le plus de garantie 
pour les soins précieux qu'elle mérite, elle servira parmi nous à 
l'instruction et aux délices des amis de la Science, en passant jus- 
qu'aux générations les plus éloignées comme un monument digne 
de conserver la mémoire de l'ami que nous pleurons • 

Nobles et éloquentes paroles! Mais, ici-bas, nous bâtissons sur 
le sable, et rien de ce que nous édifions avec tant de peine ne 
semble destiné à conserver après nous une longue durée. La col- 
lection Pierret, léguée par la famille Pierret à la Société entomo- 
logique de France, ne fut pas longtemps gardée par la Société 
héritière de ce précieux dépôt; chacun sait comment la collection 
si célèbre fut vendue et dispersée. 



Erebia Gorge, Espcr. 

Très grossièrement figurée par Esper, sous les n^" 4 et 5 de la 
Tab. CXIX; beaucoup mieux représeptée par Iluebner, sous les 
n"' 502, 503, 504 et 505. \S Erebia Gorge est une espèce des hautes 
altitudes; elle voltige autour des pics élevés, sur les pierres et les 
rochers, auprès des neiges étemelles; ne descend jamais au-dessous 



3l6 LÉPinOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

d'environ 2.<xx> mètres et dépasse quelquefois 3,000 mètres; elle 
est répiinduc dans les Al|>es el les Pyrfnées. 

Au Gomergrat et dans les Alpes de Provence, Gorge appartient 
le plus ordinairement à la fonne Rrynii, Esper. La figure doimfe 
par cet auteur sous le n" 3 de la Tab. CXXI est bien grossîiie; 
cependant elle peut être admise comme reconnaissable. Esper dit 
que M. Wallner découvrit ce papillon dans les environs marécageux 
du glacier Blaittière, à Chamuix; je pense que c'est de Chamounix 
qu'Esper a voulu parler. La figure donnée par HerTÏch-Schaeffa 
sous le n" 75. avec le nom Gorge var., est infiniment mdllenie 
Herrich-Schaeffer représente les 2 ailes en dessus et en dessous, 
sans le corps. Tous les échantillons qu'on rencontre dans les Basses- 
Alpes n'appartiennent pas à la var. Erynis. Il y a des (^ qui ont 
I ou 2 taches ocellées aux ailes supérieures et des Q qui ont, Œ 
outre, 4 lâches ocellées pupillées de blanc aux ailes înférieuns. 
Au Gomergrat, on trouve aussi des exemplaires dont les ailes 
portent des lâches ocellées. En dessous, les ailes inférieures de 
Gorge sont très variables; tantôt elles sont très obscures; la surface 
entière étant d'un brun noirâtre foncé, parsemé d'un petit nombre 
d'éclaircies grisâtres; tantôt elles sont traversées par une bande 
obscure, alors que la base el le bord marginal des ailes sont d'un 
gris argenté; enfin elles sont quelquefois entièrement d'un gris 




LÉPIDOPTÉROLOGÎE COMPARÉE 317 

nairement répandue dans les montagnes du Tyrol méridional et 
caractérisée par 3 ocelles contigus à l'apex des ailes supérieures. 

Pierret (Ann. Soc. ent. France^ 1848, p. 398) dit qu'il a trouvé 
parfois dans les llautes-Pyrénées, mais bien plus rarement que 
XErebia Lefebvrei, XErebïa Gorge, plus grande et plus caractérisée 
que dans les Alpes. Le dessous des ailes inférieures de cette variété 
des Pyrénées lui avait paru tellement remarquable qu'il fut un 
moment tenté de la regarder comme espèce distincte et même de 
la publier sous le nom de Ramondi\ mais il s'abstint, dans la 
crainte de créer un nouveau nom sans nécessité. Il est certain que 
les Gorge, de Gavarnie, avec leurs ailes inférieures fortement 
ocellées, même chez les cT, ont un faciès assez spécial. Pierret s'est 
montré bien plus réservé que certains Lépidoptéristes contempo- 
rains. Il est vrai qu'au temps de Pierret, l'analyse n'était pas poussée 
aussi loin qu'aujourd'hui. Je crois donc que le nom de Ramondi 
proposé par Pierret ne serait pas inutilement employé à désigner 
la race pyrénéenne de Gorge et je l'applique sans hésitation ni 
scrupule. 

M. Rondou me mande au sujet de Gorge, dans les Hautes- 
Pyrénées, ce qui suit: 

« Gorge Ramondi a des mœurs analogues à Lefebvret\ on la 
trouve dans les mêmes stations d'éboulis pierreux; mais elle ne 
descend jamais aussi bas. Tandis qu'on rencontre parfois Lefebvrei 
à 1,400 mètres d'altitude, au fond de la prade Saint- Jean, à l'orée 
du cirque de Gavarnie, on ne trouve Ramondi qu'accidentellement 
au-dessous de 2,000 mètres, au fond du cirque de Gavarnie. Sa 
véritable localité est au-dessus de 2,000 mètres, surtout au-dessus 
de 2,500 mètres. 

• On la trouve sur les hauts sommets, par exemple aux Salettes, 
à 2,960 mètres, mais toujours dans les rocailles. Le vol n'est pas 
aussi vif que celui de Lefebvrei\ le papillon se repose plus fré- 
quemment; parfois il se cache sous de petites pierres formant abri, 
d'où il s'envole au moindre bruit, ce qui permet de le chasser par 
tous les temps, même par les journées brumeuses, tandis que 
Lefebvrei ne vole qu'au soleil. 



3l8 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

> La durée de cette espèce est très courte; alors que fin juin, 
on voit déjà voler quelques Leiebvjei, on ne voit jamais Ramonai 
que vers la mi-juillet, et les exemplaires que l'on capture au 
commencement d'août sont déjà défraîchis. > 

Aux Picos de Eurupa, il y a une grande race de Gorge que j'ai 
appelée gigantea; j'en possède 21 exemplaires des deux sexes, pns 
par mon frère et par moi entre les maisons où s'abritent les ouviien 
des mines et le sommet de l'Engotable. Ils ont un aspect très 
différent des Gorge des Alpes. Tous les exemplaires ont les ailes 
supérieures bi-ocellées; les ailes inférieures sont quelquefois privées 
d'ocelles; les fascies rouges sont larges; le dessous des ailes infé- 
rieures est généralement très obscur chez les (S, assez varié cbcz 
les Q. Ils ressemblent beaucoup aux &gures doimées par Huebœr, 
sous les n"' 502, 503, 504 et 305; mais ces âgures de Huebner 
représentent une race dont l'origine m'est inconnue et certainenunt 
très différente de la Gorge initiale figurée très mal assurément, 
mais d'une manière à peu près reconnaissable, au moins quant 
au <3, par Esper sous les n" 4 et 5 de la Tab. CXIX, d'après des 
exemplaires trouvés en nombreuse quantité sur les Alpes, près de 
Genève. 

Ceci fixe la race qui doit ctre txmsidérée comme le type de l'es- 
pèce et. dès lors, met liurs de cause ia race asliirienne qu'Esi 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 319 

UErebid Gorge est, de toutes nos Erebia, celle qui s'avance 
vers les plus hautes altitudes. II n'est pas rare de voir les Gorge 
voltiger au-dessus des précipices. Ainsi, à la cheminée du Canigou, 
sur cette étroite plate- forme élevée de 2,785 mètres au-dessus des 
flots de la mer dont on aperçoit vers l'Orient la surface argentée 
brillant sous les rayons du soleil, VErebia Gorge voltige autour 
des rochers schisteux qui constituent le sommet du pic, au-dessus 
des pentes vertigineuses et presque verticales sur certains côtés. 
Plusieurs fois j'ai fait l'ascension du Canigou et observé au sommet 
du pic 4 espèces de Lépidoptères : Erebta Gorge, Pieris Callidice, 
Vanessa Urticœ, Deilephila lineata. La première fois que je montai 
au Canigou, en juillet 1862, je pris une très belle Erebta Gorge qui 
figure encore dans ma collection 

En Herzégovine, il y a une race de Gorge assez spéciale, sans 
taches ocellées aux supérieures et avec les ailes inférieures, en 
dessous, d'un brun noir uni et simplement traversé par une ligne 
noire ondulée, du bord costal au bord anal des ailes; je crois qu'elle 
a été appelée : Herzegovinensis, par Rebel. 



Brebia Goante, Esper. 

UErebia Goante est figurée par Esper sous le n° i de la 
Tab. CXVI, d'après un exemplaire que M. Wallner, déjà nommé 
dans cet ouvrage, avait découvert dans les vallées des Alpes de 
Lucerne et auquel il avait donné le nom de son ami Goante, un 
amateur de premier ordre. C'est donc un entomologiste du nom de 
Goante dont \ Erebta en question perpétue le nom. 

Voici du reste la phrase textuelle d'Esper (p. 116) : a Diesen 
unter der ersten Figur vorgestelllen Falter, hatte Herr Wallner auf 
den sogenannten Thalalpen von Luzern, als eine einzelne Seltenheit 
entdeckt, ùnd nur mitzutheilen die Guete gehabt. Er hatte ihn {sic) 
den Namen eines Freundes und so vorzueglichen Liebhabers, der 
Naturkenntnisse des schon erwaehnten Herm Goante beygelegt • 



Huebner représente très bien Goanle (S sous les a'" 233 et 3U. 
mais a\ec le nom lie Scu'a . Les figures données par Hernch 
Schaeffer, avec le nom de Goaiilc (g 77; C? 7S, 7g). sont, dans le 
texte, l'objet de la mention suivante ; « 78, 79, ein wenig gereicfa 
neter, unten sehr einfarbiger Mann; yj ein auffallend Klcines, imiai 
scharf marraorirtes Weib. ■ La provenance des papillons figuris 
n'est pas indiquée Les figures données par Lang sous les n" 5, J 
de la PI. LXII ne sont pas satisfaisantes. Freycr ûgure un peu 
grossièrement, suivant son habitude, mais d'une façon cependant 
très reconnaissable, Goante, sous les n"' 1 et 2 de la Tab. 79. Il di! 
qu'on trouve Goante en juillet et août, sur les Alpes de Suias^ 
ainsi qu'en Piémont et en Savoie; mais il ne fait pas 
provenance exacte des échantillons figurés. 



; de Sui as^ | 

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î, du omBIV 



VErebta Goanle se rencontre en effet en Suisse, en Piémoi 
en Savoie, aussi dons les Hautes et Basses-Alpes el dans les J 
Maritimes; elle n'a pas été observée dans les Pyrénées, du 1 
à ma connaissance. Ce n'est pas une espèce des grandes faauteim. 
Je l'ai trouvée sur la route du Simplon, entre le Refuge n" 2 et 
Berisal; aux environs de Zermatt; sur le chemin qui conduit de 
Martigny au Grand Saint- Bernard; à Chamounlx et un peu au- 
dessous de la Grave, dans les Hautes-Alpes. 

Les Etebia Goante se posent volontiers sur les grandes routes, 
el comme tes automobiles les parcourent maintenant très fréquem- 
ment, aussi bien dans les montagnes et que dans les plaines, j'ai 
remarqué que ces véhicules détruisaient un assez grand nombre 
^Erebia, notamment sur le chemin qui va de Bourg-d'Oisï 
Lautaiet 



>isaiJ5j|^! 
nais ^^^1 



UErebia Goanif n'est ni rare, ni difficile à prendre; mais j 
une très jolie espèce dont les ailes inférieures, en dessous, pi^ 
sentent d'intéressantes variétés. Généralement, dans les Hautes cl 
les Basses-Alpes, Gonnte a 2 ocelles noirs pupilles de blanc, 
subapicaux, aux ailes supérieures, et un ocelle un peu plus petit 
au-dessous; les ailes inférieures ont ordinairement 3 ou 4 ocdloL 
Quelques exemplaires ont 4 ocelles aux ailes supérieures. A I 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 3^1 

mounix, les ocelles des ailes supérieures sont le plus souvent au 
nombre de 2 seulement. 



Brebia PronoC, Esper. 

Grossièrement figurée sous le n° i de la Tab. LIV, par Esper, 
d'après un seul exemplaire venant de Styrie, et existant, à l'époque 
où il a été décrit et figuré, dans la collection de M. Verlegers, qui 
l'avait acheté à M. Welpert. La forme typique de l'espèce est donc 
celle de Styrie. Esper a publié son ouvrage sans y imprimer de 
date, probablement de 1777 jusqu'à 1805. Fabricius, en 1787, a 
décrit vraisemblablement la même Erebia sous le nom d'Andrackne^ 
de sorte qu'il serait possible que la description de Fabricius eût 
la priorité sur celle d'Esper; mais Fabricius n'a point publié sa 
figure; dès lors, c'est Esper qui prime à cause de son iconographie, 
si défectueuse qu'elle soit. Huebner figure avec le nom ^Arachne^ 
sous les n°' 216 et 217, la Q très vivement colorée; le cf, sous le 
n° 215, a la fascie bien rouge et bien développée pour appartenir 
à cette espèce. S'il représente exactement un papillon réel, ce 
papillon appartient à une race qui m'est inconnue. 

Avec le nom de PithOy Huebner figure sous les n°' 574, 575 (cf), 
576, 577 (Q), une Pronoé très grande, avec très peu de fascies 
rouges en dessus. Chez le cT, les ocelles noirs pupilles de blanc 
sont simplement cerclés de rouge; la Q est très obscure. Dans les 
montagnes du Doubs, on trouve cette forme Pitho\ elle est aussi 
en Suisse, à Moléson et dans les Grisons, ainsi qu'à la Grande- 
Chartreuse. 

U Erebia Pronoé éclôt à la fin de juillet; elle vole à une faible 
altitude. Dans les Pyrénées, je l'ai trouvée très abondante à Cau- 
terets, où la forme tient le milieu entre Pitho et Pronoé. Elle était 
notamment commune du 26 juillet au 15 août 1890, voltigeant 
tout près de la ville de Cauterets, dans tous les chemins et sentiers 
qui sont tracés du côté de la Raillère et de Cambasque. A Cauterets, 
Pronoé a le plus généralement aux ailes supérieures 3 ocelles noirs 

21 



332 LEPIDOPTÉROLOGlE COMPARÉE 

pupilles de blanc et rarement 2 ou 4; aux inférieures, il y a oïdi- 
naircmenl 2 petits ocelles et quelquefois j; certains exemplains 
en sont dépouivus. 



Hrebia ISapateri, Obtbr. 

Je reçus, il y a environ 35 ans, de M. l'abbé Zapater, quelques 
exemplaires d'ime hreàia, voisine de !\i£oridas, mais qui me parut 
nouvelle et que je décrivis, en 18/5, dans les Anales de la Sociedad 
espahola de Hislaria Naiutai. Cette hrebia habite les montagaes 
de l'Espagne centrale ; Albarracin, Huelamo, Sierra-Alta. 

Mrs M. de la B. Nicholl a publié dans les Transacùons of tke 
entomological Society of London, 1897, sous le titre i The Butter- 
tties of Aragon, ime notice très intéressante sur la faune lépidop- 
térologique de l'Espagne centrale. L'intrépide voyageuse signale 
dans cette notice ï'Erebia ZapaUri t common in tbe Sierra Albar- 
ricin only a. Mrs Nicholl ajoute (p. 429), les renseignements sui- 
vants : < Then we tried Bronchales and Noguera (in the porphyritic 
group of mountaias) for Erebia Zapaten, but in vain. We could 
only ând an isolated spécimen hère and there, through we quarteicd 
the district as carefully as pointers do the tumips in September. 
We began to despair of it, and our time was running out, when, 
at last, on the agth of July, it appeared in numbers, and we took 
over a hundred spécimens in three days. It is the most beautiful 




LÉPIDOÎTÉROLÔGIE COMPARÉE 323 

? : 

tous les exemplaires ont 2 ocelles noirs, subapicaux, pupilles de 
blanc aux ailes supérieures, et les ailes inférieures sont entièrement 
noires. Quelques échantillons, cependant, présentent sur les ailes 
inférieures une trace plus ou moins accentuée de fascie fauve 
orangé, tantôt sans points ocellés, tantôt avec i, 2 ou même 3 ocelles. 
M. Fabresse a trouvé XErebia Zapaten^ depuis la fin de juillet 
et pendant le commencement du mois d'août 1907, à la Sierra- Alta, 
avec le Satyrus Prieuri, 



Brebia Neoridas, Bdv. 

D'abord décrite sommairement par Boisduval dans VIndex 
methodicus^ 1829; puis décrite de nouveau et figurée par Boisduval 
dans \ Icônes, aux pages 148 et 149, et sous les n°" i, 2, 3 et 4 de 
la PI. 29. Espèce répandue dans les Pyrénées-Orientales, les 
Cévennes, les montagnes d'Auvergne, les Basses-Alpes, les Alpes- 
Maritimes, le Dauphiné, ainsi que dans certaines parties de la 
Toscane. La découverte de XErebia Neoridas est due à Boisduval, 
qui trouva, dit-il, l'espèce aux environs de Grenoble. 

Duponchel conteste cependant l'assertion de Boisduval à cet 
égard et dit que Neoridas a été trouvée pour la première fois, par 
M. de Villaret, sur les bords du Drack {sic), aux portes de Grenoble, 
il y a 6 ans (c'est-à-dire vers 1826 ou 1827). Duponchel ajoute 
que Neoridas a été retrouvée par M. Brun, de Lyon, aux environs 
de Rives, à cinq lieues de Grenoble. 

En outre, Duponchel déclare avoir pris lui-même Neoridas, en 
1833, dans le département de la Lozère, où il l'a vue voler sans 
interruption depuis les premiers jours de juillet jusqu'au 17 août, 
date de son départ de ce pays. Neoridas était assez rare aux envi- 
rons de Florac, mais très abondante sur le Causse de Sauveterre, 
entre Florac et Mende. 

L'éclosion de Neoridas se fait généralement à la fin de juillet, 
dans les Pyrénées-Orientales, et on voit voler le papillon jusqu^à 
la fin d'août. C'est une Erebia fort commune dans les lieux qu'elle 



3^4 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

habite et facile à prendre. Aux environs de Vemet-les-BaiDS, 
NeoTidas abonde dans la vallée de Saint-Vinœnt, à Saïnt-Maitin- 
du-Canigou et plus haut dans la forêt de Randai. Le papillon 
s'approche volontiers de l'homme et souvent, étant assis sur quelque 
rocher dans les lieux que fréquente Neoridas, nous l'avons observée 
voltigeant très près de nous et même se reposant sur nos vêtonents 
h'Erebia Neoridas est assez variable et nous en avons recueilli des 
quantités considérables, espérant retrouver l'énigmatique MargariU 
décrite et figurée par nous dans la XX* livraison des Eluda 
d'Entomologie. Nous n'avons malheureusement pas réussi à 
retrouver d'autres exemplaires de Margarila, qui reste ainsi tou- 
jours unique 

Margarita, par la forme de ses ailes et de ses fascîes rouget 
en dessus, a un aspect très spécial. Si nous avions eu la chance de 
retrouver quelques autres exemplaires semblables à celui que moo 
frère captura, le 12 août 1895, près de la fontaine de Saint-Martin- 
du-Canigou, nous n'aurions aucun doute sur la valeur spÀnfique 
propre de cette Erebia. Mais je dois reconnaître que les recherches 
pour obtenir de nouveaux échantillons étant restées vaines jusqu'ici, 
raa conviction a été ébranlée quant à la validité de l'espèce. Peut- 
être MargiiTtla est-elle une Aberration singulière de Neoridas? 

Je possède une assez grande quantité d'exemplaires plus ou 
moins aberrants de Neoridas, aussi bien provenant des Basses-Alpes 
et des Alpes- Maritimes que des Pyrénées-Orientales. Pour la taille, 
Neoridas varie beaucoup, ainsi que pour le développement, les 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 325 

noire. Le dessus des ailes montre seulement 2 petits points noirs 
sans pupille blanche. La couleur des fascies rougeâtres varie beau- 
coup pour les cf; quant aux Q, elles ont généralement la fascie 
d'une teinte plutôt jaunâtre que rougeâtre. 

La forme de Neoridas des Alpes-Maritimes, notamment du 
Moulinet, est, dans lensemble des individus, plus grande et plus 
obscure que les autres formes géographiques de l'espèce. Mais il y a 
à Allos, dans les Basses-Alpes, comme à Vernet-les-Bains, dans 
les Pyrénées-Orientales, des échantillons équivalents à ceux du 
Moulinet, en même temps que d'autres plus petits et moins sombres. 
Je pense que les Entomologistes de l'école Fruhstorfer n'hésiteraient 
pas à fabriquer pour Neoridas toute une série de désignations que 
l'espèce en question n'a point encore subies. Je m'abstiendrai 
cependant de les devancer dans une voie où les matériaux que j'ai 
sous les yeux me permettraient sans doute aussi bien qu'à d'autres 
de m'engager. Car si je suis d'avis de distinguer par un nom une 
race suffisamment caractérisée, je me refuse à surcharger la nomen- 
clature de noms qui, s'appliquant à une espèce très variable dans 
toutes les localités qu'elle habite, s'entendraient seulement pour les 
exemplaires mesurant plus ou moins d'envergure que les autres, 
ayant plus ou moins de taches ocellées et la couleur des fascies 
plus ou moins vive, ce qui constitue un ordre de variations banal 
et commun à toutes les Espèces du Genre. 



Brebia ^thiops, Esper. 

Espèce des basses altitudes; paraît en juillet et août; n'est pas 
rare dans certaines localités de TEcosse et de l'Ancrleterre, telles 
que : le Perthshire, d'où me Ta envoyée M. Ried, l'Argyleshire, 
diverses parties de Durham, Yorkshire, Lancashire, W^estmoreland. 

En France, /Etkiops a ctc observée en Franche- Comté, en Savoie 
(Aix-les-Bains, Val du Fier, Chamounix), en Auvergne, dans les 
Basses-Alpes. Jamais je ne l'ai trouvée dans les Pyrénées. 



326 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Feu Guenée et moi, nous avons capturé /Ethiops dans le Valais 
en 1864 et en 1866, aux environs de Vernajaz et près de Viègc. 
Feu mon ami Fettîg, lorsqu'il était curé de ia Vancelle, récoltait 
^'Ethiops dans les environs de Lièpvre, en Alsace. L'espèce se 
trouve en Allemagne et en Russie, notamment diins l'Ouial 
méridional. 

Généralement les d" ont 3 taches noires ocellées dans la fasàe 
rougeâtre des ailes supérieures et autant dans celle des ailes infé- 
rieures. Les Q qui, comme Neoridas. présentent la fascîe plus jau- 
nâtre que les <3, ont ordinairement le même nombre d'ocelles que 
les c? aux ailes supérieures; cependant, plus souvent que ceux-ci, 
les Ç) ont 4 ocelles aux supérieures, et presque toujours elles ont 
4 ocelles pupilles de blanc aux ailes inférieures. Le dessous des 
ailes inférieures est assez variable pour la teinte. Chez les cf. le 
fond est généralement d'un brun rouge fonré. avec une éclaircie 
grisâtre, près la base, el une autre éclaircie semblable entre la grosse 
bande médiane transverse et la bordure marginale. Chez les Q , ces 
éclaircies sont généralement d'une couleur ocre jaune; mais, quel- 
quefois, elles sont d'un gris argenté plus clair que chez les Cf- 
M. Fritsch a pris aux environs de Besançon une Q tout à fait 
analogue à la Q Neoridos que j'ai citée plus haut et dont la fascîe 
fauve orangé des ailes supérieures est marquée de 2 très petits 
points noirs en dessus et est complètement aveugle en dessous. Je 
possède en outre une superbe q de Géra, 1res noire en dessus. a\'ec 
la fascie réduite à des taches annulaires rougeâtres entourant 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 327 

une Ç) dont le dessous des ailes inférieures est ocre jaune, sous le 
n** I de la PL LXIII. 

Iluebner a figuré avec le nom Medea, le cf ^-llth'iopSy sous le 
n° 220, et la Q, sous les n"' 221 et 222. Il a représenté le dessous 
des ailes inférieures de la Q, où les éclaircies sont grises et non 
ocre jaune; tandis que Charles Barrett {l'he Lcpidoptera of the 
british Islands) a figuré sous le n° 2 ^ de la PI. 29 la Q avec le 
fond des ailes inférieures couleur jaune sale. Freyer a figuré sous 
les n**" I et 2 de la PI. 55, avec le nom de Medea, une forme dont 
la Q (fig. 2) est presque intermédiaire entre la forme grise et la 
forme ocre jaune, et sous les n°* 3 et 4, une grande race SMthiops 
qu'il avait reçue de son ami Schmidt, de Laibach, comme Medea, 
var., mais où il a cru reconnaître à tort la Neoridas de Boisduval. 
La Q de cette fausse Kcor'îdas (fig. 4) a le dessous des ailes 
inférieures brun chocolat avec les éclaircies grises; c'est cette forme 
que Staudinger et Rebel, dans le Catalog 1901, ont appelée 
leucotœnia. 

Mais sur la PI. 38, Freyer figure sous le n" 3 et avec le nom 
de Medea var., une Erebia qui est certainement Stygne et non 
j^thiops. De plus, dans son texte (p. 73), Freyer rapporte au n® 3 
de la PI. 38 ce qui regarde le n° 2 et au n® 2 ce qui regarde le n® 3. 
La confusion est donc complète. « Die Farbe der Varietaet Fig. 2 
ist isabelgelb. Die rostgelbe Binde ist sehr schwach sichtbar, auf 
den Oberfluegeln mit 3 auf den Unterfluegeln ebenfalls mit 
3 weissgekemten Augen ». Couleur jaune isabelle, 3 yeux pupilles 
de blanc aux supérieures comme aux inférieures, c'est bien conforme 
à la fig. 3 qui est certainement une Stygne et non à la fig. 2 qui 
est une Medea. Pour celle-ci, Freyer donne l'indication de localité 
comme suit : « Dièse schoene Varietaet wurde im Bremgarten 
Walde bei Bern gefangen. » 

Le Catalog 1901 admet comme JEthwps les n^" 2 et 3 de la 
Tab. 38; seul le n° 2, selon la figure, et 3, suivant le texte, doit 
être admis comme /llthiops\ le n® 3, selon la figure, et 2, confor- 
mément au texte, doit être retranché et reporté à Stygne. 

De même VEitryale de Huebner (908-909) rapportée avec doute, 



■::w y.' i^ „■. =:s;=:c i-.c: e tetI^tî. bientôt et n'a spécî&q» 
aies: -en i ■ -;r . -^ '':,'::. r^ 

7-v^~ ::^-:r- fs<.-.rr .=-.:re ■<'.;-;. sri* le a* i de la Tah 6ÎI. 
::w J j- s-; ^^; .riec:"; .V.:!! ibtsi'.'.c ss ^'.:is p^le que crilcdoC 
3.in«,* ii,c:x '.^ :eyrs^e:::_:;.c X3:« 'e dessin coooorcic. Je pas 



Er«bta Elbrrale. j:.^-?r 



r- 'es ?'--rroesi. '.es Alpes, le Jhîï C 
• ï :- zeu :Ii:ri ians les monz^ae 
; -!■■■: ce rccerfe. Je "a; ofascvée c 
> c •<r...<ir r:.: .:id-i:- de !a griaô: 
rr je Lj^t-:-. e:=: =r.Eibre cc-nsidéaiBe 
"tï :::« ies i-tt^ e: pesés snr le set 
:■- -.■i-js ie :*, -J-^iLîzrTllcQS. ai plaça 
::■ ::. : :,*»!.- u=e iirhc sciic aa infËes 
;. ; ■-:: -'-^ riïÇ'je grc-uii g nae ~. 
^:.- -r: .vses. 1:1 =:<:ct Gcaèrre. sb 
■■ :■: :-e i^-ccênrcn de :f. skê 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 329 

un reflet argentin très vif. J'ai donné à cette Aberration constante 
le nom de Huebneri. 

Je possède une autre Aberration prise à Vernet-les-Bains par 
mon frère; elle a les fascies d'un brun pâle livide, au lieu de les 
avoir rouge de brique. 

Généralement les Euryale cT français ont 3 ocelles noirs non 
pupilles de blanc dans la fascie des ailes supérieures, en dessus; 
mais il y a des exemplaires où la pupillation blanche existe. 
Cependant ce sont surtout les Q qui présentent une pupillation 
blanche accentuée et elles ont souvent 4 et 5 ocelles sur une fascie 
tantôt rouge comme celle du cf, tantôt jaunâtre. Aux ailes infé- 
rieures, les points ocellés chez les cf sont souvent fort réduits ou 
nuls, quoiqu'ils puissent quelquefois y paraître même pupilles de 
blanc; chez les Q, Tocellation est généralement plus accentuée que 
dans les cT; mais il y a aussi des Q dont les fascies sont privées 
de toute ocellation aux ailes inférieures. Le dessous des ailes infé- 
rieures est très variable, surtout chez les Q. 

Dans les Hautes-Pyrénées, la race est très obscure; les fascies 
rouges sont peu développées et la teinte générale est sombre. Mon 
frère et moi, nous avons souvent capturé à Cauterets la forme 
ocellaris, Stgr., où les fascies sont remplacées par des taches rondes 
rougeâtres, séparées les unes des autres, pupillées de noir. 

A Zermatt, j'ai trouvé l'Ab. cf Euryaloides, chez laquelle la 
fascie rouge ne porte aucune trace d'ocelle noir. En Finlande et 
dans l'Oural méridional, c'est peut-être la forme normale; mais 
il y a chez les Eiiryaloides de ces contrées de très petites traces 
de points noirs qui manquent absolument dans certains échantillons 
de Zermatt. L'Ab. Euryaloides se trouve aussi dans les Pyrénées- 
Orientales, en même temps que des exemplaires très ocellés. Nous 
avons capturé 2 très grandes Q Euryale, en montant aux Picos de 
Europa; mais l'espèce était presque passée et nous ne pûmes, mon 
frère et moi, récolter un assez grand nombre de beaux individus 
pour obtenir une idée exacte de la race asturienne. 

\JErebia Euryale est une espèce très variable au même Heu et, 



330 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

par conséquent, très intéressante, mais fort délicate et facUe k 
détériorer. Elle est d'ailleurs très abondante et facile à captwer. 

Si l'on cherche à comparer entre elles les races géographique^ 
je crois qu'on peut faire les constatations suivantes : la forme de 
Lioran (Cantal) est celle dont la taille est plus grande; mais oo 
trouve des exemplaires aussi grands sur la route du Simplon, pris 
Bérisal, volant avec d'autres plus petits. A Enchastrayes, dans les 
Basses-Alpes, la forme est plutôt petite, avec un mélange d'échan- 
tillons plus grands. Dans le nord de la Laponie (Kvickjock, 
M* Sutîlelma, Lulea-Lappmarken), W. Mau a pris, en juin «t 
juillet 1908, une race A'Euryale ayant le fond des ailes très obscur, 
avec les fascies rouges très vives. Certains exemplaires semblent 
faire un passage vers Ligea que je considère cependant comme une 
espèce bien distincte. Généralement les Enryalc de Laponie ont les 
fascies rouges très oculées Sur une soixantaine d'exemplaires que 
j'ai devant les yeux, 45 ont 4 ocelles noirs plus ou moins pupilles 
de blanc, aux ailes supérieures. En dessous, les ailes inférieures 
sont plus ou moins décorées d'une liture blanche et les ailes supé- 
rieures ont le lavis rouge plus ou moins uniforme et étendu. 



Brebia Llgea, Linn. 

Grande Eteb'ui qui se trouve au Moulinet, dans les Alpes- 
Maritimes, à Chamounix, à Aix-les-Bains, à Digne, à la Grande- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 33 1 

lement nombreux, pupilles de blanc et très accentués sur les 4 ailes, 
en dessus et même en dessous. UErebia Ligea présente des variétés 
fort belles. Je possède une Q albinisante prise en Autriche, entiè- 
rement de couleur ocre jaune comme l'Ab. Hucbnerï A'Euryale, 
Cette Q albinisante, à laquelle je donne le mcme nom : Huebneri, 
a les pattes, les palpes, les antennes, le corps de la même couleur 
ocre, sur laquelle ressortent en rouge orangé les fascies ordinaires 
et les ocelles très réduits et très atténués. Un cf du Brenner a les 
fascies d'un ocre très pâle et livide, comme YEuryale de Vemet- 
les-Bains; 2 cT de Berlin sont très curieux : l'un par Tabsence 
absolue de tout ocelle noir sur la fascie des ailes supérieures, alors 
que la fascie des inférieures est ocellée; l'autre ayant inversement 
la fascie des inférieures dépourvue d'ocelles et seulement 2 points 
noirs très petits sur la fascie des supérieures, près l'apex. 

A Bodô, il y a une forme très petite, mais qui ne cadre pas avec 
Y Ad y te, Huebner, 759, 760. 



Erebia lappona, Esper. 

C'est la Manto Q de Tluebner (par erreur du graveur : 107, 108, 
au lieu de 207, 208, et 512, 513, 514). La figure donnée par Esper 
avec le nom de lappona, sous le n° 3 de la Tab. CVIII, est bien 
grossière, mais à peu près reconnaissable. Le papillon figuré et 
décrit par Esp)er, aux pages 80, 81 et 82, lui a été communiqué par 
l'avocat Schneider, qui, avec Quensel et Thunberg. avait obtenu 
l'espèce des montagnes de la Laponie, pays d'origine du type de 
l'espèce. 

J'ai reçu de M. W. Mau une série d'exemplaires pris, en juin et 
juillet 1908, au mont Sutilelma, dans le nord de la Laponie; ils 
cadrent avec des échantillons de la collection Boisduval, étiquetés : 
Nor\^ Dowre; mais il est bien difficile de dire s'ils concordent avec 
l'individu de Laponie figuré par Esper, vu le peu de soin apporté 
à la gravure et au coloriage de l'image. 

Quoi qu'il en soit, les individus de Sutilelma ne sont guère diffé- 



332 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

rents de ceux que je possède des localités suivantes : Pentes et 
Pas-du-Lausson ; Notre-Dame-dé- Fenestre (Alpes-Maritimes); En- 
chastrayes; Larche; Coi de Lure; Saint-Marttn-d'EntrauiKS 
( Basses- A I pes) ; montagne de la Pra (Isère); hauteurs de Lanslc- 
bourg (Savoie); Le Breuil (Piémont); Chamounix (Hte-Savoie) ; 
Canigou et Pla-Guilhem (Pyrénées-Orientales); Fusio; Oberland 
bernois; Ryffelalp (Suisse). 

Dans toutes les Alpes, la forme est sensiblement la même qu'en 
Laponie; il y a des variations, mais elles me paraissent individuelles 
et non pas géographiques; telles sont les différences de taille aitrc 
les échantillons; la grosseur des points noirs dans la fascie rosée, 
comme aussi leur atténuation; l'accentuation et le développement 
de cette fascie rosée et inversement sa disparition presque complète; 
l'obscurcissement du dessous des ailes inférieures, leur ponctuation 
marginale et l'épaississement des deux lignes noirâtres sinueuses 
transversales. 

Je possède une superbe Aberration Q albinîsante venant de Pir 
Umbrail, au Tyrol. Ce papillon est, en dessus, d'un gris d'argent 
sur lequel la fasrie des ailes supérieures, la ponctuation submar- 
ginale des inférieures et un lavis qui occupe l'espace cellulaire des 
supérieures jusqu'à la base, ressortent en un rose orangé extrêmement 
doux. Les poils du corps et les antennes sont gris d'argent. En 
dessous, les ailes supérieures sont d'un rose orangé vif. avec la 
côte et le bord marginal gris argenté; les ailes inférieures sont 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 333 

Pierret avait évidemment raison; mais la variété est bien spé- 
ciale; sa taille plus grande, l'absence de fascie rosée sur les ailes 
supérieures, en dessus, les cercles rosés qui entourent les points 
noirs donnent à Sthennyo un aspect bien particulier. 

Lappona vole haut dans les Alpes et dans les Pyrénées; elle 
éclôt d'assez bonne heure; on peut la voir dès le mois de juin. Dans 
les Hautes-Pyrénées, mon frère et moi, nous avons pris Sthennyo 
au cirque de Gavarnie, au mont Caballiros, au col de Riou et sur 
le chemin qui conduit aux Oulettes-du-Vignemale, au delà du lac 
de Gaube. La Sthennyo varie un peu; sur les 92 exemplaires de 
ma collection, je vois à côté de Sthennyo tout à fait caractérisés, 
d'autres spécimens qui se rapprochent de lappona des Alpes et 
des Pyrénées-Orientales, et, par contre, si j'examine la série que 
je possède des Alpes, j'y distingue des exemplaires qui pourraient 
être joints à Sthennyo; mais c'est à titre presque d'Aberration et 
l'on constate une différence notable lorsqu*on juxtapose les deux 
boîtes : l'une qui contient les Sthennyo et celle qui renferme les 
lappona, 

La Castor, Esper (Tab. LXVII, fig. 2), est une simple lappona, 
ainsi que la PolluXy Esper (loc. cit., fig. 3). Celle-ci paraît avoir 
le dessous des ailes inférieures d'un gris brun et non argenté, sans 
dessins bruns transversaux. Je possède des lappona sans dessins 
bruns sur le dessous des ailes inférieures; mais le fond de 
ces ailes est gris argenté et non brunâtre. Les c? ont le dessous 
des ailes inférieures gris d'argent et les Q présentent une colo- 
ration plutôt brunâtre, à cause des lignes transverses assez accen- 
tuées et d'un épais sejnis d'atomes brunâtres répandu sur toute la 
surface des ailes; mais Pollux paraît être un cf, comme Castor, 
et je n'ai aucun cf de lappona pouvant être identifié exactement 
à Pollux. Pollux, d'après Esper, aurait été pris en compagnie de 
Tyndarus, par Geming, au cours d'un voyage en Suisse, et la patrie 
de Castor serait les montagnes de Styrie. 



334 LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 

Brebla TyndaruB, Esper, et Var. Rondoul, Obthr (PI. XXV, 
ûg. 129, Cf; 133. g)- 

C'est l'Ereàia dont la dispersion dans le Monde est plus étendue^ 
puisqu'on la rencontre dans la plupart des montagnes alpines de 
l'Europe, en Asie et dans l'Amérique du Nord. 

UErebia l'yndarus existe en Andalousie sous la forme Hispa- 
nia; mais il est vrai qu'elle manque en Sicile. J'avais toujours 
espéré qu'on la rencontrerait quelque part, ainsi que le Pofnassiia 
Mnemosyne, dans les montagnes de la Barbarie; jusqu'ici, elle o'a 
pas été trouvée en Algérie; mais il peut se faire qu'on la découvre 
dans l'Atlas marocain, lorsqu'il deviendra possible aux naturalistes 
de visiter cette région restée jusqu'à présent inaccessible. 

M. le docteur-professeur Jacques Reverdin, de Genève, s'est 
vivement intéressé à l'élude des races géographiques de Tyttdarus 
et a publié d'excellentes observations sur les Variétés ci Aber/alions 
de l'Erebia Tyndarus, dans les Alpes de la Suisse et de la Haute- 
Savoie. Le travail de M. Reverdin, publié dans le numéro de 
juin igo8 du Bulletin de lu Société lépidopiérologigue de Génère, 
mérite la plus sérieuse attention et peut être considéré comme un 
modèle d'analyse pour une espèce envisagée dans une r^on 
déterminée. 

J'ai aussi fourni quelques contributions à l'histoire de VErebia 
Tyndanis et je prie le lecteur de vouloir bien se reporter à une 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 335 

TynddruSy les observations suivantes que je dois à l'obligeance de 
mon aini Rondou : 

« UErebia Tyndarus-Rondoui forme la transition entre pyrenœa 
et HispanicL 

B Sa date d'apparition est la même que celle de Tyndarus et 
les localités où je l'ai capturée jusqu'à ce jour sont celles où Tyn- 
darus vole en abondance, c'est-à-dire les pelouses herbeuses des 
hauteurs comprises entre 1,500 et 2,000 mètres. Rarement Tyndarus 
descend au-dessous de 1,500 mètres; cependant on la trouve à la 
Prade-Saint-Jean, à l'entrée du cirque de Gavarnie, à 1400 mètres 
environ. Jamais je ne l'ai capturée au-dessus de 2,500 mètres. 

B Au vol, la variété Rond oui peut être distinguée de la forme 
normale Tyndarus\ le dessous des ailes étant plus foncé dans 
celle-ci, lorsqu'elle vole elle a un aspect gris noirâtre, tandis qu'on 
aperçoit vite le gris blemchâtre qui forme le fond du dessous des 
ailes de la variété Rondoui. 

» Pendant longtemps je n'avais capturé Rondoui que dans la 
vallée de Campbieil, près du lieu appelé Saousset; cette année 1908, 
ayant apporté plus d'attention aux captures de Tyndarus^ j'en ai 
pris dans toute la vallée du Campbieil, dans la montagne de 
Saugué et sur le Couméli. L'aire de dispersion de Rondoui est 
donc très étendue et on peut espérer la rencontrer dans toutes les 
localités fréquentées par Tyndarus dans les Hautes- Pyrénées. » 

Je relève sur ma collection les provenances suivantes pour les 
Tyndarus de l'Europe occidentale : 

I" Race : Hispania^ Butler; Sierra-Nevada d'Andalousie, côté 
de Lanjaron (R. Oberthiir, juillet 1879; — Rosenhauer; de 
Graslin; Argiielles). 

Le cf a souvent 2 petits ocelles noirs très vifs, pupilles ou non, 
situés inférieurement aux 2 gros ocelles soudés l'un à l'autre, sub- 
apicaux. Cette particularité se retrouve chez les Tyndarus 
d'Arménie. 

2'' Race : Rondoui, Obthr; Hautes-Pyrénées : Barèges (BelHer); 



33f> LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Cauterets (R. Oberthiir; de Guemisac); vallée de Camphidl, m 
tagne du Saugué, Couméli (Rondou). 

3* Race : pyrmœa, Rùhl {Dfomus, Hemch-SchaefFer, 168, 169; 
Obthr; Elud. dEnt., XX; û". 155; Q. 156); Pyrénëes-Ohentaks; 
surtout prairie de Mariailles, au-dessus de la for£t de Rasdù, 
vallée d'Eyna (de Gtaslio; Bellier; Guenée; Ch. et R. OberthBr!; 
forme très caractériaée, varie pour l'onllatioa des ailes siqiéneuie 
et inférieures; généralement les d* et les Q ont 2 otxlles mia 
subapicaux, soudés, pupilles de blanc aux supérieures, et 3 ocdls 
noirs, plus petits, séparés, également pupilles de blanc, aux infé- 
rieures; mais il y a des exemplaires qui présentent 3, 4 et mÉnc 
5 ocelles aux supérieures, 4 aux inférieures, et inversement ant 
inférieures i seul ocelle. La fascie fauve est plus ou moins déw- 
loppée; elle peut presque disparaître aux inférieures. Les Q suitoot 
sont plus ou moins claires ou obscures en dessus, comme en dessous 
où les ailes inférieures sont blanchâtres ou jaunâtres, avec les deux 
lignes transversales, médianes, ondulées, plus ou moins accentuées. 
En outre, l'espace médian des ailes inférieures compris entre ce 
deux lignes est tantôt de la couleur du fond, tantôt obscurci pu 
un semis serré d'atomes bruns. Cependant, malgré la variabilité 
individuelle, la race pyretupa reste tout à fait spécial^ avec ud 
faciès constant, ainsi que le démontrent les 300 exemplaires que 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 337 

Alpes de Carinthie, et d'ailleurs le cf figuré sous le n° 2 de la 
Table CIIl ne cadre pas, surtout en dessous, avec pyrenaica, 

Godart a figuré sous le nom de CleOy en dessus et en dessous 
(PL XVII, fig. 5 et 6), le cf des Pyrénées-Orientales, et il écrit à 
son sujet (p. 124), cette phrase pour le moins singulière : « Les 
individus que j'ai dit se rapporter au Cleo de Huebner, toujours 
un peu plus grands et mieux caractérisés, habitent les Pyrénées- 
Orientales; de sorte que ces dernières montagnes, ou celles qui s'en 
rapprochent par leur degré de latitude, peuvent être considérées 
comme le berceau de Hïspèce dont il s'agit ici; car on a remarqué 
que les insectes, en général, dégénèrent à mesure qu'ils s'éloignent 
de leur patrie primitive. » 

Je voudrais bien savoir par quel procédé et à quels caractères 
on peut reconnaître exactement oii est le berceau d'une espèce de 
Lépidoptères et quelles remarques ont bien pu être faites sur la 
dégénérescence des Insectes qui s'éloignent de leur patrie primitive, 
d'ailleurs inconnue. En tout cas, les Tyndarus les plus grands ne 
sont point dans les Pyrénées-Orientales; Godart ignorait ceux qui 
viennent de Grèce, de l'Andalousie et de certaines parties de 
l'Arménie, lorsqu'il écrivit les considérations rapportées ci-dessus. 

Mais la Cleo de Godart et la Cleo de Huebner ne se ressemblent 
guère. Si le cT Cleo figuré par Huebner, sous les n°' 209 et 210, 
peut être considéré comme une Cassioides, Esper, et assimilé à 
cette dernière forme, la Q Cleo, Huebner, figurée sous les n*"" 211 
et 212, présente une particularité intéressante qui consiste dans la 
tache rouge et non jaunâtre, au milieu de laquelle se détachent, 
sur le dessus des ailes supérieures, les 2 ocelles noirs, soudés l'un 
à l'autre et pupilles de blanc. De plus, cette tache rouge s'étend 
vers l'espace cellulaire et atteint l'extrémité de la cellule. Il y a 
\ine forme de Tyndarus dont la Ç) est parfaitement conforme à 
cette Q Cleo 211 et 212; c'est celle qu'on trouve au mont Majella, 
en Italie. 

Je juge d'après 125 exemplaires récoltés pour nous, au mont 
Majella, par M. Fabresse, les 5 et 6 août 1907. Les cT du mont 
Majella ne sont généralement pas semblables à la Cleo çf 209 

22 



33â LËtjDOPTÉROLOGlE COMPARÉE 

et 210. En effet, si certains individus du mont Majella peuvent 
cadrer avec la Cleo figurée par Iluebner, la plus grande partie 
des cS capturés dans cette montagne italienne se distii^uent pu 
leiur tache rouge subapicale des ailes supérieures, s'étendant ven 
l'espace cellulaire et arrivant jusqu'à l'extrémité de la cellule. 
Ces cS du œoDt Majella ont donc le même caractère que ta Q 
Cleo 211. 

11 y a bien au mont Majella des Q un peu différentes de la 
Cleo 211, 212; par exemple ayant la tache rouge subapicale plus 
jaunâtre et plus claire; mais il y a partout des variations indivi- 
duelles, et comme je possède au moins 8 exemplaires Q du mont 
Majella bien conformes à la Cleo 211 et 212, laissant d'ailleuis 
de côté le cf Cleo 20g et 210, je désigne la race italienne de Tyn- 
darus comme suit : 

4° Race : Cleo, Huebner (g {nu (S) 21 1, 212); Italie (Monte 
Majella). Le caractère est la couleur rouge des ailes supérieures 
s'étendant chez les deux sexes vers l'extrémité de la cellule. 

Toutefois, je dois observer que j'ignore non seulement d'où 
provient la g figurée par Huebner avec le nom de Cleo, sous les 
n" 211 et 212, mais encore si le c? 209-210 a été pris, ou ooa 
dans la même localité que celte g. J'aurais pu créer un nom spécial 
pour la Jyndajus du mont Majella et laisser sans emploi le oom 
de Lleo, tombant du reste en synonymie de Cassioides pour le çS- 
J'ai cependant cru devoir le relever à cause de la concordance des 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 339 

nensis esl assez grande et robuste; la forme des ailes, chez le cT, 
est très arrondie. 

6* Race : Cassioides, von Hohenwarth; vallon de l'Estrop, vers 
Esteng, dans les Alpes- Maritimes (H. Powell; 24 et 25 août 1906); 
pentes du Lausson, dans les Alpes-Maritimes (H. Powell; 
4 août 1900); Entragua, en Italie (V. Cotte; juillet 1908); Larche 
(les 3 Coulet; août 1897); Digne (Cotte, Coulet); prairie du mont 
Pelât, dcms les Basses-Alpes (H. Powell; i*"' août 1906); forêt 
d'Entraunes, dans les Basses-Alpes (H. Powell; 6, 8, 10 août 1906); 
Monetier-de-Briançon, dans les Hautes- Alpes (D"" Siépi); Caute- 
rets, Gavarnie, dans les Hautes-Pyrénées (de Guemisac, Ch. et 
R. Oberthùr, en juillet et août) ; Pics de Carlitte, dans les Pyrénées- 
Orientales et l'Aude (juillet 1869; Ck et R. Oberthùr, Michel Nou 
et Rendu); Picos de Europa, dans les Asturies (Ck et R. Oberthiir; 
19 et 20 juillet 1882) ; Col des Montets, Moléson (ex D"" Reverdin). 

Les ailes inférieures sont ornées d'ocelles noirs pupilles de blanc 
et cerclés de rougeâtre; les 2 ocelles subapicaux des supérieures 
sont assez gros, juxtaposés ou soudés, pupilles de blanc, au milieu 
d'une tache rouge assez large. Je possède environ 500 exemplaires 
provenant des diverses localités précitées. Il y a parmi eux des 
échantillons ayant aux ailes des ocelles supplémentaires en nombre 
variable, tantôt avec symétrie et tantôt avec asymétrie, ainsi que 
le fait très exactement observer le D"" Reverdin. J'ai pris à Cau- 
terets, en juillet 1901, un cT ayant les 2 ocelles réglementaires dans 
l'espace apical gauche des ailes supérieures et seulement un gros 
ocelle noir pupille de blanc du côté droit; ce qui est le contraire 
de l'observation faite par Ruehl sur des Tyndanis de Suisse et 
rapportée par le D"" Reverdin dans les termes suivants (p. 11) : 
a Ruehl avait remarqué que chez les Tyndarus des Alpes suisses 
qu'il avait sous les yeux, en rédigeant son ouvrage, quelques-uns 
n'avaient qu'un œil à la pointe de l'aile et que chez d'autres l'œil 
de la cellule 4 manquait à gauche, tandis qu'à droite les deux yeux 
étaient présents; il se demande si c'est par un effet du hasard qu'il 
n'a jamais rencontré la disposition inverse. • 



340 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

;■ RACE: Tyndariis, Esper (Tab. LXVH, fig. l); route (h 
Simplon; Zermatt (A. Guenée, Ch. Oberthiir); Sambucco; AroUa; 
Grisons; vallée de Saas; Loëche; dans les Alpes de la Suisst 

La taille est petite; la forme des ailes est tr^ arrondie; anz 
ailes inférieures, les taches ocellées font absolument défaut; au 
ailes supérieures, tantôt les taches ocellées manquent complètement, 
tantôt elles existent, mais très réduites, assez rarement pupillées 
de blanc, au nombre de 2, séparées l'une de l'autre. Les exemplaire 
qui n'ont aucune tache ocellée aux ailes supérieures appartienoenl 
à l'Ab. Cœcodromus, Guenée. Cette Cœcodromus et la Tyndanu 
dont Cœcodromus est l'expression extrême dans le sens d'imfioiu- 
tuation, n'est pas rare au-dessous du plateau du Ryfifel, où elle 
voltige avec une grande vivacité, mêlée à la Mnestra; mais le vol 
des deux espèces est bien différent, lyndarus va droit devant elle, 
rasant presque le sol et agitant ses ailes un peu comme les Hespé- 
rides. Elle ne dépasse guère les pâturages et les pentes qui sont 
au-dessous du grand plateau du Ryffel, oii elle cède la place à 
lappona et à Gorge. 

Il convient d'observer qu'il y a des exemplaires de transition 
entre Tyndarus et Cassioides et que, pour séparer les deux races. 
c'est sur l'ensemble qu'il faut juger. D'autre part, certaines localités 
présentent des échantillons plus ou moins caractéristiques de l'une 
des deux races. Zermatt serait un lieu où Tyndarus est très accen- 
tuée; à Digne, Cassioides serait également nettement indiquée; 
mais à Lansleboure (Savoie), il v a de nombreuses transiiic 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 34 1 



pyrenaica, Ruehl; Pyrénées-Orientales. 
Rondoiiiy Obthr; Hautes-Pyrénées. 
Hispania, Butler; Andalousie. 

Je connais en outre les races orientales suivantes : 

DromuluSy Stgr (ex Stgr); Arménie (2 cf); 

sibirica, Stgr (ex Stgr) ; Sibérie méridionale (Sajan) et Sibérie 

occidentale (6 cT, 3 Ç)); 
ottonuina, Herrich-Schaeffer; Grèce; Bulgarie (8 cf, 5 Q); 
iranica, Groum (ex Groum-Grgimailo) ; Demavend (Elbours) 

(I cf); 

Caillas, Edwards; Colorado (5 cf). 

De plus, j'ai reçu autrefois de Bakurian (ex Romanoff), i cf 
et I Ç) d'une race de Tyndarus, non nommée, intermédiaire entre 
les formes du groupe Cassioides et celles du groupe py7enaica\ 
et dans les collections Bellier et de Graslin, j'ai trouvé la Tyndarus 
vraie, avec l'étiquette : Hongrie (2 cT)» et une forme analogue à 
celle de Bakurian étiquetée : Bannat (i cf et i q). Je ne crois pas 
devoir, avec les documents insuffisants dont je dispose, aborder 
l'étude critique des races orientales précitées. 



Melanargia Galathea, Linné. 

Le Demi-Deuil, comme l'appelle le P. Engramelle, est une espèce 
très répandue en France, sauf dans les parties du Roussillon et du 
Languedoc où habite la Melanargia Lachesis, qui exclut, je crois, 
sa congénère Galathea. Celle-ci n'a presque jamais été rencontrée, 
à ma connaissance du moins, là où se trouve Lachesis, et récipro- 
quement. 

La Melanargia Galathea existe en Angleterre où elle paraît être 
restée abondante dans certaines localités, principalement de la côte 
sud. Galathea ne semble cependant pas vivre en Ecosse et en 
Irlande. Les collections anglaises contiennent de jolies variétés du 



342 LÉPinOPTÉROLOGlE COMPARÉE 

DeiHtDe.uil, comme d'ailleurs de toutes les espèces de p^ùlka 
britanniques. Les exemplaires anglais de Gtdathea que je posaUt 
provenant de la collection Raynor, qui fut vendue à )a SiOt 
Stevais, le 27 octobre 1891, sont de plus petite taille que les exe» 
plaires fran^aisi je lis sur les étiquettes fixées aux épingles : Dcwet 
2-8 83; mais j'ai sous les yeux d'autres exemplaires anglais ayaa 
fait partie de la collection Briggs, vendue à la Salle Stevens ks 
27 et 28 octobre 1896, et ces Galathea sont de taille au moins équi- 
valente à celles de France. \Sn <3 portant la mention € caught by 
Gray at Dover i8go ■ appartient à la forme Procida, où les partie 
noires, en dessus comme en dessous, se montrent très envahissante 
Je poss^de un exemplaire de la collection Briggs, très semblable 
à celui figuré par Mosley, sous le n" 4 de la 6g. I de ses Illustratuns 
d'Aberrations de Papillons anglais; mais malgré la reproduction 
faite par Mosley et l'étiquette affirmant qu'il a été pris à Douvres. 
par Gray, en 1890, j'aurais considéré ce papillon comme indigène 
de la Côte d'Azur plutôt que de la côte méridionale d'Angleterre; 
toutefois, Charles Barrett nous apprend (page 295) que • Sp^ 
cimens of this variety (Proàda) exisi in a few of our ricbest 
collections, but it is extreniely rare hère, and apparently confined 
to the south coast ■. Même tiircica a été trouvée, paraît-il, une fois, 
à Kenl, en 1871, et fait partie de la collection de M. A. B, Fam 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 343 

Aberration se reproduisant tout à fait analogue et dans des pays 
différents, peut être retrouvée probablement partout où vit Galathea. 
Elle mérite dès lors un nom et je Tai appelée Mosleyi. 

Chez le n'' 2, faisant partie de la collection S. Stevens, le fond 
des ailes est jaunâtre. En fait de noir, il ne reste que les bordures 
marginales et une indication de la tache noire cellulaire, aux ailes 
supérieures. Je n'ai jamais vu une Galathea aussi claire. 

Mosley figure aussi, sous le n° 6, l'Aberr. de Galathea entièrement 
noire que j ai représentée moi-même sous le n° 16 de la PL II de 
la XX® livraison des Etudes d'Entomologiey avec le nom de lugens. 
L'exemplaire de Mosley, dans la collection de M. Farn, fut pris 
près Chattenden, en juillet 1871. 

Une semblable Aberration lugens a été trouvée à Versoix par 
M. le D' Reverdin, de Genève, et elle est figurée sous les n°* 4 et 5 
de la PI. 6 du n** I du Bulletin de la Soc. lépid. de Genève. 

Dans le département d' Il le-et- Vilaine, Galathea est très abon- 
dante en juillet et même dans les premiers jours d'août. Je Tai 
observée en grand nombre sur les falaises de Cancale où mon fils, 
le D' J. Oberthùr, a capturé TAb. Galène, sans taches ocellées; 
je possède aussi des exemplaires pris à Moidrey (Manche), au bord 
sud de la baie du Mont Saint-Michel; à Rennes, à Monterfil, à 
Bourg-des-Comptes, etc. Je n'ai jamais vu l'Ab. Ç) Leucomelas 
dans les environs de Rennes; on ne l'a pas davantage trouvée en 
Angleterre. J'ignore si Galathea habite la côte sud du Finistère. 
Bien que j'aie chassé à Huelgoat, dans la partie montagneuse cen- 
trale du Finistère, en juillet, à l'époque de l'éclosion de Galathea, 
je n'y ai point trouvé cette espèce, et je crois qu'elle manque sur 
la côte nord du Finistère. 

Galathea habite la Loire-Inférieure, où mon frcre l'a prise au 
Pouliguen. Chez nous, comme je l'ai dit plus haut, elle éclôt depuis 
la fin de juin jusqu'aux premiers jours d'août; mais dans les 
régions plus chaudes, Gnlnihca se montre dès les premiers jours 
de juin et même dès la fin de mai. 

Partout Galathea éclôt une seule fois par an. 



-jC.^ COUPAIS 



<r:!3e-e=A7î» 



n^n-, *r- : ;-r» de I .\r^!?-.cr7c c d-i départi 
dc^ l'XJi. -«s ï.-^'.î:::ei : 

Vi!!«ri C'-^-rercTî .\.±zx . cn'iiriE.i de Pan*: L-ardy 
0-.=« . r>:~;-.-rre-ï-:r-M*r Cbareate-Inféneajc' ; .\:^n 
V.'::!:^- L" : Châ.T:-i.\ V;a:ic : La Mal«ne et Flciac 'Lfinc'. 
N'ay et B:i.-r.-j Bsî=eS'P>-~ï«s ; -\xa: Aude" ; l-rièt de Bot 
--hniî'e P>T*nées-CT.-r,ta;e5 : Ca-tarts ;Hamcs-P> lùiÙLi . 
z:Ue « '-"r.î^ lîrrp . A:x-:«-Ba3= ,'Savoîe' ; 

Ha-ite-Sa-cte ; Ddle^ ;-rî . Mirca.: Doubs" ; Celles-le-BuE 

AHpi-he : La Grave H3-;e^A'pc£ : Lectouie Gère' : Limage: 
Mar-<:::e. SiinvR-r.^ f: Pa^-des-Lancers Bot^ches-dc-Rfaône : 
HvTcs Va.- . La T-rb:?. M-.-^'ineL Da^nis. L'Eâcaiënt valiée 
d'j Ro'jb:cii. P-jçct-Thér.:eT*, :oI de Bnnî. Le\-en5. Madcoe <k 
Ffncîlre. ûizne. Larche. Le Lauzeî. Ai!':'-, EntiT\-atix. MoŒ 
Gf>:rd n. Gsrama^nc. dans b région dei Alpes- Maritimes et dts 
Ba=se--Alpe5; Picmcnt; S:re=a; Locam-j; lac de Corne: FlmoKe; 
Ron-it: Rc-ccaroîo et Pa'.ena Italie méndic-nale : Sicile; Uôan 

T^Toi : Camiolc; 1:;:ct?.I aitr.chicn de l'Adriatique; Hongrie: 
Grèce; Amaîia: Broussa Afie-Mincurc' ; Potes 'Asiuries^; Ofaer- 
land neiTi'-,:-. Ecclc^ens. Manigny Suisse' : Halle-sur-Saale 

Allemagne , 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 345 



inférieures. Je possède un çf de cette Ab. Nicoleti, pris à Angoulême 
par mon ami Gabriel Dupuy, et i cf et i Q capturés à Florac, 
par M. Dayrem, en juin et juillet 1908. Il y a toutes les transitions 
entre le type et TAb. Nicoleti^ et ces transitions sont surtout fré- 
quentes chez la race provençale Procida. 

Dans le même Bulletin de Genève, M. Jullien décrit et figure, 
sous le nom de Vispardi (p. 167, PI. 6, fig. i), un cf dont la tache 
noire discoïdale normale des ailes inférieures est indiquée par le 
trait noir de son contour, laissant la partie centrale de la tache 
plus ou moins envahie par la couleur blanchâtre du fond des ailes. 
Je possède un exemplaire cf Vispardi, pris dans le département 
du Doubs; plusieurs autres plus ou moins accentués trouvés dans 
TAisne, le Poitou, en Angleterre, etc. 

M. Delahaye, dans le Supplément tout récemment paru au 
Catalogue des Lépidoptères de Maine-et-Loire, fait cormaître 
(p. T2) une Ab. decemocellata, d'après i cf pourvu de 3 ocelles 
aux ailes supérieures en dessous et de 7 ocelles aux inférieures. 
J*ai examiné un certain nombre des Galathea de ma collection; 
j'ai trouvé une autre decemocellata; c'est une g de Digne, ayant 
\ ocelles aux supérieures et 6 aux inférieures. 

Normalement Galathea présente aux ailes supérieures en dessous 
I ocelle noir subapical pupille de blanc, et aux inférieures, 6 ocelles 
noirs pupilles de blanc et entourés d'un cercle blanc ou jaune, qui 
est lui-même limité par un liséré noir. Sur le dessous des ailes, 
l'espace compris entre les 2 ocelles supérieurs et les 4 inférieurs 
reste vide d'ocelle, par correspondance à la tache blanche du dessus 
des ailes, dont la pointe pénètre plus ou moins profondément dans 
la bordure marginale noire et crée ainsi la lacune dans la série des 
ocelles du dessous. 

Les variations dans le nombre et la disposition normale des 
taches ocellées du dessous des ailes semblent être fort rares dans 
Galathea; cependant j'ai trouvé dans les exemplaires de ma col- 
lection plusieurs exemples de 2 ocelles subapicaux aux ailes supé- 
rieures; de plus, je possède 2 cf de Digne montrant, l'un : un point 



346 LÉPIDOrTÉROLOGIE COMPARÉE 

noir dans chaque espace nervural normalement vide des ailes infé- 
rieures en dessous; l'autre ; une tache ocellée en voie de fonnabon, 
partiellement constituée, mais assez large pour se trouver en contact 
de chaque côté avec la série des ocelles et tout près d'ét^îr la 
continuité non interrompue des 7 grains de collier qui existe dm 
la decemocellata, Delahaye. 

L'Ab. inverse Galette, sans yeux, est moins rare; j'en possède 
un certain nombre d'exemplaires; quelques-uns sont entièrement 
aveugles; d'autres ont quelques faibles traces d'ocelles, ou bien ne 
présentent qu'un ocelle ou deux aux ailes inférieures. 

Ces Galène proviennent de Celles-les-Bains, 1 cJ" (P. ChiAien); 
de Dompierre-sur-Mer, 4 d", 2 Q (Vigé et P. Boulé); Charroux, 
I Ç (R. Oberthur); Auvergne, 2 cf, 2 Q (Guillemot, Bellier); 
Angoulême. 2 çj (G. Dupuy); Lectoure, r Q (Dayrem); Cancale, 

1 d" CJ. Oberthur). 

L'Ab. Q Leitcoiiieliis, dont les ailes inférieures sont, en dessous, 
lavées uniformément d'une teinte jaune pâle, se trouve dans les 
Charentes, la Lozère, la Provence; je n'ai jamais vu Leiicontelai 
à Cauterets, ni à Uriage; pas plus qu'en Bretagne. Aux environs 
de Paris, il y a une forme superbe de Leucomelas que j'ai appelée : 
lutet'tana, chez laquelle les dessins ordinaires ressortent en jaune 
orangé sur le fond jaune crème des ailes inférieures, en dessous; 

2 exemplaires de cette forme se trouvaient dans la collection Bellier. 
Je n'ai jamais vu de d" Leucomelas ; aussi, lorsque Boisduval écrivit 
dans Vlcones (p. 133) ; « On rencontre plus souvent des femelles 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 347 

dessus, assez analogue à ceux qu'on prend à Digne où la race est 
plus obscure que chez nous, mais où la taille est généralement moins 
grande que dans les Alpes- Maritimes. Boisduval représente sous 
les n°" 5 et 6 de la PI. 25 de V Icônes le çf Prociday comme on le 
rencontre dans les Alpes-Maritimes et le Piémont. Duponchel 
représente très probablement un Procida cf de même provenance 
sous les n*** 5 et 6 de la PI. XLV, et sa Leucomclas figurée sous 
les n°* 3 et 4 de la même Planche pourrait bien venir également 
du pays de Nice. 

La Prociday aux environs de la Turbie notamment, est un papillon 
superbe, montrant un large développement des taches noires, avec 
une opposition très vive des parties blanches ou jaunâtres; sur le 
dessous des cf, les dessins sont très accentués. II y a des Q de 
taille très grande et très largement bordées de noir. C'est en Sicile 
que la Galathea est de plus grande taille; mais elle paraît moins 
obscure en Sicile que dans les Alpes-Maritimes; à Locamo, la 
Galathea a le fond des ailes très blanc et les parties noires semblent 
assez développées, on peut lui donner le nom de Procida, ainsi qu'à 
la race de Méran; la race de Florence et de Cernobbio, sur les 
bords du lac de Côme, est plus obscure que dans la France septen- 
trionale et centrale; mais moins caractérisée que la Procida de Nice 
et du Piémont. Quant à la Galathea de l'Italie méridionale, elle 
surprend par la modestie relative de sa taille et le peu de dévelop- 
pement de ses taches noires. 

Au point de vue du mélanisme, la variété turcica mérite la palme ; 
c'est de Grèce et d'Amasia que proviennent les exemplaires les plus 
mélanisants. 

Minière a figuré sous le n° i de la PI. III de la 3® livraison de 
sa belle Iconographie, avec le nom de turcica, Bdv., une Ab. quasi- 
lugens de Galathea, d'après un cf pris à Digne par feu Donzel, 
en se fondant sur la courte diagnose de Boisduval « fere tota 
nigra •; mais le papillon figuré par Millière n'est pas turcica, 
quoique presque tout noir; turcica désigne une race qui est une 
exagération de Procida et ne peut s'appliquer à une Aberration 
telle que Donzel en captura un magnifique échantillon bien digne 



5^8 Ltr:;":>PTtkOLOGiE comparée 

;i-iur<^inent de;rc reproduit dan> l'artistique Iconographie de f« 
iDcn ami Millièrc. >.!a .:ol!ertinn contient un superbe d" de Mziseiîlc 
qui cit un peu moLn« noir que le tfuiisi-lugfns de Digne; il appir- 
tenaii â feu Bellicr. En outre, j'ai fifjuré sous le n" \j de la PL D 
de la XX' livraison des Rtmitf d'Eitlon:olagie une belle \'arisé 
niflani.-ante venant de la Lozère et faisant également partie de b 
>'ollection Beliier De plu:^. j'ai re<;u des Basses- Alpes (St-Martin- 
d'Entraunes et Digne" 2 :^ très mélanisants par le fait d'un sons 
d';itomcs noirs répandue sur une partie des taches blanches des 
ailes. 

Esper figure sous les n" 4 et 5 de la Tab. CXI 2 magnifiques 
Ahcrrations de Gai.ilhii provenant de Carlsstadt. en Croatie, «t 
faisant partie de la fameuse coUerlion Geming; le n° 4 est une 
variété très o'oscure avec le fond des ailes d'un jaune vif; quant 
;iu n' 5, appelé Gtl.txecrt. il ressemble à une liircica. 

Dans le Ii.'ifCfbcTuht liff WUner etitotiiol. Veretns, 1897. se 
lrou\ent fij^irécî i^us les n"' 1 et :; de la Taf. f, avec le nom Amai- 
•in.tfii. Mctzger, deux Cil xlhea aberrantes cf et Q . qui sont décrites 
romme suit : Diesfr bisher nicht benannten Aberrationen fehlt auf 
der Ober-und Tnîerseite die starke schwarze Saumlinie, -welche bei 
der typischen Fomi auf der Vorderfluegel-Oberseite meist in dem 
schwarzen Saumfeldc \crschwindel. Auf der Unterseite der Hin- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 349 

Cette Aberration Galène, « absque ocellis •, pourtant ancien- 
nement connue, n*est figurée, à ma connaissance, que dans le 
lahresber. d. Wien. eut. Vereins, 1897 (Taf. I, fig. 3). 



Melanargia Lachesis, Huebner. 

C'est une espèce propre à l'Espagne occidentale, centrale et 
méridionale, ainsi qu'aux départements français limitrophes de la 
Méditerranée, depuis les Pyrénées-Orientales jusqu'aux Bouches- 
du-Rhône. 

Ma collection contient des exemplaires provenant de : Grenade, 
Escorial. Albarracin, Sierra-Alta, en Espagne; Marseille, Pont- 
du-Gard, Nîmes, Montpellier, Millas et Vemet-les-Bains, dans la 
France méridionale 

Toutefois je dois observer que par Marseille, localité que 
désigne Bellier sur un exemplaire de sa collection, il faut entendre 
une partie du département des Bouches-du-Rhône peut-être assez 
éloignée de Marseille, plutôt que les environs immédiats de cette 
ville. 

Le docteur Siépi, dans le Catalogue raisonné des Lépid. des 
BoucheS'du-Rhône, donne seulement le nord du département pour 
localité de Lachesis. Celle-ci et Galathea, qui semblent généra- 
lement s'exclure, ont donc dans le nord des Bouches-du-Rhône, 
où se trouve également Galathea, un point de réunion, de même 
que Podalirtus et Feisihamelii trouvent à se rencontrer à Gèdre, 
dans les Hautes-Pyrénées, ainsi que nous Ta appris M. Rondou. 

Lachesis a été d'abord représentée par Huebner, d'après un cT, 
en dessus et en dessous. D'où provient ce papillon qui a servi à 
Huebner pour fonder l'espèce? Huebner ne le dit pas; ou du 
moins je suis resté inhabile à découvrir une indication que cet 
auteur aurait pu donner. Mais en examinant la figure, j'ai lieu 
de croire que la Lachesis cf de Huebner est de provenance 
espagnole. 



35t> LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 

En effet, chez l'e.xeiuplaire figuré par Huebner, l'ocelle bleoàtn 
des ailes supérieures est très nettement accentué; les 5 ocelles 
ordinaires des ailes inférieures sont également très bien marqué 
en dessus comme en dessous; les dessins noirs sont peu épais; le 
fond des ailes est d'un blanc très faiblement jaunâtre et )a litint 
marginale noire, si généralement accentuée le long du bord ratè- 
rieur des ailes inférieures, chez les Lachests de France, et faisant 
au contraire si fréquemment défaut chez les Lachests des régions 
chaudes et d'une altitude modérée de l'Espagne, est réduite à sm 
expression la plus simple. 

Pour toutes ces raisons, je considère donc la forme premièremail 
décrite de Lnckesis comme provenant très vraisemblablement de 
l'Espagne, et j'ai sous les yeux des exemplaires de l'Escorial pris 
les 29 et 30 juillet 1879, parmi lesquels plusieurs me paraissent 
bien conformes à la figure donnée par Huebner. Le même HudMier 
figure, sous les n" 188, 189, une Q que je ne puis cependant 
considérer comme espagnole, ainsi que le d* 186, 187; mais plutôt 
connue languedocienne. 

Je ne me dissimule pas le trouble qui résulte de cette circons- 
tance dans la question de savoir d'où peut provenir le type même 
de l'Esiièce. il y a évidemment des diances pour que la O (non 
signalée daiis le Catalu^ Slaudingcr et Rebel 1901) ait la même 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35 1 

comme chez la Q figurée par Huebner sous les n®" 188, 189. ce 
qui constitue encore un caractère distinctif entre les races espa- 
gnole et française de Lackesis. Chez la Lachesis de TEscorial, 
les Ç) tendent à avoir les ailes inférieures, en dessous, unifor- 
mément lavées d'une teinte crème, sans que les taches médianes 
apparaissent. Cette Ab. Q, analogue à Leucomelas de Galathea, 
a été appelée Calaleuca par Stgr; mais toutes les Q de Lachesis 
à l'Escorial ne sont pas plus des Caialeuca que nulle part les 
Galaihea Q ne sont des Leucomelas, 

Seulement les Lachesis Q de l'Escorial, qui ne sont pas des 
Calaleuca, semblent tendre vers cette Aberration, en ce sens que 
le fond des ailes inférieures, en dessous, est lavé de la même teinte 
crème, mais avec les taches médianes restées très apparentes, 
quoique généralement atténuées et moins nettement dessinées que 
chez nemausiaca, Esper, et Lachesis Q, Huebner (188, 189). 

En outre des deux formes signalées plus haut : Lachesis de 
l'Escorial et nemausiaca du Languedoc méditerranéen, il y a la 
forme canigulensis, Obthr., des basses montagnes des Pyrénées- 
Orientales. Camgulensis est généralement plus petite que netnau- 
siaca\ les parties noires y sont plus largement développées et 
les Q, au lieu de tendre vers TAb. Cataleuca, ont les contours 
des macules médianes et des ocelles des ailes inférieures, en 
dessous,; bien dessinés et tranchant nettement sur le fond des ailes. 

Une exagération de la forme canigulensis est la race de Sierra- 
Alta, qui est encore plus petite et qui montre les taches et ocelles 
des ailes inférieures, en dessous, tracées en noir avec leur milieu 
largement pupille de noir. Cette forme très particulière a été prise 
par M. Fabresse, en juillet et commencement d'août 1907. J'en ai 
1 1 exemplaires des deux sexes. J'ai distingué cette race sous le 
nom de alta. 

Cette race alta présente la particularité d'avoir une Ab. Q 
caialeuca qui est l'antithèse de lai forme normale de la Sierra-Alta, 
laquelle est, de toutes celles que je connais, la plus sombre et la 
plus éloignée de caialeuca. 



35^ LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Enfin, je dois signaler la superbe forme des plaines du Rotis- 
sîilon, notamment celle qui vole en juillet, à Millas. C'est une race 
très grande, pouvant être considérée comme faisant une transiticHi 
entre canigulensis et nemausïaca. Certains exemplaires de Millas 
pourraient être en effet rattachés à canigulensis et d'autres à 
nemausiaca. A ce propos, il ne faut pas oublier que, pour classiâer 
toutes ces races locales, il est indispensable de considérer un 
ensemble au moyen d'un grand nombre d'exemplaires et de faire 
abstraction des individus aberrants, susceptibles d'être rattachés 
à une race autre que celle à laquelle ils appartiennent géographi- 
quement 

On peut trouver dans toutes les localités quelques exemplaires 
dissemblables de ceux qu'on trouve le plus ordinairement avec eux 
et, au contraire, ressemblant davantage à la race normale d'un 
autre pays. 

J'ai réuni, pour comparer les races de Liichesis, environ 400 indi- 
vidus provenant de diverses localités précitées. Malheureusement 
j'en possède 6 seulement de l'Andalousie, et c'est tout à fait 
insuffisant pour que je puisse me former et exprimer une opinion 
sur la forme de cette région qui me semble pourtant fort inté- 
ressante. 

Continuant donc l'étude des autres formes pour lesquelles je 
suis mieux documenté, je signaletiii les variations suivantes, dans 
la fomie : canigulensis. 

1° Galenoides, Obthr.; analogue à l'Ab. Galène que présente 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 353 

de cette Lachesis, dont Millière a le tort de ne pas indiquer la 
patrie, était : absque ocellis; car les Galenoides de ma collection, 
sans ocelles ou presque sans ocelles en dessous, sont également 
dépourvus d'ocelles en dessus. 

Inversement à TAb. Galenoides^ la Melanargia Lachesis est 
aussi susceptible d'avoir un point noir ou même un ocelle supplé- 
mentaire, entre les 2 ocelles antérieurs et les 4 ocelles inférieurs 
des ailes inférieures, tout comme dans l'Ab. decemocellata de 
Galathea, Je possède plusieurs cf des Pyrénées-Orientales pré- 
sentant cette particularité. L'un d'eux : novemocellata, montre 
2 taches ocellées aux ailes supérieures, au lieu de l'unique tache 
ocellée qui est normale, et 7 aux ailes inférieures. Je n'ai cependant 
jamais vu d'exemplaire de Lachesis ayant en même temps 3 ocelles 
aux ailes supérieures et 7 aux inférieures, comme la Galathea 
decemocellata, Delahaye. Mais il doit en exister, car ma collection 
contient une Q Lachesis novemocellata avec 6 ocelles aux infé- 
rieures (l'espace restant libre et non ocellé entre les 2 ocelles 
antérieurs et la série des 4 ocelles inférieurs) et 3 ocelles aux 
supérieures, alignés comme suit : l'ocelle normal, une tache ocellée 
faible immédiatement au-dessous, un espace nervural libre et un 
ocelle très bien cerclé de jaune, occupant tout l'espace nervural. 
au-dessous de l'espace libre. 

Enfin le fond des 4 ailes, au lieu d'être blanc ou blanc légè- 
rement jaunâtre, peut se rencontrer d'une couleur jaune assez 
caractérisée. J'ai appelé cette variation : flavescens. 

Je me souviens qu'un jour de juin 1901, j'aperçus près du sentier 
qui monte au col de Feuilla, entre Vemet-les-Bains et Sahorre, 
une Lachesis cT, d'un jaune très vif, voltigeant sur la pente aride 
où poussent quelques touffes de cistus, de dorycniiim, etc., entre 
de rares chênes-verts et des pins qu'infeste le Cncthocampa pytio- 
campa. Ayant capturé cette Lachesis, je constatai qu'une fois 
morte, la couleur jaune de ses ailes avait beaucoup perdu de son 
éclat et de son intensité. Je n'avais encore jamais remarqué la 
couleur jaune pâlissant aussi sensiblement chez un papillon ayant 
perdu la vie. 

23 



354 



I.ÉPIDOPTÉROI-OGIE COMPARÉE 



Il me semble donc que je puis établir le classement des ncE 
et variations de l.tuAfiis, présciitenient connues de moi, de !i 
manière suivante qui résume mes observations : 



I.acliesis, iluebner (cf, i86, 187) ; forma : EscottaUmii. 
— Escorial (Espagne). 
Ab. g iiilalcHca, Stgr. — Escorial, Albarracïn. 

l'orma : nemaiisiaca, Esper (Tab. XCVI ; cf. fig- '; $• 
fig. 2); lluebner (,Ç, 188, 189). — LangutAx 
iiiéiiiterranccn. 

foniia ; caiùgiiUnns, Oblhr. — Vemet-les-Bains (P>Té- 
nées- O r i ent a les) . 
Ab. Galenoides, Obtlir. 
Ab. novcmocdlala, Obthr. 
Ab. ftiiVFscens. Obtlir. 

fi)rinii : lûta, Obthr. - - Sicrra-AIla (Espagne), 
Ab. y idlaleitca, Stgr. 



Melanargla Lucasi, Rambur. 




LÉPIDOPTÉROLÔGIË COMPARÉE 355 

Les considérations d'ailleurs très contestables, pour une partie 
au moins, exposées par Ranibur au sujet de ce Sa t y ride, sont 
imprimées en note, à la page 20 du Catalogue de r Andalousie, 

En 1867, dans les Annales de la Société ent. de France^ mon 
ami Gaston Allard, sous le modeste titre de Notes sur les Insectes 
de rAlgérie, rapportait à VAr^e Clotho, var. AtropoSy la Mêla- 
nargia Lucasi, Rambur. 

Cette Atropos est la forme sicilienne dont Bel lier (^Annal. Soc, 
ent. France, 1860, p. 677), parle dans les termes suivants : « Clotho 
est remplacée en Sicile par le type Atropos d'Huebner ou Lyssia- 
nassa de Dahl. La coloration varie du blcUic plus ou moins pur 
au blanc jaunâtre et les femelles sont quelquefois très obscures. 
Cette Arge est assez localisée, mais on peut en prendre un grand 
nombre dans les lieux qu'elle fréquente. Elle affectionne les pentes 
très méridionales couvertes de graminées, et se repose souvent sur 
les fleurs des chardons ». J'ai sous les yeux un certain nombre 
A' Atropos prises en Sicile par feu Bellier et en Italie méridionale 
par Fabresse, ainsi qu'une quantité considérable de Lucasi pro- 
venant de diverses localités de la Barbarie. 

Il est évident qu'il y a entre Atropos de Sicile et d'Italie méri- 
dionale, dont le cT a été bien figuré par Huebner sous les n°' 192 
et 193, et Lucasi de Mauritanie, une bien grande analogie; mais 
Lucasi a un caractère qui paraît constant et que je ne trouve pas 
chez les 27 Atropos que j'ai sous les yeux; c'est un trait noir dans 
le dernier espace intranervural du dessous des ailes inférieures 
qui forme le bord abdominal. Il résulte de ce trait noir chez Lucasi 
que la dernière nervure partant de la base des ailes inférieures, 
en dessous, et aboutissant au bord abdominal, est doublée jusqu'à 
la moitié de son parcours, formant ainsi une sorte d'Y, si on la 
considère de bas en haut. Au contraire, chez Atropos, la même 
nervure qui longe le bord abdominal consiste en un trait droit, 
sans fourche. Chez Galathca, la nervure abdominale, dite : interne, 
par A. Lefebvre, forme la fourche, mais dans le sens interne, tandis 
que chez Lucasi c'est dems le sens externe que se fait la bifur- 
cation. 



356 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



Ce caractère est représenté sous le n" 4 <ï de la PI. 2 de l'Exflûf. 
scient, de l'Algérie. 

II manque dans la figure que Huebner donne à^Atrofos, som 
le n° 193. 

Feu Alexandre Lefebvre s'était beaucoup occupé de la nmni- 
lation chez les Lépidoptères, et il a fait imprimer dans les Annales 
de la Sociélé eniomoiogique de France, 1832, une importante 
Notice intitulée : Caractère disiinctif entre quelques Satyres 
européens de la section des Leucomélaniens (p. 80-90). Une 
planche accompagne ce travail. Il est assez bizarre qu'aucune 
mention ne soit faîte par A. Lefebvre des caractères de la neivu- 
latton des ailes inférieures, mais uniquement de ceux des ailes 
supérieures. Lefebvre ne connaissait pas Lucast ; mais il connaissait 
parfaitement la Larissa et sa variété Herta, figurée par Huetnci 
sous les n°" 896 à 89g et 900 à 903; la fourche existe chez Larissa 
et chez Herta, comme chez Lucasi. 

Je crois qu'on peut en ce moment considérer Lucasi comme uw 
espèce propre, tenant à la fois de Galalhea, de Clotho et de 
Larissa, très commune dans les trois provinces algériennes où elle 
éclôt une seule fois par an, au mois de juin. 

Il y a une forme à fond des ailes blanc et une autre forme à 
fond jaunâtre mais de nuance jaune peu accentuée. La tendance 
aux 7 ocelles sur les ailes inférieures, en dessus aussi bien qu'en 
dessous, est exceptionnellement fréquente. Il y a relativement 
beaucoup d'exemplaires chez lesquels les ocelles des ailes infé- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 357 

un espace intranervural vide et un 3* ocelle dans Tespace intra- 
nervural suivant; mais dans Vundecimocellata que je ne connais 
pas encore, l'espace nervural intermédiaire doit être ocellé, et dans 
la var. duodecimocellata, en outre des 4 ocelles formant une série 
intranervurale droite et non interrompue, il doit y avoir un 
5* ocelle dans Tespace intranervural supérieur à l'ocelle normal. 

Je n'ai jamais vu d'Aberration par suppression des ocelles, 
comme dans Galène, 

Les Q varient beaucoup pour l'intensité de la couleur jaune 
des ailes inférieures en dessous. Les deux sexes sont de taille 
variable, souvent très grands, comme les plus grandes Airopos, 
quelquefois relativement petits, tels nos Galathea de la France 
boréale. Les parties noires peuvent être plus ou moins envahis- 
santes, et chez certains exemplaires, elles sont, par albinisme, plus 
ou moins grisâtres. 

Ma collection renferme des exemplaires de Khenchela; Lam- 
bèze; Col de Chréa (Alger); Daya; Sebdou; Ourika (Maroc). 
J'ai deux exemplaires seulement d'Ourika; ils ressemblent plus à 
Galathea que les autres. 



Melanargia Japygia, Esper. 

Les Melanargia Galathea et Lachesis sont des espèces prati- 
coles, aimant à voltiger assez mollement un peu au-dessus du sol, 
dans les lieux herbus et les moissons. On les capture aisément 
dans tous les bois clairs où il y a de hautes herbes, tandis que la 
Japygiay tout au moins en France, se plaît dans les sites calcaires 
les plus arides, volant très vite au milieu des pierres et se reposant 
à l'occasion sur le sol. Dans la Lozère, c'est au Causse-Méjean, 
vaste plateau calcaire s étendant à l'est de la ville de Florac et 
bien plus haut qu'elle, qu'on voit en grand nombre la fapygia 
Cleanthe, pendant le mois de juillet. 

En France, on trouve encore Cleanthe dans les Basses-Alpes, 
entre Digne et le col dç Lure; mais je ne connais aucune autre 



358 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

localité française où cette Melanargia ait été rencontrée jusqu'ici 

En Espagne, on trouve à Albarracîn, à l'Escorial et à la Granji 
une forme de Japygia assez spéciale, surtout à l'Escorial, où elle 
est très claire et analogue à la forme de Lackesis, dans les marnes 
lieux, comparativement à celle des autres contrées. I,es exemplaties 
de ma collection ont été pris à la fin de juillet 1879 et en juin 1880; 
mais j'ai seulement 5 exemplaires de la forme espagnole, et c'tst 
tout à fait insuffisant pour pouvoir en disserter. 

La Melanargia fupygia est répandue en Hongrie, d'où ma 
collection contient 2 d" Ab. Galeniformis, sans aucune tache ocîllét 
sur le dessus des ailes, mais conservant l'indication de quelques 
faibles ocelles sur les ailes inférieures en dessous; la forme de 
Hongrie est plus grande, avec les parties noires beaucoup moins 
accentuées que chez CUanthe de Digne et Florac et Atropes de 
Sicile et d'Italie méridionale. 

Les chasseurs de Digne ont pris entre cette ville et le col de 
Lure une belle Q Ab. Galeniformis; elle est presque complètement 
aveugle, les Ab. tiovcmocdluta ne semblent pas rares dans les 
Basses-Alpes, c'est-à-dire avec une série continue et non inter- 
rompue de 7 ocelles aux inférieures, tandis que les supérieures en 
présentent 2. La forme normale a i ocelle aux supérieures et 6 
aux inférieures en 2 séries de 2 et 4 séparées par une lacune 

L'espèce est répandue vers l'orient jusqu'au Turkestan, d'où j'ai 
reçu une bonne série d'exemplaires ressemblant à ceux de Hongrie. 
pris au Fort-Narync, dans la province Semirechgensee, par 






LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 359 

•douce, comme c était la mode au XVIIP siècle. Sur le 

de la 2* partie, le peintre Schellenberg représente trois 

jouant au milieu d'une quantité d'Insectes, parmi les- 

-tgt distingue le Goliath us gi gant eus, des Satutnides, et une 

^articulés de tous les Ordres qui sont figurés dans les 

;^ suivantes. L'ornementation est donc réalisée au moyen 

naturelles et nullement de fantaisie, selon la devise qui 

toujours inspirer les peintres : Naiura Artis magisira. 

*^- .^^ a dans l'ouvrage de Sulzer 32 ausgemahlte Kupferiafeln;' 

^t sur la 16" de ces Planches de cuivre coloriées à la main 

e trouve représentée avec le nom d'Arge (dessus des ailes, 

dessous, n° 8) l'élégante Melanargia que Huebner et Bois- 

^il ont plus tard figurée avec le nom à! Amphitrite. 

^^ ^ ulzer dit que son Arge vient de Sicile. Comme les dessins du 

eu des ailes inférieures, en dessous, sont noirs et non d'un brun 

î, il est certain que 1*^4/^^ représentée par Sulzer est originaire 

"^l'Italie continentale et non de la Sicile, ainsi que le prétend à 

*"t le naturaliste de Winterthur. Mais le royaume des Deux- 

dles s'est entendu pour l'Italie continentale méridional^ et pour 

~"^le de Sicile réunies; il est dès lors probable que la confusion 

>mmise par Sulzer trouve son explication dans cette circonstance. 

La Melanargia Arge commence à voler vers le 10 mai aux 

environs d'Amalfi, où mon frère la trouva jadis assez abondante, 

^et près de Castellamare-di-Stabia, sur les bords de la route en 

-^corniche qui longe la mer depuis les dernières maisons de Castel- 

' lamare dans la direction de Sorrcnte; je la capturai en 1907, dans 

cette localité. 

La Melanargia Arge se trouve au milieu des herbes qui poussent 
'• drues et assez hautes entre les pierres calcaires éparses; son vol 
est vif et devient très actif lorsqu'elle se sent poursuivie; d'ailleurs 
les lieux qu'elle habite sont généralement escarpés et difficiles à 
parcourir. En effet les pierres, couvertes en partie par les herbes, 
peuvent être dangereuses et sont souvent très glissantes. Çà et là, 
sur la côte, il y a entre la route et la mer, à 2 ou 3 kilomètres de 
Castel lamare, des petits ravins herbus traversés par un sentier qui 



36o 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



sert aux pêcheurs de communication avec la minuscule baie oi 
sont amarrées leurs barques. Dans ces parties de falaiscst b 
Melanargia Arge est plus facile à prendre; elle y paraît tdie 
AmphitTÏte sortant du sein des âots méditerranéens. Souvent, a 
la voyant voltiger devant moi, à quelques pas de la mer, au milin 
de ces plis de terrain couverts de verdure et de fleurs, je me rap- 
pelais ce nom si bien approprié que lui avait donné le grand 
iconographe Huebner. Boisduval avait adopté le nom à!Amfkt- 
ttiie et a publié sous ce nom, dans VIcones (PI. 27, fig. i, 2) de 
bonnes figures de l'Espèce. M. P. Fabresse a pris abondamment 
la Melanargia Arge à San-Cataldo et à Brindisi, dans l'Italie 
méridionale, en 1907; il a capturé une Q avec taches ocellées très 
réduites, voisine de Cœca, Stgr. {absgue ocellis). Dans la collec- 
tion de Graslin se trouvait un d" de Calabre, demi-aveugle; mais 
je n'ai jamais vu la véritable Cœca, qui est à Arge ce que Gtdeiu 
est à Galatkea. 

Arge semble avoir aux environs de Castellamare une foime 
obscure, très chargée d'atomes noirs. Zickert y a rencontré un (3 
dont les ailes sont très envahies par le noir; il appartient main- 
tenant au comte Turati ; moi-même j'y ai capturé un exemplaire (S 
semblable, en mai 1907. 



Melanargia Pheruaa, Boisdu< 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 36 1 

fique sérieux ; mais je ne puis me défendre d'accorder une impor- 
tance à la différence de couleur entre les dessins du milieu des 
ailes inférieures en dessous, toujours noirs chez Arge, toujours 
bruns chez les autres. 

Pherusa a été figurée par Boisduval dans Ylcones, sous les 
n°* 4, 5 et 6 de la PI. 26; elle habite exclusivement la Sicile et 
elle offre une variété Cœca que Bellier a appelée Plesaura, Cette 
Plesaura né semble pas fort rare; j'en possède 1 1 exemplaires des 
deux sexes pris par feu Bellier. Plesaura est à Pherusa ce que 
Galène est à Galathea. 



Melanargia Psyché, Huebner. 

Habite les départements français méditerranéens, certaines 
parties de TEspagne et de l'Algérie. Ma collection contient des 
exemplaires de Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes); Hyères (Var); 
environs de Marseille; Collioure; Barcelone, en Catalogne; El 
Pardo, près Madrid; route de Jimera à Benoajan, entre Ronda et 
Algesiras; Sebdou. 

L'Aberration Cœca Ixora, Boisduval {Icônes, pi. 27, fig. 3, 4) 
est tout à fait analogue à Plesaura, comparativement à Pherusa, 
Je possède 2 cT Ixora dont le type de Boisduval qui fut proba- 
blement pris à Montpellier, par Magnol. Huebner a figuré cette 
même Ixora, sous les n*"* 694 et 695, mais sans lui donner de nom. 

L'Aberration contraire Antixora, Obthr. {Etudes (VentomoL, 
XX" Livr., PI. II, fig. 15), analogue à TAb. amarginata de 
Galathea, se trouve à Hyères, d'où proviennent le cf et la Q de 
ma collection. 

De plus, Huebner a figuré sous les n"*" 676 et 677, 6g6 et 697, 
une race obscure dont j'ai sous les yeux 1 1 exemplaires des deux 
sexes, les uns pris dans les Alpes-Maritimes et en Andalousie 
(coll. Wiskott), les autres faisant partie des anciennes collections 
Boisduval et Bellier, où ils figuraient sans indication de patrie. 
Ces papillons sont en très bon état, mais ils paraissent très anciens, 



362 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

et je suis porté à croire qu'on a dû récolter autrefois dans qudquc 
localité dont l'indication précise a été perdue, une certaine quantité 
d'exemplaires d'une race de Psyché particulièrement obsctire fl 
dorit le dessous des ailes inférieures est presque entièrement lavé 
de brun. 

Je désigne cette Aberration sous le nom de Huebneri. 

Je crois qu'on ne connaissait pas encore la Mclanargùi Psycki 
d'Algérie. M. H. Poweli en a capturé 2 (S aux environs de Sebdoo, 
en mai 1907. 

La race algérienne est plus petite et plus fine que la race pro- 
vençale. Elle est aussi moins obsctire, notamment sur le dessous 
des ailes supérieures. Les dessins du dessous des ailes inférieures 
sont fins et de nuance brun clair. Les ocelles sont grands, avec 
le milieu largement bleuâtre et un tout petit iris central blanc 

Si je possédais un plus grand nombre d'exemplaires et s'ils 
étaient semblables entre eux. je considérerais sans doute comme 
nécessaire de distinguer la race algérienne par un nom; mais je 
dispose d'une quantité de documents insuffisante pour apprécier 
la race algérienne comparativement aux autres. 

L'une des Psyché de Sebdou a 2 ocelles aux ailes supérieures 
et la trace du 7* ocelle entre la série des 2 et celle des 4, dans 
l'espace nervural ordinairement libre aux ailes inférieures en 
dessous. L'Ab. navemocellat-i et même deccmoccUata doit exister 
dans toutes les localités, car j'en ai un cf dccemocellata, très 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 363 

Psyché sont d'un blanc pur; mais dans presque toutes les localités 
et notamment à Collioure, il y a des exemplaires jaunâtres. 

Minière a fait connaître les premiers états de Melanargia 
Psyché dans le Vol. III de Ylcono graphie des chenilles et Lépid, 
inédits (p. 275-277, PI. 133, fig. 1-4). 



Melanargia Inès, HofFm. 

La plus jolie espèce du genre Melanargia-, répandue en Por- 
tugal, en Espagne méridionale et en Algérie; varie pour Tépais- 
sissement ou le rétrécissement des dessins noirs des ailes; offre la 
même Aberration mélanienne que Psyché. Je possède 2 cf et 2 Q 
de cette variation mélanisante à laquelle j'ai donné le nom de 
Huebneriy comme à la variation analogue de sa congénère. 3 de 
ces Ines-Huebneri viennent de la collection Wiskott et l'autre m'a 
été offert par feu le colonel d'artillerie Duro. Dans ma collection, 
il y a des Melanargia Inès provenant des localités suivantes : 
Portugal : Lagos (Fabresse, mai 1906); Espagne : vallée entre 
Ronda et Algesiras (Fabresse, mai 1906; Charles Oberthiir, mai 
1894); Carthagène (R. Oberthur) ; Cordoue (Ch. Oberthùr, avril 
1867); Grenade (de Grasiin, Argiiclles); Malaga (de Graslin) ; 
Algérie: Mécheria (L* T.ahayc, fin mars 1886); Ornn (Gaston 
Allard); Lambèze (J. Merkl, juin 1884); Sebdou (D' Codet; 
H. Powell, mai 1907) ; Bou-Saada (Gaston Allard et R. Oberthiir, 
mai 1875). 

L'espèce n'est pas rare; elle a les mœurs de Psyché. 

Il y a, comme chez toutes les Melanargia, une race à fond des 
ailes blanc pur et une autre jaunâtre; de plus, les ocelles des ailes 
inférieures peuvent former une série continue et la lacune ordi- 
naire peut se trouver comblée par un ocelle supplémentaire faisant 
ainsi la jonction entre les deux groupes ordinairement séparés 
des ocelles. 



364 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

Pararge Megsra, Linné. 

Habite presque toute l'Europe, y compris l'Angleterre; éclôt 
deux fois par an, au printemps et en été. et présente les variatioos 
les plus intéressantes, tant au point de vue des formes géogra- 
phiques que de l'albinisme, du mélanisme et du nombre des tadies 
ocellées qui décorent les ailea 

Ma collection contient des exemplaires des localités suivantes: 
Angleterre (ex coll. Raynor qui fut vendue à la salle Stevens, le 
27 octobre 1891); Hyères; Vemet-lcs-Bains et Millas (Pyrénées- 
Orientales); Lectoure ( Gers) ; Florac (Lozère); Besançon; La 
Turbie et Tourettes (Alpes-Maritimes) ; Digne et Entrevwix 
(Basses-Alpes); Cancale et Rennes; Châteaudun; Paris; La^os 
(Portugal); Grenade, Sierra- Nevada, vallée de Ronda (Anda- 
lousie); Brindisi, Avellino et Patemopoli (Italie mérid,); Sicile; 
lac de Côme; Saxe; Silésie; Autriche; Corse; Sardaigne; Dal- 
matie; Grèce; Biskra, Lambèze, Khenchela, Hussein-Dey. Mé- 
cheria, Sebdou, Djebel-Ouargla, Yakouren. Magenta (Algérie); 
Broussa (Asie- Mineure). 

En Angleterre. la forme est analogue à celle de Bretagne; la 
couleur fauve du fond des ailes, en dessus, n'est pas très vive, et 
il semble y avoir tendance à un mélanisme causé par l'élai^is- 
sement relatif des dessins noirâtres. 

Dans la France méridionale, la teinte est, surtout pour les Q, 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 365 

Heures; je n'ai pas vu Tabsence d'ocelle aux supérieures, mais je 
suis convaincu que cette Aberration doit exister. 

Quant au surcroît d'ocellation, on trouve fréquemment des 
Megœra ayant aux ailes supérieures un petit ocelle apical noir, 
pupille de blanc, supérieur à l'ocelle normal, et un autre petit 
ocelle semblable, inférieur à Tocelle normal auquel il est parfois 
juxtaposé; on trouve en outre, sur certains exemplaires de Megœra, 
l'ocelle normal doublé d'un ocelle presque égal à lui-même et avec 
les 2 petits ocelles satellites; l'un apical, comme il est dit ci-dessus, 
l'autre situé dcuis l'espace intranervural un peu plus bas. C'est 
cette forme : quadriocellata qui a été appelée Albe7ti\ j'en possède 
de Lectoure plusieurs exemplaires très caractérisés. 

Chez beaucoup d'espèces de Satyridœ, tous les espaces compris 
entre les nervures sont susceptibles de contenir une tache ocellée; 
comparativement à l'ocellation normale, il peut donc y avoir 
surnombre d'ocelles, et inversement, on peut constater un manque 
total ou partiel des taches ocellées ordinaires. C'est dans cet ordre 
d'idées qu'il faut envisager la variation des ocelles dans Megœra, 
en tenant compte aussi de l'asymétrie assez fréquente et d'après 
laquelle un côté des ailes peut se trouver plus richement ocellé 
que l'autre. 

La variation peut encore porter sur l'albinisme ou le mélanisme 
de la couleur du fond. 

Mosley figure sous le rf i de la Planche consacrée aux Pararge 
et Epinephele anglais, une Q Megœra, de la collection Robson, 
dont le fond des ailes est d'un blanc grisâtre, et sous le n° 2 de 
la même Planche, une g également atteinte d'albinisme. Je pos- 
sède une Q Megœra, venant de Saxe, ayant toutes les parties 
normalement noires remplacées par du blanc grisâtre, sauf les 
ocelles qui restent noirâtres; les parties fauves subsistent, mais 
plus claires. J'ai un cf de Silésie, presque tout entier d'un gris 
blond très pâle, avec les ocelles restés noirâtres. M. Charles 
Barrett figure sous \t rf \ b de la PI. 32 de l'ouvrage The Lepi- 
doptera of the British Islands, une Megœra cf dont le fond des 
ailes est d'une couleur fauve très pâle. Le même auteur figure 



366 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

SOUS le n° I f de la tnèiiie Planche une Q mélanisante, à caosc 
de l'envahissement de tout l'espace médian par la couleur doÎie; 
c'est sans doute l'Aberration mediùlugens, Fuchs, Je possède un (S 
et une Q de cette Aberration faisant partie de la coUectioo 
Bellier. Sous le n" i c, Barrett figure un çS mélanisant, grâce an 
développement excessif de la teinte brune sur les 4 ailes; j'ai 
figuré une Aberration analogue, maïs non semblable^ sous le d* iî 
de la PI. 2 de la XX° livraison des Etudes d' Entomologie. Ma 
collecticai renferme une g de Reichenbach, en Silésie, mélanisant 
tout à fait comme le n" 1 c, figuré par Barrett 

La Pararge Meg<Era, en plus des variations pour suppression 
ou développement d'ocellation, pour albinisme ou mélanisme, 
offre, ainsi que je l'exposais ci-dessus, des variétés géographique^ 
La plus accentuée est celle de Corse et de Sardaigne, appelée 
Tigelitis. L'aspect est tellement modifié que bien des entomolo- 
gistes ont cru devoir ériger Tigclius en espèce distincte; mais je 
ne crois pas que cette opinion soit exacte, car il y a de remar- 
quables transitions entre Megcsra et Tigelius. Une des plus inté- 
ressantes de ces transitions est fournie par la forme sicilienne 
dont le çS diffère à peine de certains Tigelius de Sardaigne et 
de Corse; la g sicilienne a cependant les dessins noirs plus 
accentués sur le dessus des ailes que la Q Tigelius dont certains 
exemplaires ont les dessins en question réduits à l'état de ligrtcs 
noirâtres extrêmement fines. 

Dans l'Italie méridionale, la forme est voisine de celle de 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 367 



tout autre pays. Dès lors je laisse à d'autres le soin de donner 
des noms de race qui ne reposeront certainement pas sur un 
nombre assez grand d'exemplaires présentant un aspect spécial 
pour mériter d'être différenciés dans leur ensemble. Tigelius reste 
donc^ à mon avis, seul digne d'un nom particulier. 

Quant à Lyssa^ Boisduval {Icônes, PI. 44, &g. 4, 5, 6), elle se 
distingue par le dessous de ses ailes inférieures dont la couleur 
du fond est d'un gris plus argenté. Cette forme Lyssa, que Bois- 
duval traite comme une sorte de transition à Mœra^ est, je crois, 
spéciale à la Dalmatie; je l'ai prise à Raguse, en 1865. C'est par 
erreur du graveur que le n° 6 de la PL 44 est appelé Xiphia\ ce 
n** 6 est évidenmient Lyssa cf. 

La Pararge Megœra n'est nulle part une espèce rare ; cependant 
elle est en Bretagne assez localisée; on la trouve à la forêt de 
Rennes et dans les jardins autour de la villef Aux bords de la 
Manche, elle voltige dans les petites vallées qui aboutissent à la 
mer, quelquefois sur les falaises et généralement à l'abri de 
quelque talus qui la protège contre le vent. 



Pararge Hlera, Fabr. 

Espèce de montagne, éclosant au commencement de l'été, jamais 
très abondante, voltigeant à une altitude d'environ 1.200 mètres, 
dans les Hautes-Pyrénées, aux alentours de Cauterets et de Gèdre; 
à Chamounix, en Haute-Savoie; dans la forêt de l'Oursière, au- 
dessus de Saint-Martin-d'Uriage, en Isère; et à la Grave, dans 
les Hautes-Alpes. Je parle seulement des localités françaises d'où 
je possède Hiera\ sans doute elle habite dans bien d'autres mon- 
tagnes que celles précitées. Souvent je l'ai vue déflorée, dès les 
premiers jours de juillet; je l'ai observée fraîche dans l'Isère, aux 
environs du 20 juin, et je pense que c'est à cause de cette éclosion 
précoce qu'elle est représentée dans les collections françaises par 
un nombre d'individus relativement restreint. D'ailleurs nulle 
part je ne l'ai vue nombreuse, et je n'ai jamais pris qu'une petite 



368 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

quantité d'exemplaires dans les diverses localités où j'ai i 
Hiera. Boisduval figure Hiera dans VUones, sous les n*" i, 2 et 3 
de la PI. 44- 

La variation chez Hiera quant à l'ocellation paraît être la mbiie 
que chez Megœra. Aux environs de Cauterets, nous avons pris la 
forme que j'appelle Alberti, par analogie à Megœra, avec 2 gros 
points noirs subapicaux, soudés l'un à l'autre, aux ailes supé- 
rieures, et l'accompagnement de 2 petits ocelles, l'un supérieur et 
apical, l'autre inférieur, noirs, pupilles de blanc. A Cauterets se 
trouve aussi la foraie ayant tous les espaces intranervuraux des 
ailes inférieures pourvus d'un ocelle noir pupille de blanc et 
cerclés de fauve orangé. Par opposition à cette forme qui détient 
le maximum de l'ocellation aux ailes inférieures et qui semble la 
normale dans les Pyrénées, il y a une autre forme dont les ailes 
inférieures sont ornées de 3 ocelles seulement Tel est le Cf figuré 
par Boisduval, sous le n° i de la PI. 44 de VIcones. J'ai enccvc 
ce papillon sous les yeux. Ma collection contient un certain 
nombre de Hieia venant de Baden et de Suisse; ceux de Baden 
m'ont été envoyés comme Ab. Sckullzi, Bartel. J'ignore où a été 
décrite cette Aberration qui d'ailleurs ne me semble différer de 
la race des Hautes- Pyrénées que par le moins grand nombre des 
ocelles des ailes inférieures. Le chanoine Favre signale pour Hiera 
une éclosion d'août que je n'ai pas été à même d'observer. M, Ron- 
dou en a constaté l'éclosion dans les Hautes- Pyrénées, dès le mois 
d'avril. 




LÈPIDÔPTÉROLÔGIE COMPARÉE 369 

baltiques, la Syrie, la Perse, le Kaschmir, le Sikkim. Je cite seu- 
lement les localités d'où proviennent les Pararge Mœra contenus 
dans ma collection; mais il n*est pas douteux que l'Espèce 
n'habite dans une foule d'autres régions européennes et asiatiques, 
en outre de celles que j'ai énumérées ci-dessus. 

La Pararge Mœra affectiomic les rochers et les murs de pierres. 
Dès que le temps devient pluvieux ou à l'approche de quelque 
orage, les Mœra s'abritent sous les cailloux et se posent, les ailes 
fermées, sur les roches qui surplombent et forment une sorte de 
toit protecteur. 

Le papillon vole pendant toute la belle saison; les générations 
se succédant rapidement depuis le mois de mai jusqu'à la fin 
d'août 

L'espèce est très variable; d'abord pour l'ocellation : en effet, 
certains exemplaires ont une seule tache ocellée noire, pupillée de 
blanc, près de l'apex des ailes supérieures. D'autres ont cette tache 
plus grosse et doublement pupillée. M. P. Chrétien a obtenu 
d'éclosion une Q dont il a bien voulu enrichir ma collection et qui, 
en outre d'une très grosse tache noire doublement pupillée, a une 
autre tache, assez grosse, pupillée de blanc, inférieure à la pre- 
mière, mais qui s'y trouve étroitement juxtaposée. De plus, on 
constate très fréquemment la présence d'un petit ocelle noir, pupille 
de blanc, au-dessus du gros ocelle normal dont il paraît comme 
le satellite. Aux ailes inférieures, en dessus, il y a généralement 
3 ocelles noirs pupilles de blanc; mais tous les espaces intra- 
nervuraux peuvent être ocellés, comme aussi inversement ils 
peuvent être privés d'ocelles, soit partiellement, soit en totalité, 
de sorte qu'on peut trouver des Pararge Mœra ornées de i, 2, 3, 
4, 5 ou 6 taches ocellées aux ailes inférieures, en dessus, et sans 
doute tout à fait dépourvues d'ocelles, ainsi que cela se remarque 
chez une Megœra de ma collection. J'ai fait figurer une Aber- 
ration albinisante sous le n° 14 de la Planche 2 de la XX® livraison 
des Etudes d'Entomologie. Ce remarquable albinos est tout à fait 
analogue aux 2 Megœra que j'ai signalées ci-dessus. 

Huebner figure sous les n°' 174 et 175, et avec le nom de Mœra, 

24 



3/0 LÉPIDOPTÉKOLOGIE COMPARÉE 

un papillon qui me parait être une Q et dont le fond des 4 aila 
en desiiuïi, est entièrement brun, comme sont les çf daiis les Alpes- 
Maritimes. Je n'ai vu aucune Mie/a française Q tout à fait paioiit 
à l'exemplaire &guré par Huebner. 

Chez l'Adrusia, représentée par le même auteur sous les n" 836 
^i/> ^j^i '^39> la Q a le fond des ailes supérieures fauve es 
dessus; cette Adra^ta est tout à fait conforme à la race qu'on 
trouve à Lectoure, Cauterets, Rennes, etc., c'est-à-dire dans la 
plupart des localités françaises, et c'est cette Adrasta, Hudma, 
que Boisduval et Duponchel, c'est-à-dire les auteurs français, ont 
appelée Mtera, tandis qu'ils ont appelé Adrasta la race Mma, 
Huebner, dont la Q a le fond des ailes brun et non ia.wx. 
Duponchel figure d'ailleurs sous le nom d'Adrasia, d'après un 
individu pris dans les environs de Domo d'Ossola, par le ban» 
Feisthamel, une Q à fond des ailes entièrement brun, se rappw- 
tant donc à la race Mœra, Huebner. 

D'ailleurs Duponchel dit en note (p. 285) que VAdrastus des 
auteurs allemands est le Meera des auteurs français, et vice veisâ; 
mais ce qui est bizarre, c'est la suite de l'explication fournie par 
Duponchel. Je cite son texte : t La raison de cela est que le nom 
de Mtera donné par Linné à l'espèce typique a dû naturellement 
être appliqué à la variété la plus commune dans chaque pays. Or, 
il paraît que la variété à fond brun, celle que nous domions 
aujourd'hui sous le nom à'Adntstus, a été la première connue en 
Allemagne, où elle est plus répandue que celle à disque fauve, 




LÉPIDOPTÉROLÔGIE COMPARÉE 3/1 

sagées que comme des variétés, races ou formes, comparativement 
à la forme typique de l'espèce. 

Dès lors la Mœra des entomologistes français est VAdrasta^ et 
notre Adrasta est la Mœra. 

En France, on trouve Adrasta (Q à disque fauve), depuis 
rOcéan jusqu'aux Alpes. A Choinounix, dans les Alpes- Maritimes 
et en Italie, on rencontre une transition parfaite entre Adrasta et 
Mœra (Q à disque brun). A Digne, c'est la Ç à disque fauve : 
donc Adrasta^ Huebner. A Fusio, la forme est extrêmement 
sombre, presque autant qu'en Esthonie où se trouve la plus brune 
de toutes les races, désignée sous le nom de Monoionia, Scliilde. 

La Pararge Mœra manque en Algérie. Dans la Sierra-Nevada 
d'Andalousie, il y a une race grêle et très petite à' Adrasta (Q à 
disque fauve), semblant une transition entre Adrasta et Megœra, 
Je possède seulement un cT et une Q pris dcuis la Sierra-Nevada, 
les 25 et 30 août 1835, par de Graslin. Si j'en possédais une série 
d'exemplaires et s'ils étaient semblables entre eux, je n'hésiterais 
pas à les distinguer sous le nom de nevadensis. 

A Akbès se trouve la race orientalis; à Astrabad, ÏAdrastoides, 
et dans le nord de l'Inde, la Schakra, Kollar. Ces formes orien- 
tales sont fort intéressantes; mais c'est plutôt de nos races occi- 
dentales que je dois m'occuper ici. 



Pararge Achine, Scopoli. 

Ne se trouve pas en Angleterre; je ne l'ai jamais vue en Bre- 
tagne. Ma collection contient des exemplaires de la forêt de 
Sénart et des bois de Sevrés, près Paris (juin 1872 et 1873); de 
Charroux (Vienne), de Besançon, d'Ecclepans (Suisse; juillet 
1907), de l'île Askold, en Mandchourie, et du Japon. Les ocelles 
sont généralement au nombre de 5, sur les ailes supérieures, en 
dessus aussi bien qu'en dessous, de 3 en dessus, sur les ailes infé- 
rieures, et de 5 sur les nicincs ailes en dessous, le dernier, près 
l'angle anal, étant géminé; mais il y a des exemplaires ornés de 



372 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

4 taches aux inférieures, en dessus, et de 6 taches en dessous; b 
tache complémentaire restant plus petite que les ocelles normaoz 
Lesdits ocelles sont noirs, de forme ovalaire, cerclés de fauve pile 
sans pupille en dessus, avec pupille blanche en dessous. 

Je possède 2 cf, dont l'un fut pris le 24 juin 1884, au mont 
Faucon, près Besançon, chez lesquels les ocelles normaux sont, 01 
bien complètement disparus, ou réduits à des points extrémemeot 
petits, en dessus. Sur la face inférieure, il reste aux ailes supé- 
rieures 3 traces d'ocelles; aux secondes ailes, les 5 ocelles odi- 
naires subsistent, mais de taille réduite. J'ai appelé cette Aber- 
ration : anopluhalma. Les exemplaires de Mandchourie et dn 
Japon sont plus grands que ceux d'Europe; Butler a désigné la 
forme d'Asie orientale sous le nom à'Achinoides. 



Pararge ^gerla, Linné. 

Charles Linné, dans la 5* partie du tome I de l'immortel 
ouvrage Systema Nature (edit. X, 1760), décrit ainsi ^geria-. 
f Alis dentalis fuscis luteo-variegalis : primoribus ocello uirinque 
unico; fosiicis supta tribus. Habitat in Europte australioris gra- 
mine, et in Miiurilanin. » Une édition suivante (XIII', 1788) se 
borne à donner comme localité : c Habitat tn Eurofee gratm- 
nibus. » 

Mais la description antérieure a été faite d'après des exem- 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 373 

imposé par Staudinger. doit être appliqué à la forme que nous 
appelions jadis jEgeriay et le nom de Meone par lequel nous 
désignions la forme méridionale /Egeria tombe en synonymie. 

L'espèce est répandue dans toute l'Europe temi^érée, y compris 
l'Angleterre, dans la Barbarie et l'Asie occidentale. Chez nous, 
elle vole depuis le premier printemps, quelquefois dès les mois 
de février et de mars et jusqu'à l'automne. Elle affectionne les 
buissons, soit dans les jardins, soit le long des haies des chémips 
ou dans les bois. Quelquefois on voit plusieurs ^Egeria voltiger 
ensemble le long d'une allée demi-ensoleillée, puis se séparer pour 
aller se reposer sur les feuilles des arbustes, ensuite reprendre leur 
vol un peu sautillant, mais toujours autour des mêmes plantes 
buissonneuses, cratœguSy viburnum, evonymus, cerasus, rubuSy etc, 
d'où il est rare que ces papillons s'éloignent bien longtemps. 

A Nantes, les deux formes méridionale et septentrionale vivent 
ensemble aux mêmes lieux. M. Deckert a eu l'obligeance de 
m'ofîrir une série d'exemplaires capturés dans le beau parc de 
Val-Chezine qui entoure son habitation de la rue du Bocage, en 
pleine ville de Nantes. Je constate à côté d'échantillons à taches 
d'un jaune d'ivoire, d'autres spécimens aussi vivement colorés que 
ceux du Midi. De son côté, mon vieil et excellent ami Gaston 
Al lard a récolté dans sa propriété de la Vergne, en Vendée, par 
conséquent un peu au sud de Nantes, des formes superbes 
à\Egena dont, avec sa générosité ordinaire, il a bien voulu me 
gratifier. Les Q sont très belles, grandes, avec le dessus des ailes 
presque envahi par la teinte fauve qui réduit notablement les 
dessins bruns ordinaires. Les ^Egeria de Vendée font une excel- 
lente transition à la race la plus méridionale. 

En Angleterre et en Irlande, d'après les exemplaires de ma 
collection, la forme à^Egeria ressemble à celle des environs de 
Paris, c'est-à-dire que les taches du dessus des ailes sont d'un 
jaune ivoire; mais d'après Barrett, on y trouve aussi des exem- 
plaires plus colorés. D'ailleurs, à Saint-Germain-en-Laye et à 
Etampes, on trouve des /Egeria dont les taches sont d'un jaune 



3/4 LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 

plus foncé et se rnpprorhnnt de la forme bretonne de Cancakf. 
lie Rennes, chez laquelle les macules sont généralement d'un }aa( 
plus Hcrentiié que dans la France septentrionale, sans ctpendôl 
atteindre le degré de coloration auquel par\'ient l'espèce à Sanie 
et surtout dans la Vendée. En 1 Ile-et-Vilaine, la race à'.EstK 
est assez niélanisantc et nombreux sont à Rennes les extmplaiie 
il taches fauves relativement très réduites par l'envahissement de 
parties brun noirâtre. Barrett figure sous le n" l <r de la PL 31 a 
;:? très mélanisant. Je connais les formes françaises de Besançn 
Reims et Evreux; elles ressemblent à la race parisienne An sud 
lie la I.oire. la couleur devient sensiblement plus vive et les -Efflif 
de Bordeaux. Biarritz, Lectoure. Vernet-les-Bains, sont chat 
liement colorées, comme d'ailleurs celles d'Espagne, d'Algérie « 
du Maroc-, Ce qui est fort curieux encore, c'est que sî à .\kbès,«i 
Syrie, la forme iVJ:j,'cri,r est confomie à relie du midi de li 
l'rancc et ir.\lj;cric, r'e;.l-à-dlrc avec les taches des ailes d'ta 
fauve vif et chaud, au contraire, à Tokat. en Asie- Mineure, la ract 
de la mcnic Porarj^r .hgrrin a les macules ordinaires d'une couIbb 
d'ivoire, tout comme la forme parisienne. De niême Y.JïgeTui que 
j'ai prise à C;islelIamarc-di-Stabia, en mai 1907. est semblable à 
\'.l-.grrui de Brctaf^ne et ne se rapproche nullement de celle 60 
](riivinrcs frani^iiiscs ciui sont ati sud de la Loire, ou qui habitent 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 375 

Cancale, Nantes, Castellamare-di-Stabia (Italie méridionale), 
Nice, Tokat (Asie-Mineure). 

A Marseille, la forme me semble intermédiaire entre ^Egeria 
et Mgerides^ comme aussi à Nice; mais j*ai trop peu d'exemplaires 
venant de Marseille pour pouvoir émettre une opinion certaine. 

Il faut encore observer que la couleur des taches varie chez 
jEgerides\ ainsi, en Ille-et-Vilaine, je trouve des exemplaires 
dont les macules sont d*un jaune ivoire très pâle et d'autres plus 
foncés, tout à fait semblables aux papillons pris à Nice et à 
Castellamare. 

Mais si la couleur d\Egcrides est variable, celle d^Algeria 
paraît bien plus fixe, et les longues séries que j*ai sous les yeux, 
provenant d'Algérie, des Pyrénées-Orientales, du Gers, etc., ne 
présentent aucun échantillon se distinguant des autres. 

J'ai fait figurer sous le n"* 18 de la PI. 2 de la XX* livraison 
des Etudes d'Entomologie une superbe Aberration albine quant 
au fond des ailes qui est devenu d*un blond pâle, alors que les 
taches jaune fauve sont restées normales. Ce remarquable spécimen 
a été pris à Saint- André-de-Cubzac (Gironde), et j'en suis rede- 
vable à l'amicale générosité de l'excellent abbé Mège, jadis curé 
de Villeneuve-de-Blaye. Je possède un cf semblable pris à Sebdou 
par le docteur Henri Codct. Une Aberration analogue, mais 
ô^MgerideSy se trouve figurée par Lodeesen, sous le n° i de la 
PI. II de Tijdschrift voor Entom., 1865. Je désigne cette belle et 
constante Aberration sous le nom de Megei. 

Je pense qu'il faut rattacher à j^geria, comme variétés géogra- 
phiques, Xiphioides, Stgr., des îles Canaries, et Xiphia, Linné, de 
Madère. Herrich-Schaeffer a figuré Xiphioides sous les n*^* 84 
et 85, et Xiphia sous les n'" 86 et 87. 

Xiphia est très grande et très robuste; son faciès est spécial; 
mais Xiphioides paraît faire une bonne transition entre JEgeria 
et Xiphia. 

Dans la notice que je viens d'écrire sur Pararge .Egeria^ j'ai 
cité le Systema Naturcp de Linné et j'ai dû consulter les œuvres 



Î7^ 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



ARËE I 



du grand naturaliste, imprimées vers le milieu de l'avant-dsd 
siècle. La X' édilion jxirtc un cul-de-lampe ou f rontispkt fcdi 
gravé sur niivrr par Griindler. L'artiste s'est efforcé de piéaa 
sur une plaquette d'assez petite dimension une sorte decxxispd 
des êtres créés. Mammifères, oiseaux, poissons, reptiles. âsB 
se trouvent groupés dans un paysage que termine une bat 
d'eau entourée de montagnes. Une femme, paraissant pOKOD 
la Science, est placée au milieu de cette collection d'êtres \tt! 
étendant les deux mains et rendant des oracles recueillis daa 
livre par un adolescent L'édition est dédiée par Linné au a 
Car. G- Tessin. sénateur du royaume de Suède, protcctai 
Linné, qui énumère les services dont il est redevable à la mt 
cence d'un nouveau Mécène. Des invocations à la Divinilc 
multipliées dans le Sys/ema Ndtune, à différentes places, I 
que celles-ci (p. 4) : 

" O Jt^hova, 
Quam an]]ila sunl Tua Opéra ! 
Quam sapienler Ea fecisti ! 
Quam plena est Terra possessiune Tua ! », 

Et un peu plus loin : 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 377 

bien des fois le nombre et les noms des étoiles qui peuvent être 
vues, distinguées et comptées. 

L'imprimeur I. I. Curt (Halae Magdeburgicae lypis et sump- 
tibus lo. lac. Curt; MDCCLX) reçoit aussi lui du professeur 
Langius sa part de compliments. 

Dans la Ratio editionis sont indiqués les dates et lieux de 
publication des dix éditions du Systema Niiturœ, de même que 
sont nommés les musées et établissements scientifiques auxquels 
Linné a pu recourir, et que sont relatés les voyages effectués par 
l'auteur surtout en Laponie et en Suède, ainsi que les voyages 
accomplis par ceux qui furent ses disciples : Ternstroem. en Asie, 
mort à Poulicandor, 1745; Kalm, en Pensylvanie et Canada. 1747; 
Montin, en Laponie. 1749; Hasselquist, en Egypte et Palestine, 
1749; Toren, à Malabar et Suratte. 1750; Osbeck, en Chine et à 
Java, 1750; Loefling. en Espagne et en Amérique, 1751; Berg, 
dans l'île de Gotland, 1752; Kaehler, en Italie et Apulie, 1752; 
Solandre, en Laponie, 1753; Rolandre, à Surinam, 1755. Au bas 
de la page où Linné exprime les résultats qu'il ambitionne comme 
but de son ouvrage, il adresse à Dieu cette invocation de recon- 
naissance : c Docuisti me Deus a juventute mea et usque nunc 
pronunciabo Mirabilia Tua. » 

I-a suite de l'ouvrage est un hommage continuel à la gloire et 
à la puissance de Dieu et la dernière ligne est l'humble et modeste 
expression de la vérité : a Ea quae scimus sunt pars minima 
eorum quae ignoramus. 1 

Ce que nous savons n'est en effet qu^une bien petite partie de 
ce que nous ignorons. 

Il paraît cependant qu'à l'époque et dans le pays où vivait 
l'illustre Linné, on pouvait, tout en célébrant les louanges du 
Très-Haut, devenir chevalier de l'Etoile polaire. 

Si, de nos jours, un nouveau Linné était coupable d'émailler 
ses écrits d'invocations glorifiant Dieu Créateur et Pore, comme 
le fit l'auteur du Systema N(itt47œ, pourrait-il être seulement jugé 
digne de recevoir les simples palmes académiques? 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



Bplnephele Eudora, Espcr. 

C'est Esper, le premier auteur qui a figuré avec le nom à'Eudora, 
sous le n" i de la Tab. XLV de son ouvrage : Die ScA/fic/terlinge, 
EiiTOpaeische Gattungen, publié à Erlangen, en 1777, la Q de 
l'espèce de Satyùde qui va faire l'objet de la présente notice. 

Esper dit que l'exemplaire représenté par ses soins a été trouvé 
dans le pays saxon, sans qu'il lui soit possible de donner de plus 
amples détails. ■ Dièses Exemplar ward Jn dem Saechsischen 
gcfunden, mehr bin ich von ihm in Erfahrung zu bringcn nicbt 
im Stande gewesen. ■ 

Mais un peu plus tard, sous les n"' 1 et 2 de la Tab. LXiX. 
Esper figure de nouveau Eudora, el cette fois, il en fait connaître 
les deux sexes. L'espèce, dit l'auteur, a été découverte dans diverses 
localités de notre Franconie; elle n'est pas moins répandue en 
Thuringe et sur les montagnes du Harz. t Er hat sich der Papilio 
Eudora in verschiedenen Gegenden unseres Frankens wuerklich 
entdeckt. Er ist nicht minder in Thueringen und auf den Gebucr- 
gen des Harzes vorhanden. » Les originaux figurés proviennent, 
dit Esper, des environs de Brunswick ; il en doit la communication 
à l'obligeance de M. Gerning. Mais, ajoute l'auteur, on n'a pas 
encore trouvé Eudora à Francfort; lundis qu'on a rencontré ce 
papillon assez fréquemment, dans des prairies, aux environs de 
Bayreuth. Son vol est au mois de juillet. 

Die Originale dcr vorl ie^cnden Alibildung sind aus der 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 379 

de Jiirtina, et il lattribue comme cf à Jurtina Q figurée sous les 
n°* 161 et 162. 

Je connais la forme allemande (ï Eudora, seulement d'après 
deux exemplaires qui se trouvaient dans la collection Kuwert. En 
France, Eudora est une espèce méridionale, surtout de basse mon- 
tagne, quoiqu'elle puisse s'élever jusqu'à 1.500 mètres au moins; 
elle manque dans les environs de Paris, en Bretagne, en Poitou, 
dans les Charentes; mais elle a été rencontrée en Auvergne, dans 
les Cévennes, les Pyrénées, les Alpes et la Provence. On la trouve 
aussi en Espagne, en Algérie, en Suisse, en Italie, en Sicile, à 
Chypre, en Grèce, dans la Russie méridionale et en Asie-Mineure. 

Les cf varient peu, sauf pour la taille; ils sont tout gris en 
dessus, avec généralement un seul petit ocelle noir, subapical aux 
ailes supérieures. Cependant il y a des exemplaires biocellés et 
d'autres triocellés, aussi bien sur le dessus que sur le dessous des 
ailes. En dessous, l'ocelle subapical est quelquefois pupille de 
blanc. Les ailes inférieures sont dépourvues d'ocellations; cepen- 
dant, en dessous, on constate parfois la présence d'un ocelle noir 
près de l'angle anal. 

Les Ç) sont beaucoup plus variables que les cf. Elles ont géné- 
ralement sur chacune des ailes supérieures deux gros ocelles noirs, 
tantôt aveugles, tantôt unipupillés. Cette pupillation, quand elle 
existe, affecte surtout l'ocelle subapical; mais chez les exemplaires 
français, elle est rare. Les deux ocelles normaux peuvent être reliés 
entre eux au moyen d'un 3* ocelle intermédiaire et former ainsi 
une ligne noire non interrompue d'ocelles contigus. Le dernier 
ocelle est assez fréquemment accompagné de deux ocelles plus 
petits, l'un supérieur, l'autre inférieur; mais sans que le petit ocelle 
supplémentaire supérieur atteigne l'ocelle subapical. Alors le gros 
ocelle normal est plus large que ses deux satellites et forme avec 
eux une sorte de croix. Cette Aberration se reproduit assez souvent; 
j'en ai 4 Ç) des Pyrénées-Orientales^ une de la Grave et une autre 
de la vallée de Féret, en Valais, que j'ai appelées cru data. Par 
Aberration, les ocelles noirs des ailes supérieures, chez la Q, 
peuvent disparaître presque totalement; je possède un exemplaire 



380 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

de Digne dans ces conditions. D'antre part, les ç en France et 
dans ie Valais montrent généralement les ocelles noirs submar- 
ginaux se détachant sur un fond jaune. Ce fond jaune peut 
s'étendre jusqu'à la base des ailes supérieures; les ailes inférieures 
elles-mêmes peuvent être plus ou moins laidement teintées de 
jaune. Cette couleur jaune est quelquefois claire; le plus souvent 
elle est d'un jaune doré. 

'L'Epinfphele Eudora se trouve quelquefois maladivement 
atteint d'albinisme irrégulier ou même symétrique; mais c'est un 
accident dit : albidine injecta, analogue à celui qui atteint souvent 
Janira et qui rentre dans la série des cas pathologiques. 

Il y a un autre albinisme qui affecte Eudora, comme tous les 
Satyrida; c'est celui qui transfonne en une couleur générale blanc 
de crème, non seulement la surfare des 4 ailes, mais les antennes, 
la tète, le corps et les pattes du pnpiilon. Je possède une Q albina 
dans ces conditions, admirablement fr:iîche. venant de Sarepta. 

En France, comme je le dis plus haut, Eudora s'élève assez 
haut dans les montagnes; je l'ai pris abondamment à la Grave, 
dans les Hautes-Alpes, à la fin de juillet igo6. La Q. dans cette 
localité, offre des variations nombreuses et intéressantes. Au Vemet, 
Eudora ne paraît pas atteindre une altitude bien supérieure à celle 
du Village On le trouve principalement au delà du sentier du 




LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 38 1 

intermédiaires entre la race française et la race algérienne que j'ai 
appelée maurttanica. 

Costa, dans la Fauna del Regno di Napoli, figure sous les 
n°* 3 et 4 de la PI. IV, avec le nom lupïnus, un Eudora cf dont 
les ailes supérieures, en dessus, sont dépourvues» de tout ocelle 
apical. Dans le texte (p. 7), l'auteur, par confusion avec Janira, 
indique que Lupinus est figuré sous les n"*" i et 2; mais il rectifie 
dans l'explication des Planches : Spiegazione délie Tavole. Bien 
que la figure 3 représente un Eudora (Lupinus) sans aucun ocelle 
subapical, la description commence par ces mots : t Alis fulvis, 
anticis supra lunula média brunnea puncto ocellari in apice nigro. 1 
Je possède des Eudora cf très faiblement ocellés à l'apex des ailes 
supérieures; mais on voit toujours l'ocelle, ne serait-ce que par 
transparence du dessous où il paraît assez constant. 

En Algérie, Eudora fnauriianica est très répandu; j'en possède 
environ 240 exemplaires provenant des localités suivantes : 
Khenchela, El Kantara, Lambèze, Timgad, Djurjura, Sebdou, 
Sidi Yahia, Tagemout (Telagh), Mirzab, Misseghenin. Ces quatre 
dernières localités sont aux environs de Sebdou. En Algérie, 
Eudora mauritanica paraît une race bien conforme à elle-même; 
les Ç) varient moins entre elles que dans la forme française. Les cf 
sont aussi bien pareils, avec l'épi soyeux, caractéristique de leur 
sexe, aux ailes supérieures, large et très accentué. 

Freyer figure avec le nom de Rhamnusiay sous les n°* 2 et 3 de 
la PI. 457, une très grande forme à^ Eudora qu'Herrich-Schaeffer 
représente avec le même nom : la Q sous les n"*" 377 et 378, le cf 
sous les n**" 427 et 428. 

Freyer dit qu'il a reçu Rhatnnusia du D"" Nickerl, de Prague, 
avec l'indication que le papillon en question aurait été pris en 
Sicile, au voisinage de l'Etna. 

€ Ich erhielt ihn von Herm Dr. Nickerl in Prag mit der 
Nachricht, dass er in Sicilien am Etna gefangen wurde. 1 

J'ai peine à croire à l'exactitude de cette provenance. Les deux 
Eudora de Sicile que je possède sont de taille plutôt petite, ainsi 
que les 30 Eudora d'Italie méridionale, et ces papillons n'ont aucun 



3S2 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

rapport avec Rhummisia, secundum Freyer. Quant à Herricb- 
Schaeffer, j'ai été inhabile à trouver dans le texte de son ouvrage. 
une mention relative à son Rkantnusia. Je suis porté à croire que 
le Rkamnusia, Freyer, de taille relativement si grande, avec une 
ligne noirâtre submarginale très accentuée, chez le cf conune chez 
la Q, appartient plutôt à une race orientale qu'à une race sicilienne. 
En tout cas, il n'y a pas lieu de l'accoler comme synonyme à 
Lupinus, Costa, de la Terre d'Otiante, ainsi que Staudingcr et 
RebeJ le font, absolument à tort, dans leur Catalog 1901. Il suffit 
d'ailleurs de comparer les figures données par Costa et par Freyer 
pour constater qu'elles ne représentent nullement une même race 
d'Eudora. De pareilles comparaisons nécessitent évidemment des 
recherches bibliographiques assez longues; mais elles s'imposent 
aux auteurs consciencieux. Malheureusement j'ai maintes fois 
acquis la preuve que certains cl assifica leurs, probablement pressés 
par le temps, font facilement l'économie de recherches bibliogra- 
phiques attentives. Ils pensent sans doute que leurs lecteurs, en 
admettant de parti pris comme valables les assertions pourtant les 
plus légères et les plus audacieuses et forcément, dans ces condi- 
tions, trop souvent erronées, leur font suffisamment confiance pour 
qu'ils aient à prendre la peine de se livrer à une étude soigneuse 
et nécessairement prolongée. Le fait est que les Catalogues semblent 
avoir leurs dévots et leurs croyants, s'abstenant systématiquement 
d'aucun contrôle et aimant à considérer comme l'expression d'une 
vérité infaillible ce qui est imprimé dans le Catalogue de leur 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 383 

^ 

exemplaires offrent quelque rapport avec Rhamnusiay Freyer et 
Rhamnusia^ H.-S., ce qui me porte à croire que les deux Rhamnusia 
sont d origine orientale, mais sans cadrer toutefois d'une manière 
assez satisfaisante avec aucun de ces deux Rhamniisia qui me 
restent absolument inconnus. 



Bpinephele Janira, Linné. 

Dans la X* édition du Sysiema Naturœy Linné décrit sous le 
n** 104 de la page 475 (et non 415, ainsi qu'il est imprimé à tort 
dans le Catalog Staudinger et Rebel 190 1), avec le nom de luriina, 
un papillon dans les termes suivants : a Alis subdentatis fuscis : 
primoribus supra litura flava ocello utrinque unico. Habitat in 
gramine Europae, Africae. 1 

A la même page 475 du même ouvrage et sous le n** 106, Linné 
décrit lanira comme suit : a Alis dentatis fuscis : primoribus subtus 
luteis ocello utrinque unico; posticis subtus punctis tribus. Habitat 
in Europae sylvis. Faciès P. lurtinœ absque litura flava supra 
primores alas, sed puncta 3 fusca sub posticis. » 

Je ne vois pas bien ce que peut être la liture jaune clair (litura 
flava) sur le dessus des ailes supérieures, et je déclare ne pas bien 
comprendre ce que peut être lurtina. Si Linné avait voulu désigner 
la Ç) fanirUy il eût dit : macula lutea^ au lieu de litura Hava. Au 
contraire, la description de lanira me semble applicable au cT du 
Satyride si connu et si commun dans toute l'Europe et l'Algérie, 
et je lui maintiens le nom de lanira^ parce que je suis plus certain 
de son exacte application. 

Janira habite l'Angleterre et l'Irlande, la France, la Suisse, 
l'Allemagne, l'Espagne, l'Algérie, le Mîiroc, les îles Canaries, la 
Corse, la Sardaigne, l'Italie, la Sicile, l'Autriche, l'île de Chypre, 
l'Asie-Mineure, c'est-à-dire à peu près toute l'Europe et les contrées 
voisines de la Méditerranée. 

L'espèce offre de très intéressantes variétés géographiques. En 
Angleterre, en France septentrionale, centrale et occidentale, la 



384 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

forme de YEpinephele /unira est sensiblement la même; îl y a 
cependant chez les Q des variations très considérables pour 
l'étendue de la tache jaune sur les ailes supérieures, en dessus. De 
plus, la coloration de cette tache est d'un jaune plus ou moins dair 
ou rougeâtre et, en dessus, les ailes inférieures offrent une bande 
transversale généralement plus claire que la teinte bnme du fond, 
et quelquefois même un peu éclairée de jaunâtre. 

L'ocelle noir subapical, pupille de blanc, est assez fréquenuncnt 
double, surtout chez les Ç ; il peut aussi manquer de la pupillati<ui 
blanche et être aveugle; mais cette Aberration paraît être excessi- 
vement rare, La collection Bellier contenait une Q de Digne chez 
laquelle la pupillation blanche de chaque ocelle subapicaJ est 
microscopique; mais la pupillation, si réduite qu'elle soit, existe 
encore 

Esper figure (Tab, XC, fig, 4) sous le nom ^Erymantkea, un 
Janira c? pris à Presbourg et offrant 3 ocelles noirs aux ailes 
supérieures et 6 ocelles assez gros aux ailes inférieures en dessous. 
Herrich-Schaeffer représente de son côté, sous le n" 429, le dessous 
des ailes d'un Janira cî ayant une seule tache ocellée aux ailes 
supérieures, mais possédant 6 ocelles noirs, cerclés de jaune, de 
diamètre inégal, dont un seul est pupille de blanc, aux ailes 
inférieures. 

Le revers des ailes inférieures peut donc avoir, en dessous, plus 
■de 3 points noirs, comme l'indique Linné, dans sa description, et 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 385 

Charles Barrett figure sous le n** i ^ de la PI. 33 de son bel 
ouvrage consacré à la monographie des papillons anglais, une Q 
de la collection Mason, atteinte de cet albinisme général. Cette Q 
est. d'un blanc jaunâtre pâle avec la tache jaune orange des ailes 
supérieures assez vivement colorée. 

Ma collection contient 2 cT et 4 g de cet albinisme que j'appelle 
suivant la couleur : griseo-argentacea ou griseo-aurea. i cT griseo- 
aurea vient de Vienne; l'autre cT griseo-argentacea se trouvait sans 
indication de localité dans la collection Kuwert. 2 Q griseo- 
argentacea proviennent, l'une des Brenets, dans le canton de Neu- 
châtel, l'autre d'Angleterre (ex coll. Briggs, vendue à la Salle 
Stevens, les 27 et 28 octobre i8g6). L'étiquette fixée à l'épingle 
de ce papillon est ainsi conçue : Purdey Dover 1878. Entomologist 
Vol. XL 

. Les 2 Q griseo-aiirea étaient, l'une dans la collection Bellier, 
l'autre dans celle de M. l'abbé Mège qui a bien voulu s'en désaisir 
en ma faveur; celle-ci a été trouvée près de Bordeaux. 

Herrich-Schaeffer figure sous les n*** 104 et 105 un cT dont les 
2 ailes inférieures me semblent atteintes d'un albinisme maladif, 
malgré la symétrie des 2 ailes. 

Je possède une Q tout à fait semblable, prise à la forêt du 
Cellier (Lotre-Inférieure), en août 1907. 

Dans les Pyrénées-Orientales, on rencontre fréquemment, avec 
des Janira Q appartenant à la forme normale, la variété méridionale 
Hispulla, figurée par Esper, d'après des individus rapportés du 
Portugal par Hofmannsegg, sous les n®* i et 2 de la Tab. CXIX. 
De son côté, Huebner a représenté Hispidla cT, sous les n°* 593, 594, 
et la Q sous les n"*" 595 et 596. Cette variété Hispulla, si chaudement 
colorée, se trouve seule, en Algérie et en Espagne. J'en ai reçu un 
nombre considérable d'exemplaires de Khenchela, Lambèze, Djur- 
jura, Bône, Sebdou, Yakouren, Tanger, Daya, ainsi que de l'Anda- 
lousie (Cordoue, vallée de Ronda) et de la Castille. Tous les 
sf)écimens de Barbarie et d'Espagne appartiennent à la variété 
Hispulla, 

26 



386 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



En Algérie, la taille semble généralement plus grande qa'o 
Espagne. En Sicile, d'après les exemplaires pris par Bellier. dans 
cette île, c'est aussi uniquement la forme Hisfulla qu'on y TCDCOatR 
En Sardaigne, d'où feu Damry m'a envoyé, alors qu'il résidait \ 
Sassari, un grand nombre d'Epinephele Nurag, en même tenq» 
que 9 d" et 4 g Janira, c'est encore Hispulla, mais de taille moins 
grande et de couleur moins vive qu'en Espagne et surtout qu'ai 
Algérie, En Corse, il y a les deux formes Q, comme au Vemet : 
c'est-à-dire Hisfulla et Janira. En Italie méridionale, à Roccarosa 
et Palena, Janira présente une forme analogue à celle qu'on trou« 
à Saint-Pons (Hérault) et dans les Alpes- Maritimes; La Q ftama 
n'est pas nettement Hispulla; les exemplaires Q ayant la partie 
médiane des ailes inférieures lavée de jaune ne sont pas commuas; 
l'aile supérieure est généralement un peu plus envahie par la couleur 
jaune que chez nous; mais j'ai sous les yeux 21 Janira Q rapportés 
de l'Italie méridionnle par M Fabresse, qui les récolta en juillet d 
août 1907; i! y a parmi ces spécimens italiens une grande majorit* 
d'édiantillons qui ressemblent infiniment à ceux des environs de 
Rennes et de Paris. 

A Lectoure (Gers), la forme est plus grande qu'aux environs de 
Paris. La tache ocellée, apicale de la Q est plus grosse et plus 
vive; la race de Lectoure a beaucoup d'analogie avec celle des 
Alpes- Maritimes qui est de plus grande taille que celle d'Italie 
méridionale; mais ni à Lectoure, ni à Saint-Pons, ni dans les Alpes- 
Maritimes, Janira ne peut s'apiieler Hispulla. 11 en est de même â 




LÉPIDOPTÉRÔLOGIE COMPARÉE 387 

à laquelle les entomologistes de l'école de M. Fruhstorfer pourront 
appliquer une foule de noms, lorsque cette affaire fera l'objet de 
leur sollicitude. 

De Lamaca (île de Chypre), M. Deschamps m'a envoyé, en 1893, 
une bonne série de Janira cT et Q. Ce sont des Hispulla, mais 
dont le faciès diffère de celui des HispuUa andalous et algériens 
et tend un peu vers Telmessia. 

La plus grande forme géographique de Janira que je connaisse 
est celle d'Akbès. Elle est plus grande que foriunala, Alphéraky 
(Mémoires de Romanoff V, PI. XI, fig. 4). Outre sa taille, elle se 
distingue par la profonde dentelure de ses ailes inférieures, par le 
coloris gris ou jaune brun du dessous des ailes inférieures qui, 
chez la Q, est généralement assez sombre, c'est-à-dire très peu 
coloré de jaune en dessus et aussi par le développement de la tache 
noire subapicale ocellée, aux ailes supérieures. Je possède 7 cT et 
9 Q ; un des cT a 5 taches noires cerclées de jaune, dont 4 pupillées 
de blanc, sur les ailes inférieures, en dessous. Il lui manque le 
3* ocelle pour équivaloir au n** 429 d'Herrich-Schaeffer, mentionné 
ci-dessus, et dont la localité m'est restée inconnue. J'ai donné à la. 
belle race géographique d'Akbès le nom de megala. 

Je crois que Tehncssïa, qui se trouve aussi à Akbès, est une 
espèce à part et non une variété de Janira. 

J'ai faitf figurer dans la XX" livraison des Etudes d'Entomologie y 
sous le n** 9 de la PL 2, un hermaphrodite magnifique, chez lequel 
domine le sexe cT, pris à Vernet-les-Bains par mon frère, en 1891. 

Janira éclôt dès les derniers jours de mai ou en juin, suivant les 
localités; il vole tout l'été et je crois avoir constaté aux environs 
de Cancale une seconde génération dont les exemplaires étaient 
très frais, durant la seconde quinzaine d'août. 



Epinephele Janîroîdes, Herrich-Schaeffer. 

Espèce provenant exclusivement de la région voisine du littoral 
algérien et tunisien; M. Holl l'a trouvée à Bainen, de mai à juillet. 



388 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

et aux glacières de Blidah, en juillet. MerkI l'a prise à Bâne, a 
juin 1884, et dans le Djurjura, en juillet de la même année. Le 
D' Seriziat l'avait récoltée en assez grand nombre à CoUo; 
M. Faroult l'a recueillie près de Tunis; enfin, en juillet et août igo;. 
M. Dayrem l'a capturé à Yakouren. Je l'ai fait figurer dans la 
i" livraison des Etudes d'Entomologie. Herrich-Schaeffer l'a 
représentée, le premier, sous les n"" 533 et 534. Généralemeot 
Janiroides montre une tache ocellée noire, subapicale. assez grosse, 
doublement pupillée de blanc, soit que l'ocelle paraisse unique, soit 
qu'il semble formé de deux ocelles plus petits, juxtaposés. Sut 
39 exemplaires que renferme ma collection, une seule Q a l'ocelle 
subapical pupille d'un seul point blanc Les deux sexes varient un 
peu pour le degré d'envahissement des parties brunes, tant aux 
ailes supérieures qu'aux ailes inférieures. 



Eplnephele Nurag, Ghilîani. 

Satyride spécial à l'île de Sardaigne; n'a pas été trouvé en Corse. 
ainsi que Lang le prétend à tort (p. 209). D'après les documents 
que contient ma collection (74 exemplaires), Nurag est une e^)ècc 
assez variable, quoique paraissant nettement distincte de /attira et 
de Tithoniis qui habitent tous deux la Sardaigne. 

Le d" a réclaircic fauve plus ou moins développée sur chacune 
des 4 ailes, en dessus; chez certains exemplaires, cette éclaîrcie 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 389 

la grosseur, du simple au double, et il peut arriver que Tocelle en 
question soit lui-même doublé d*un second oœlle inférieur à 
l'ocelle normal et qui lui est juxtaposé. En dessous, il semble qu'il 
y a plus de tendance qu'en dessus, à la présence de points noirs 
inférieurs à l'ocelle subapical, aux ailes supérieures. Les ailes infé- 
rieures sont assez variables en dessous; plus ou moins colorées en 
ocre jaune, avec ou sans atténuation de grisâtre; en outre les ailes 
inférieures ont quelquefois des points noirs extrêmement petits, 
surtout chez les cf, comme dans Janira, 



Bpinephele Tithonus, Linné. 

Le Tithoniis a été figuré par Huebner, avec le nom de Herse, 
sous les n°" 156, 157; plus tard, il a été largement représenté par 
Charles Barrett, sur la PI. 34 de son ouvrage : The Lepidoptera 
of the brilish Islands, qui lui est entièrement consacrée. X^Epine- 
pkele Tithonus est une espèce extrêmement commune dans la plus 
grande partie de l'Europe, mais susceptible d'offrir des Aberrations 
extrêmement intéressantes. 

Barrett figure sous les n"" i c et i ^, d'après la collection Webb, 
un cT et une Q dont le fond des ailes est blanc; je possède une Q 
semblable, venant de Baden, ayant le fond des ailes d'un blanc 
assez pur; j'ai appelé cette Aberration : lirginalis. 

Je possède une g prise par l'abbé Mège, à Villeneuve-de-Blaye 
(Gironde), chez laquelle la couleur fauve du fond des ailes est 
restée très vive; mais le bord des 4 ailes et la base des inférieures 
sont d'une couleur blond ])âle, au lieu d'être brun noir. L'ocelle 
subapical est resté noir, avec sa double pupille blanche; mais la 
teinte en est un peu atténuée; j'ai appelé cette Aberration : pallide- 
marginata. Le bord des ailes n'est pas assez blanc pour que j'aie 
pu lui attribuer le nom d\dbo7narginata donné par feu Fallou, à 
un cf analogue de Rpincphcle Ida, qui fut pris par M. Dognin, à 
Roquefavour, dans les Bouches-du-Rhône, en juillet 1878. Cet Ida 



3gO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

altowiirgmala a été figuré par Fallou, dans les Annales Soc. ta. 
France, 1883 (PI. I). 

Une autre Q variant inversement par rapport à piillidcnutrgiHaia, 
fut prise par le même abbé Mège, qui eut l'obligeance d'en enrichir 
ma collection, à Gauriac, près Blaye (Gironde), le 2 août 1885. 
Chez cette Q, que j'ai appelée Ingens, la bordure noire s'étend vers 
l'intérieur des ailes au delà de la tache ocellée subapicale, et l'aile 
inférieure est presque entièrement d'un brun uni; on voit seulement 
sur le milieu des ailes inférieures une légère éclaircie fauve, sous 
forme de 3 faibles traits. En dessous, la bordure noirâtre des ailes 
supérieures est très élargie et les ailes inférieures sont uniformément 
teintées d'ocre jaune avec des stries noirâtres très ânes et 3 petits 
points blancs. 

L'occllation peut se trouver très multipliée chez Tithonus. C'est 
ainsi que Barrett publie sous les n"' 1 c, 1 / et i ^, la figure d'une Q 
et d'un d" qui ont un supplément notable d'ocelles noirs pupilles 
de blanc aux 4 ailes. Je possède d'Angleterre (North Devon) un d" 
pris par le chasseur Mac -Arthur dont j'étais l'un des commandi- 
taires, ayant 4 ocelles aux supérieures, en dessus comme en dessous, 
3 ocelles aux inférieures en dessus et 6 taches blanches plus ou 
moins cerclées de blanc en dessous. Cet exemplaire se rapproche 
de celui figuré par Barrett sous les n"' j f et 1 g. 

Je possède une Q prise en Als<icc ayant aux supérieures, sur les 
deux faces, 4 ocelles noirs pupilles de blanc, tous les 4 de taille 
presque égale, et j'ai pris à Cancale, pendant l'été 1906, une Q 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 391 

Généralement la tache ocellée subapicale noire est pupillée de 
deux points blancs; je possède cependant quelques exemplaires 
montrant une seule pupillation blanche; mais il semble que cette 
Aberration est très rare. A l'angle anal des ailes inférieures, 
Titkonus montre fréquemment un ocelle noir pupille de blemc; 
quelquefois deux ocelles; mais l'absence de tout ocelle est un cas 
aussi commun que la présence d'un seul ocelle. Mosley figure sous 
le ri** 2 de la PI. 2 des Satyrus, une Aberration de Titkonus que 
je n*ai jamais vue. Les ailes supérieures sont uniformément brunes 
sans aucune bordure plus foncée; mais la tache ocellée noire, bi- 
pupillée de blanc, est maintenue. 

UEpinephele Tithoniis éclôt une seule fois par an, à la fin de 
juillet et au commencement d'août. Il voltige en grand nombre 
autour des buissons et des haies. C'est une espèce extrêmement 
abondante là où elle habite, mais chez laquelle les Aberrations 
semblent bien rares, en proportion du nombre énorme des individus 
normaux qui éclosent à la même époque. 



Bpinephele Ida, Esper. 

Le premier auteur qui ait fait connaître Xlda est Esper, dont la 
notice débute comme suit : Man hat diesen Falter vor Kurzem 
in den pyrenaeischen Gebiirgen endeckt. Mehreres ist aber von 
seiner Naturgeschichte noch nicht bekannt. Hr Gerning bekam ihn 
von Herrn d'Orcy aus Paris, und von daher habe ich denselben 
als einen der schaetzbaresten Beytraege mitgetheilt erhalten ». 
C'est donc des Pyrénées — et évidemment de la partie orientale, 
la seule où habite Ida, — que provient l'exemplaire originairement 
décrit. Il serait très intéressant de savoir la localité d'où provenaient 
les premiers exemplaires décrits des Lépidoptères européens, pour 
fixer la race ou forme qui doit être considérée comme le type de 
l'espèce. Mais il est souvent impossible de trouver ce renseignement, 
faute aux anciens auteurs et même aux plus modernes d'avoir soup- 



3g2 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

çonné son importance et d'en avoir fait part. Lorsque je parvios 
à en obtenir la connaissance, je me fais un devoir de le publia, 

\JEpinephele Ida habite la Provence, le Languedoc, le Rous- 
sillon et !e Confient, l'Espagne, l'Algérie, la Sardaigne, la Coiw. 
la Sicile, l'Italie méridionale et, dit -on, le sud de l'Allemagne En 
France, nous avons pris Ida à Vemet-les-Bains, à Port-Vcndres, 
au Pont-du-Gard près Nîmes, à Nice et à la Turbie. Les localités 
espagnoles d'où je possède Ida sont : Cordoue (R. Obeithiir. 
juin 1880); Sierra-de-Alfakar et Grenade (R. Obthr, juillet i8/-9); 
vallée de Ronda {Fabresse, juin 1906); Escorial (2g et 30 juilkl 
1879). 

Quant à l'Algérie et au Maroc, je relève dans ma collection te 
indications suivantes : Djurjura, juillet 1884; Lambèze. juin 1885; 
Tanger juin 1880; Bône, juin 18S4; El-Kantara, mai 1908; Alger, 
mai igo8; Torny près Sebdou. \" juillet 1907; Nemours. 

Dans toute la région provençale, languedocienne et roussillo- 
naise, espagnole, algérienne, sicilienne, sarde et corse, la forme est 
assez sensiblement la même. A El-Kantara, où M. H. Powtll 
recueillit un grand nombre de (S, mais pas une Q , la race est petite 
et plusieurs exemplaires sont remarquables par l'adjonction de 
I ou 3 petits ocelles noirs quelquefois pupilles de blanc, aux ailes 
supérieures, au-dessous du gros ocelle subapical, normal, double- 
ment pupille de blanc. Mais je ne vois pas à la race d'El-Kantata 
d'autre caractère que sa petite taille, et il y a dans les autres localités, 
avec des exemplaires plus grands, des échantillons qui sont aussi 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 393 

mais bi-pupillé de blanc. En dessous, le cT Neapolitana a sur le 
milieu des ailes un lavis jaune plus étendu sur un fond plus foncé 
que la race typique. 

Dans la collection Kuwert, il y avait une paire (X II pïnc phele Ida 
avec la mention de localité : Suddeutschland. Le cT est conforme 
à ceux de France méridionale; la Q est très grande, plus pâle et 
un peu moins largement bordée de brun ; mais cette paire appartient 
à la forme typique et nullement à la neapolitana. 



Epinephele Pasiphaê, Esper. 

Espèce volant abondamment, principalement sur les buissons de 
ronces, dans beaucoup de localités de Provence, du Languedoc 
méditerranéen, du Roussillon, des parties chaudes du Confient, de 
l'Espagne, du Portugal, de l'Algérie et du Maroc. L'éclosion se 
fait de mai à juillet, suivant les localités. 

Esper a figuré Pasiphae sous le n** 4 de la Tab. LXVH; cet 
auteur s'exprime en ces termes, au sujet de Pasiphae (p. 99) : 
t Dieser Falter ist eine der neuesten Entdeckung. Nach zuver- 
laessigen Nachrichten findet sich derseribe in der Gegend von 
Paris, obwohl sehr selten. Herr Gerning hat ihn von daher erhalten, 
und die Guete gehabt, dcnselben mir mitzutheilen. » Evidemment 
Gerning a commis une erreur; il a pu recevoir Pasiphae de M. Gigot 
d'Orcy ou d'un autre a Curieux de la Nature » de Paris avec qui 
il était en relations; mais il ne s'en suit nullement que l'espèce ait 
été prise à Paris. Pasiphae, à Paris, est plus que très rare; il ne s'y 
trouve pas et ne s'y est jamais rencontré dans la Nature. Iluebner 
figure les deux sexes sous les n"" 167, 168 et 169; mais avec moins 
de réussite qu'à l'ordinaire. 

L'espèce est d'ailleurs parfaitement connue et elle existe dans 
toutes les collections. 

Elle présente deux races principales : celle de la France méri- 
dionale et de l'Espagne du Nord, où mon frère l'a prise abon- 



394 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

damment en juin 187g, de Vîltoria au Mont Gorbea, et celle 

d'Algërie. 

La forme de l'Espagne méridionale et du Portugal (Carthagint 
Grenade, vallée de Ronda, Malaga, Gibraltar, Lagos) fait entre 
les deux races une transition parfaite. 

En Algérie et au Maroc, à Mécheria, Magenta, Djurjura. Sebdou, 
Tanger, Oran, Nemours, c'est la race Pkilippina, Austaut, dont le 
faciès est bien distinct en dessus de la race française, mais dont les 
ailes inférieures, en dessous, sont caractérisées par la réduction de 
la bande médiane transverse, d'un blanc jaunâtre. A Tessala. Ira 
ailes inférieures du cf sont fréquemment dépourvues de ttwte 
bande blanchâtre et sont par conséquent d'un brun uni. Deux (S de 
l'Ab. tessidcnsis m'ont été donnés jadis par M. Austaut, avec 
l'étiquette : Monts Tessala ; Prov. d'Oran. 

Généralement Pasïpkaé a une tache noiro ocellée subapicale, aux 
ailes supérieures, unipupillée de blanc chez les cf. bipupillée cba 
les Q. Quelquefois on voit au-dessous de cette tache ocellée un et. 
plus rarement, deux points noirs. Les ailes inférieures sont généra- 
lement marquées de deux ou trois points noirs tantôt pupilles de 
blanc, tantôt aveugles; je possède des exemplaires quadriponctués; 
chez certains Pasipkaè asymétriques, il y a 3 points noirs d'un côté 
des ailes et 4 de l'autre côté. En dessous, les ailes inférieures 
montrent le plus généralement 5 ocelles noirs, cerclés de jaunt^ 
pupilles de blanc 

Les cf varient pour la base des ailes supérieures, plus ou moi 




LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 395 

Feu de Graslin avait capturé à Grenade un Pasiphaë cT albi- 
nisant et chez lequel toute la bordure et la base des ailes, au lieu 
d'être d'un brun assez foncé, comme chez les exemplaires normaux, 
présente une teinte d'un brun grisâtre pâle; les parties fauves, chez 
cet exemplaire, sont restées normales. 



Cœnonympha Œdippus, Fabr. 

Espèce répandue des rives de la mer du Japon jusqu'au pied 
des Basses- Pyrénées, au bord de TOcéan Atlantique, mais avec des 
lacunes souvent considérables dans cet immense espace. Esper, le 
premier, a figuré la Q, avec le nom de Geticus, sous le n° 2 de la 
Tab. Cil, d'après des documents communiqués par le Haushof- 
meister Rummel qui avait trouvé ce nouveau papillon de jour en 
Valachie : t Und zwar in der Gegend des Argusflusses bey dem 
Lager zu Fraschanestje ». Esper représente de nouveau le GeticuSy 
mais cette fois le cT de l'espèce, sous le n° 5 de la Tab. CVII. 

Huebner figure admirablement le cf. avec le nom de Pylarge, 
sous les n**" 245 et 246, et la g sous les n*** 702 et 703. 

En France, j'ai pris Œdippus à Biarritz où il vole dans les 
landes couvertes de bruyères avec Aracinthus et Phœdra, deux 
espèces qui sont également ses compagnons dans la Cliarente, près 
d'Angoulcme, dans les marais de la vallée parallèle à celle des 
Eaux-Claires, mais située immédiatement plus au sud. J'ai aussi 
trouvé Œdippus avec Lyccena Argiis^ Cœnonyniphi Arcan'ta^ Stc- 
ropes Aracinthus (Hcicropterus Morphcus)y dans le marais du fond 
de la forêt de Livernant où m'avait si obligeamment dirigé mon 
excellent ami Gabriel Dupuy. 

C'était à la fin de juin? igo8; le temps n'était pas très favorable; 
il avait plu plusieurs jours de suite; le ciel restait morose et le 
soleil parvenait à grand'peine à filtrer à travers 1rs nuages que 
le vent marin poussait vers nous. Mais dans les iiil(!rv;illes où un 
rayon solaire venait échiirer la foret, on voyait \\\w. foule de 
papillons variés sortir de l'herbe épaisse et voltiger dans le marais 



396 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

où souvent le chasseur sent ses pieds s'enfoncer dans le sol 
bourbeux. En marchant dans ces herbes, on faisait lever pariois 
Œdippus et c'était un plaisir de voir ce papillon noir voltiger pas 
très haut au-dessus de terre, d'une façon vive et rapide, un pn 
sautillante, mais se présenter assez facilement à- nos filets. Lonqne 
les nuages s'épaississaient, les Œdippus s'enfonçaient, avec la 
plupart des autres papillons, dans les touffes d'herbe, et il ne 
restait guère sans abri que l'intrépide Galathea, à laquelle mÔM 
quelques gouttes de pluie ne faisaient pas peur. J'ai conser^-é nn 
charmant souvenir de cette chasse qui eût été bien plus abondant^ 
si le soleil nous avait souri ; mais l'ami Dupuy et moi, nous éticŒS 
heureux de nous trouver ensemble sur un terrain dont il me faisait 
entomologiquement les honneurs, et j'éprouvais une satisfactii» 
très vive à capturer une espèce très intéressante par ses variations- 
Dans certaines forêts de Bretagne et notamment à la forêt de 
Rennes, on trouve Lycœna Argus, Canonympha Arcania et Sterofn 
AmàntkHS, comme à Livernant, dans des terrains marécageux 
couverts d'herbes et de plantes qui me semblent tout à fait ana- 
logues. Cependant Œdippus n'a jamais été rencontrée en Bretagne 
jusqu'ici. Cette espèce est surtout abondante dans les marais des 
Deux-Sèvres, notamment à Amure, près Epannes, où M. Gelin, de 
Niort, a bien voulu, avec une obligeance parfaite et dont je ne 
saurais assez le remercier, recueillir à mon intention un grand 
nombre ^Œdippus, afin de me permettre d'étudier la variation 
des taches ocellées qui est en effet fort remarquable. 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 397 

châtre longeant intérieurement la série des cinq ocelles des ailes 
inférieures, tandis que le côté extérieur, à une petite distance de 
la série des taches ocellées, est liséré submarginalement d'argent. 
Les Ç) ont ordinairement la série des ocelles aux ailes inférieures 
intérieurement surmontée d'une éclaircie blanc d'argent qui peut 
devenir très large chez certains exemplaires. A Epannes, cette 
éclaircie est plus générale et plus accentuée qu'à Angoulême; c'est 
la variété Miris^ Fabr. 

Une variété qui paraît fort rare est celle où les taches ocellées 
du dessous des ailes sont privées de toute pupillation blanche. Les 
ocelles sont alors d'un noir de velours très vif, entourés de leur 
cercle ordinaire d'un jaune pâle. Je possède un très beau cT de 
cette Aberration; il faisait partie de la collection Boisduval et je 
l'ai appelé Gelini, en l'honneur du lépidoptériste zélé de Niort à 
qui l'Entomologie est redevable de découvertes très intéressantes 
réalisées dems la riche contrée où il réside. 

Ma collection contient des Cœnonympha Œdippus des localités 
suivantes : Angoulême (fin^^juin et fin juillet 1908); Amure, près 
Epannes, dans les Deux-Sèvres (mi-juin 1908); Biarritz (17 juillet 
1901); Gironde (abbé Mège); Dcix (Lafaury); Piémont (in coll. 
Bellier); Carinthie (in coll. Kuwert); Chine du Nord; Sidemi, en 
Mandchourie (M. Jankowski); Yokohama, au Japon. 

La race japonaise a été appelée annulifer, par Butler. 

Œdippus peut être albinos, comme tous les Satyridœ ; je possède 
un cf entièrement d'un gris jaunâtre clair, en dessus et en dessous; 
c'est l'Aberr. albina, analogue à celle d'Eudora. 

La description de Fabricius (Mantissa Insectorumy 1787) est 
ainsi conçue : « Œdippus; 335. P. D. F. Alis integerrimis supra 
nigris immaculatis subtus fuscis : anticis ocellis subtribus, posticis 
quinque. Habitat in Russia australiori Dom. Boeber. Statura omnino 
P. Hyperanlhi. AntenncX albo nigroque annulatae clava ferruginea. 
Alae omnes supra nigroe imniaculatae, subtus fuseau ocellis subtribus, 
posticis quinque pupilla argentea, unico remoto. Striga marginalis 
argentea fere obsoleta. » 

Dans la première phrase, Fabricius annonce cinq ocelles aux ailes 



3y*! LÉPIUOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

iiifrriciires, ce (jui iic nidre pas avec la forme d'(£dippus qucDouï 
truuvuns en l'ritncc cl qui a toujours six ocelles aux infériniics: 
mais le conii^Iéinent de la description, avec l'expression uakn 
rrmolo, parait mettre les choses au point. 

yuant à Miris, Fabr. {Siipplemenlum Entomologie sjrsUma- 
ihti; 1/98}, c'est évidemment de la variété d'Œdippus avec bande 
tilanrhe ai'('onip;it;^ant intérieurement la rangée des cinq ocelle 
aux ailes intérieures qu'il s'agit. Je la copie textuellement coaune 
celle d'ilù/î/'/'Ui : ■ Miris; (193. P S. Alîs int^errinus tosds; 
^X)stii'is supra iicellis duobus niinutis. subtus sex; exteriori itBKia. 
Habitat in Germania. Aflinis cerle P. Lfanâa at distinclus videtcr. 
Aht> antii.'n- supra fuscx immaculata^; subtus fiavesccntes ■.xtI'^ 
trilius strigaque terminali, argenlea, posticae supra fuscac ocril:? 
duobus aut tribus minutis pupilla alba, subtus flavesccntcs 'Xïll^ 
sox exteriori remoto. Ana oîflL's striai abbreiiuj y.t i. i>;oe 
striga argentea fere tenuinalis. * 

f't'si donc : • ante ocellos striga ab'oreviala alba » qui az^scrre 
la d:tïérenc< entre ill.iip^ui et Mir.'s, et on doit donner le zicc àt 
M:':< aux d-.i:rf:i>. particulièrement nombreux dans les ■- ;t -* 
d'Kp.uine-s qui en: aux a:\c< inléricures, devant les ooelles, ■=» 
K\nde bI.ul^■ilc raccourcie. Dwm la Charente, on m>-jve r:=:c 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 399 



-n- 



dit : t Dans les femelles, il y a avant les yeux des ailes inférieures 
un trait blanchâtre ou une bande transverse d*un blanc luisant • ; 
mais il ne dit pas que cette forme a reçu le nom de Miris, 

Lang figure le cT (PI. LXXIV, fig. 6, 6), avec six ocelles aux 
inférieures et deux ou trois petits aux supérieures. Dans sa des- 
cription (p. 303, 304), il ne fait pas mention de Téclaîrcie, sur le 
dessous des ailes de la Q , éclaircie qui est caractéristique de Miris. 
Lang ne semble pas avoir connu cette variété. 

Butler a publié en 1868 le Catalogue of Satyridœ in the coll. of 
the british Muséum. Voici ce qu'il écrit au sujet &Œdippus et de 
Geticus (p. 40) : t C. Œdipfus appears to be the Russian form 
of Geticus; it differs from it chiefly in having less conspicuous 
ocelli and bands on the underside. The females differ much more 
than the maies; the number of ocelli in the front wings of thèse 
two forais varies in our spécimens from five to none. • 

Quant à Staudinger et Rebel, dans leur Catalog 1901, ils ne 
prennent pas soin d'établir l'origine et la nature de la variété Miris, 
dont ils ne citent même pas l'auteur : Fabricius; ils se bornent à 
imprimer le nom de Ruehl après celui de Miris, comme si Ruehl 
était le fondateur de ce nom. C'était pourtant plus d'un siècle avant 
Ruehl que Fabricius l'avait créé. 



Cœnonympha Hero, Linné. 

Espèce orientale répandue depuis la Mandchourie jusqu'aux 
forêts à l'est de la ville de Paris. 

M. Jankowski m'a envoyé de l'île Askold et de Sidemi la race 
Perseis qui est un peu plus grande et plus pâle, avec les ocelles, 
ainsi que les linéaments blancs du dessous des ailes, plus déve- 
loppés. En Sibérie, aux environs du lac Baïkal, Perseis paraît être 
de moins grande taille qu'en Mandchourie. Le Cœnonympha Hero 
a été décrit par Linné et par Fabricius, dans les mêmes termes que 
je reproduis tels quels : Hero; alis integerrimis fulvis, subtus ante- 
rioribus ocello, posterioribus senis. Habitat in Europae pratis silva- 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 40Î 

Cigaritis Syphax, Lucas {Explou scientifiq. Algérie; Lépid,, 
PL I ; fig. 8, 8 a). 

Le genre Cigaritis est propre aux régions africaine et asiatique 
voisines de la Méditerranée. En Algérie et en Tunisie, nous 
connaissons quelques espèces dont l'identification n'est pas toujours 
aisée. 

La Cigaritis Syphax ne compte pas parmi les espèces embarras- 
santes. Elle est répandue sur le littoral oii elle vole en juin : Collo, 
Bône, Tunis. M. Merkl l'a prise dans le Djurjura, en juillet 1884. 
Le fond des ailes inférieures, en dessous, varie du brun clair au 
rouge vineux. J*ai figuré dans les Etudes d^ Entomologie (XX* liv.» 
PI. 5, fig. 83) une variété Q capturée à Bône par feu le D' Val- 
lantin. Je lui ai donné le nom de fallescens\ elle se trouve en effet 
caractérisée par la nuance plus claire de ses ailes en dessus, qui est 
brun pâle au lieu d'être fauve orangé. Sous le n*" 84 {loc, cit.), j'ai 
fait figurer une autre variété : impiinctata, venant également de 
Bône où elle fut trouvée par feu Olivier. Il ne lui reste plus que 
les points noirs cellulaires, une petite tache costale et la bordure 
noire crénelée des 4 ailes. 



Cigaritis Allardi, Obthr. {Zohra, Donzel ; false, Obthr. Etud, 
d'Entom,, IX° liv., p. 35 et 36; PI. III; cf, fig. 8; 9, fig. 9). 

J'ai commis une erreur manifeste en rapportant à Zohra, Donzel, 
la Cigaritis prise à Sebdou par le docteur Codet pendant les 
années 1880 à 1882 et retrouvée à la même localité, en mai 1907, 
par M. Harold Powell. 

Il s'agit de l'espèce qui est figurée sous les n"" 8 et 9 de la 
Planche III de la IX*" livraison des Etudes d'Entomologie et que 
dans le texte (p. 36) je rapporte à tort à Zohra, Donzel. 

La Cigaritis que je nomme aujourd'hui Allardi en l'honneur de 
mon vieil ami Gaston Allard à qui l'entomologie al^^érienne est 
redevable de si importants progrès, est parfaitement distincte de 

26 



403 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

toutes les autres Cigari/is par la direction rectiligne et paialltie 
de SCS 3 premières bandes brunes pupillées d'argent. ressortaiH 
vivement sur le fond blanc pur de ses ailes inférieures en dessous. 
Les £gures que j'ai publiées sont d'ailleurs excellentes et oo peut 
s'y rapporter exactement pour la détermination de cette noIl^'dle 
espèce La CigaritU AlUirdi paraît rare. Ma cx>lIection ooDtimt 
seulement 3 Cf et 7 Q bien frais. En dessus, le fond des 4 ailes 
est d'un fauve onuigé vif, parsemé de taches noires osmme suit : 
ailes supérieures : 2 taches dans l'espace cellulaire; quelquefois 
2 autres qui leur sont inférieurement contiguës; une tache sub- 
apicule costale et une grosse au-dessous quelquefois divisée en deux 
IKirties; une bande maculaire droite submarginale et une série de 
points noirs marginaux contigus à la bordure noire qui est assez 
large. .'Viles inférieures : l'espace costal et basilaire noirâtre; uœ 
kiiide nmculaire droite descendant du bord costal vers le bord anal 
qu'elle atteint presque; 3 points noirs juxtaposés de l'açon à n'en 
former souvent presque qu'un seul long, descendant du bord costal 
ot s'arrOtant à rcxtrémité de la cellule; une bande maculaire paial- 
IMe au bord marginal i le bord marginal liséré par une ligne Doite 
qviissc el crénelée; J petites queues noires. 

iCii dessous, le dis^jue des sujiérieiires est fauve orangé; ta côïe 
01 If l>i>rd temunal >t'm bLiiichâiro. Le bord terminal est inan]aê 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 403 

taches brunes comme suit : 1° 4 taches brunes absolument contiguës 
à la base; 2° 4 autres disposées en ligne droite, subbasilaires; 
3** 4 plus grandes, confluentes, disposées en ligne droite jusqu'à la 
dernière qui s'infléchit un peu vers Fangle anal; 4° 4 taches con- 
fluentes également en ligne droite; enfin, avant une ligne de 7 ou 
8 points noirs marginaux, une série submarginale maculaire courbe, 
parallèle au bord marginal. Toutes ces taches sont pupillées 
d'argent. L'abdomen est noir, annelé de blanc. La frange est unie, 
non entrecoupée, d'un gris blanchâtre ou d'un blond brunâtre. 

La Cigaritis Allardi est un papillon extrêmement joli et gra- 
cieux. Sol vol, comme celui des autres espèces, est vif et rapide. 



Cigaritis Zohra, Donzel {Annal. Soc. ent. France, 1847, PI. 8, 
fig. 5. 6). 

C'est bien l'espèce commune à Sebdou, d'où j'ai reçu une centaine 
d'exemplaires. Elle est variable pour la couleur plus ou moins 
blanchâtre ou brune du fond des ailes en dessous; pour le méla- 
nisme du dessus des ailes; la confluence ou le rétrécissement des 
dessins du dessous des ailes inférieures. J'ai appelé Jugurtha, la 
variété dont le fond des ailes inférieures en dessous est plus foncé. 
En outre de Sebdou, la Ciguritis Zohra a été obtenue de Saïda 
par M. Gaston Allard et de Kralfallah par feu le lieutenant 
Lahaye. 



Cigaritis Massinissa, Lucas {Annal. Soc. eut. France, 1850; 
PI. 2, fig. 2 a, 2 h). 

Qu'est-ce exactement que Massinissa ? Lucas décrit cette espèce 
qui habite les vallées du Djebel-Amour, où elle a otc découverte 
par le général Jean Levai liant, d'après une Q sans antennes ni 
corps {Explor. scicnùf. de V Algérie, Insectes, p. 364, 3()5) puis 
d'après une autre Q, intacte cette fois {Ann. Soc. ent France, 1850). 



404 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 

La figure qu'il publie dans ce dernier reoietl doit être assez exactt 
Elle paraît d'ailleurs soigneusement exécutée. Mais s'il y a do 
détails qui cadrent avec une soixantaine d'exemplaires pris i 
Géryville, en mai 1886, et que j'ai sous les yeux, il y a aussi dfi 
différences, notamment pour la ligne mai^inale de points noirs, si 
accusée et si nettement distincte, des ailes inférieures en dessous, 
dans la figure de Mnssinissa. Je n'ose ériger en espèce nouvelle le 
Cigaritis de Géryville et je n'ose non plus les identifier an véritable 
Massinissa. En attendant des documents ultérieurs et qui noos 
fixeront peut-être, je fais figurer un d" et une Q de la Cigariiis 
de Géryvill^ provisoirement rapportée par moi à Massinissa. Luos. 
Le d" est représenté sous le n" 1 28 et la Q sous le n" 1 32 de la 
PI. XXV du présent ouvrage. 




EXPLICATION DES PLANCHES 



POBLIÉES DANS LA III« LIVRAISON DES 



Études de Lépidoptérologie comparée 



PLANCHE X \\'oir page çç). 



PLANCHE XI. 



N<>» lo. Argynnis Paphia-dives cf, Obthr. Yakouren (Algérie). 

11. Argynnis Paphia-dives Q, Obthr. Yakouren (Algérie). 

(Bulletin Soc. ent. France, 1908; p. 26, 27). 

12. Vanessa Polychloros-Erythromelas, Austaut. Sebdou (Alg*«). 



PLANCHE XII. 

N°« 13. Catocala dilecta-Powelli, Obthr. Daya (Province d'Oran, 
Algérie) ; captur. 27 juillet 1907). 

14. Catocala dilecta-Dayremi, Obthr. Yakouren (Algérie). 

15. Catocala sponsa-l.*ta, Obthr. Yakouren (Algérie). 

(Bulletin Soc. ent. France, 1907; p. 345, 346). 

16. Catocala sponsa-obscura, Obthr. Yakouren (Algérie). 



PLANCHE XIII. 

N®» 17. Catocala promissa-iïilaris, Obthr. Yakoun n (Algérie). 

18. Catocala promiss a-ochracea, Obthr. Brigg (Valais). 

{Bulletin Soc. eut. France, 1907; p. 346). 

19. Sesia uroceriformis-armqricana cf, Obthr. Monterfil (Illc- 

et- Vilaine). 



4o6 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



, Sesia uroceriforuis-armoricana 9, Obthr. Monterfil (11k- 
et-Vilaine). 

[Obseri-ations sur la Sesia L'ROCERIFORMIS, var. AKHOU- 
CANA, Ch. Obthr. Rennes, octobre iqo;). 
) Sesia suprema, Obthr., dc-ssus et dessous. Lambèze (Algérk). 
' {Bulletin Soc. eut. France, 1907; p. 331 ; captur. mai 1907). 
. Lenvra Heckmanni.e, Aurivillius. Tamatave. 

{VoelUkoie Reisc in Oit-Africa, :go3-i9os ; WissensckafUickt 
Ergebnisse; Bd. Il; Taf. :q; n" 14. — « Das stuck cf ist 
Icider abgerieben und oellig gcwordcn. i>) 

L'individu figuré dans le présent ouvrag-e a été capturé pu 
le V Charles Henri-Martin, au cours d'un voyage à Mada- 
gascar; il csi complet et en parfait état; donc très diffémi 
de l'exemplaire qui a été figuré par Aurivillius. 
. EuïDIa Powelli-Haroldi a, Obthr. '\ „ l- /ai™( ■ 
. EifiDiA POWELLI-I-UNCTATA cf, Obthr. / '■™o" (Algém); 

^ „ _. \ obtenus en sep- 

. £U\'DIA POWELLI CÎ. l . _. 

\ tembre 1907. 

, EUVDIA POWELLI Q. J 

(Bulletin Soc. rut. France, 1907: p. 330, 331), 



PLANCHES XIV et XV (I' 



r pages jo .1 ji). 



PLANCHE XVI {Voir page 271). 

- 36. Satvrus Hoij.1 cJ, Obthr. Glacière de Blidah (Algéri 

37. Satvrus Holli q, Obthr. Glacière di- Blidah (Algéri 

38. SATYRtJS SYLVicoLA cf, Austaut. Svbdou (Algérie). 

39. Satyrus svlvicola q, Austaut. Sebdou (Algérie), 

40. Satyriîs IlANSIi Q, AiLslaut. Sebdou (Algérie). 

41. Satvrus cinereus cf. Obihr. Yakouren (Algéri.-). 




LÉPIDOPTÉKOLOGIE COMPARÉE 407 

PLANCHE XVIII. (F^ir fage 271). 

N°» 52. Satyrus Fauna cf, Sulzer. Naples (Italie). 

53. Satyrus Fauna q, Sulzer. Sicile. 

54. Satyrus Fauna q, Sulzer. Escorial (Espagne). 

55. Satyrus Fauna q, Sulzer. Sierra-Nevada (Andalousie). 

56. Satyrus Fauna g, Sulzer. Vemet-lcs-Bains (Pyrén.-Orient.). 



PLANCHE XIX. 

N«« 57. Lyc.«na Bellargi\s-puncti^ra (supra rubro-maculatà) cf, 
Obthr. Sebdou (Algérie) ; captur. septembre 1907. 

58. Lyc-«na Bellargus-Ceronus Q, Esper (Tab. XC, fig. 2). 

Lambèze (Algérie) ; captur. juin 1884. 

59. Lyc^na Bellargus-Ceronus q, Espir. Sobdou (Algérie); 

captur. mai 1907. 

60. Lycena Bellargus-Ceronus q, Esper. Sebdou (Algérie); 

captur. mai 1907. 

61. Lyc.*:na Bellargus 9, Esper (Tab. LV, fig. 4). Florence 

(Italie) ; captur. juin 1907. 

62. Lycena Bellargus-RADIATA q, Florence; captur. juin 1907. 

63. LYCiENA Bellargus-albinismo-rufescens 9, Vienne. 

64. LYCiENA Bellargus-c.«RULESCENS Q, Gèdre (Hautes-Pyrénées). 

65. LyC-ENA Bellargus-CŒLESTIS q, Obthr. Auzay (Vendée); 

captur. 28 août 1907. 

66. Lycena Bellargus-CŒLESTIS q, Obthr. Angoulèmo. 

67. LyC«NA Bellargus-CŒLESTIS 9, Obthr. Angnulème. 

68. LYCiENA Bellargus-CŒLESTIS 9, Obthr. Uompierre-sur-Mer 

(Charente-Inférieure), captur. 15 mai 1908. 
{Bulletin Soc. cnt. France, 1908; p. 23-26). 

69. LyC-ENA Bellargus 9, hermaphrodite. Dompierre-sur-Mer 

(Charente-Inférieure); captur. 15 mai 1908. 

70. Lyc.ïna Bellargus 9, hermaphrodite. Digne (Basses-Alpes); 

captur. 27 mai 1907. 



PLANCHE XX. 

N°*7i. Lyc.KxXA Escheri-Rondoui cf, Obthr. Lac de Gaubo (Hautes- 
Pyrénées) : captur. juillet 1905. 

72. Lyc.«na Escheri cf Ctransition). Cauterets (Hautcs-Pyrcnées) ; 
captur. juillet 1905, 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



. Lyc^na Escheri-Rondoui Ç, Oblhr. Montagne du Pégnèir 

(H au te s- Pyrénées) ; captur. juillet 1905. 
. Lvc^NA ESCHERI-RONDOUI-RADIATA Q, Gèdrc {Htes-PyrénéM). 

(Bulletin Soc. enC. France, 1906; p. 57, $8). 
. Lyc.*n"a Cohetas cf, Ochs (Tircsiai, Huebn. 319). Veraet-ln- 

Bains {Pyrénéps-Oricntalcs) ; captur. juillet 1887. 
. LYC^NA CoretaS Oi 0<^hs [Tircsias, Hucbn. 320, 321). Veniei- 

les-Bains i captur. juillet 1S94. 
. Lyc^na Kvlas-Gabrielis q. Obthr. Angoulême, 

Forma Q carulescens ; dédiée à M. Gabriel Dupuy. 
. LYCANA EsCHEBI C?, Uuponchcl (Suppl., PI. XI; fig. 3, 4; 

p. 71-73). Marseille. 
, Lvc^NA EscHERi Q, Duponchcl (,Suppl., PI. XI; eg. S- 6; 

p. 71-73). Saint-Pons (Bouches-du-Rhône). 
. LVC^NA EscHEBI-RADiATA Q, Siépi (Catal. raisonné des Lépi- 

daplères du département rff.r Bouckes-du-RhÔnc et de la rcgifn 

de la Sainte-Baume, p. 40). Saint-Pons (Bouchcs-du-Rhôncl. 
, Lyc.ENA Amvntas d", Hucbn. (312). Rennes ; captur. été. 
. Lycïna Amvntas 9, Huebn. (323, 324)- Rennes; captur. éi*. 
. Lyc.ENA Amvntas-PolyspERCHON Cf, Bcrgstracsscr. Rennes; 

captur. mai igo8. 
. Lyc.ena Amyntas-Polysi'ercho.v 9 , Bgst. Rennes ; captur. mai. 



PLANCHE XXI. 



N'" 85. SOMABRACHYS Moi;.\DORKNSis cf, Obtlir. Hogador (Maroc). 

86. SOMABRACHVS F.^-lGROIA cf, Klug. Sebdou (Algérie) ; captur 

octobre fqo?. 

87. SOMABRACHVS PowELU cf, Obthr. Scbdou (Algérie). 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 409 

N°* 93. SOMABRACHYS spccics ? larve trouvée à Khenchela, en mai et 
juin 1908; forme commune vivant sur calycotome et genêt. 

94. SOMABRACHYS spccies ? larve trouvée à Khenchela, en mai et 

juin 1908 ; forme rare trouvée deux fois seulement. 

95. SOMABRACHYS specic s .^ larve trouvée à Khenchela, en mai et 

juin 1908 ; assez rare ; prise sur genêt, calycotome et plantes 
basses. 

96 S Cocons de Somabrachys species ? de Khenchela (province de 

97' Constantine (Algérie), débarrassés de la terre et des débris 

divers; le cocon n° 97 est probablement de Khenchelœ. 

98. SOMABRACHYS ALBiNERVis, Obthr. Sebdou (Algérie) ; captur. 

septembre 1907. 

99. SOMABRACHYS CODETI, Austaut. Sebdou (Algérie) ; captur. 

septembre 1907. 

100. SOMABRACHYS UNICOLOR, Obthr. Algérie (ex collection Bellier 

de la Chavignerie). 

101 ( 

J Amicta Tedaldii, Heylaerts. Khenchela (Algérie); fourreau 

) et chrysalide du cf; insecte parfait Q et cf éclos à la fin 

^ d'août 1908. 

104. Psyché Vuilleti, Obthr. Podor (Sénégal); la chenille vit sur 
Vacacia tortilis. 

La figure du fourreau paraîtra dans la 1V° livraison des 
Etudes de Lépidoptérologic comparée. 



PLANCHE XXIL 

ZYGiïNA 

N®» 105. Z. LONiCER,«-iNCENDlUM, Obthr. Plan-Cerisier, près Martigny 

(Valais) ; captur. juin 1907. 

106 ( 

s Z. ROSA, Obthr. Akbès (Asie-Mineure); captur. été 1890. 

108. Z. FAUSTA-MELUSINA, Obthr. Angoulême (Charente) ; captur. 

5 juin 1906. 

109. Z. FAUSTA-DUPUVI. Obthr. Angoulême; captur. 6 juin 1906. 

(La tache longue submarginale, en forme de haricot, est 
blanche. — Annal. Soc. rnt. France, 19075 P- 45)- 
iio. Z. CARNIOLTCA-Duruvi, Obthr. Digne (Basses-Alpes); captur. 
juillet 1897. 

(La tache longue, submarginalc, en forme de haricot, est 
blanche). 



LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 



^Zo\ 



Z. CARNIOLICA-Dupuvi, Obthr. Digne i captur. juillet 1897. 
(La tache longue, submarginalc, légèrement pigmentft 

d'atomes carmin). 
Z. CARNIOLICA-DUPUYI, Obibr. Digne; captur. juillet 1897. 
Z. CARNIOLICA, transition entre la forme type et U font 

DUPUYI. Digne; captur. juillet 1897. 
Z. CABNIOLlCA-BïCOLOR, Obthr. Digne; captur. juillet 1904. 
Z. CARNiOLiCA-DiNiENSis Q, H.-S. ; fig. 112. Digne; captur. 

juillet igoi. 
Z. CABNIOLICA-DINIENSIS ij et Q. Digne; captur. juillet 1S96. 
Forme où les taches rouges des ailes supérieures sont trii 

faiblement entourées de blanc jaunâtre. 
Z. CARNIOLICA-AS^'METRICA. Ofcn. 

Z. CARNIOLICA- M ELUSIN A, Obthr. Digne; captur. juillet 1904. 
Conformes à fausta-tnelusma (fig. 108) ; mais le collier «i 
blanc, tandis que chez /austa, le collier est rose. La variation 
qui atteint les cartiiolica, fig. 119 et 120, émane de la méat 
Loi qui atteint la fausta 108, de même que la f austa- Dm fmji 
(fig. 109) reprcsinle la variation parallèle à celle qu'offrt 
carniotica-Dufiiyi (fig. : lo, lit et lis). 



PLANCHE XXm {Voir fiagcs 10^ et 10s). 

. Papiuo Alexanok-Couleti q, Obthr. Digne (Bass 
. Papilio Ale.\anor-Aucustinus Ç , Obthr. Digne. 
Papilio PodaLIRIUS q , I-inné. Thuringe. 



PLANCHE XXIV (Voir pages 1 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4II 

N°" 130. Erebia St\'GNE-GAVARNICA Cf, Obthr. Gavarnie (Hautes-Pyré- 
nées) ; captur. 23 août 1908. 

131. Hepialiscus algeriensis Cf, J. de Joannis. Constantinc (Alg'*). 

(Bulletin Soc. ent. France^ 1903 ; p. 223. — Afinales Soc. 
ent. France^ 1907; PI. 2; fig. 8, 8 a). 

132. CIGARITIS FMassinissa Q, Lucas. Géryvillc (Algérie); captur. 

mai 1886. 

133. Erebia Tyndarus-Rondoui q, Obthr. Cèdre (Htcs-Pyrénécs). 

134. Erebia Stygne-gavarnica q, Obthr. Gavarnie (Hautes-Pyré- 

nées); captur. 13 juillet 1883. 

135. Hepialus ARMORICANUS cf, Obthr. Rennes; Species nova, 

captur. printemps 1895. 



PLANCHE XXVI. 

MELIT^EA DIDYMA, Ochs. 

N°» 136. Forma armoricana; Ab. Nominoë cf, Obthr. Bourg-des- 
Comptcs (Ille-et-Vilainc) ; captur. été 1892. 

{Bulletin Soc. eut. France, 1900; p. 276; PI. 1). 

137. Ab. RADIATA cf, Obthr. Vienne (Autriche). 

138. Ab. WULLSCHLEGELI-RADIATA Cf, Obthr. Thuringe. 

139. Ab. RADIATA cf, Obthr. Crimée. 

140. Ab. RADIATA Q, Obthr. Tyrol. 

141. Ab. Wullschlkgeli cf, Obthr. Hesanyon (Doubs) ; captur. 

septembre 1894. 

142. Ab. Wullsciîlegeli cf, Obthr. La Batiaz, près Martigny 

(Valais) ; captur. 24 juillet 1907. 

143. Ab. RADIATA Q, Obthr. Zurich. 

144. Forma armoricana, var. BOULÊI Cf, Obthr. lîourg-dos-Comptes 

(Ille-ct-Vilainc) ; captur. été 1896. 

145. Ab. Wullschlkgeli q, Obthr. Suisse. 



PLANXHE XXVll. 

N*»» 146. Cerigo IBERICA 9, Obthr. Barcelone (Catalogne). 
{Bulletin Soc. oit. France, 1908; p. 292). 

147. POLIA venusta-DELICIOSA cf, Obthr. Scbdou (Algérie); captur. 
octobre 1907. 

{Bulletin Soc. ent. France, 1907; p. 345). 



LÉI'IDOPTKROLOGIE COMPARÉE 



. EviiOLlA l'EkiiiOLATA (J, Hui'hn. Cancalc (Illc-et-Viliii« 

captur. août tltgj. 
. Ei'DOLiA BII'I'NCTARIAMARITIMA Q. Sfobold. Bïlbao (Espagn 
. Catocala PiTEKi'ERA-PowELLi. Obtlir. Entrcvaux (Bscs-Alpp 

captur. lo août 1906. 
. Catocala ii-erpera-Col'leti, Obthr. Digne (Bass^s-Alpr: 

captur. ^tc içoR. 
. HEMF.rOPHILa Holli d". Obthr. Algt-r; captur. 20 juillet ig 

D^dicc à M. Holl. JHusiein-ney. 
. Orkhodia Serdove.nsis d, Austaut. Si-bdou (Algérie); capt 

17 septembre 1907. 
. PoLiA \i;nusta-deliciosa cT, Obthr. Sebdou (Algérie). 
. EvnoLiA C<1X1\abia-<;era»dim a, Obihr. Earrau (Bass 

Pyrénées). 

(lUilletin Soc. rut. France, 1907; p. 309-310). 
. EuiiOLiA i'eriuolata-Chol'iea (S, Obthr. Lambèzo (AlgM 



PLANCHK .\X\III. 

ZYG^NA 

^"" '5^JZ. MEnir.«:iMs cf. Duponchil {Suppi.. PI. VI: fig. 6): Bi 
'î^t [Moneiir. /.y/^i-nidtrs. PI. 4; fig. 5). Mont Pacanaglia (Alp 
Maritimes) ; captur. mi-juin 1907. 

159, Z. MEDiCAGiMS Q, Duponchil. Nici- (Alpes-Maritimes) ; capt 

160. Z, MEDICACiIMS-KUllIA cf, Sl^r. MmiUin't (Alpes-Maritime' 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 413 

N°» 168. Z. TRIFOLII Cf, Duponchel (SuppL, PL VIII; fig. i). Le Cein- 
turon, près Hyères (Var) ; captur. 21 mai 1906. 

169. Z. DUBIA cf, Stgr. Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales) ; 

captur. été 1906. — Forme à 5 taches rouges aux ailes 
supérieures. 

170. Z. DUBIA cf, Stgr. Vernct-lcs-Bains. — Forme à 6 taches rouges 

aux ailes supérieures. 

171. Z. DUBIA cf, Stgr. Vernct-lcs-Bains; captur. été 1895. 

172. Z. ESCALERAI cf, Poujadc. Vallée de Chind«^ar, dans le Haut- 

Kharoum, en Mésopotamie; captur. juin 1899. 

173. Z. GALLICA cf, Obthr. Digne (Basses-Alpes); captur. juin 1897. 



PLANCHE XXIX. 

ZYG4BNA 

N°» 174. Z. Favonia, Freyer. Chemin du Col des Arzaïls, près Sebdou 
(Algérie) ; captur. 20 juin 1907. 

175. Z. Favonia-Powelli, Obthr. Khcnchcla (Algérie); captur. 

15 juin 1908. 

176. Z. Ephialtes-Wullschlegeli, Obthr. Plan-Cerisier, près 

Martigny (Valais) ; captur. 24 juillet 1907. 

177. Z. FAUSTA-LUGDUNENSIS, Millière, Plateau de la Tourettc, près 

Angoulême (Charente) ; captur. 10 septembre 1908. 

178. Z. FAUSTA-BRUNNEA, Thuringe. 

179. Z. HILARIS-FOULQUIERI, Obthr. Saint-Pons, près Gémenos 

(Bouches-du-Rhône) ; captur. 12 juillet 1903. 

180. Z. HILARIS-TRICOLOR , Obthr. Moulinet (Alpes-Maritimes); 

captur. juillet 1906. 

181. Z. Rhadamanthus-Kiesenwetteri, Herrich-Schaeffer, n° 96. 

Col d'Eze (Alpes-Maritimes) ; captur. 9 juin 1907. 

182. Z. Rhadamanthus-Kiesenwetteri, H. -S., n"*» 97, 98; Stœ- 

CHADIS, Bdv. {Icônes, PI. 55; fig. 4); l)up. {Suffi., PI. VII; 
fig. 2); transiens, Obthr. Castillon (Alpcs-Marit*'») ; captur. 
juin 1906. 

183. Z. Rhadamanthus-Kiesenwetteri, H. -S., n" 96. Mont Paca- 

naglia (Alpes-Maritimes) ; captur. 8 juin 1906. 

184. Z. Rhadamanthus-flava, Obthr. Tijola (Alméria, Espagne); 

captur. 1900. 

185. Z. Rhadamanthus-Guenéei, Obthr. Digne (Basses-Alpes); 

captur. juin 1897. 















1 


414 






LÉPIDOPTÉROLOCIE COMPARÉE 




N- 


86 


Z 


KllADAMANTHlTS-GuKNtCl 

lim'n.-r, Anna/. Soc. rnt. 


Obthr. 


Digne; caplur 
. .870; PI. y. 


juin 
fig . 



18;. /. HmaUAMANTBUs-GKISEA, Obthr., forma : eingulaU. I 

captur. juin 1897. 
188- 7.. Rhadamanthus, Espcr (Tab. XL; fig. 1, 2). Vcnce t 

Maritimes) ; captur. printemps 1906. 



PLANCHE XXX. 

ZVG^NA TRANSALPINA, Esper. 
iy oiv Antiales Sçc. cnlom. France, 1907; p. 37-^8). 



■ 189. Z. TRANSALPiNA-MARinMA-3 UACULATA, Obthr. La Turbie 

Nice (Alpes-Mariiimcs) ; captur. 1897. 

{Bulletin Soc. ent. France, 1898; p. 33, 23). 

190. Z. TRANSALPINA -M ARITIM A, Obthr. AlpevMa.ritinies. 

(4 taches l'ougi's aux ailes sup(^rieures, au lieu de 3]. 

191. 7.. TRANSALIUNA-MABITIMA, Obfhr. La Turbie. 

'Ç^tZ. HIPPOCREflDlS-PRûVlNClALIS, Obthr. Montricux, pr. M* 

'93 1 (Var) ; captur, fin septembre 1906. 

194. Z. HIPPOCREPIDIS-ALPINA, Bdv. {Iconei, p. 66; note). D 

captur. juillet 1897. 
]<»5. Z. HIPI-OCREPIDIS-ALPINA Q, Bdv. Allas (Basses -Alpes) ; Ci 

juillet .897- 
196. Z. HiprocREPiDis-ALP[\A cî, Bdv. Allos; captur. juillet 




LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 415 

N°" 205 . Z. HIPPOCREPIDIS-OCCIDENTALIS-MILTOSA, Candèzo. Auzay (Ven- 
dée) ; captur. 30 août 1907. 

206. Z. HIPPOCREPIDIS-OCCIDENTALIS, Obthr. Auzay (Vendée); cap- 

tur. 29 août 1907. 

207. Z. HIPPOCREPIDIS-OCCIDENTALIS-MICINGULATA, Obthr. Dom- 

pierre-sur-Mer ; captur. 12 juin 1907. 



PLANCHES XXXI-XXXII {Voir fage 6'^). 



PLANCHES XXXIII-XXXIV {yoir fage 77). 



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IMP. OBHKrHUR, RENNES (5136-08) 



Lépidoptérologie comparée . 



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Lépidoptépologie comparée. 




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Lépidoptépologie comparée. 

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